réparation….suite

Il y a quelques années j’ai acheté une petite poupée en tissu pour Saskia ,c’était un jouet en provenance d’Allemagne assez onéreux et fait main.J’ai beaucoup apprécié ce jouet ,plus que ma fille finalement qui n’a jamais tellement joué avec les poupées…

De  nombreuses années auparavant ( une  cinquantaine à peu près!) je possédais moi même  un poupon en tissu, fourrure et papier mâché pour le visage. Je me souviens très bien de cet objet c’était un esquimau avec capuche en vraie fourure, petit costume folklorique.Ce poupon ne me quittait jamais, je suis sur une photo avec mon oncle « frère » préféré Maurice, le poupon est là et je le serre contre mon cœur.

Je ne sais plus pourquoi mais j’ai détruit rageusement ce jouet auquel je semblais très attachée ,cette scène qui est ancrée dans mes souvenirs je l’ai narrée ici:

https://lapeintresseka.wordpress.com/2013/10/04/puppa-58-puppa58/?

Ma vie n’a pas été très satisfaisante enfant, je pense que je faisais ce que je pouvais pour survivre et c’est tout.

Maintenant en ce deuxième jour de 2016, je me rends compte que j’ai enfin rattrapé le fil de mon destin et que je peux sortir du labyrinthe pour faire sur cette terre ce que je dois accomplir. Bien sur cela pourra paraître à certains d’un grand ridicule (cette idée de mission) je m’en moque. J’ai besoin d’être étayée, de donner du sens à « tout ça », ce « tout ça » nauséabond qui nous afflige, qui nous attaque, qui nous empêche de vivre sereinement. Lors de mes recherches j’ai découvert que certains artistes veulent s’exprimer pour se faire connaitre, d’autres pour faire passer un message, d’autres encore sont avides de dollars…Je m’inscris dans un mouvement qui n’existe pas « à proprement parlé » ,une vague profonde venue du fond des ages celui des artistes soignants qui se rapprocheraient plutôt des chamans, des magiciennes ,des sorcières.L’art est merveilleux il est noble et modeste ,se niche partout même en camp de concentration (zoran Musil).

Je n’ai pas de limite dans mon désir de faire, de fabriquer, de donner.

Revenons aux poupées de tissu que je couds entièrement à la main,point après point d’abord le surfilage puis la broderie et enfin l’assemblage;On m’a demandé pourquoi je ne les cousais pas à la machine car cela irait plus vite mais j’ai dit non parce que je veux que l’objet émerge doucement de mes mains point après point comme l’homme l’a toujours fait, je me moque de la productivité et de la rentabilité.Cette poupée ,ou doudou d’Âme doit être le fruit d’un long processus d’amour pour ce que je fais ,d’amour pour les autres.Je ne suis pas très douée pour exprimer mes sentiments alors je fais mes poupées ,je les distribue (et je vais également en mettre en vente sur ma boutique Etsy).

J’ai élaboré toute une stratégie autour de ces entités remplies de ouate ,de chutes de tissu.Aussi ce travail s’inscrit naturellement dans mon projet « Réparation ».Je modèle d’abord des petits cœurs en argile avec mon monogramme gravé, ces petits cœurs sont gardés dans une poche de soie noire avec mon pendule.J’y travaille régulièrement, quand un doudou est terminé et que je suis en train de l’emplir de ouate je mets dedans un des  cœurs que je numérote (là par exemple je commence ma deuxième série de 22 doudous en référence au Tarot), je le ferme et je le magnétise afin qu’une partie de mon amour parte avec lui, je le nomme et lui attribue certains dons.C’est absurde et mystique c’est ma démarche et c’est tout.

Lors de mes études j’ai beaucoup aimé le mouvement d’art féministe qui valorise des matériaux et pratiques dites féminines, j’ai été fascinée par les oeuvres molles celles d’Annette Messager,celles de Louise Bourgeois, pour ne citer qu’elles.Je m’inscris complètement dans le mouvement d’art textile mais sans me limiter à ce moyen d’expression (les limites je n’aime pas ça!).

