Bones and more

J’ ai participé cet hiver à un événement « les jardins en fête ». J’ai beaucoup travaillé mais j’en garde un gout amer une fois de plus je pense que j’ai fait de mauvais choix en m’engageant avec ces personnes qui n’avaient finalement aucune sympathie pour moi. Cela doit me servir de leçon: ne pas trop donner, ne pas s’ouvrir de manière immodérée sans se rendre compte que les autres vous perçoivent de manière négative. J’ai parfois l’impression d’être aveugle du cœur ….

Il a été facile pour moi de tirer un trait sur cette mésaventure en m’engouffrant dans un nouveau projet. Saskia depuis son plus jeune âge pratique la danse et comme j’ai une grande admiration (euphémisme) pour les danseurs et cet univers en général je deviens toujours »copine » avec son professeur et de fil en aiguille lorsque je dis que je peins, on me demande de créer le décor pour le spectacle de fin d’années. Pour la deuxième fois donc, je participe à cette expérience. En Janvier Nathalie m’a donné son synopsis et j’ai commencé à faire des recherches, en Mars nous sommes allées ensemble aux Carmes de Langon pour prendre les mesures et discuter du « comment » évoquer une cathédrale (la référence étant celle de Cordoue) ville d’ou vient la grand mère de Nathalie.Intérieurement j’étais affolée (un peu récurrent ça chez moi) mais je n’ai rien laissé voir de ma terreur j’ai pris les dimensions, posé les questions au régisseur, fait des croquis et suis rentrée chez moi la peur au ventre (je n’y arriverai jamais, je n’ai jamais fait ça, ou je vais m’installer pour faire des décors aussi grands???……..). Ma routine en fait je crois que c’est ce qui fait le sel de la vie, se donner des défis, les relever ou tomber qu’importe, être soulagée, fière et continuer toujours plus loin. Je me rends bien compte que la vie quotidienne ne me satisfait pas du tout. Tout au contraire la vie quotidienne m’étiole, me rend toute tassée et dépressive. Au point qu’après avoir essayé de me réguler (je suis officiellement reconnue comme bipolaire par un spécialiste du centre expert de la ville de Bordeaux), le psy qui a fait mon bilan et la psy adorable qui me suit ont décidé (n’ayant pas supporté la molécule qu’ils m’ont proposée) de me laisser comme ça sans filet chimique, en me faisant promettre de créer sans discontinuer. Parce qu’ils ont bien compris que c’était le sens de toute mon existence et que l’exercice de l’art cette passion monstrueuse qui m’obsède me tient en vie, me sort toujours des pires états que je traverse régulièrement et dont je ne parle plus parce que je ne vois en quoi cela peut intéresser les gens notamment sur mon profil Facebook. Mais je vais très loin, très bas au plus profond de mon désespoir en solitaire. Tout en continuant  à gérer le quotidien, ce quotidien qui m’exaspère…En essayant de ne pas montrer à ceux qui me vivent avec moi combien je vais mal combien la mort me sourit de toutes ses dents et ceci presque journellement, comment pourraient ils comprendre…

Deux mois de recherches sur Pinterest, à la bibliothèque m’ont permis d’élaborer une structure correcte fiable du point de vue de l’histoire de l’art, qui raconte cette étrange coexistence de deux religions antinomique: l’islam et la chrétienté…Des dizaines de croquis plus tard j’ai proposé ma création finale à Nathalie qui l’a validé enthousiaste. Me voilà rentrée à la maison avec toutes ces lourdes toiles de jersey blanc ignifugé et les grands cartons pour créer des oriflammes..Depuis un mois c’est le chantier intégral à la maison, mais Francis et Saskia ne se plaignent pas ils enjambent les décors, je crois qu’ils ont compris que c’était vital pour moi et puis je continue à corriger mes copies répondre aux élèves en ligne et faire tout ce qu doit être accompli dans une maison par une femme d’intérieur parfaite (ironie totale dans ce propos)…Je croule sous le travail et souffre terriblement du dos, des genoux  de toutes articulations en fait mais c’est ma vie, je ne veux pas autre chose, j’en veux encore plus toujours plus. J’aimerais mourir comme Cézanne… quasiment sur le motif, heureux homme. C’est la raison pour laquelle je tiens ce blog pour témoigner d’une vie vouée à l’art malgré la maladie psychique et physique. Je ne veux pas m’ériger en exemple ni faire pitié, juste dire comment moi je m’en sors jusqu’ici…. Cela peut servir.Je ne sais pas…

Cet après midi j’ai presque terminé. Bonheur et angoisse mêlés parce que dés mercredi nous allons au plateau deux jours pour installer tout ça. Je suis excitée de vivre cette expérience je ne donnerais ma place pour rien au monde. Ensuite? Et bien si tout va bien je travaillerai en cordée (ma formule préférée) avec Fred Ducom (le père de mon neveu adoré Herran) sur un recueil pour enfants et à la rentrée je retrouve Régis Roux pour une deuxième collaboration.Voilà c’est ce qui construit mon bonheur fragile entre les ruines et les bouffées d’angoisse qui m’assaillent régulièrement.

