Rêves d’outremer…

Outremer : au-delà des mers selon un pays défini par exemple la France. C’est le titre que j’avais choisi pour l’exposition que je devais faire à Basse Terre en Guadeloupe au mois de Septembre….J’en ai parlé à mots couverts ici et là sans trop oser dévoiler le projet, il se trouve que je suis superstitieuse. Hélas la superstition n’aura pas suffi à offrir de bons augures à ce chimérique projet. Je peux en parler maintenant  : je n’irai pas au delà de l’Atlantique dans ces iles qui font tant rêver….Les autres.

Pour ma part je suis plus attirée par la Mongolie ,les steppes arides, les landes irlandaises , l’archipel japonais.Tout de même, je n’allais pas cracher sur un si beau projet qui m’a tout d’abord semblé incroyable (je ne mérite pas ça ,moi) qui m’a ensuite occupée près de six mois ,faits de rêveries ,de travail acharné tous les soirs et vers la fin la journée, lorsque l’année scolaire chargée pour moi s’est terminée.Un projet d’envergure avec lequel je devais exposer « moi toute seule » en galerie, une jolie galerie aux murs blancs juste grande comme je cherchais depuis longtemps.un projet mirifique dans lequel j’aurais  fait une intervention pédagogique en milieu scolaire avec des élèves de primaire (j’avais déjà en tète, mon discours sur l’art et sur le fait que nous pouvons tous créer,  pratiquer avec passion pour exprimer nos joies ,nos peines, montrer aux enfants qu’on pouvait peindre avec tout et presque rien, se faire plaisir, se faire du bien que l’on soit riche ou pauvre car nous sommes égaux….j’espérais secrètement qu’il s’agirait non pas d’écoles « de riches « (ces enfants là en France ou en Guadeloupe sont blasés, contrairement aux enfants pauvres des quartiers dits »défavorisés » qui prennent ce qu’on leur offre avec faim ,c’est cette faim qui m’intéresse ,celle du gout de la vie, de s’en sortir et vivre debout)… Un projet qui devait enfin me mettre dans une situation que j’ai déjà vécu une fois à Bruxelles, celle de conférencière (bizarrement je n’avais aucune angoisse à propos de cette intervention au milieu des « miens » ,d’autres artistes ,une historienne de renom dont j’aurais bu les paroles avec avidité: le Paradis sur terre pour une soirée).

Certes, le thème m’a semblé un peu….comment dire « ampoulé »:  « femme métisse ,mère du Monde ». Je me suis dit : -« Et ben ma grande… t’as pas peur du ridicule sur ce coup là! « Ceux qui viennent ici régulièrement me connaissent et savent que je ne suis pas imbue de moi-même, que j’essaie toujours de relativiser ,changer de point de vue pour élargir ma compréhension ,ils savent aussi tout ce que j’ai pu endurer enfant ,adolescente et jeune adulte.Ce qui me rend fragile sous la carapace Ka, ce qui me rend méfiante et parfois si triste à en mourir. Pouvais je vraiment croire à un si beau projet , « vraiment »? Je suis plus habitué aux désillusions, aux bagarres de la vie, aux coups du sort, aux abandons.

Abandon

Et bien voilà ,c’est fait, la semaine dernière alors que je nageais dans mes grands formats à vernir ,à maroufler ,à encadrer (ma mère devait venir pour m’aider tellement je me sentais dépassée, sur le thème de l’art on s’entend avec ma mère ,c’est même le seul sujet d’accord possible entre nous).Alors que je prenais des tonnes de notes  pour la conférence, lisait des livres dédiés, étudiait  la condition des esclaves noirs, mes « frères » de sang. Coup de fil dont je me souviendrai longtemps , coup de téléphone funeste qui mit fin à mes « rêves  » d’outremer (ce titre résonne comme une prophétie): « nous nous désengageons du projet »,…..je ne citerai pas de nom à quoi bon franchement et je n’essaierai même pas de vous expliquer les tenants et aboutissants de cette mascarade c’est absolument sans intérêt. Je voudrai juste dire qu’il ne faut jamais croire les gens qui vous flattent ,vous bercent d’illusions grandioses et démesurées ,mais bon sang je le sais pourtant, je ne sors pas de l’œuf. Mon conjoint était très sceptique depuis le début assez rocambolesque cette triste affaire, jusqu’au malentendu final qui lui fit dire d’un ton sarcastique (comme je déteste avoir tort) :

-« tu vois j’avais raison… »

Tout cela serait risible si je ne m’étais pas autant investi dans le projet moralement ,intellectuellement, et surtout physiquement…Je n’ai pas écouté mon corps je suis restée sourde à ses appels désespérés pour que je me calme, j’ai cessé de dormir tellement remplie d’idées, de notes à prendre, de croquis à finir, vite, vite…

Alors j’ai cessé de manger.