C’est simple ,depuis que je couds tous les jours (je n’ai pas dérogé à ma manière de procéder depuis 2013): » travailler chaque jour un peu ».Je me sens remplie d’exaltation, de tendresse, j’ai l’impression que ce médium modeste et laborieux est fait pour moi. De plus je me mets en phase avec Blanche Mélanie Villeroy la mère de mon arrière grand père maternel.Cette dame exerçait la couture avec beaucoup de gout. Anecdote: Blanche se fournissait en colifichets et autres à la maison de couture » Krepatt et Strauss » sise quartier des Halles à Paris. C’est dans cette maison de couture que ma mère exercera le métier d’acheteuse, c’est dans cette caverne d’Ali baba qu’elle m’emmenait les jours ou elle ne pouvait pas me faire garder par la nounou, et c’est à cet endroit que mon cœur s’est définitivement entiché des rouleaux de soie multicolores, des taffetas,des boutons de nacre ,et autres breloques merveilleuses;

Que le monde tourne rond pour que l’on soit bien dessus…..A bientôt!IMG_4598IMG_4618IMG_20151130_134025-2je vous présente Boubacar à gauche avec son doudou à la main,il appartient à mon amoureux et Edouard envoyé à un ami qui se bat courageusement contre la maladie….

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Zabou et moi

Cet été j’étais épuisée et exaltée par mon travail quand Zabou une amie  de longue date me propose de venir à Langon étant de passage sur Bordeaux;J’acquièse avec un grand plaisir et un petit fond d’angoisse tout de même (une rencontre  est toujours stressante pour moi ).

Petit retour en arrière, nous sommes dans les années 90 j’habite la région parisienne et je me sens seule, très seule…Jeune mariée, jeune prof non titularisée je suis insatisfaite de la tournure que prend ma vie sans « peinture » sans création.Un nouveau magazine sort en kiosque « Nova magazine » vraiment représentatif de l’époque épique que furent ces années que l’on qualifie de « grunge » aujourd’hui.J’achète le magazine et décide d’envoyer une petite annonce : »artiste esseulée cherche autres artistes pour discuter ,refaire le monde si affinités… » ce ne sont pas les termes exacts mais en gros c’était ça.J’ai reçu beaucoup d’appels, certains n’ont débouché sur rien ,d’autres sur des rendez vous chaleureux ou stériles avec bien sur quelques propositions « indécentes » mais pas tant que ça…Zabou m’a appelé pour me proposer de venir à une réunion des « loukoums rebelles » afin de découvrir leurs projets et pourquoi pas faire partie de leur combo féminin .J’ai sauté sur l’occasion, nous nous sommes rencontrées dans un petit théâtre pour voir un spectacle dans lequel La grande Sophie (qui n’était alors qu’une chanteuse à la voix déjà flamboyante mais encore inconnue et loukoum rebelle) chantait.J’ai été convaincue par le projet inspirant ,dynamique ,féminin ,foutraque ,créatif….Quel bonheur que cette rencontre et les suites qui lui ont été données ! Je crois que je n’ai jamais remercié Zabou d’avoir répondu à cette annonce « bouteille à la mer » que j’avais lancé.Aujourd’hui c’est dit c’est fait : »merci ma Zabou » de m’avoir ouvert la porte de votre monde, cela a transformé ma vie…

Tout ne fut pas facile, les réunions se passaient dans un bar près de République ,j’étais abstinente d’alcool depuis pas longtemps et je voyais les autres descendre leurs demis avec nonchalance.Mais ce n’était pas un rendez vous pour picoler,chacun développait ses idées, afin de construire les fêtes saisonnières que nous organisions, écrire les articles pour la « bèta » notre fanzine.Je rentrais très fatiguée (moi je prenais le train pour retourner en banlieue avec le boulot en collège le lendemain).Je rentrais souvent énervée de ne pas avoir pu exprimer mes idées comme je le voulais par timidité ,cette timidité dévorante qui m’a toujours empêchée de vivre tranquille et qui rend chaque échange réel avec les autres si pénible.Et puis les années 90 sont des années de lutte contre la maladie sans médicaments avec la mort en ligne de mire présente à chaque instant (comment partager ça avec les autres ,je n’y arrivais pas ou très mal,cela me coupait du monde un peu plus). Mais Zabou m’avait contactée ,elle m’avait tendu la main et je ne pouvais revenir en arrière.