Pendant le vacances pas de répit, ce mot n’a pas de sens pour moi..; L’été est toujours une période difficile dont la lumière met encore plus en valeur mes zones d’ombres.

Aussi je vais essayer de terminer la série »choses roses sur fond bleu » qui reste en suspend depuis trop longtemps, hâte de terminer ça pour attaquer un projet qui bouillonne dans mon crâne( mais dont je ne préfère pas encore parler) et puis aussi continuer le travail psy qui consiste à apprendre à me donner une « valeur »et donc à m’exposer enfin d’abord à chercher un lieu d’exposition ceci pour 2018…15 ans que je n’ai pas exposé : il serait temps mais je pense y arriver car je me suis débarrassée d’une phobie sociale très invalidante.A cœur vaillant rien n’est impossible!

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autoportrait.2

Je n’ai pas de mots qui sortent de la bouche.

Je suis rentrée dans mon hiver, dans la grotte profonde de l’ogresse, dans une période de travail et de solitude. La solitude je la connais, elle fait intiment partie de moi, de mes cellules. Nous devons tous s’y confronter un jour ou l’autre et même,  ne plus compter sur « l’autre », celui qu’on prenait pour l’alter ego. Il n’y a pas d’alter ego il n’y a que soi.

Le regard interrogateur et câlin  que je posais si souvent sur moi-même à travers la cérémonie du miroir n’est plus, à quoi bon faire le détail systématique des traces provoquées par le Temps?  Du temps qui passe j’en ai déjà parlé ici et ailleurs… Il vous dépouille tranquillement et vous laisse sur le sol face à vos contradictions, vos erreurs, vos peines.Le Temps fut très longtemps un ennemi pour moi, contre lequel je luttais (encore une année de gagnée sur..) tant et plus que je suis arrivée à 52 ans sans m’en être rendue compte et de l’automne d’une vie que je ne croyais jamais connaitre à grande vitesse je m’approche.Je suis prête finalement car de mon enveloppe corporelle qui fut désirée, malaxée, aimée je me détache sans encombre .Ouf je ne serai donc pas ce genre de femme qui ne savent ni ne peuvent  vieillir sans souffrir courant sans fin contre le ravage des années, qui marque son empreinte sur le visage sur le corps, de manière impitoyable mais… juste. Mieux vaut plier comme le roseau et accepter l’inéluctable, en essayant de changer de rôle, en essayant de changer de point de vue.Finalement ce n’est pas si difficile.

C’est ce que j’ai cherché à évoquer avec cet autoportrait qui s’enfonce au plus vif de la chair apparente et fuyante jusqu’aux traces que j’ai laissé sur la « toile » , mes mots s’impriment sur la peau fragmentée, tachée de noir comme les évocations du néant qui parfois m’envahissent, tachée de lumière celle que je recueille dans mon isolement, dans le silence de la création quotidienne, acharnée. Non je n’arrêterai pas de dessiner,d’écrire ,de coudre ,de rêver et de peindre. J’aime de plus en plus mes mains qui fidèles ouvrières sont toujours là pour répondre à mes demandes. Elles s’activent parfois douloureuses et un peu « tordues » comme de vieilles branches, qu’importe : elles sont mon trésor.

Je ne dirai plus : »regardez moi » mais….

…..regardez juste un peu ce que je fais.BIB

 

Rêves d’outremer…

Outremer : au-delà des mers selon un pays défini par exemple la France. C’est le titre que j’avais choisi pour l’exposition que je devais faire à Basse Terre en Guadeloupe au mois de Septembre….J’en ai parlé à mots couverts ici et là sans trop oser dévoiler le projet, il se trouve que je suis superstitieuse. Hélas la superstition n’aura pas suffi à offrir de bons augures à ce chimérique projet. Je peux en parler maintenant  : je n’irai pas au delà de l’Atlantique dans ces iles qui font tant rêver….Les autres.

