Réparation

Il y a une chose positive qui me restera de cette exposition avortée c’est le fait que j’ai ressorti tous les travaux en ma possession, que j’ai tout noté sur une feuille en décrivant les peintures en les nommant,en les datant. Un vrai travail d’archivage fastidieux mais extrêmement fructueux car il m’a permis de prendre du recul face à son propre travail ,construire des ponts ,faire les liens, se rendre compte des thèmes récurrents, voir obsessionnels qui animent mon « œuvre ». Je me suis rendue compte de l’état lamentable de certains boulots qui ont mal supporté les différents déménagements (je ne reste rarement plus de six à huit ans dans un lieu  , quelque chose me pousse irrésistiblement en avant, ailleurs, plus loin, plus près de l’océan devant lequel je voudrai finir mes jours et mourir. Je me suis rendue compte également du peu d’investissement de ma part dans la présentation des travaux.Tout a été fait « à l’arrache » volontairement oui mais inconsciemment pour ne pas aller au bout du processus de création : montrer son travail.Pour l’exposer il faut le rendre « montrable « justement, et moi je ne l’ai jamais mis en valeur, préférant user de supports tirés du rebut, de la rue, des poubelles.Travailler sur des matériaux indignes, abandonnés, mal coupés, mal finis afin qu’ils deviennent des œuvres d’art, faire jaillir la beauté le raffinement d’un débris c’était mon objectif et c’est aussi une métaphore qui répond à la façon dont j’envisage ma personne : invisible, sans importance je suis celle qu’on abandonne sur le bord du chemin et je n’ai pas de larmes qui sortent des yeux je reste silencieuse en attendant que quelqu’un me voit enfin, à ma juste valeur ?

Je suis un petit soldat au garde à vous et malgré la peine qui me transperce en ce moment je lutte contre la dépression en continuant à travailler justement sur cette question de la présentation. J’ai sorti tous mes travaux et je les rafistole, dans le but de pouvoir les montrer quand cela sera possible; je fais des gestes nouveaux pour moi, des actions que je croyais incapable de mener ,maniant la scie, la pâte à bois ,le papier de verre.Un fois de plus je me rends compte que ma mère a eu une influence néfaste sur mon comportement en ne me faisant jamais confiance, en ne me laissant pas toucher à la boite à outil, en me persuadant que j’étais INCAPABLE de m’exercer sur le terrain des réalisations concrètes. Le fameux bricolage qui m’a toujours fascinée quand j’allais fouiner dans le grand garage de mon arrière grand père, son établi, cette odeur de graisse je l’ai encore dans le nez et les multiples outils accrochés au mur comme des trophées m’enchantaient.Les pots de confiture recyclés en pots à clous étaient rangés avec rigueur. J’adorais cette ambiance masculine poussiéreuse et rassurante. Mais moi j’étais dédiée aux réalisations intellectuelles ,abstraites comme c’est réducteur et comme c’est loin finalement de mon tempérament de camionneuse enfoui… ! Après le bac je voulais faire des études pour réaliser des objets, des chaussures je rêvais de design en fait  mais ma mère a refusé, j’en rêve encore…

Dans le même temps je commence une grande série qui s’intitule « réparation » justement. En posant les couleurs je réfléchis et j’ai trouvé que c’était signifiant, constructif ce terme de réparation, celle des mes anciens tableaux et aussi celle de mon âme blessée, je me suis sentie trahie par ce type infect et travailler semble la seule manière de reprendre la main.De plus je ne suis pas insensible à ce qui se passe sur cette Terre, je suis peintre alors j’essaie dans mon coin de contribuer à un nouvel ordre du Monde en créant de l’harmonie à l’aide de mes couleurs, c’est tout le projet du Mandala, j’y puise la force et des réponse à mes questions existentielles. Je me moque des rires sarcastiques…Il y a dans cette réparation du rouge de VeniseIMG_4325, du vert de vessie, du blanc, du noir, du bleu outremer, du rouge garance, de l’orangé, il y a mes formes récurrentes (en cela le dessin quotidien a permis de bien définir ce que j’avais envie de tracer, de montrer), il y a mes thèmes de prédilection que je dessine depuis tellement de temps que je pourrai le faire les yeux fermés, la confrontation des êtres, les cellules, des grilles et des points, des non formes qui se répètent en « all over ». Il n’y a surtout pas de centre, ni point de fuite on peut entrer de toute part dans mes tableaux et chaque partie forme le Tout.

Avec mes couleurs  ,j’affronte le vide et repousse mes angoisses indicibles vers le néant.

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monsieur B et mister Bop

Je pelais des betteraves du jardin hier, elles avaient cuit à la vapeur une bonne heure ,rose shocking, une odeur de terre sensuelle…Comme toujours lorsque je fais quelque chose de concret mes pensées voguaient dans des zones informes, nuageuses.Je me suis dit coupant en tranches fines les légumes juteux, qu’il fallait que je termine cet épisode malheureux( les rêves d’outremer) par un texte qui me rendrait la légèreté ,mon optimisme désespéré.