La suite? Nous avons exposé ensembles au bar lesbien ‘les scandaleuses  » dans le Marais , nous avons partagé un magnifique atelier loft dans ce squat mythique de Belleville ,le lycée Diderot dit « Pole Pie », nous avons vécu des fêtes superbes colorées avec les Loukoums dans des lieux parisiens (tel que « l’archipel  » ou le « fahrenheit ») et ailleurs ,en Bretagne notamment.Puis Zabou a tracé sa route ,elle est partie avec un camion a tout quitté pour la vie « d’artiste ».Pour ma part  j’ai continué à travailler j’ai passé le Capes un peu déchirée entre l’envie de vivre à cent pour cent la vie de bohème et celle de gagner ma vie pour garder la tète droite malgré la maladie et pouvoir me soigner, j’avais besoin de sécurité.

Nous nous sommes retrouvées par facebook et nous avons retissé les liens. L’une et l’autre avions mûri, avions cheminé sans lâcher l’essentiel : la création, quel bonheur. Aussi lorsqu’elle m’a proposée de venir me voir j’étais super heureuse malgré les appréhensions d’usage; Nous avons convenu d’une date en juillet. Je suis allée la chercher à la gare, le train est arrivé à l’heure, j’ai regardé les passagers descendre ,la boule au ventre ( c’était amusant parce que j’étais émue comme lors d’un premier rendez vous amoureux!), et elle est apparue, toute menue , gracile dans une robe de coton à joli motif un peu ancien, les cheveux courts légèrement en bataille, le même sourire vrai, les même yeux fendus de chat malicieux.

« tu n’as pas changé!!!……Toi non plus » et nous nous sommes fait une grosse bise avec étreinte solide des deux bras.Après…Nous sommes allées à la maison, je pensais lui faire visiter mon jardin que j’adore mais nous sommes restées deux voir trois bonnes heures enfermées dans mon bureau atelier à parler,parler…de quoi? Un peu de nos vies, du passé mais surtout de ce qui nous animent toute deux avec la même force, nous avons causé de peinture en regardant son énorme « book » sous forme de livre et mes dessins quotidiens.Le temps a filé si vite ,nous avons juste bu un verre d’orangeade dans un grand verre car il faisait chaud, assises l’une en face de l’autre observant avec attention soutenue les travaux de « l’autre », tout ça assaisonné d’anecdotes vécues, de nos douleurs présentes ou passées, de considérations sur l’art, le corps, le féminin, le vert, les grenouilles, l’abstraction vs le figuratif emmêlant nos propres vies à nos traits de pinceaux.

C’était bien ,mieux extraordinaire, adorable, enrichissant. Et puis ce fut l’heure du train et nous nous sommes quittées ne se promettant rien : la vie sait ce qu’elle a à faire et il est certain que nos chemins se recroiseront.

Il se trouve…..Que je n’ai pas beaucoup de force en ce moment et que je me protège en étant plus discrète qu’à l’accoutumée….Mais j’ai en moi ,les mots de Zabou ,ses merveilleuses couleurs rutilantes brillantes ,expressives et singulières, j’ai son regard bienveillant, ses doutes aussi sur notre passion si forte et si difficile à vivre parfois.

Nous sommes accrochées solidement à cette cordée commune et aujourd’hui mes mots résonnent encore plus fort, oui

plus forts.

travail en techniques mixtes que j’ai trouvé posé sur mon bureau à l’atelier de Belleville fait par Zabou pour mon trente quatrième anniversaire !….1997.
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mandala

Je ne viens plus ici, je suis là-bas…Dans des terres lointaines ou je puise la force de donner plus que j’ai. Comme vous le savez depuis maintenant deux bonnes années je pratique la méthode « tu dessineras tous les jours » ,quoiqu’il arrive, dos bloqué ou pas ,jambes raides ou souples, j’avance me donnant parfois l’impression d’être un cheval de trait qui laboure son champs avec obstination jusqu’à la mort, parce qu’il ne sait rien faire d’autre et parce que c’est son destin.