Pour ma part je suis plus attirée par la Mongolie ,les steppes arides, les landes irlandaises , l’archipel japonais.Tout de même, je n’allais pas cracher sur un si beau projet qui m’a tout d’abord semblé incroyable (je ne mérite pas ça ,moi) qui m’a ensuite occupée près de six mois ,faits de rêveries ,de travail acharné tous les soirs et vers la fin la journée, lorsque l’année scolaire chargée pour moi s’est terminée.Un projet d’envergure avec lequel je devais exposer « moi toute seule » en galerie, une jolie galerie aux murs blancs juste grande comme je cherchais depuis longtemps.un projet mirifique dans lequel j’aurais  fait une intervention pédagogique en milieu scolaire avec des élèves de primaire (j’avais déjà en tète, mon discours sur l’art et sur le fait que nous pouvons tous créer,  pratiquer avec passion pour exprimer nos joies ,nos peines, montrer aux enfants qu’on pouvait peindre avec tout et presque rien, se faire plaisir, se faire du bien que l’on soit riche ou pauvre car nous sommes égaux….j’espérais secrètement qu’il s’agirait non pas d’écoles « de riches « (ces enfants là en France ou en Guadeloupe sont blasés, contrairement aux enfants pauvres des quartiers dits »défavorisés » qui prennent ce qu’on leur offre avec faim ,c’est cette faim qui m’intéresse ,celle du gout de la vie, de s’en sortir et vivre debout)… Un projet qui devait enfin me mettre dans une situation que j’ai déjà vécu une fois à Bruxelles, celle de conférencière (bizarrement je n’avais aucune angoisse à propos de cette intervention au milieu des « miens » ,d’autres artistes ,une historienne de renom dont j’aurais bu les paroles avec avidité: le Paradis sur terre pour une soirée).

Certes, le thème m’a semblé un peu….comment dire « ampoulé »:  « femme métisse ,mère du Monde ». Je me suis dit : -« Et ben ma grande… t’as pas peur du ridicule sur ce coup là! « Ceux qui viennent ici régulièrement me connaissent et savent que je ne suis pas imbue de moi-même, que j’essaie toujours de relativiser ,changer de point de vue pour élargir ma compréhension ,ils savent aussi tout ce que j’ai pu endurer enfant ,adolescente et jeune adulte.Ce qui me rend fragile sous la carapace Ka, ce qui me rend méfiante et parfois si triste à en mourir. Pouvais je vraiment croire à un si beau projet , « vraiment »? Je suis plus habitué aux désillusions, aux bagarres de la vie, aux coups du sort, aux abandons.

Abandon

Et bien voilà ,c’est fait, la semaine dernière alors que je nageais dans mes grands formats à vernir ,à maroufler ,à encadrer (ma mère devait venir pour m’aider tellement je me sentais dépassée, sur le thème de l’art on s’entend avec ma mère ,c’est même le seul sujet d’accord possible entre nous).Alors que je prenais des tonnes de notes  pour la conférence, lisait des livres dédiés, étudiait  la condition des esclaves noirs, mes « frères » de sang. Coup de fil dont je me souviendrai longtemps , coup de téléphone funeste qui mit fin à mes « rêves  » d’outremer (ce titre résonne comme une prophétie): « nous nous désengageons du projet »,…..je ne citerai pas de nom à quoi bon franchement et je n’essaierai même pas de vous expliquer les tenants et aboutissants de cette mascarade c’est absolument sans intérêt. Je voudrai juste dire qu’il ne faut jamais croire les gens qui vous flattent ,vous bercent d’illusions grandioses et démesurées ,mais bon sang je le sais pourtant, je ne sors pas de l’œuf. Mon conjoint était très sceptique depuis le début assez rocambolesque cette triste affaire, jusqu’au malentendu final qui lui fit dire d’un ton sarcastique (comme je déteste avoir tort) :

-« tu vois j’avais raison… »

Tout cela serait risible si je ne m’étais pas autant investi dans le projet moralement ,intellectuellement, et surtout physiquement…Je n’ai pas écouté mon corps je suis restée sourde à ses appels désespérés pour que je me calme, j’ai cessé de dormir tellement remplie d’idées, de notes à prendre, de croquis à finir, vite, vite…

Alors j’ai cessé de manger.

Maintenant je paie la note ,heureusement nous sommes  en été je suis en vacances puisque mon métier officiel est professeur.Depuis quelques jours je ne dors plus mais cette fois ci, à cause de la peine, de la honte aussi d’avoir annoncée mon « triomphe » de manière inconsidérée(et d’avoir demandé et obtenu un dérogation extraordinaire de mon recteur), de la colère aussi…. Mais pas trop. Heureusement je suis bien suivie au niveau de la santé physique, au niveau psy et puis j’en ai vu d’autres dans ma chienne de vie; Il y aura encore des projets je l’espère….Moins importants, dont je ne serai pas le centre et tant mieux. J’ai comme l’impression que ce n’est pas ma place : au centre…

Et finalement ,lorsque j’étais entrain d’écrire le texte de présentation sur mon travail j’ai senti comme une faille, un conflit entre ce que je disais de ce que je suis et ce que je crée , ce que je ressens dans ma peinture et ma place dans ce projet. J’y reviendrai bientôt, j’ai tout loisir de reprendre mon travail de cheval de trait maintenant.