Alors je commence par le début. C’était il y a 4 ans, j’allais régulièrement à Bordeaux pour voir une thérapeute assez….atypique kinésiologue, ostéopathe, et d’autres choses moins catholiques.De cette thérapie échevelée et mystique je suis sortie épuisée ,amaigrie mais « mieux » croyez moi je ne suis pas masochiste ni suffisamment faible pour tomber entre les mains d’un gourou même femelle! J’ai été puisée mes forces dans des zones lointaines qui me semblaient inaccessibles.C’est à ce moment que j’ai commencé à m’intéresser au chamanisme ,aux lois de la Nature j’y ai laissé dix kilos de petite graisse médicamenteuse .Je ne sais pas ou j’ai été les chercher…Avant mon rendez vous mensuel j’avais pour habitude d’aller avaler une merde au macdo du coin de la rue sainte Catherine, mais ce jour là (un jour d’hiver glacial) j’ai décidé de manger un bon bol de soupe brulante au fast-food chinois de la place saint Projet. En fin de repas, avant de retourner dans le froid j’ai sorti un bouquin (impossible de me souvenir du titre c’était sur le thème des relations entre les hommes et les femmes mais ce n’était pas le best-seller « mars et vénus »…j’ai mes limites en psychologie de bazar.) J ‘étais complètement prise par ma lecture, par mes rêve, un homme d’age un peu plus que mur est venu s’assoir en face de moi, j’ai relevé la tète surprise et pas vraiment enchantée:  je déteste les dragueurs de fastfood chinois, je déteste qu’on me dérange quand je lis. Je croyais que mon armure d’invisibilité était suffisamment au point,ce jour là il faut croire que non. Ce monsieur que nous nommerons Monsieur B fut affable, pas trop lourd, il a attaqué juste là ou je baignais cette année là : dans le  grand lac mystique.Il était bavard, possédait une voix jeune par rapport à son physique,il m’a parlé d’un tas de trucs dont je ne me souviens plus son débit était rapide j’étais fascinée par les colliers en or qu’il arborait sur son pull d’hiver en laine, je me souviens surtout de son discours sur les hommes, sur les femmes combien les hommes étaient faibles, machos,nuls combien les femmes étaient fortes, belles ,inspirantes et  meilleures que les hommes (en voix off je me marrais bien je connais trop bien ces types qui disent adoooorer les Femmes en dénigrant leur propre sexe, je m’en méfie et ne crois pas un instant ce discours grossier et simpliste) mais j’écoutais poliment, amusée de parler à un inconnu, c’était sans importance léger comme des nouilles chinoises baignant dans leur jus pale.Je lui ai parlé de ma quête artistique ,toute ma vie bla bla et il a voulu avoir l’adresse de mon blog, à l’époque je m’étais inscrite pour un concours avec Arte je lui ai proposé ce lien pour qu’il puisse voir mon travail.Il m’a dit qu’il était ostéopathe en Guadeloupe(il se trouve que ce n’est pas le métier affiché avec le résultat de l’enquête googueule de mon Chéridoux ….Qu’il avait de l’influence(???) et voulait me faire exposer là-bas(en voix off, oui c’est ça et mon père c’est Nelson Mandela )….J’avais rendez vous je suis partie intriguée, j’ai dit intriguée pas séduite.Cela faisait écho à ce que me servait comme sauce ma thérapeute: les signes, le cosmos tout ça, la Guadeloupe pourquoi pas…Quelques mails ont été échangé puis Francis a commencé à voir rouge ,il est jaloux mon amoureux :- » mais qui c’est ce type qui veut te faire exposer en Guadeloupe? Hein c’est quoi cette histoire? »

Silence total de Monsieur B pendant 3 ans, oubli de ce Monsieur dans les limbes de ma mémoire cosmique.

Septembre 2014, je reçois un mail fort intriguant, par le biais d’un des blogs ou l’on peut me contacter. C’est un autre Monsieur, nous l’appellerons Mister Bop; ce Mister Bop affichedit qu’il aime beaucoup mon travail et voudrait me faire exposer…en Guadeloupe, il tient une galerie associative; je ne  réponds pas tout de suite,et de manière laconique méfiante.Je suis étonnée tout de même, un peu flattée aussi, je ne vais pas vous mentir.J’en parle à mon conjoint qui grogne un -« encore la Guadeloupe ,c’est pas vrai c’est qui ce mec, un rasta ? » Je suis vexée de ne pas susciter l’enthousiasme, je me referme comme une huître snob. Les mois passent , je renâcle à donner des infos, je n’ai pas vraiment confiance et puis, je reçois un mail de Monsieur B qui me dit :-« c’est moi tu te souviens ,c’est moi qui suis derrière « le projet  » avec mon association culturelle tu peux foncer », »Je ne t’ai plus donné de nouvelles car j’avais une expo pour toi il y a quelques années hélas c’était un arnaqueur je ne voulais pas t’embarquer dans quelque chose qui puisse te porter tort, mais cette fois-ci j’ai confiance tu peux venir en toute sécurité »….Bon dieu je suis moins dans le champs mystique ces temps ci ,d’accord je pratique l’abstraction méditative, les signes qui m’intéressent sont ceux que je trace patiemment tous les soirs sur le papier…Tout de même c’est fort. Je tombe des nues. Je fonce comme un bélier de mars, ça ne peut être que le destin, je tiens le bon bout après toutes ces décennies de travail ,de questionnement,de peurs,de désespoir,de découragement…L’enthousiasme m’envahit et comme ce n’est pas souvent je perds certainement un part de mon discernement naturel un peu comme quand on tombe amoureux, c’est génial.

La suite ? Je me mets à travailler sur le projet, je trouve le culot d’écrire à ma hiérarchie pour avoir un congé extraordinaire afin de partir au vernissage de mon exposition début septembre, les dessins s’accumulent, les mails se succèdent montrant des incohérences, des choses que je ne veux pas voir et je crois toujours que c’est monsieur B qui pilote l’avion, ce qui n’est pas le cas du tout…..J’ai confiance en cet homme j’ai eu tort je le reconnais aujourd’hui. Francis me met en garde de manière maladroite en m’imaginant mule de la drogue, enlevée par des indépendantistes (ma voix off me dit que Francis commence vraiment à me  pomper l’air pour rester polie), je préfère en rire mais finalement ce discours anxiogène produit son effet sur le long terme comme une infection virale à retardement.

La semaine dernière, coup de théâtre d’une pièce de vaudeville finalement assez succulente (moins que mes chips de betteraves du jardin servies avec des travers de porc grillé ,un régal).Mister Bop s’est beaucoup investi, a trouvé des sponsors pour payer mon voyage; une chambre d’hôtel magnifique m’attend, une voiture avec chauffeur ….Je caresse mon rêve avec précaution comme si je tenais une bombe qui allait péter d’un moment à l’autre.Boum, ça arrive… Monsieur B m’envoie un mail laconique qui dit en substance de le rappeler au plus vite (j’ai de la sueur entre les omoplates et ce n’est pas à cause de la chaleur). Ce coup de fil je m’en rappellerais  toute ma vie ,mon rêve doré s’écroule sur pièce :