Il faut le dire, maintenant avec le recul (presque trois années ce n’est pas rien), je n’ai rien trouvé de mieux pour accéder à ma création. Je ne crois pas (plus) à l’inspiration qui est sensée nous « visiter » comme la grâce divine !!! Lisez les textes des « grands » tels Cézanne,Dubuffet ,Picasso,et surtout Matisse qui était un travailleur infatigable et que j’admire rien que pour ça ,plus pour tout le reste. Leur premier secret:  un travail acharné…..Maintenant il suffit que je me penche sur mes différents dossiers de dessins bien rangés ,mes croquis numériques (même si je ne les montre plus je continue à en faire) et j’ai de la matière pour trente ans; C’est confortable ,rassurant, c’est harmonique. Il se trouve que ce labeur acharné et solitaire porte de beaux fruits et ça c’est la cerise sur le gâteau (bon ce n’est pas très fin je sais).

Le 04/04/15 j’ai participé à la fête des couleurs « Holi » organisée par une amie qui pratique avec grâce la danse indienne et qui professe aussi son art avec autorité. J’ai tenu l’atelier Mandala ,pas question ici de faire du coloriage ,non….J’avais dessiné la veille un grand mandala au feutre noir sur format 100 cm sur 100 cm, je l’ai dessiné en pleine conscience avec toute mon âme de travailleuse de l’image. Le jour dit je l’ai posé sur une table et j’ai proposé aux personnes qui s’approchaient de venir le mettre en couleur avec moi au moyen de morceaux de papier de soie que nous collions sur le papier blanc…Neuf heures ont passé (vite ,très vite) ,le Mandala a pris vie ,et nous l’avons illuminé avec des petites bougies, faisant un souhait comme cela se pratique en Inde ,la différence étant que ce Mandala n’a pas été dispersé et détruit puisqu’il était fait sur papier. Mais l’intention était là, la tension était grande, mon émotion immense….

MAndala 4 mandala & MAndalaa

crédit photographique : Dominique  Encognere,photographe professionnel qui m’a autorisée à publier ses clichés sur mon blog ,merci Dominique!

A priori j’étais venue « aussi » pour faire une petite exposition et tenter de vendre quelques dessins ,c’était sans compter avec mon point faible : la confiance que je n’arrive pas à m’accorder… J’ai sorti les boulots vers 16H sans prix ,sans affichage ,sur un coin de table ,certains posés à l’envers….Je n’ai rien vendu , comme c’est surprenant! Mais j’ai beaucoup discuté, j’ai fait connaissance de personnes chaleureuses, curieuses….J’ai baigné dans un climat propice à la joie….C’est si rare.

Neuf heures debout… Le résultat ne s’est pas fait attendre: le lendemain j’ai pu me promener en forêt mais, le surlendemain impossible ou presque de mettre un pied devant l’autre ,genoux enflammés et douloureux à l’extrême, avec en plus de cela un retour d’expérience terrible.J’étais comme une éponge molle ,flasque , remplie de larmes jusqu’à l’os ,au bord de la crise de nerfs….Trop donné ,trop reçu…comme une vague immense ,les émotions m’ont submergées et englouties.Heureusement Karine mon amie danseuse est passée dans l’après-midi, en feu follet qu’elle incarne,souriante ,encore sous le coup de cette fête très réussie. La tète dans les étoiles,elle m’a serrée fort dans ses bras et je me suis laissée aller moi qui n’a pas trop connu les câlins ,le portage quand j’étais bébé. J’ai repris vie et maintenant j’envisage fort de renouveler l’expérience, donner aux autres au moins mon sourire, les écouter, guider leurs doigts malhabiles avec les bouts de papier emplis de colle…Il suffit d’un peu de patience, de bienveillance et chacun se prend au jeu, je ne parle pas des enfants qui eux foncent sans hésiter en demandant toutefois la consigne, souvenir de l’école oblige ! Dans mon prochain billet je parlerai de la deuxième très bonne surprise que le sort m’a semble t il réservée pour Septembre (mais j’avoue n’y croire qu’à moitié) ,le père Noel m’a tourné le dos depuis si longtemps…

je finirai par une citation ,ce n’est pas trop mon truc mais là pour préparer le futur événement je m’appuie sur la lecture ,les lectures ,notamment un petit livre de poche « points-vivre » de Fabrice Midal  « petite philosophie des Mandalas » qui va bien au delà du phénomène bouddhiste ,du phénomène de mode (car mode il y a c’est incontestable ,je m’en fous royalement)…