La vie est remplie de surprises, de rebondissements improbables; J’en discutais juste avant d’annuler mon départ, avec un ami, Serge Prioul autre forçat de la création et homme sensible que j’apprécie. Le sens qu’on peut donner à tout ça, remettre du vide pour comprendre…La vie est une pièce de théâtre en plusieurs actes, et des scènes différentes dedans.Basse Terre ce n’était qu’une scène, une scène importante certainement dans le sens ou j’aurais investi une énergie vitale très forte dans cette aventure avortée, une scène qui a failli me faire passer de l’ombre à la lumière certes mais qui m’aura surtout rappelée qu’on ne sait jamais rien ,que nous ne sommes rien.

« un grain dans l’univers » proverbe Dogon.

Tu dois cultiver le chemin de l’humilité et du silence.

je reste l’ourse papillon mais je virevolte en silence dans ma grotte ,non ce n’est pas moi qui virevoltesur une ile ce sont mes couleurs qui s’envolent, s’étirent en forme toujours plus simplifiées, toujours plus pures sous mes doigts c’est de cela dont je dois m’occuper.

Me voilà revenue chez moi.

Carolina Diomandé, 26/07/2015

illustration: « sur une ile » série 1 aquarelles et feutres sur papier à grain verni  date: 2013,cette petite peinture a servi pour faire l’affiche de l’exposition «  »dessins,rêves d’Outremer » ma chimère de 2015.

The right profil

poser…….

.cet exercice que j’aime, qui signale que l’on est en vie,l’ossature solide.

hier 14 février c’était à Colette que j’ai pensé,cette série d’elle, nue sur une fourrure d’opérette,la mousse légère de sa chevelure,le regard oblique et doux.

il sait quel sens je donne à ces moments d’intimité,de dévoilement ,d’abandon.c’est un beau cadeau à faire à celle ou celui qu’on aime,le prendre….en photo.

blog « kamera-obskura » Arte, 14/02/2009 Toulouse;cliché de Francis , série « valentine ».

65858_valentine1_copieCette photographie est relativement ancienne ,et je suppose que l’élasticité de ma peau s’est relâchée depuis!! Mais qu’importe ,ce jour là j’étais bien en accord avec ce foutu corps,papillon éclatant sur fond noir,la lumière vive rend ma peau presque laiteuse.Un recadrage pudique mais volontairement « limite » offre à l’imagination certainement beaucoup mieux que ce qui tenu dans mes paumes, sans blague…

J’offre à voir une forme d’abandon maitrisé, oui je regarde sur le coté avec un sourire en coin, j’adore jouer les coquettes. Mais je sais que tu me fixes avec l’objectif,et je sais aussi que tu tiens là mon meilleur profil…

Les images ne vieillissent jamais.

non conforme

J’ai posté ce portrait fait par Dominique Canti sur le blog artistikkkbranleta parce qu’Arte refusait de valider mes posts….Avec le recul il y a quelque chose de ridicule dans ce mini bras de fer duquel je suis sortie gagnante,de l’ordre du malentendu mais à y regarder de plus près…

Je me sens meurtrie en ce moment et ce n’est pas vraiment un malaise physique, non, cela se passe du coté du cortex, pas du cœur ;J’ai fait l’erreur de faire une recherche plus poussée sur des éventuels survivants de ma période post punk à Bordeaux. Et,j’ai trouvé sur le site de facebook , une page dédiée aux années 80 à Bordeaux. Je me suis inscrite, j’ai posté une photo du concert de la Mano Negra au Jimmy Bar en janvier 1989. Ce soir là j’ai sauvé ma peau sans le savoir: Tom le clavier a flashé sur moi ,moi sur lui et il a fait en sorte que je quitte définitivement cette ville ou j’étais entrain de mourir de manière certaine.Cela a été un genre de « conte de fée » rock’n roll qui n’a pas duré( une année assez intense),  mais j’ai été happée vers le haut, il m’a sauvée des eaux boueuses et tempétueuses de la Garonne.Tom:  tu fus mon chevalier à la guitare électrique (son second instrument de prédilection).