-« et donc nous avons décidé de nous désengager du projet »…

Ils (les personnes de l’association de monsieur B) ont lâché l’affaire, ils ont laissé travailler Mister Bop qui est en vrai pragmatique, a pris le contrôle total dans l’histoire, monsieur B me dit des trucs vraiment pas smart sur Mister Bop (tiens son avis a radicalement changé,pourquoi?) ,ces mots je ne les retranscrirai pas…De plus monsieur B débite ses phrases de manière rapide, il en dit trop, sur les « nègres cannibales », (Frantz Fanon utilise ce terme mais au second degré justement pour en montrer le mécanisme de la haine de soi, thème récurrent chez les antillais, je ne vais pas développer ici ,je vous conseille de lire « peau noire ,masques blancs » ) . Monsieur B dit que nous les métis sauveurs du monde (pour rappeler les termes de la conférence à laquelle je devais assister?) sommes une sorte d’élite. Je n’entends plus rien qu’un brouhaha, mais j’entends scander ce mot infâme  : »nègre ,nègre ,nègre cannibale » ,je pense à mon Père que je respecte infiniment, à ce continent affligé par de multiples plaies aux cours des siècles.Ce » petit blanc »(allez je me mets au niveau!) m’insulte, il insulte l’homme dans sa globalité car nous sommes tous nègres, nous sommes tous métis (merci Alain Giorgetti mon ami d’avoir éclairé ma lanterne!),c’est ce que j’étais entrain d’écrire dans mon texte de préparation à la conférence, complètement à l’opposé de cet horrible discours élitiste qui était sensé me flatter…Je suppose, comme  devait me séduire la théorie douteuse sur la prétendue supériorité des femmes, merveilles de la nature ….Tout s’éclaira, non :tout devint obscur, lourd, gras dans ma tète. J’avais envie de vomir. J’ai quand même trouvé l’énergie de lui dire qu’il insultait mon père qui était noir. Après j’ai cessé d’écouter,  j’avais pris ma décision : ne pas m’engager plus avant dans ce guêpier. En tant que mère, en tant que malade, en tant que moi tout court au risque de vexer et d’anéantir le travail de Mister Bop qui me semble bien être le dindon de la farce dans cette histoire burlesque et ridicule.

J’espère avoir pris la décision la plus sage ,la plus réfléchie même si mon deuxième moi « punk not dead » me traite de lâche.Le monde est grand j’aimerais bien exposer en Ariège
….par exemple.

ILE3

Rêves d’outremer…

Outremer : au-delà des mers selon un pays défini par exemple la France. C’est le titre que j’avais choisi pour l’exposition que je devais faire à Basse Terre en Guadeloupe au mois de Septembre….J’en ai parlé à mots couverts ici et là sans trop oser dévoiler le projet, il se trouve que je suis superstitieuse. Hélas la superstition n’aura pas suffi à offrir de bons augures à ce chimérique projet. Je peux en parler maintenant  : je n’irai pas au delà de l’Atlantique dans ces iles qui font tant rêver….Les autres.

Pour ma part je suis plus attirée par la Mongolie ,les steppes arides, les landes irlandaises , l’archipel japonais.Tout de même, je n’allais pas cracher sur un si beau projet qui m’a tout d’abord semblé incroyable (je ne mérite pas ça ,moi) qui m’a ensuite occupée près de six mois ,faits de rêveries ,de travail acharné tous les soirs et vers la fin la journée, lorsque l’année scolaire chargée pour moi s’est terminée.Un projet d’envergure avec lequel je devais exposer « moi toute seule » en galerie, une jolie galerie aux murs blancs juste grande comme je cherchais depuis longtemps.un projet mirifique dans lequel j’aurais  fait une intervention pédagogique en milieu scolaire avec des élèves de primaire (j’avais déjà en tète, mon discours sur l’art et sur le fait que nous pouvons tous créer,  pratiquer avec passion pour exprimer nos joies ,nos peines, montrer aux enfants qu’on pouvait peindre avec tout et presque rien, se faire plaisir, se faire du bien que l’on soit riche ou pauvre car nous sommes égaux….j’espérais secrètement qu’il s’agirait non pas d’écoles « de riches « (ces enfants là en France ou en Guadeloupe sont blasés, contrairement aux enfants pauvres des quartiers dits »défavorisés » qui prennent ce qu’on leur offre avec faim ,c’est cette faim qui m’intéresse ,celle du gout de la vie, de s’en sortir et vivre debout)… Un projet qui devait enfin me mettre dans une situation que j’ai déjà vécu une fois à Bruxelles, celle de conférencière (bizarrement je n’avais aucune angoisse à propos de cette intervention au milieu des « miens » ,d’autres artistes ,une historienne de renom dont j’aurais bu les paroles avec avidité: le Paradis sur terre pour une soirée).

Certes, le thème m’a semblé un peu….comment dire « ampoulé »:  « femme métisse ,mère du Monde ». Je me suis dit : -« Et ben ma grande… t’as pas peur du ridicule sur ce coup là! « Ceux qui viennent ici régulièrement me connaissent et savent que je ne suis pas imbue de moi-même, que j’essaie toujours de relativiser ,changer de point de vue pour élargir ma compréhension ,ils savent aussi tout ce que j’ai pu endurer enfant ,adolescente et jeune adulte.Ce qui me rend fragile sous la carapace Ka, ce qui me rend méfiante et parfois si triste à en mourir. Pouvais je vraiment croire à un si beau projet , « vraiment »? Je suis plus habitué aux désillusions, aux bagarres de la vie, aux coups du sort, aux abandons.

Abandon

Et bien voilà ,c’est fait, la semaine dernière alors que je nageais dans mes grands formats à vernir ,à maroufler ,à encadrer (ma mère devait venir pour m’aider tellement je me sentais dépassée, sur le thème de l’art on s’entend avec ma mère ,c’est même le seul sujet d’accord possible entre nous).Alors que je prenais des tonnes de notes  pour la conférence, lisait des livres dédiés, étudiait  la condition des esclaves noirs, mes « frères » de sang. Coup de fil dont je me souviendrai longtemps , coup de téléphone funeste qui mit fin à mes « rêves  » d’outremer (ce titre résonne comme une prophétie): « nous nous désengageons du projet »,…..je ne citerai pas de nom à quoi bon franchement et je n’essaierai même pas de vous expliquer les tenants et aboutissants de cette mascarade c’est absolument sans intérêt. Je voudrai juste dire qu’il ne faut jamais croire les gens qui vous flattent ,vous bercent d’illusions grandioses et démesurées ,mais bon sang je le sais pourtant, je ne sors pas de l’œuf. Mon conjoint était très sceptique depuis le début assez rocambolesque cette triste affaire, jusqu’au malentendu final qui lui fit dire d’un ton sarcastique (comme je déteste avoir tort) :

-« tu vois j’avais raison… »

Tout cela serait risible si je ne m’étais pas autant investi dans le projet moralement ,intellectuellement, et surtout physiquement…Je n’ai pas écouté mon corps je suis restée sourde à ses appels désespérés pour que je me calme, j’ai cessé de dormir tellement remplie d’idées, de notes à prendre, de croquis à finir, vite, vite…

Alors j’ai cessé de manger.