Maintenant je paie la note ,heureusement nous sommes  en été je suis en vacances puisque mon métier officiel est professeur.Depuis quelques jours je ne dors plus mais cette fois ci, à cause de la peine, de la honte aussi d’avoir annoncée mon « triomphe » de manière inconsidérée(et d’avoir demandé et obtenu un dérogation extraordinaire de mon recteur), de la colère aussi…. Mais pas trop. Heureusement je suis bien suivie au niveau de la santé physique, au niveau psy et puis j’en ai vu d’autres dans ma chienne de vie; Il y aura encore des projets je l’espère….Moins importants, dont je ne serai pas le centre et tant mieux. J’ai comme l’impression que ce n’est pas ma place : au centre…

Et finalement ,lorsque j’étais entrain d’écrire le texte de présentation sur mon travail j’ai senti comme une faille, un conflit entre ce que je disais de ce que je suis et ce que je crée , ce que je ressens dans ma peinture et ma place dans ce projet. J’y reviendrai bientôt, j’ai tout loisir de reprendre mon travail de cheval de trait maintenant.

La vie est remplie de surprises, de rebondissements improbables; J’en discutais juste avant d’annuler mon départ, avec un ami, Serge Prioul autre forçat de la création et homme sensible que j’apprécie. Le sens qu’on peut donner à tout ça, remettre du vide pour comprendre…La vie est une pièce de théâtre en plusieurs actes, et des scènes différentes dedans.Basse Terre ce n’était qu’une scène, une scène importante certainement dans le sens ou j’aurais investi une énergie vitale très forte dans cette aventure avortée, une scène qui a failli me faire passer de l’ombre à la lumière certes mais qui m’aura surtout rappelée qu’on ne sait jamais rien ,que nous ne sommes rien.

« un grain dans l’univers » proverbe Dogon.

Tu dois cultiver le chemin de l’humilité et du silence.

je reste l’ourse papillon mais je virevolte en silence dans ma grotte ,non ce n’est pas moi qui virevoltesur une ile ce sont mes couleurs qui s’envolent, s’étirent en forme toujours plus simplifiées, toujours plus pures sous mes doigts c’est de cela dont je dois m’occuper.

Me voilà revenue chez moi.

Carolina Diomandé, 26/07/2015

illustration: « sur une ile » série 1 aquarelles et feutres sur papier à grain verni  date: 2013,cette petite peinture a servi pour faire l’affiche de l’exposition «  »dessins,rêves d’Outremer » ma chimère de 2015.

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Samy

samy son histoire

Bon, je suis plombée ce soir ,je préfère me concentrer sur la mémoire, le travail de mémoire pour un pote d’arts….tombé du toit une nuit de pluie…Son histoire fait douloureusement écho à ce qui se passe en France.il voulait créer ici, s’y sentait bien ,était soutenu.Mais ne pas avoir de papiers en règle ronge de l’intérieur il me l’a expliqué: jamais quitter Toulouse,toujours sur le qui-vive, ne pas trouver de travail stable, vivoter, se terrer comme un animal. Samy n’a jamais rien fait de répréhensible…c’était un type habité par l’huile de lin, la dernière image que j’ai de lui, deux jours » avant »… lui, dans la maison de quartier prêtée comme atelier donnant sur la rue, agenouillé et concentré…Tendant une toile sur un châssis de bois, il lève la tète, me sourit, mais moi, je suis pressée :…Saskia,  son bain , le repas à préparer, la vie…Je lui souris moi aussi…Et puis c’est tout,plus jamais vivant je ne reverrai Samy.
je joins son interview paru dans : AUTAN d’accents »mémoire et transmission »; travail collégial édité par la parentèle (fait en atelier d’écriture avec Fred Ducom et des enfants du quartier Arnaud Bernard à Toulouse). Fred est écrivain,poète,fumeur de havanes indocile, et ….tonton de ma fille Saskia.