« Ce qui est essentiel dans une oeuvre d’art, c’est qu’elle doit pouvoir s’élever bien au-dessus du domaine personnel et parler depuis l’esprit et le cœur du poète en tant qu’homme, à l’esprit et au cœur de l’humanité.L’aspect personnel est une limitation, et un péché, dans le domaine de l’art » C.GJung. Je ne partage pas la notion de péché que je trouve trop connoté, trop chrétien mais sur le fond je suis d’accord :les grandes œuvres ,celles qui restent qui nous frappent durablement dépassent forcément nos petits égos hypertrophiés….aller voir Mondrian,Kandinsky, Klee, Rothko, Pollock, Matisse et laissez vous porter par ces œuvres immenses et universelles.

Moi je continue jour après jour mes petits dessins qui formeront peut être un jour un grande rivière…

ci-dessous un travail sur kraft « phase critique » n°11 série 3k du 24/03/14, retravaillé malmené puis marouflé sur bois…il était parmi les dessins que j’exposais…

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la chair

Dans la rubrique   : »je dessine ,je te montre » ,voici l’un des travaux de ma série « betty ». Il s’agit d’un travail de feutres sur photocopie qui sera ensuite marouflée quelque part mais ou je ne sais pas encore ! Ce travail est un peu l’illustration de ma pugnacité naturelle, il y a une bien plus d’une dizaine d’années de cela,  trônaient sur la porte de réfrigérateur de ma sœur des magnets représentant Betty Page .Ces magnets me fascinaient et je les ai pris pour effectuer des photocopies (c’était avant que j’aie un ordi ,une imprimante et tout le bazar qui va avec)Mes photocopies sont très peu précises, à fort grain ,contrastées au maximum, elles sont  » ratées » c’est volontaire. j’étais en pleine période trash je ne sais pas si j’en suis réellement sorti d’ailleurs. Ayant rendu les précieux magnets à Nini ….. j’ai archivé les images.

Je pense que j’ai plusieurs centaines de modèles de photocopies en noir et blanc de toute époque depuis mon adolescence, c’est une obsession, maintenant j’ai un « pinterest  » cela prend peu de place mais c’est moins sensuel.Ah cette odeur de vieux papier ,ce jauni délicat ,cette poussière qui fait éternuer ,j’aime ça….

Nous sommes en 2014 ,je fouille dans mes cartons ,retrouve ces photocopies ,pousse un cri d’extase(j’adore « la » betty) , je me mets à les utiliser avec bonheur.Ce travail est jouissif , ludique. Maintenant que je me suis délestée en partie de la question du sujet ,que j’ose le décoratif ,les motifs ,les couleurs franches ,les aplats je me retrouve à faire du pop et c’est très bien.Enfin ce n’est ni bien ni mal c’est juste un fait.

Je me retrouve avec une dizaine de Betty complètement déjantées aux excroissances colorées qui renforcent la part féminine très cinquante jusqu’à la caricature. Je joue avec le corps de la belle lui cache un sein ,lui fait ressortir les dents ,lui ajoute des antennes de papillon gracile.Mes pin up pop tendance « multiplication cellulaire IMG_2990anarchique » ( ma chair ,mon corps) n’attendent plus qu’une version picturale plus grande .Ce n’est pas pour maintenant car je suis en crise aiguë ,mon système nerveux part en vrille par moment ,je ne supporte qu’avec peine un drap sur l’épaule ,la douleur irradie jusqu’au cervicales en passant par les lombes.Alors faire des grands gestes ce n’est physiquement pas possible pour l’instant ,Betty peut attendre ,elle est restée 15 ans dans un carton.

Ma peinture m’a quittée ,je veux dire que je ne suis plus directement au cœur de mon travail; J ‘ai assez crié je crois et exactement comme dans mes pires cauchemars ce cri est resté muet ,coincé dans ma gorge me laissant épuisée de terreur, de fatigue et de solitude, tellement vain.Je me souviens maintenant de l’amour que j’avais plus jeune pour la peinture enlevée de Toulouse -Lautrec, cette peinture nerveuse,  puissante célébrant les corps en mouvement , les sens. Alors même que celui qui créait cette débauche souffrait d’un physique différent, douloureux….A peindre, et observer vivre le monde la nuit , les filles de joie, la Goulue, c’est un peu de lui dont il parlait … enfin je pense.