Maintenant je paie la note ,heureusement nous sommes  en été je suis en vacances puisque mon métier officiel est professeur.Depuis quelques jours je ne dors plus mais cette fois ci, à cause de la peine, de la honte aussi d’avoir annoncée mon « triomphe » de manière inconsidérée(et d’avoir demandé et obtenu un dérogation extraordinaire de mon recteur), de la colère aussi…. Mais pas trop. Heureusement je suis bien suivie au niveau de la santé physique, au niveau psy et puis j’en ai vu d’autres dans ma chienne de vie; Il y aura encore des projets je l’espère….Moins importants, dont je ne serai pas le centre et tant mieux. J’ai comme l’impression que ce n’est pas ma place : au centre…

Et finalement ,lorsque j’étais entrain d’écrire le texte de présentation sur mon travail j’ai senti comme une faille, un conflit entre ce que je disais de ce que je suis et ce que je crée , ce que je ressens dans ma peinture et ma place dans ce projet. J’y reviendrai bientôt, j’ai tout loisir de reprendre mon travail de cheval de trait maintenant.

La vie est remplie de surprises, de rebondissements improbables; J’en discutais juste avant d’annuler mon départ, avec un ami, Serge Prioul autre forçat de la création et homme sensible que j’apprécie. Le sens qu’on peut donner à tout ça, remettre du vide pour comprendre…La vie est une pièce de théâtre en plusieurs actes, et des scènes différentes dedans.Basse Terre ce n’était qu’une scène, une scène importante certainement dans le sens ou j’aurais investi une énergie vitale très forte dans cette aventure avortée, une scène qui a failli me faire passer de l’ombre à la lumière certes mais qui m’aura surtout rappelée qu’on ne sait jamais rien ,que nous ne sommes rien.

« un grain dans l’univers » proverbe Dogon.

Tu dois cultiver le chemin de l’humilité et du silence.

je reste l’ourse papillon mais je virevolte en silence dans ma grotte ,non ce n’est pas moi qui virevoltesur une ile ce sont mes couleurs qui s’envolent, s’étirent en forme toujours plus simplifiées, toujours plus pures sous mes doigts c’est de cela dont je dois m’occuper.

Me voilà revenue chez moi.

Carolina Diomandé, 26/07/2015

illustration: « sur une ile » série 1 aquarelles et feutres sur papier à grain verni  date: 2013,cette petite peinture a servi pour faire l’affiche de l’exposition «  »dessins,rêves d’Outremer » ma chimère de 2015.

mandala

Je ne viens plus ici, je suis là-bas…Dans des terres lointaines ou je puise la force de donner plus que j’ai. Comme vous le savez depuis maintenant deux bonnes années je pratique la méthode « tu dessineras tous les jours » ,quoiqu’il arrive, dos bloqué ou pas ,jambes raides ou souples, j’avance me donnant parfois l’impression d’être un cheval de trait qui laboure son champs avec obstination jusqu’à la mort, parce qu’il ne sait rien faire d’autre et parce que c’est son destin.

Il faut le dire, maintenant avec le recul (presque trois années ce n’est pas rien), je n’ai rien trouvé de mieux pour accéder à ma création. Je ne crois pas (plus) à l’inspiration qui est sensée nous « visiter » comme la grâce divine !!! Lisez les textes des « grands » tels Cézanne,Dubuffet ,Picasso,et surtout Matisse qui était un travailleur infatigable et que j’admire rien que pour ça ,plus pour tout le reste. Leur premier secret:  un travail acharné…..Maintenant il suffit que je me penche sur mes différents dossiers de dessins bien rangés ,mes croquis numériques (même si je ne les montre plus je continue à en faire) et j’ai de la matière pour trente ans; C’est confortable ,rassurant, c’est harmonique. Il se trouve que ce labeur acharné et solitaire porte de beaux fruits et ça c’est la cerise sur le gâteau (bon ce n’est pas très fin je sais).

Le 04/04/15 j’ai participé à la fête des couleurs « Holi » organisée par une amie qui pratique avec grâce la danse indienne et qui professe aussi son art avec autorité. J’ai tenu l’atelier Mandala ,pas question ici de faire du coloriage ,non….J’avais dessiné la veille un grand mandala au feutre noir sur format 100 cm sur 100 cm, je l’ai dessiné en pleine conscience avec toute mon âme de travailleuse de l’image. Le jour dit je l’ai posé sur une table et j’ai proposé aux personnes qui s’approchaient de venir le mettre en couleur avec moi au moyen de morceaux de papier de soie que nous collions sur le papier blanc…Neuf heures ont passé (vite ,très vite) ,le Mandala a pris vie ,et nous l’avons illuminé avec des petites bougies, faisant un souhait comme cela se pratique en Inde ,la différence étant que ce Mandala n’a pas été dispersé et détruit puisqu’il était fait sur papier. Mais l’intention était là, la tension était grande, mon émotion immense….

MAndala 4 mandala & MAndalaa

crédit photographique : Dominique  Encognere,photographe professionnel qui m’a autorisée à publier ses clichés sur mon blog ,merci Dominique!

A priori j’étais venue « aussi » pour faire une petite exposition et tenter de vendre quelques dessins ,c’était sans compter avec mon point faible : la confiance que je n’arrive pas à m’accorder… J’ai sorti les boulots vers 16H sans prix ,sans affichage ,sur un coin de table ,certains posés à l’envers….Je n’ai rien vendu , comme c’est surprenant! Mais j’ai beaucoup discuté, j’ai fait connaissance de personnes chaleureuses, curieuses….J’ai baigné dans un climat propice à la joie….C’est si rare.