08/05/2007 blog artistikkkbranleta ,plateforme d’Arte.

9519_samyVoilà ,je rends encore aujourd’hui un hommage à Samy…Ce n’est pas de l’opportunisme non, mais c’est pour moi  l’occasion de dire à nouveau, combien le monde dans lequel nous vivons me dégoute et m’inspire de l’angoisse. J’ai choisi cet article qui date de 8 ans parce qu’il parle d’un pote (je ne vais pas travestir la réalité pour l’art,ce n’était pas un ami proche), un homme de » bien » comme l’on en croise tous sur notre route et qui vous marque à jamais. Je sais de quoi il est mort, et c’est tellement con, tellement dérisoire que cela me met en colère encore maintenant : de ne pas avoir pu vivre ici en France. Est ce ainsi que j’ai envie que mes neveux ,nièces ,élèves vivent ? Non.

Alors, vous allez me dire : » mais de quoi tu parles Carolina, nous sommes tous atteints aujourd’hui dans notre chair parce qu’on s’est attaqué à notre bien le plus précieux, la liberté d’expression »……Alors à cet instant, j’esquisse un pauvre sourire en guise de réponse car j’ai vu, j’ai entendu, j’ai senti dans mes narines sensible les remugles fétides d’un discours caché sous l’indignation générale….Cet amalgame permanent, vicieux entre les musulmans(dans leur ensemble) et cette frange immonde et radicale qui se nomme le terrorisme.

– » putain, Caro, tu délires là, tu fais la fine bouche, c’est super ce qui se passe cette communion :nous sommes tous Charlie.., non ? »

Excusez moi d’en douter. Le doute est foncièrement dans ma nature, il me permet de ne jamais me suffire de la sauce que l’on me tend à grand renfort d’humanisme clinquant et prêt à porter, cette pensée de masse qu’on voudrait me faire bouffer. Ce doute foncier me permet de toujours vouloir aller plus loin dans mes connaissances, mon art. Il me rend vivante,mobile et humaine….et chieuse aussi!

la couleur sauvera le monde?

Oui j’espère…

 

je dessine…..je te montre?

Ce sera une nouvelle entrée du blog. Elle est nécessaire maintenant avec toute la production engrangée dans mes cartons à dessin. Moi, faire du dessin, et tous les soirs en plus, sans discontinuer….Depuis maintenant presqu’un an, oh c’est sur en soi cela n’a rien d’extraordinaire pour une plasticienne, sauf que…j’ai une relation conflictuelle, voir auto destructrice avec moi même;J’ai parlé ici et là de mon enfance ,de comment j’ai grandi comme une graine sauvage et acharnée à pousser malgré les épreuves.Le regard de ma Mère n’a pas été bienveillant ni constructeur; Il fut tout au contraire destructeur,déstructurant le plus souvent… absent. J’ai essayé en vain de lui faire dire pourquoi ,pourquoi donner la vie et ensuite s’en foutre de la sorte,se protéger en mettant sa progéniture au « front »…J’ai fait ,je suis entrain de faire le deuil d’une réponse , il n’y en a pas ,il  y en a trop ce qui revient au même.

J’ai cinquante et une pige maintenant, je ne vais pas m’accrocher aux jupons de ma mère jusqu’au bout, tant pis.Ma famille maternelle n’est pas très « accueillante « ni chaleureuse .Nous venons du nord et ça frise un peu la caricature à la Brel. Ayant étudié une année durant la psychogénéalogie, j’ai bien observé mon arbre surtout coté maternel, coté paternel je manque cruellement de ressources suffisantes. Ce qui ressort nettement c’est la récurrence d’un sens du devoir très rigide, avec une propension à réaliser à chaque génération le rêve de mon arrière grand-père Gustave le militaire par dépit :il voulait devenir instituteur….De fait, à chaque branche il y a des enseignants d’abord sa fille qui a fait du piano plusieurs heures par jour de cinq ans à dix huit ans (elle était semble t il très douée et se préparait à embrasser la carrière de musicienne classique) ,c’était sans compter avec le coupeur de rêve familial : »tu seras enseignante ma fille, plus d’église plus de musique ».Adorant son père, elle a obéi… Et, ça a continué jusqu’à ma cousine Joh et moi;sans compter ma sœur éducatrice de jeunes enfants (sans passion).Ah oui…Mon père était également enseignant ainsi que l’une des mes demi sœurs Kouity.