Alors » Toulouse »mon ami,  je viens vers toi souriante affamée, et je prends modestement ma part de ce buffet en créant autour de la féminité triomphante,sensuelle ,excitante.

La beauté monstre!

 

 

je dessine…..je te montre?

Ce sera une nouvelle entrée du blog. Elle est nécessaire maintenant avec toute la production engrangée dans mes cartons à dessin. Moi, faire du dessin, et tous les soirs en plus, sans discontinuer….Depuis maintenant presqu’un an, oh c’est sur en soi cela n’a rien d’extraordinaire pour une plasticienne, sauf que…j’ai une relation conflictuelle, voir auto destructrice avec moi même;J’ai parlé ici et là de mon enfance ,de comment j’ai grandi comme une graine sauvage et acharnée à pousser malgré les épreuves.Le regard de ma Mère n’a pas été bienveillant ni constructeur; Il fut tout au contraire destructeur,déstructurant le plus souvent… absent. J’ai essayé en vain de lui faire dire pourquoi ,pourquoi donner la vie et ensuite s’en foutre de la sorte,se protéger en mettant sa progéniture au « front »…J’ai fait ,je suis entrain de faire le deuil d’une réponse , il n’y en a pas ,il  y en a trop ce qui revient au même.

J’ai cinquante et une pige maintenant, je ne vais pas m’accrocher aux jupons de ma mère jusqu’au bout, tant pis.Ma famille maternelle n’est pas très « accueillante « ni chaleureuse .Nous venons du nord et ça frise un peu la caricature à la Brel. Ayant étudié une année durant la psychogénéalogie, j’ai bien observé mon arbre surtout coté maternel, coté paternel je manque cruellement de ressources suffisantes. Ce qui ressort nettement c’est la récurrence d’un sens du devoir très rigide, avec une propension à réaliser à chaque génération le rêve de mon arrière grand-père Gustave le militaire par dépit :il voulait devenir instituteur….De fait, à chaque branche il y a des enseignants d’abord sa fille qui a fait du piano plusieurs heures par jour de cinq ans à dix huit ans (elle était semble t il très douée et se préparait à embrasser la carrière de musicienne classique) ,c’était sans compter avec le coupeur de rêve familial : »tu seras enseignante ma fille, plus d’église plus de musique ».Adorant son père, elle a obéi… Et, ça a continué jusqu’à ma cousine Joh et moi;sans compter ma sœur éducatrice de jeunes enfants (sans passion).Ah oui…Mon père était également enseignant ainsi que l’une des mes demi sœurs Kouity.

D’accord c’est une entrée en matière un peu longue, mais elle est importante dans mon parcours de merde.Je n’ai plus envie d’évoquer mon enfance…De dix huit à vingt six ans , j’ai essayé de m’annihiler. Puis malade j’ai décidé de m’accrocher découvrant que la vie et bien on en avait qu’une. Dans un état second j’ai choisi la voie de l’enseignement (sans regret j’adore le monde de l’enfance ,de l’adolescence ,ma déesse c’est Louise bien sur mais il y a une place pour Françoise Dolto chère à mon cœur, et qui fait partie de ma construction intellectuelle).

Tout ça avec une passion enfantine pour l’art qui n’a jamais bougé d’un iota….c’est presqu’une obsession vitale inexplicable.Je ne me suis jamais donné le temps (sauf pendant mes années de squat ou j’ai vécu ma « vraie vie »…ah bon le reste du temps c’est une fausse??) de travailler de manière régulière comme un bon artisan ,une danseuse qui fait ses barres tous les jours car oui c’est ça la peinture. Rien de sérieux ne peut se faire sans travail acharné et plus ou moins régulier, je l’ai toujours su. Cela me faisait souffrir oui, mais je n’avais jamais le temps nécessaire : mon travail alimentaire que j’ai toujours fait avec conscience, les problèmes de santé qui m’ obligent à respecter un rythme de vie strict ,régulier ,des soins, des visites incessantes chez divers spécialistes(tout ça prend du temps et beaucoup d’énergie).Et la cerise sur le gâteau , une maternité tardive difficile et passionnante. J’ai consacré tout mon temps à Saskia les premières années de sa vie, et j’en suis heureuse….Oui et donc tu peins quand?