Je n’ai retrouvé personne, enfin si c’est pire: une personne, une fille que j’aimais beaucoup avec qui il me semblait avoir partager autre chose que du vomi de bière… Je l’ai contactée ,elle m’a répondu poliment…………………………….. C’est tout. L’impression de n’avoir laissé aucun souvenir autre que pitoyable s’est trouvé validé par ces « retrouvailles » avortées.En fait c’est la deuxième personne que je retrouve ,à la première que j’ai croisé par hasard dans bordeaux,  j’ai laissé mes coordonnées ,pris les siens et puis le silence mais c’est moins grave : ce n’était pas quelqu’un de très proche.Non seulement mon enfance fut un cauchemar mais visiblement il me sera pour toujours impossible de recoller les morceaux de ma fin d’adolescence tardive ,de cette période déjantée, no future, alcoolisée au plus haut point , dont j’ai déjà parlé ici.Ce que je conserve ce sont des images fluctuantes et troubles,des sensations de malaise, de honte de soi imperceptible,de dénigrement dans mon dos. Je ne savais rien faire d’autre que me détruire à grand feu sans être capable de communiquer ,de partager de manquer à qui que ce soit, je pense que je ne donnais pas beaucoup aveuglée par ma haine intérieure.Toute mon enfance j’ai déménagé et je n’ai donc gardé aucun ami de cette période. Je suis une âme errante qui flotte au gré du vent.C’est très douloureux d’écrire cela ,c’est très douloureux de le vivre.Il y a toujours autour de moi comme un malaise persistant ,un mur invisible qui me coupe des autres,de leur réalité…Je passe seulement, je ne reste pas, je ne laisse rien.Plus que jamais j’ai besoin de m’attacher à produire à laisser des traces de mon existence (ce qui se trouve maintenant sur l’autre blog qui ne parle que de peinture ,de dessin,de référence,de techniques…pas d’état d’Âme, pas de mur de lamentation).

http://jedessinejetemontre.wordpress.com/2014/12/06/tintamarre/

C’est la seule chose que je sache faire dignement, sans faille. Sur ce point je ne trompe personne. Mais je comprends mieux l’intense souffrance d’avoir été dénigrée par Arte(un symbole fort pour moi ,la culture ,toutes mes valeurs en fait) parce que ce rejet me renvoyait à un énième rejet de la part de mes congénères humains. Peut être que ce que je dégage ne correspond pas à l’intérieur de ce que je suis, certains le voient cet intérieur plutôt bienveillant et en empathie avec l’autre, un intérieur ultra sensible et assoiffé d’amour. D’ailleurs cet « autre » se confie beaucoup à moi , dernièrement une voisine qui maintenant me regarde un peu gênée (et ça c’est un truc qui m’arrive tout le temps), je suis une tombe pourtant, je ne répète jamais les secrets qu’on m’offre, j’ai trop de respect pour la parole humaine quelque soit l’age de celui qui me livre ses mots douloureux …

Moi ,Carolina Diomandé  aka Juju l’ogresse continuerai donc à ronger ses os dans la caverne duveteuse que je me suis construite,vivant dans mon imaginaire, extrêmement isolée du reste du Monde ,avec en partage mes couleurs.

L’ogresse est nue, enfin ici elle est en short!

7987_non_conform2cliché argentique de dominique Canti ,Paris,1995.

autoportrait oui peut être ,si…oui surement.

Une fois n’est pas coutume, je reprends une habitude de kamera obskura :ouvrir un fichier quand le cœur est lourd et laisser mon main faire seule son travail d’autant plus libre ma douce , que je ne la regarde pas…

J ‘ai appris une « bonne » nouvelle ce matin, j’avais rendez vous avec mon spécialiste que je ne vois que deux fois l’an. C’est peu, c’est suffisant. Il m’a annoncé que de nouveaux traitements devenaient disponibles pour l’hépatite C, dont je souffre depuis plus de 20 ans et qui me lamine sans bruit. C’est ainsi qu’ agit le foie en profondeur ,discrètement jusqu’à la cirrhose finale ou d’un coup tout va très vite ,ce traitement possède un taux de réussite très important,  j’ai ouvert des yeux immenses ,incrédules. Je ne suis pas habituée aux bonnes nouvelles. Et puis, j’ai déjà testé un traitement lourd il y a plus de dix ans qui n’a pas marché.J’en suis restée là un peu effrayée, distante.La peur au ventre en fait mais qui s’en soucie? Il m’a dit que je ne pourrai pas en bénéficier tout de suite à cause du prix hallucinant de cette cure ,en moi j’ai senti la colère montée, celle des hépatiques qui sont tous de grands colériques jusqu’à en devenir  fous.Pas pour moi la colère, qui ne suis pas trop atteinte, non mais pour ceux qui n’habitent pas l’Europe et ceux qui ici devront « mériter » leur traitement. Ces crevards de labos vont s’en foutrent pleins les poches sur notre dos …Mais qui s’en soucie?

Ma grande tu fais quoi… On est sur un blog artistique ou bien?