D’accord c’est une entrée en matière un peu longue, mais elle est importante dans mon parcours de merde.Je n’ai plus envie d’évoquer mon enfance…De dix huit à vingt six ans , j’ai essayé de m’annihiler. Puis malade j’ai décidé de m’accrocher découvrant que la vie et bien on en avait qu’une. Dans un état second j’ai choisi la voie de l’enseignement (sans regret j’adore le monde de l’enfance ,de l’adolescence ,ma déesse c’est Louise bien sur mais il y a une place pour Françoise Dolto chère à mon cœur, et qui fait partie de ma construction intellectuelle).

Tout ça avec une passion enfantine pour l’art qui n’a jamais bougé d’un iota….c’est presqu’une obsession vitale inexplicable.Je ne me suis jamais donné le temps (sauf pendant mes années de squat ou j’ai vécu ma « vraie vie »…ah bon le reste du temps c’est une fausse??) de travailler de manière régulière comme un bon artisan ,une danseuse qui fait ses barres tous les jours car oui c’est ça la peinture. Rien de sérieux ne peut se faire sans travail acharné et plus ou moins régulier, je l’ai toujours su. Cela me faisait souffrir oui, mais je n’avais jamais le temps nécessaire : mon travail alimentaire que j’ai toujours fait avec conscience, les problèmes de santé qui m’ obligent à respecter un rythme de vie strict ,régulier ,des soins, des visites incessantes chez divers spécialistes(tout ça prend du temps et beaucoup d’énergie).Et la cerise sur le gâteau , une maternité tardive difficile et passionnante. J’ai consacré tout mon temps à Saskia les premières années de sa vie, et j’en suis heureuse….Oui et donc tu peins quand?

Et bien …..pas souvent ,par éruption compulsive mais heureusement en 2006,  j’ai découvert l’art digital qui se met en oeuvre rapidement ,ne prend pas de place. Cela m’a ouvert la porte du networking ,du blog ce fut une très bonne chose car c’est ainsi que j’ai rencontré un minuscule public ,c’est énorme pour un créateur d’avoir un retour même modeste , le fameux « regardez moi  » du blog artistikkkbranleta!

Maintenant que j’ai découvert la fatalité familiale ,je peux m’en préserver j’apprends à me faire plaisir de manière « égoïste », intime, je fais de la méditation des étirements seule, j’écoute ce corps déjà usé qui veut vivre. J’écoute enfin mes rythmes secrets, remettant à demain le linge sale ,l’administratif pour dessiner.Je n’ai pas l’impression d’aller mieux mais je vais mieux,ça sort de moi à un rythme régulier comme le ressac des vagues,comme la lune qui croit et décroit comme mon souffle irrégulier,pleinement en vie. Avec ses petits dessins qui s’amoncellent prennent sens par leur nombre ,me submergent de  douceur.Aucun retour pour l’instant? Je relativise car je travaille c’est l’essentiel.

Un dernier point sur le « comment » ,je travaille .Seulement le soir (pour l’instant!) ,pas dans mon bureau non , mais dans le fumoir en compagnie de mon amoureux qui prend des photos ,regarde des vidéos ,discute de tout et rien avec moi. Je dessine assise sur une chaise avec le carton sur les genoux, dans une position très inconfortable je sais mais je me sens bien ainsi (c’est ma kiné qui n’aimerait pas me voir recroquevillée comme ça).Je suppose que cela doit avoir du sens cette façon de faire ,mal installée dans un coin…Pourtant mon trait est ferme, les couleurs fusent et je m’éclate. Je pense que bientôt je m’autoriserai une table pour poser mon carnet de croquis là je m’excuse encore de faire ça et pas quelque chose d’utile aux autres…… N’est ce pas ,Cendrillon ?

dessin aux feutres sur papier à grain vernis;N°5/78 de la série 1.
dessin aux feutres sur papier à grain vernis;N°5/78 de la série 1.

dessin du 28/08/13 c’est donc le début de la première série qui est achevée, ( actuellement je travaille sur la série 3b que je viens de terminer: 36 dessins) sur la série 3 en cours, plus la 3K et la série « betty page » ……il n’y a pas de série 2. C est « logique »!