Neuf heures debout… Le résultat ne s’est pas fait attendre: le lendemain j’ai pu me promener en forêt mais, le surlendemain impossible ou presque de mettre un pied devant l’autre ,genoux enflammés et douloureux à l’extrême, avec en plus de cela un retour d’expérience terrible.J’étais comme une éponge molle ,flasque , remplie de larmes jusqu’à l’os ,au bord de la crise de nerfs….Trop donné ,trop reçu…comme une vague immense ,les émotions m’ont submergées et englouties.Heureusement Karine mon amie danseuse est passée dans l’après-midi, en feu follet qu’elle incarne,souriante ,encore sous le coup de cette fête très réussie. La tète dans les étoiles,elle m’a serrée fort dans ses bras et je me suis laissée aller moi qui n’a pas trop connu les câlins ,le portage quand j’étais bébé. J’ai repris vie et maintenant j’envisage fort de renouveler l’expérience, donner aux autres au moins mon sourire, les écouter, guider leurs doigts malhabiles avec les bouts de papier emplis de colle…Il suffit d’un peu de patience, de bienveillance et chacun se prend au jeu, je ne parle pas des enfants qui eux foncent sans hésiter en demandant toutefois la consigne, souvenir de l’école oblige ! Dans mon prochain billet je parlerai de la deuxième très bonne surprise que le sort m’a semble t il réservée pour Septembre (mais j’avoue n’y croire qu’à moitié) ,le père Noel m’a tourné le dos depuis si longtemps…

je finirai par une citation ,ce n’est pas trop mon truc mais là pour préparer le futur événement je m’appuie sur la lecture ,les lectures ,notamment un petit livre de poche « points-vivre » de Fabrice Midal  « petite philosophie des Mandalas » qui va bien au delà du phénomène bouddhiste ,du phénomène de mode (car mode il y a c’est incontestable ,je m’en fous royalement)…

« Ce qui est essentiel dans une oeuvre d’art, c’est qu’elle doit pouvoir s’élever bien au-dessus du domaine personnel et parler depuis l’esprit et le cœur du poète en tant qu’homme, à l’esprit et au cœur de l’humanité.L’aspect personnel est une limitation, et un péché, dans le domaine de l’art » C.GJung. Je ne partage pas la notion de péché que je trouve trop connoté, trop chrétien mais sur le fond je suis d’accord :les grandes œuvres ,celles qui restent qui nous frappent durablement dépassent forcément nos petits égos hypertrophiés….aller voir Mondrian,Kandinsky, Klee, Rothko, Pollock, Matisse et laissez vous porter par ces œuvres immenses et universelles.

Moi je continue jour après jour mes petits dessins qui formeront peut être un jour un grande rivière…

ci-dessous un travail sur kraft « phase critique » n°11 série 3k du 24/03/14, retravaillé malmené puis marouflé sur bois…il était parmi les dessins que j’exposais…

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« ring a bell… » (petite fille intérieure 6)

Noel est passé ,tant mieux. C’est le commentaire écrit  dans mon carnet de croquis.

31071_ring_abellCet article du blog artistikkkmachin date de 2008. Je le réactualise puisque Noël est passé encore une fois et…..tant mieux. Sur ce dessin fait au feutre fin noir avec ajout décisif d’une pastille rouge (noël?) ,j’ai représenté mon portrait  assez ressemblant les jours de grande faiblesse avec ma petite fille intérieure qui sourit  s’étire avec une sorte de geste qui fait coucou, au premier plan un personnage entièrement bandé dont on ne voit qu’un œil démesuré l’autre est minuscule, celui ci aussi sourit. C’est donc un trio. A l’époque je me suis demandé pourquoi j’avais dessiné cette momie incongrue et aussi pourquoi j’avais écrit en lettres dansantes ce début de chant de noël en anglais

Nous sommes fin 2014,pour des raisons qui ne seront pas dévoilées ici j’ai passé un noël très….resserré voir étouffant entre ma mère et ma fille.Nous étions donc trois à cette fête dite familiale, vous me direz c’est mieux qu’être seule….je répondrai que je ne sais pas.

J’y pensais avec angoisse ,je l’ai vécu dans un stress monstrueux drapé dans une fausse joie de façade ,un engouement de circonstance, le seul bon moment  :c’est lorsque nous avons modelé une petite crèche ensembles Saskia et moi. Ce noël restera ancré dans ma mémoire comme un cocktail nauséeux constitué d’un peu de tristesse ,d’un soupçon d’amertume plus une goutte brulante de haine envers celui qui m’a obligée à vivre « ça ».

Le dessin ne représente pas cette réalité là, mais c’est drôle pour moi de faire le parallèle. Saskia n’est pas ma petite fille intérieure,  grand dieu non! Elle est ma grande fille si vivante,à la langue acérée dotée d’une âme  très tendre.

Ma mère n’est pas encore complétement momifiée mais…. je l’avoue par certains aspects je pense qu’elle colle assez bien au personnage, (je me garde un part d’humour sinon j’exploserai en morceaux). Et puis toutes ces marguerites explosives au cœur rouge disent une chose  :

Je fleuris même quand on me croit morte,attention ….

art décoratif ?

Décoratif ?
J’ai jeté le mot, il me brule comme une patate chaude dans la main. Décoratif, on l’a pourtant dit de l’art de certains grands peintres et pas des moindres mais c’est un mot qui fait « peur ». Si l’on veut c’est un « gros mot » artistique car décoratif s’apparente à : joli, fait pour embellir un mur , salon bourgeois, vide de sens…dans le sens « purement décoratif » .Stella, Klimt, Matisse ont dans leurs pratiques quelque chose de décoratif, une certaine manière d’user sans modération de la couleur , d’utiliser les lignes ,les courbes ,pour le pur plaisir de manipuler des formes qui s’harmonisent ,éprouver sans frein la jouissance de créer .L’art décoratif ne serait donc pas détenteur de message ou de manière involontaire ,niaise ,édulcorée .Comme s’il y avait une injonction intérieure qui nous disait ne fais pas joli ,ne fais pas propre ,ne fais pas lisse ,casse ,brise, hurle, tache, couche des humeurs sombres ,torturée tu l’es montre le. Et ça depuis ce satané Van Gogh (un peu avant en fait avec l’image romantique de l’artiste maudit, avec Vincent ça atteint un pic émotionnel qui me gonfle grave); Pour l’injonction intérieure je parle de moi et moi seule bien sur parce que franchement l’expressionnisme c’est pas la grande mode actuellement, mais bon comme vous savez les autres la mode et moi, no comment.