Et bien …..pas souvent ,par éruption compulsive mais heureusement en 2006,  j’ai découvert l’art digital qui se met en oeuvre rapidement ,ne prend pas de place. Cela m’a ouvert la porte du networking ,du blog ce fut une très bonne chose car c’est ainsi que j’ai rencontré un minuscule public ,c’est énorme pour un créateur d’avoir un retour même modeste , le fameux « regardez moi  » du blog artistikkkbranleta!

Maintenant que j’ai découvert la fatalité familiale ,je peux m’en préserver j’apprends à me faire plaisir de manière « égoïste », intime, je fais de la méditation des étirements seule, j’écoute ce corps déjà usé qui veut vivre. J’écoute enfin mes rythmes secrets, remettant à demain le linge sale ,l’administratif pour dessiner.Je n’ai pas l’impression d’aller mieux mais je vais mieux,ça sort de moi à un rythme régulier comme le ressac des vagues,comme la lune qui croit et décroit comme mon souffle irrégulier,pleinement en vie. Avec ses petits dessins qui s’amoncellent prennent sens par leur nombre ,me submergent de  douceur.Aucun retour pour l’instant? Je relativise car je travaille c’est l’essentiel.

Un dernier point sur le « comment » ,je travaille .Seulement le soir (pour l’instant!) ,pas dans mon bureau non , mais dans le fumoir en compagnie de mon amoureux qui prend des photos ,regarde des vidéos ,discute de tout et rien avec moi. Je dessine assise sur une chaise avec le carton sur les genoux, dans une position très inconfortable je sais mais je me sens bien ainsi (c’est ma kiné qui n’aimerait pas me voir recroquevillée comme ça).Je suppose que cela doit avoir du sens cette façon de faire ,mal installée dans un coin…Pourtant mon trait est ferme, les couleurs fusent et je m’éclate. Je pense que bientôt je m’autoriserai une table pour poser mon carnet de croquis là je m’excuse encore de faire ça et pas quelque chose d’utile aux autres…… N’est ce pas ,Cendrillon ?

dessin aux feutres sur papier à grain vernis;N°5/78 de la série 1.
dessin aux feutres sur papier à grain vernis;N°5/78 de la série 1.

dessin du 28/08/13 c’est donc le début de la première série qui est achevée, ( actuellement je travaille sur la série 3b que je viens de terminer: 36 dessins) sur la série 3 en cours, plus la 3K et la série « betty page » ……il n’y a pas de série 2. C est « logique »!

J’ai commencé à travailler régulièrement pour faire les décors du spectacle de Saskia et puis Seb mon beau frère m’a offert en août des feutres de la marque faber castell(la Rolls des feutres, une merveille).Et là j’ai commencé à dessiner sans me poser la question du sujet, du sens juste ma façon obtuse de voir et de vivre de survivre….J’écrivais déjà sur Arte ceci et je persiste dan ce sens:

 

NOCH :
encore
NICHT :
rien
SEIN :
être

N’être encore rien , c’est se donner tous les possibles. Je défends ardemment cette idée,dans ma chambre obscure. Je  » révèle » mes secrets au monde aveugle et sourd.
La peinture est d’abord un ensemble d’éléments plastiques choisis, et disposés, couleurs, fond, forme, lumière, espace….l’art est conceptuel par essence.

Partir….ou survivre à Louise B

mais qui a dit que c’était mourir un peu…..je pars la flamme au cœur,la tète farcie de projets ,de folie et d’ombres familières,tout le tralala qu’on trimballe mais qui semble d’un coup si léger;
Louise,je voulais te dire,tu m’as tellement donné que je n’ai rien pu entreprendre,de ta féminité rayonnante.j’ai courbé l’échine ,portant ton poids d’or et de soie;mon moi,ratatiné,honteux d’oser « moi aussi » malgré toi, m’exposer aux yeux,tu sais :leurs yeux….
maintenant,je relève la tête,ébroue ma chevelure,je peux fondre mon ambre ,qui glisse entre les seins,mon opulence existe ,toi tu existes,j’aimerais poser ma tète sur un coussin brodé,susurrer de mots ,et torpiller ton âme,toi,madame,qui joue gros,bel et bien;je t’aime,m’épanouit dans tes creux,petite fille,porteuse de fruits.
Louise,tu souris? 2008 toulouse