J’ai commencé à travailler régulièrement pour faire les décors du spectacle de Saskia et puis Seb mon beau frère m’a offert en août des feutres de la marque faber castell(la Rolls des feutres, une merveille).Et là j’ai commencé à dessiner sans me poser la question du sujet, du sens juste ma façon obtuse de voir et de vivre de survivre….J’écrivais déjà sur Arte ceci et je persiste dan ce sens:

 

NOCH :
encore
NICHT :
rien
SEIN :
être

N’être encore rien , c’est se donner tous les possibles. Je défends ardemment cette idée,dans ma chambre obscure. Je  » révèle » mes secrets au monde aveugle et sourd.
La peinture est d’abord un ensemble d’éléments plastiques choisis, et disposés, couleurs, fond, forme, lumière, espace….l’art est conceptuel par essence.

Imprenable

Une série de « dessins »numériques,sur le thème de la chair…le premier.

14243_imprenableLe premier d’une série….;Pas vraiment parce que le thème de l’étreinte me taraude depuis très longtemps, les années de fac on peut dire donc à peu près …..30 ans! Sauf qu’ici je prends l’étreinte sous un autre angle psychologique ,avec une autre approche, ce n’est plus l’étreinte « entrain de se faire » si je puis dire,  mais l’étreinte qui ne se fera pas parce que l’un des protagonistes n’est pas ouvert à la proposition charnelle, préoccupé par quelque chose sur le sol (on ne saura pas quoi ,la tète qui n’a pas d’importance est hors-champ). Malgré tout celui ci offre pleinement à voir son postérieur… C’est aussi l’éternelle histoire de ceux que je nomme les hystériques mais pas dans le sens psychanalytique non c’est juste une forme d’amour démesuré de soi qui fait qu’on affiche de manière permanente  une attitude séductrice exubérante,  pour finalement se refuser ,s’esquiver au moment crucial. Cela me parle ,j’ai connu ce type de personnes tous sexes confondus et bien souvent des hommes malgré ce que la morale pourrait nous induire à penser. L’allumeur existe ,excite les convoitises puis se drape mollement dans sa dignité effarouchée.Let’s go!

Voilà pour ce qui est du fond, pour la forme j’expérimentais là des fonctionnalités du logiciel ArtRage qui est vraiment complet et destiné aux peintres et dessinateurs ,on s’y croirait….Tellement que je pense que tous ces croquis numériques faits avec le stylet sans regarder ma main pendant toutes ces années privée d’un endroit pour travailler mon art, m’ont permis de retrouver le chemin du » pur » dessin, celui que j’exerce de nouveau chaque soir et dont je vous parlerai bientôt…J ‘ai beaucoup à dire sur cette métamorphose personnelle ou » comment arriver à cesser de « s’auto-punir » en faisant toujours son travail , son devoir et découvrir le sens d’une vie qui s’autorise un morceau d’azur brulant ,une bouchée de nuage moelleux qui vous tire vers le haut ,vers les aspirations les plus intimes ,et finalement les plus légitimes….non?

Masako, petite bouche grenat, épisode n°5

 

« Je  la regarde, du coin de l’œil, elle se cache au fond de la pièce, tremblante. Je sens  toujours, ses petits os pointus contre ma chair, elle s’est couverte d’un ample kimono .Un kimono tout simple, gris souris, avec de fines, d’infimes rayures argent, elle se terre dans ce coin ombré de la pièce, j’entends son souffle affolé. Je désire cette petite bouche grenat au gout de sang. Limpide Masako, je brulerai ta peau diaphane, livide, sous les rayons lunaires.

Comme je te hais. Viens là… »

30458_vig-homepageJe me sens étrangement sereine aujourd’hui comme si le film de ma vie s’accélérait en s’adoucissant prenant des teintes plus mordorées ,jubilatoire .C’est la raison pour laquelle je ressors ce texte aux accents de pure et délicieuse cruauté.

Parce que l’Art  ce n’est pas la Vie

L’art ment?

Moi je trouve cela plutôt charmant!

c’est arrivé tout seul…

j’ai peint cette toile au cœur de la série du deuil.en fait, j’avais une furieuse envie de peindre mais je me posais la question du sujet.Alors,j’ai tout « lâché »,et c’est « ça « qui est sorti.C’est la matrice fondatrice de mon travail des années 90 ;cette sorte de coulure de lave,organisme mou ,du corps (glauque et suintant) de toute manière,plus vu de l’intérieur que de la peau.Pourtant,l’intérieur du corps n’est pas très coloré,je dirais même gris,si l’on fait abstraction du sang….