Revenons aux sources, j’ai quoi… 5 ans ma grand-mère m’offre une superbe ,une sublime boite en métal remplie de feutres aux multiples variations de couleurs .C’est le plus beau cadeau que j’ai reçu de toute ma vie ;J’ai fait en sorte que cette boite dure le maximum et quand une couleur séchait et s’affadissait j’étais très triste :une possibilité chromatique disparaissait….A cette époque je me foutais bien des injonctions subliminales, les gouts des critiques, la hype , les beaux-arts. Seule comptait l’exaltation de transformer une feuille blanche (morte ? stérile ? vide ?) en quelque chose de vivant, vibrant, où se mêlaient entrelacs, arabesques, formes de conques marines, japonaises au mont Fuji, papillons…j’usais quand même déjà beaucoup de noir au point que ma maitresse de CP qui veillait sur moi comme un ange en avait informé ma mère (autant pisser dans un violon…).Docteur Jekyll et Mister Hyde « nous » étions deux en ce temps là, comme aujourd’hui.
Décoratif ce n’est pas un terme que j’aime entendre associer à ma production (en même temps mes ventres hurlants, mes lapins aux yeux exorbités, mes étreintes cannibales n’ont pas fait venir à moi le mécène tant espéré !). Allez puisqu’on est dans les confidences de fin d’été (un été que je n’ai pas vraiment apprécié comme les autres pas moins pas plus avec des moments forts comme la rencontre « concrète » d’un ami poète et de sa femme), je dirais que je n’aime pas trop qu’on me dise que je fais de l’art africain (bien sûr qu’ il y a de l’Afrique en moi c’est indéniable je suis métisse mais je ne veux pas d’étiquette ethno complaisante, après ça colle à la peau  et on est foutu). Pour tout dire je n’aimerais pas non plus qu’on me taxe d’artiste femme quelle horreur. Je suis un monstre moi, mère animal viscérale oui mais pas vraiment  femme non, pas du tout même.
Bon là je divague…je sors du sujet.

Le décoratif bon dieu c’est le décor donc le faux semblant c’est l’imitation du vrai pour rire. C’est un peu féminin? Un peu léger, futile…..voir mineur .Et merde, Matisse Henri de son petit nom ce n’est pas une chochotte quand même !
Alors, j’ai lutté, j’ai étouffé mon amour de l’harmonie, des concordances, des danses des formes pour privilégier l’autre Moi. Celui qui tout naturellement a pris le devant de la scène avec la manière dont c’est transformé ma vie entre, destruction, maladies, nihilisme, désespoir, dégout de soi. Je n’ai pas eu à faire d’effort ; Mes couleurs vives se sont effacées ou mêlées au Noir omniprésent, comme un cri qui voulait se faire entendre mais qui est resté dans ma gorge, muet et brulant. L’expressionnisme me va comme un gant ensanglanté et avec « ça » je n’ai pas séduit grand monde ! J’avais l’orgueil de me dire que j’étais différente donc seule, foutaises.
Aujourd’hui je suis dans le même état qu’hier quand je peignais mes cris, j’ai juste changé d’angle de vue, j’ai repris mes couleurs (c’est dingue je retrouve mes harmonies d’amour enfantines et ça me fait toujours autant kiffé). Bleu lavande et bordeaux, vert jade et rouge cramoisi, turquoise et terre rouge. Elles sont là, intactes dans mon cœur. Et c’est tout ce que j’ai à donner.
Assise devant mon carnet, je soupèse mes stylos, je souris tristement parce que contrairement à ce que j’ai cru de manière naïve et fugace, l’art ne sauve pas de Soi, ni de ses peurs.je ne vais pas fort bien ces derniers temps mais désormais j’ai la politesse de colorer mon désespoir. Comme ça, il est plus agréable à regarder…Enfin j’espère.

IMG_2058Série 1, n°59/78 titre : »graph », date 30/12/13, technique :feutres vernissés sur papier à grain;format 20 cm  sur 20 cm. Je suis actuellement entrain de mettre en œuvre ces « patterns » en grand format mais il se trouve que je suis fatiguée et que la station debout ,bras en l’air m’épuise donc…..je ne sais pas.

Je fais ce que je peux ,et plus encore…

Une bise chaleureuse à Serge Prioul et sa femme Régine qui m’ont tant réchauffé le cœur ,m’ont donné envie de continuer….le bonheur de se croiser entre êtres humains.

Petite n°9

 

Les aléas de la vie, les petites phrases assassines, les rires contrariés; les larmes avalées; le cri qui ne sort plus; les bras qui voudraient enlacer, la foule qui ne voit rien, la main qui se tend inconnue, l’incongru chez le pâtissier, les sourires qui s’effacent trop tôt, l’existence qui fuit en avant, la peau douce qui sent le miel doré, les fleurs de pêcher qui font le printemps, et la mort , la mort qui attend.

Humanité souffrante, que j’aime, ………juste des petits piquants ,n’est ce pas Frida? Juste des petits…piquants.

D ‘après un texte publié sur le défunt blog ARTISTIKKKbranleta » , plateforme d’Arte.

dessin au crayon gras plus collage,toulouse ,2009
dessin au crayon gras plus collage,Toulouse ,2009

J’avais fait une série de dessins à Toulouse au début des années 2000; Sur les conseils d’un acupuncteur génial qui me manque encore aujourd’hui et, dont les petites maximes hantent  mon esprit et aident à passer les trous noirs inévitables…Il m’avait dit de dessiner ma petite fille intérieure ,celle qui selon lui m’empêchait d’avancer par sa souffrance intense qui pesait sur moi;Il m’avait dit que lorsque je dessinerai cette petite fille je rentrerai en contact avec elle ,avec moi en somme et que cela pouvait avoir de fortes répercussions positives dans ma vie.