Je sais…je sais mais faut bien que je parle à quelqu’un. Saskia n’ a pas trop réagi mais je n’ai pas insisté ,elle se protège par un mini déni mignon ,elle a dix ans…C’est déjà suffisamment lourd sa vie.

Je l’ai annoncé à ma moitié qui n’ a pas réagi, là je l’ai plus mal supporté : le foie vous savez ,ces hépatiques tous des colériques ,des hyper sensibles  insupportables au quotidien. Je lui ai fait remarquer son manque de « réaction » genre me serrer dans les bras me dire: « ça y est ,tu vas te débarrasser d’une vraie saleté celle qui te fatigue le plus »,il m’a balancée « mais tu m’as dit que ce n’était pas pour tout de suite » non c’est pour demain ,dans six mois un an au plus….Il n’a donc pas compris qu’à chaque analyse de mes cellules hépatiques je flippais à mort du verdict qui vient d’un coup :fibrose stade 3 madame ,en gros la bonne vieille cirrhose du foie qui vous mène en deux temps trois mouvements au cancer du sus nommé organe gorgé de sang ,usine centrale qui s’effondre sans possibilité de rémission, il a pas compris que ça fait plus de vingt ans que je n’ose même pas rêver de cette nouvelle là. Alors c’est ainsi ,ce que je vis au quotidien je le vis seule ,dans ma peau ,mes veines ,mes muscles ,mes cellules et tout le reste; Hors donc pour lui et les « autres » en général cela reste purement abstrait la maladie ….tant qu’on l’ a pas….et l’empathie bordel?

Il n’a pas compris que j’avais passé un après midi hallucinant et superlatif,  entre la joie enfantine et la terreur de ne pas faire partie des 90 pour cent de guéris,guéris bordel ,guéris…………. Et que j’ai erré dans la maison en larmes parlant au portrait de mon père ,de mon arrière grand père (ils sont tous les deux morts et très bon public ).

Je lui en veux même pas.Je continuerai à sourire pointu ,un corbeau noir bleuté sur l’épaule, attendant mon tour.J’ai fait ce dessin avec la tablette à l ‘instant, j’en avais terriblement envie, il est fade, horizontal, il est bicéphale comme moi avec deux tètes on se tient compagnie.

enSoiJe suis désolée , je me relis ce matin et mon style souvent haché par nature est ici carrément moche et lourd….je ne change rien c’était mon émotion d’hier;Difficile de penser au style dans l’urgence d’une nouvelle si importante car si je guéris il ne me restera plus qu’un front à mener…..un seul.Noël en juin c’est ici.

Ka mardée

 

Il est 9 h…du matin .Le silence est total ,j e pourrai me réfugier sous la couette , je pourrai boire un café et lire ,je pourrai commencer à changer le linge de la maison ;je pourrai hurler comme une folle que je suis seule (ma fille est chez son père,mon amour est au travail )….mais,  de toute façon personne ne m’entendrait.

 

Alors ,je réfléchis devant mon écran ;il brille si fort ,j’ai mal aux yeux , j’ajuste mes lunettes rouges ;il m’attire irrésistiblement je crois même qu’il me parle parfois .Il chuchote ,alors je tends l’oreille tendrement .Je reprends des images dans mon stock : c’est toujours un grand moment de bonheur ,de plénitude,d’abandon, je m’installe le plus confortablement possible. Il est 9 h c’est l’heure de prendre le stylet dans la main ,toshop attend mes ordres .Je pose mes couches d’images ,j’estompe ,je rajoute de la lumière ,atténue certains contrastes.

jubile!

 

D’un écorché ,d’un portrait de moi en louve nue remplie de courbes charnues , je crée un image qui me plait ;rien de bien sérieux .Dans cette petite histoire de dimanche pluvieux.D’autres dorment ,d’autres rêvent encore et s’agitent,certains s’enlacent fiévreux .activant docilement la machine aux désirs.

 

Moi je joue comme je l’ai toujours fait ,aujourd’hui c’est avec la camarde, par défi ,par gout ,et après?

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étreinte première

1988;bordeaux,grand format ,acrylique-sang humain ,ma première étreinte…je ne savais pas que cela deviendrait mon thème central.cette première étreinte japonisante,est pudique,les corps perdus dans les soieries,le mouvement des corps se dessine pourtant ,souple,ample,comme le ressac des vagues de l’océan….je ne me séparerai pas de cet encombrant tableau.(texte tiré du blog artistikkkbranleta,Arte)15_06_2007

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Parfois je suis effrayée par le Temps ,celui qui passe ,me file entre les doigts ;Cet après midi par exemple il fait beau j’ai du temps pour une fois ( Francis recrée le jardin ,Saskia a invité une amie pour l’après midi ,la maison est pleine de rires de jeunes filles ) .Et moi ,je tourne en rond comme une toupie ne sachant que faire pour le rattraper ,qui? Ben le temps , celui que j’ai perdu au fil des années …un problème insoluble surtout que pour moi vivre c’est en gagner..;quoi? et bien du temps ,sur la maladie  sur la mort qui quand j’étais jeune s’amusait à me mordre les doigts de pied sans me faire  rire.