20623_c_est_arrive_tout_seulJe me relis là et… j’ai un peu envie de rire .Pourquoi? Parce qu’il y a  vraiment un lien entre peindre ,chier et vivre .Quand je dis de manière naïve   : « j’avais une furieuse envie de peindre ….et puis j’ai lâché « ça »…… »C’est d’une telle évidence .Il est clair que quand j’écrivais ces articles dans artistikkkbranleta le blog de la folle , je ne me relisais jamais ,j’écrivais dans l’urgence ,jouissant d’un médium nouveau de communication,donnant beaucoup trop de moi sans réfléchir.Mais il n’y a pas de place dans ma vie pour les regrets.Ce serait maintenant je ne m’ouvrirais pas de la même manière mais bon j’ai un tempérament généreux ,je ne calcule pas.

Comment vous dire ,comment vous faire comprendre (parce que c’est bien le but de ma présence ici ),j’ai abandonné l’idée d’être « découverte » , »choisie », « élue » par un grand mécène japonais ,ça y est je grandis un peu ,je n’attends plus le prince charmant  .Par contre, parler de l’acte de peindre ,de faire , je pense que cela peut intéresser quelques lecteurs.Cette toile a été peinte dans des circonstances dramatiques.C’était l’automne 1994 ,je venais d’apprendre le décès de mon Père en Cote d’Ivoire…loin de moi.Je l’attendais depuis…30ans ce Père charismatique ,ombrageux ,beau ,brillant grand absent de ma vie.Sa mort fut pour moi comme un cataclysme ,une perte irréparable ,absolue ; je suis physiquement tombée malade très gravement , je voulais sérieusement le rejoindre et puis…..le Rêve est venu (article « le rève fondateur » dans ce blog) ,je me suis redressée.J’ai décidé de continuer le combat.Ce combat  ne pouvait se faire qu’avec mes seules armes :les pinceaux ,et moi qui peignait des « belles images « depuis ma jeunesse  .J’ai abandonné toute forme  de décision ,j’ai plongé en eau trouble ,sans savoir si j’allais m’en sortir, cette série du deuil est née ainsi ,ma première série ,digne de ce nom.je les ai tous ces tableaux ( peints sur bois sur vieux cartons ,la plupart en mauvais état de conservation avec tous mes déménagement )…. Je ne les ai jamais exposés ,pour quoi faire ? je ne peux les vendre ces tableaux maladroits ,ternes mais emplis de toute ma substance ,de toute mon envie de vivre malgré TOUT .Celui ci en particulier , »c’est arrivé tout seul »…quitte le champ du figuratif, du narratif ,de l’esthétique pour me faire pénétrer dans les méandres de mon cerveau droit,de mon empreinte génétique ,de mes racines enfouies,de mes peurs ,de mes dégouts ,de mon perpétuel questionnement sur la Vie .j’ai mis beaucoup de temps à le faire ce tableau blafard,c’est mon gros bébé laid et taciturne ,comme je l’aime.il m’a tellement apporté que je continue encore aujourd’hui à peindre à partir de cette matrice là.(notamment l’interminable série pour mon ami Pixel bleu décédé l’an dernier,et merde ce con )

Fouille ,fouille dans tes viscères Carolina,cherche ,cherche les filaments gluants ,tranche les liens toxiques,tourne autour de l’informe c’est ton domaine.Les marchands du Temple ne sont pas près de te voir parce que tu travailles l’invisible ,l’indicible.

Mais ….tu n’es pas seule.