Mais voilà , je n’étais pas encore prête ,pas tout à fait. J’ai reçu le message et j’ai mis des années à le valider .Ainsi va l’esprit humain en tout cas le mien.Toutefois, j’ai fait quelques dessins dans un carnet. Aujourd’hui avec mon activité journalière de dessin justement ,de dessin sur papier  avec mes feutres ,l’aquarelle,les collages,les photocopies je regarde ce travail de manière distanciée et tendre. Je me dis qu’il faudrait les reprendre ces croquis, il y a de la matière même si leur apparence manque de vigueur, si leur composition est déséquilibrée. Ce qui est normal ,je n’avais plus l’habitude de faire ce geste..Je l’ai perdu à l’adolescence, j’ai tué tant de choses en moi à cette période là…Je pense que j’avais oublié ce sens parce que mon âme flottait désespérément, de manière désordonnée,violente,délétère ,cruelle ,vide…En retrouvant ce sens je retrouve une forme d’équilibre vital ,un équilibre instable, mais rassurant. J’ai encore les mêmes crises d’angoisse qui me tenaillent,m’étouffent et me laissent épuisée comme une méduse translucide ,échouée sur la berge. Mais qu’importe ,je sème mes petits cailloux obscurs .Je n’ai qu’une peur c’est que cela s’arrête.Vous vous dites « comment ça ,c’est toi qui décide si tu dessines ou pas quand même Carolina ?! »…..

C’est trop difficile de mettre des mots là dessus…;pour l’instant. La différence entre cette série de » la petite  » et celles que je dessine aujourd’hui c’est le coté travail quotidien, acharné, obtus. Je ne redresse plus la tète pour regarder qui me sourit ,j’avance comme une bœuf lourd dans un champs;Je me fais confiance quant aux « soit -disant « sujets de mes travaux colorés,  (je déteste le narratif en peinture ,si je veux raconter une histoire dans ce cas là j’écris c’est plus simple pour moi.)

Je n’en ai pas ,enfin si j’ai toute ma vie de recherche ,de croquetons volés,de gribouillages sur coin de table ,de traits  dans le sable ,de lectures ,d’observations de la nature ,des phénomènes atmosphériques,des animaux ,des enfants ,de leur production immensément libre et débridée,de la culture acquise patiemment pas à l’école non mais directement dans les livres de bibliothèque,dans les musées ou j’ai passé des journées quand je vivais près de Paris….C’est comme des particules qui flottent ,sans se rencontrer et puis un jour :BANG!!! On se réveille et on a le sens du tout. Cela peut paraitre bordélique « aux dires d’une de mes connaissances qui est  un peintre de grande valeur à mes yeux » (mon dieu qu’il m’a vexée en disant ça!!! quelle susceptibilité ridicule tout de même…)  Aujourd’hui je le sais  : »tout ce que je fais est lié même si cela ne saute pas aux yeux.  Et je dirai plus:  heureusement que cela ne saute pas aux yeux. Mes derniers dessins semblent d’une simplicité enfantine oui d’accord,peut être.

je n’en ai pas honte.

-« Petite…. tu veux bien me donner du rouge ,tu sais le géranium pale si vibrant,merci ma douce. »

système nerveux….. ou comment j’ai envie de faire le point.

 

Il y a quelques jours ,j’ai essayé de faire le ménage ,mettre en ordre ,vous montrer que mon travail possède un « sens »,j’ai réfléchi:pourquoi tu fais ça? On ne peut pas parler de la peinture,on va tourner autour,les mots détruisent insidieusement la réalisation muette qui se dit elle même….Et je reviens alors toujours à lui ,Francis Bacon,toujours. inlassablement,à relire le peu d’entretiens qu’il a accordé,qui me parlent tant ,qui me sont si chers,qui me font rire ,et pleurer.pour lui seul.celui qui dit si peu et qui travaille seul,à revers, »excitation d’Être en vie »cela me vient de lui…Il n’y a que le système nerveux ,rien d’autre?Non,il n’y a rien d’autre ,au feu le romantisme panthéiste ,je suis d’accord avec toi ,moi ,je sais ce que je fais après coup ,je laisse les choses se placer d’elles mêmes,à quoi bon,juste courber l’échine et faire ,encore ,sans se retourner,en oubliant les jours d’infortune ou ce gout amer et lancinant rempli ma bouche,ce gout qui dit :Qu’est ce que tu fais , pourquoi ?A quoi bon? non ,non  ,non.C’est tout que je sais dire: non .Et je dois continuer. La mort elle, attend tranquille ,tout à fait tranquille ,cette pute incontournable .Mais moi ,je suis en vie.

carolina Diomandé,blog « artistikkkbranleta1″plateforme d’arte 09/12/2007

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Avec cet article ,j’ai eu l’honneur de rester un bon nombre de semaines en page d’accueil comme blog du moment ,article à lire sur la plate forme d’Arte ,et je ne vais pas mentir j’en étais fière et enfantinement heureuse .Vous savez ce genre de bonheur qui ne se partage pas ,ou l’on saute tout seul au milieu du salon en chantant tralala….Arte me remarque ,c’est une référence pour moi :je suis heureuse , mon rêve a toujours été d’être REconnue par mes pairs ,pas devenir Lady gaga !

Un ami avec qui je correspond comme je le fais avec certains artistes ,peu mais de qualité (les artistes) ,me disait : « j’aime ton travail pour ce qu’il part dans tous les sens…….ne souhaite pas entrer dans le système ,reste underground » en substance bien sur ,je ne vais pas vous copier coller les mots de mes amis non plus ! Sur le moment ,je l’ai mal pris parce que rester underground c’est rester dans la cave ,dans le squat, en marge .Jeune et pleine de colère « fuck the society » c’est parfait mais à cinquante et un ans et toujours le calme plat c’est usant ,déprimant ,on finit par gravement douter, se penser minable ,une petite merde hurlante et rien d’autre? la marge j’y suis par essence mais je voudrais sans forcément en sortir ( et d’ailleurs le pourrai je ,je ne crois pas ,je ne le souhaite pas) rayonner un peu plus ,être soutenue de manière désintéressée et bienveillante:  Toi ma grande ,tu cherches encore et toujours Papa,hein???

Malgré un travail qui continue de s’enrichir ,un sens global de plus en plus affirmé (oui je sais cela n’apparait pas dans un blog surtout celui ci ou je saute joyeusement du coq à l’âne sans crier gare…;on pourrait effectivement penser que je suis bordélique ,que je sais pas ou je vais ,que ça déborde sous le casque (oui parfois un peu…) mais que nenni !  J’écris autant que je dessine. Quand je disais que j’étais surréaliste ce serait (n’y voyez pas de comparaison,elle est impossible à la manière de ma grande Louise B ),je ne pense qu »à ça » du soir au matin sans compter les rêves fous en couleur qui m’inspirent depuis toujours .Ma production semble vaine ?Elle l’est car c’est la Vie qui est comme ça,non ?Dérisoire  je crois parce que je ne me tiens pas un plan d’action « commercial » ,je ne suis pas une fine stratège et pourtant cela semble être une vertu cardinale à notre vilaine petite époque capitaliste ,du genre :attention j’improvise ….!