Pourquoi ressortir cette vieillerie des années 80? Parce qu’elle est très chargée d’énergie ,encore aujourd’hui ,elle ne change pas cette grande toile ensanglantée qui en a vu des drames ,les miens (la partie jeunesse bordelaise cruelle ,no future )…Si la toile du dernier post devait représenter mes débuts en peinture (la peinture  qui prend sens et corps ). Cette toile ci représente l’essence de ma psyché ,l’élan de la jeunesse .Je l’ai peinte dans l’ urgence certainement à moitié ivre ,seule ,sur deux voir trois nuits ? C’est une grande peinture sur fond noir ,à peu près 150 cm sur 100 cm,faite à l’acrylique sans dessin préparatoire ,avec en « bonus » un dripping du sang de mon compagnon de l’époque , dont j’essayais  de me défaire dans la souffrance .Pourtant elle continue à me séduire par sa composition ,sa vitalité ,sa fraicheur.C’était surement l’une des pires périodes de ma vie ,je n’avais rien compris de ce que j’étais ,de ce que j’avais subi ,de la manière dont les hommes qui passaient dans ma vie me traitaient , de ce que je perdais (la santé des 25 années à venir plus celles qu’il me reste à vivre au compteur). J ‘étais perdue ,littéralement abandonnée par tous mes « amis ».Je ne leur en veux pas ,j’étais invivable au sens littéral et puis j’ai toujours pensé que je n’en valais pas la peine.

Malgré tout…..j’ai réussi dans mes ténèbres à peindre cette toile là ,c’est pas du Matisse c’est sur …c’est juste un cri qui dit : « voilà je crève ,on me viole ,on fouille mon corps de manière sordide depuis mon enfance,on m’envoie les flics qui me traitent de pute ,je prends des coups ,mais je continue à prendre les pinceaux , à aimer le turquoise ,les mouvements sinueux de l’étoffe ,les cuisses qu’on devine ,le téton ,l’acte d’amour fou ,celui que je cherche ,que je peins sans cesse , car depuis cette « Étreinte première « , j’en ai peint et dessiné des dizaines d’autres ;

Mon amour fou c’est la création ,la trace laissée au delà de toute espérance.

c’est arrivé tout seul…

j’ai peint cette toile au cœur de la série du deuil.en fait, j’avais une furieuse envie de peindre mais je me posais la question du sujet.Alors,j’ai tout « lâché »,et c’est « ça « qui est sorti.C’est la matrice fondatrice de mon travail des années 90 ;cette sorte de coulure de lave,organisme mou ,du corps (glauque et suintant) de toute manière,plus vu de l’intérieur que de la peau.Pourtant,l’intérieur du corps n’est pas très coloré,je dirais même gris,si l’on fait abstraction du sang….

20623_c_est_arrive_tout_seulJe me relis là et… j’ai un peu envie de rire .Pourquoi? Parce qu’il y a  vraiment un lien entre peindre ,chier et vivre .Quand je dis de manière naïve   : « j’avais une furieuse envie de peindre ….et puis j’ai lâché « ça »…… »C’est d’une telle évidence .Il est clair que quand j’écrivais ces articles dans artistikkkbranleta le blog de la folle , je ne me relisais jamais ,j’écrivais dans l’urgence ,jouissant d’un médium nouveau de communication,donnant beaucoup trop de moi sans réfléchir.Mais il n’y a pas de place dans ma vie pour les regrets.Ce serait maintenant je ne m’ouvrirais pas de la même manière mais bon j’ai un tempérament généreux ,je ne calcule pas.