Abel ou l’exaltation d’ètre en vie

Une fois n’est pas coutume…Je ne partirai pas d’un ancien post aujourd’hui,c’est impossible de se pencher sur le Passé ,le Présent est trop prégnant ,trop intense ,trop magique pour ne pas y puiser mes mots. Je vous présente donc une de mes dernières créations d’après un tableau de Bellanger ,un peintre pompier je pense…qu’importe.comment vous dire tout va si vite , si doux ;je travaille comme une acharnée comme jamais cela ne m’était arrivé jusqu’ici ,même pendant mes périodes squatt (et oui à l’atelier il fallait y aller ,ici ,dés qu’une envie me prend tout est sous la main,l’ordi  est allumé ,la tablette clignote d’un bleu pale,les tableaux sont étalés sur le deuxième bureau ,les toiles trainent au sol ,Rosi la chatte s’y assoit avec délicatesse colorant ses poils de fesse en turquoise…il y a comme un vent de folie dans mon cœur ,dans ma tète ça bouillonne et j’ai du mal à faire des nuits complètes mais cela ne me gène pas car   je suis envahie d’envies ,d’idées ,d’images ,je me lèverais bien à  4h du matin pour mettre en œuvre les jaillissement tempétueux de mon cerveau droit . Alors je sais ,cela peut paraitre excessif et déplacé (c’est vrai je passe sans nuance de la tombe ou nirvana ),cela peut paraitre vain et ridicule ;je m’en moque.J’ai cinquante ans de vie sur cette terre ,j’ai plié la tète si longtemps sous les coups du sorts ,la haine ,l’indifférence des autres,la solitude ,l’étrangeté qui ne m’a jamais quittée ….la maladie qui partage ma vie depuis plus de la moitié de mon temps passé sur terre.Aujourd’hui je suis toujours désespérée de l’état du Monde ,de la cruauté  des hommes…et pourtant ,j’ai choisi,sciemment ,après de longues réflexions ,de lourdes larmes noires, d’y croire ; je suis têtue et pugnace ,ceux qui me connaissent dans la vraie vie le savent !

Pourquoi j’ai choisi Abel ?

artistikkkbranleta-abel2

petite numéro 11 (ou début)

J’ai très mal en ce moment
des maux nouveaux
des mots nouveaux
il faut donc encore retirer
une peau,creuser avec les ongles
jusqu’au sang.
déterrer plus profond32347_petite11
sortir toute neuve
toute vive
comme une Ferrari rouge
qui brille
qui brille
qui brille….
je suis une fille.
la petite n° 11 m’a beaucoup apportée,elle signifie beaucoup pour moi.j’aurais pu la nommer « début ».

J’ai remarqué que presque tous mes textes utilisent le mot corps et/ou souffrance….Il se trouve que physiquement après une rentrée : pas du tout en fanfare , totalement déconnectée par la douleur physique .Il se trouve qu’ aujourd’hui , je vais carrément mieux ;mon dos est assez silencieux ,mes genoux se comportent de manière correcte avec le reste de mon corps , je marche sans boiter (je boite mais cela ne se voit pas ,c’est un boitement intérieur,d’où la douleur qui se répercute ailleurs dans le dos ,les lombes ,effet du déséquilibre permanent) .Pourtant ,je ne me sens tout aussi minuscule que dans les jours les plus sombres ,sans devenir ,sans visibilité ,sans rayonnement…; »sans »….. , »en reste » ,…… »à coté de la plaque »…….. « inutile »……. , »inintéressante »……….. voir ….. »minable » , si j’osais .Je sais bien pourquoi .Tout a concouru dans ma vie à me mener à « ça » ,ce constat amer et bref ,sans appel,ces ailes noires qui forment un trou noir autour de mon buste ,qui m’empêchent de rire en cascade et sans objet.

Je vais vous raconter la dernière de ma génitrice ;ma fille est allée en Bretagne avec elle en famille pendant les vacances.Celle ci (ma fille)  ,est revenue enchantée mais m’a quand même dit un truc qui l’a dérangée ,un truc qui est arrivé pendant le séjour , et dont elle avait besoin de parler avec moi…C’est au sujet de sa grand-mère ,c’est au sujet d’une phrase qu’aurait dit  ma mère à son frère et  sa sœur (mes oncles et tantes) ,quelque chose me concernant;Mutti aurait donc parlé de moi ,de mon enfance (Saskia buvait ses paroles ,elle veut tout savoir et comprendre  de cette mère triste,aimante,étrangère au monde de ces copines)…Elle aurait dit que franchement quand je parlais de mon enfance ,j’en rajoutais une couche ,que j’exagérai ,que je déformais , dramatisais, et tout le monde de la conforter dans son sentiment de bonne mère qui « a tout fait » pour sa progéniture et qui se fait bouffer par sa fille ainée ,la méchante garce ,de manière  injuste, et cruelle….Je ne l’ai pas montré à Saskia mais intérieurement , je me suis décomposée littéralement .