« allez ka ,tu ne dessines que  tes doigts de pied pendant trente ans ,sous toutes les coutures ,tu récoltes chacune de tes rognures d’ongles qui tu articules en sculptures monumentales (oui des années de rognures ça fait beaucoup ) et puis tu tagues ton pouce déformé  dans toutes les villes du monde ,corpus mycosa ,Alleluah ; tu expérimentes le port (tout ça filmé sous le même angle chaque jour de ta précieuse vie de créatrice adulée de l’art contemporain  )de chaussures trop petites pour voir jusqu’où les déformations et la souffrance physique sont des éléments sémantiques à expérimenter … (avec de manière sous- jacente la  critique  d’une  forme d’asservissement du corps féminin à travers les ages );comment deviennent tes pieds , ils deviennent laids c’est génial c’est sale c’est le corps physique et ça les excite ,tu les colles avec l’infographie sur toutes les statues antiques que tu as en reproduction la victoire de Samothrace sans bras mais avec les pieds de KA .Pendant ta grande exposition à Berlin ,tu décides de t’assoir nue sur une feuille de plastique ,au dessous passe le public pendant une heure c’est performance curage de mycose(enfin ce ne sont pas des mycoses que j’ai au pied c’est un problème inconnu du aux molécules que j’ingère depuis des années mais bon c’est blanchâtre ,c’est plastiquement très intéressant ) sur une musique d’iban Régnier ,vieux pote de galère car oui tu es restée fidèle à tes amis. En fin de performance filmée ,tu recueilles la précieuse « semence » quasi divine qui sera vendue aux enchères ,ma chair…. J’arrête là car même quand j’essaie de manier le style académique (car nous sommes bien dans une période totalement académique ,et maniériste) je déborde ,j’explose .Et puis ça me rend mélancolique ,triste…;Cela me donne envie de mourir (je ne peux pas j’ai une petite fille maintenant ), mais je ne suis pas aigrie non , je suis folle et ça me sauve.

NOCH :
encore
NICHT :
rien
SEIN :
être

N’être encore rien , c’est se donner tous les possibles. Je défends ardemment cette idée ,dans ma chambre obscure .Je  » révèle » mes secrets au monde aveugle et sourd.
la peinture est d’abord un ensemble d’éléments plastiques choisis,et disposés,couleurs,fond,forme,lumière,espace….l’art est conceptuel par essence.

C’est ce que j’avais choisi de dire sur mon travail au grand concours sur Arte ,je pense toujours la même chose.

 

Une chose à la fois oui vivre ,survivre à la douleur et à la méchanceté ,l’égoïsme qui ronge  notre société en fin de parcours ,être simplement vivante ,humaine ,et témoigner de cet état en tant qu’artiste ça je sais faire…mais semble t il , ce n’est pas de l’art; Parce que l’art ça se « manage »,ça s’explique à coups de rhétorique absconse ,se décortique ,se déguste par lampées avides pleines de fric.

Je rêve d’une république libre des artistes ,comme un salon des « refusés »moderne ….Seule ça va être dur.

N ’empêche ,on ne crée pas que pour Soi dans son coin. Pour moi c’est le fin fond de sud gironde.L’art est un partage qui ne s’explique pas (je reviens à mes sources divines  :Francis Bacon).

et hop.

,

bio?

Il faut simplement que je sauve ma peau ;

Il est derrière cette porte ,va rentrer et essayer de me toucher un sein ,j’ai mon grand couteau ,une lame brillante ,incisive : mon poing. 

 

 

 

Ce matin là je suis née ,je l’ai frappé violemment au visage ,la mâchoire fracassée ,mes réveils sont devenus paisibles ,quel age  ? quel age avais tu ? 14 ou 16 ans……Je ne sais plus.

 

 

 

 

 

Mode d’action :La limace (ou l’escargot) ingère le produit qui agit comme un coupe faim et bloque le système de mastication. La limace se retire pour mourir dans son nid  (mars 2010)

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C’est un article du deuxième blog ,le kamera obskura toujours sur la plate forme d’Arte .

En relisant ce texte qui est très obscur c’est vrai ! Je me rends compte du chemin parcouru depuis le blog précédent . J’ai dessiné cette esquisse numérique sans réfléchir et puis j’y ai posé mes mots ,il se trouve que ce j’y voyais  dans cette esquisse crépusculaire  c’était une lame alors j’ai brodé sur « ça »  ,sur « lui », sur ce qui aurait pu me détruire et qui ne l’a pas fait bien au contraire ….Je peux vous expliquer le titre si vous voulez ? Bio comme biologique ,comme traitement biologique ce que n’est pas le produit qui tue les escargots dont je parle en dernière partie…Vous me suivez.

Je commence à accepter de me considérer comme une artiste surréaliste voir complétement dada ,une femme qui s’accroche à son cerveau comme ultime bien personnel .Mes seins tombent ,mes joues s’affaissent ,mes cheveux blanchissent mais j’ai comme l’impression que mon cerveau lui  ,recèle des trésors qui n’ont pas fini de m’être utile dans La grande lutte .

Ce produit pas du tout bio ,celui qui détruit les bébêtes baveuses adoratrices de jeunes pousses , effrayant dans son mode d’action m’a rappelé la manière dont je me suis recroquevillée en gardant la tète haute (je sais c’est difficile à imaginer !) ,résistant de manière obtuse , contre cet homme qui partageait la vie de ma mère,qui mélangeait admiration et envie d’humilier….

Il se trouve que j’ai eu le dernier mot ,sans aucune violence,sans procès….

Il se trouve que je suis fière de moi  et que j’aime beaucoup cette esquisse ( je dis rarement ce genre de choses à propos de mon travail )  parce qu’elle est profonde ,expressive et suave . Elle contient toute ma souffrance et mon courage ,ma pugnacité et mes rêves veloutés de couleur. J ‘abandonne de plus en plus le figuré pour l’abstrait ,ce travail de 2010 est précurseur de ce dont j’ai envie là maintenant ,ce dont j’ai besoin pour être « heureuse »….  enfin , encore faudra t il que je sorte de mes adipocytes sur fond outremer .

 

Nicht Noch Sein : moi cela me suffit.