Comment vous dire ,comment vous faire comprendre (parce que c’est bien le but de ma présence ici ),j’ai abandonné l’idée d’être « découverte » , »choisie », « élue » par un grand mécène japonais ,ça y est je grandis un peu ,je n’attends plus le prince charmant  .Par contre, parler de l’acte de peindre ,de faire , je pense que cela peut intéresser quelques lecteurs.Cette toile a été peinte dans des circonstances dramatiques.C’était l’automne 1994 ,je venais d’apprendre le décès de mon Père en Cote d’Ivoire…loin de moi.Je l’attendais depuis…30ans ce Père charismatique ,ombrageux ,beau ,brillant grand absent de ma vie.Sa mort fut pour moi comme un cataclysme ,une perte irréparable ,absolue ; je suis physiquement tombée malade très gravement , je voulais sérieusement le rejoindre et puis…..le Rêve est venu (article « le rève fondateur » dans ce blog) ,je me suis redressée.J’ai décidé de continuer le combat.Ce combat  ne pouvait se faire qu’avec mes seules armes :les pinceaux ,et moi qui peignait des « belles images « depuis ma jeunesse  .J’ai abandonné toute forme  de décision ,j’ai plongé en eau trouble ,sans savoir si j’allais m’en sortir, cette série du deuil est née ainsi ,ma première série ,digne de ce nom.je les ai tous ces tableaux ( peints sur bois sur vieux cartons ,la plupart en mauvais état de conservation avec tous mes déménagement )…. Je ne les ai jamais exposés ,pour quoi faire ? je ne peux les vendre ces tableaux maladroits ,ternes mais emplis de toute ma substance ,de toute mon envie de vivre malgré TOUT .Celui ci en particulier , »c’est arrivé tout seul »…quitte le champ du figuratif, du narratif ,de l’esthétique pour me faire pénétrer dans les méandres de mon cerveau droit,de mon empreinte génétique ,de mes racines enfouies,de mes peurs ,de mes dégouts ,de mon perpétuel questionnement sur la Vie .j’ai mis beaucoup de temps à le faire ce tableau blafard,c’est mon gros bébé laid et taciturne ,comme je l’aime.il m’a tellement apporté que je continue encore aujourd’hui à peindre à partir de cette matrice là.(notamment l’interminable série pour mon ami Pixel bleu décédé l’an dernier,et merde ce con )

Fouille ,fouille dans tes viscères Carolina,cherche ,cherche les filaments gluants ,tranche les liens toxiques,tourne autour de l’informe c’est ton domaine.Les marchands du Temple ne sont pas près de te voir parce que tu travailles l’invisible ,l’indicible.

Mais ….tu n’es pas seule.

chair(…)

124 euros de chairs meurtries et tendres.
une grande candeur.
-« en ironie ,tu ne pèses rien »
-« tu as enlevé le glaive;la dague ,le poinçon.tu aspires à la paix? c’est ça? »
non,mais sans rire,dans ma chair ,il restera toujours cette pàle blessure,une fente à peine visible,qui ne saigne mème pas.mais l’entaille est tellement profonde……
QUE JE DOIS ME FAIRE À L’IDÉE D’EN SOUFFRIR TOUTE MA VIE.
malgré le silence qui se répand autour,vivre avec un creux discret,tenace.nous pouvons tous nous tromper,n’est ce pas?s’illusionner.y croire.il n’y a pas de conte de fée.

c’est ça(…)

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Je ne suis pas venue ici depuis longtemps ,depuis décembre en fait ;je continue mon petit travail journalier scolaire ,simple sans éclaboussure.Quand j’étais une petite fille à la moue dépitée ,je dessinais tout le temps ;élevée par des vieillards  il ne fallait pas que je fasse de bruit ,pas que je danse ,pas que je chante ,je pouvais dessiner tant que je voulais;ce fut ma liberté suprême,et ensuite en grandissant ,j’ai cessé ma complainte ,mes traits se sont espacés jusqu’à disparaitre complètement.et je me suis presque noyée parce que j’étais faite pour ça et pas autre chose ,il y a plusieurs modèles d’êtres humains moi je suis une peintresse ,une dessineuse une qui se tait ,tire la langue pour ne pas faire dépasser  du trait le » earth green » de mon feutre faber castell .Pourquoi ce texte étrange aujourd’hui? parce que je travaille à la manière des surréalistes ,des dadaïstes : je crois au hasard et à la nécessité;c’est sur ce post que j’ai cliqué alors je travaille à partir de lui et comment je fais pour raccrocher à ce que je dis ce soir  ce que j’ai dit le 07/09/2008 à 16h 33 ? Et bien je vais faire une pirouette et me contredire parce qu’il n’y a rien de plus jouissif que de changer de point de vue ,d’avis ,de genre….;nous pouvons tous nous tromper certes  et heureusement ;nous pouvons tous y croire ,et bien sur que si  les contes de fée existent!!Pas exactement ceux de Disney avec le prince playmobil à l’air niais   non…Mais ceux  avec pleins de gros dragons qui crachent des flammes rouge comme l’enfer,pleins de rebondissements hallucinants qui vous font perdre haleine ,oui bien sur qu’ils existent ,sinon quel sens aurait donc notre petite vie.

non mais j’y crois pas…..et bien si ma grande ,tu la vis ton exuviation…