Ainsi donc, elle s’acharne la mère ,elle veut absolument porter le suaire rutilant de la victime expiatoire ,me charger à mort ,devancer mes plaintes en minimisant mon vécu .Symboliquement ,une seconde fois(?) elle m’assassine,me nie ,me renie ;elle n’abandonnera donc jamais cette vieille folle ,hystérique ;

Depuis ,je suis vide très faible (ma tension ne dépasse pas 9 ) , la médecin m’a demandée comment je faisais pour continuer…. ben quoi ,comme d’hab .J’essaie de mobiliser mes forces mais je ne sens plus rien en moi ,qu’un grand vent de colère et de désespoir .Il faut que je lui tourne le dos que j’arrache ce cordon empoisonné avec mes dents ,même si c’est sale.Je le ferai.

Parce que je veux vivre.

Vivre et foncer tout droit ,loin devant ……comme une belle Ferrari « rouge scarlett »,carrossée et brillante.

Et sourire pointu comme une lame ,voir l’autoportrait….

Femme,corps

de la série « kitchen paintings »,un tableau sur bois,acryliques,et vernis.2007. thème tant aimé:le corps;le corps féminin,mon corps .

25985_femme_corps

Il fait chaud , bien à l’abri dans l’atelier , j’ai pioché ce travail qui ne m’appartient plus .Je l’ai offert à Émilie.il convient bien à ce jour d’ombres et de lumière.

Nous pourrions convoquer la représentation du corps féminin qui m’obsède depuis longtemps mais que j’ai abandonnée au profit de l’invention de corps,improbables, multiforme,asexués,mes bitteballerina,nicht ,noch sein ,qui va dans le sens d’une peur de la représentation de ce qui existe,de mon envie de liberté ,de ma fascination pour le monstre en soi.Malgré tout ,le corps continue de me tenailler ,de m’empoigner la tripe ,il est là toujours ,je suis un corps .Quelle relation avez vous avec votre première maison,votre havre ou votre enfer? Quelle relation avez vous avec le corps de l’Autre ,des autres ,de la foule ce grand corps amorphe et parfois hystérique qui moi ,me terrorise;le corpus ,l’objet…..Au Japon ,il y a très peu de représentation du corps dans son entier et pourquoi ?Et qu’indique cette obsession du corps parfait ,lisse ,sans poil ,en creux,dominé,asservi qui peuple nos magazines ,hantent la tète des petites filles (la mienne m’a dit détester ses cuisses qu’elle trouve  : »grosses et répugnantes « ,elle a neuf ans….).Toutes ces questions……J’ai faim!

Je suis partie en vacances à Biscarosse entre mer et lacs d’eau douce.cela faisait longtemps que cela n’était pas arrivé et j’en ai vu des corps , presque nus .J’aime décidément les corps pour ce qu’ils sont,les bourrelets,les petits ventres d’enfants,les poils qui s’échappent,les peaux de toutes nuances,tartinées d’ huile solaire,ensablées ;Mais je me suis éloignée de ma vieille attirance pour la première fois…. : j’ai dessiné sur le motif des pins aux troncs mauves dans la lumière  enflammée de fin de journée ,j’ai essayé de capter l’âme des lieux,la structure presque géométrique ,de ces landes que j’affectionne ou j’aimerais finir mes jours,chauffer mes « vieux » os (ce vœu date de 1986 ,un jour  avec mes potes on est partis boire du blanc et bouffer des huitres à Gujean- Mestras ,je leur ai dit ça ,ils m’ont traitée de pauvre folle :penser à ses vieux jours pendant ces folles années ,c’était presque….provocateur et risible , mais je n’ai pas peur du ridicule et je suis tenace dans mes désirs,très tenace).Oui , il se passe vraiment des choses dans ma vie d’embryon d’artiste,dessiner est pour moi difficile ,cerner le trait ,le contour des choses,discriminer,tracer; et j’y suis arrivé ,même si ces quelques croquis ne valent pas un kopek ,pour moi ils signifient l’espoir,l’ouverture,le renouveau ,l’enchantement devant le monde(c’est beau un paysage….c’est une fenêtre ouverte…..) je n’ai pas fini avec tout ça,les perspectives s’étirent à l’infini ,nicht ,noch sein…..nicht noch sein,le plus longtemps possible!