n° 10 série 3BTu peux sourire Louise,  toi dans la baie des anges …….Moi sur terre reprenant la corde,le pinceau ,le feutre exutoire ,je dessine tous les soirs Louise ,tu entends;je ne m’arrêterai plus…..j’espère. 2014 perdue dans le sauternais

dessin aux feutres ,aquarelle et pastels gras;n°10 de la série 3B daté du 05/04/14 bon dieu il est tout frais!

bio?

Il faut simplement que je sauve ma peau ;

Il est derrière cette porte ,va rentrer et essayer de me toucher un sein ,j’ai mon grand couteau ,une lame brillante ,incisive : mon poing. 

 

 

 

Ce matin là je suis née ,je l’ai frappé violemment au visage ,la mâchoire fracassée ,mes réveils sont devenus paisibles ,quel age  ? quel age avais tu ? 14 ou 16 ans……Je ne sais plus.

 

 

 

 

 

Mode d’action :La limace (ou l’escargot) ingère le produit qui agit comme un coupe faim et bloque le système de mastication. La limace se retire pour mourir dans son nid  (mars 2010)

102030_ptk

C’est un article du deuxième blog ,le kamera obskura toujours sur la plate forme d’Arte .

En relisant ce texte qui est très obscur c’est vrai ! Je me rends compte du chemin parcouru depuis le blog précédent . J’ai dessiné cette esquisse numérique sans réfléchir et puis j’y ai posé mes mots ,il se trouve que ce j’y voyais  dans cette esquisse crépusculaire  c’était une lame alors j’ai brodé sur « ça »  ,sur « lui », sur ce qui aurait pu me détruire et qui ne l’a pas fait bien au contraire ….Je peux vous expliquer le titre si vous voulez ? Bio comme biologique ,comme traitement biologique ce que n’est pas le produit qui tue les escargots dont je parle en dernière partie…Vous me suivez.

Je commence à accepter de me considérer comme une artiste surréaliste voir complétement dada ,une femme qui s’accroche à son cerveau comme ultime bien personnel .Mes seins tombent ,mes joues s’affaissent ,mes cheveux blanchissent mais j’ai comme l’impression que mon cerveau lui  ,recèle des trésors qui n’ont pas fini de m’être utile dans La grande lutte .

Ce produit pas du tout bio ,celui qui détruit les bébêtes baveuses adoratrices de jeunes pousses , effrayant dans son mode d’action m’a rappelé la manière dont je me suis recroquevillée en gardant la tète haute (je sais c’est difficile à imaginer !) ,résistant de manière obtuse , contre cet homme qui partageait la vie de ma mère,qui mélangeait admiration et envie d’humilier….

Il se trouve que j’ai eu le dernier mot ,sans aucune violence,sans procès….

Il se trouve que je suis fière de moi  et que j’aime beaucoup cette esquisse ( je dis rarement ce genre de choses à propos de mon travail )  parce qu’elle est profonde ,expressive et suave . Elle contient toute ma souffrance et mon courage ,ma pugnacité et mes rêves veloutés de couleur. J ‘abandonne de plus en plus le figuré pour l’abstrait ,ce travail de 2010 est précurseur de ce dont j’ai envie là maintenant ,ce dont j’ai besoin pour être « heureuse »….  enfin , encore faudra t il que je sorte de mes adipocytes sur fond outremer .

 

Nicht Noch Sein : moi cela me suffit.

Abel ou l’exaltation d’ètre en vie

Une fois n’est pas coutume…Je ne partirai pas d’un ancien post aujourd’hui,c’est impossible de se pencher sur le Passé ,le Présent est trop prégnant ,trop intense ,trop magique pour ne pas y puiser mes mots. Je vous présente donc une de mes dernières créations d’après un tableau de Bellanger ,un peintre pompier je pense…qu’importe.comment vous dire tout va si vite , si doux ;je travaille comme une acharnée comme jamais cela ne m’était arrivé jusqu’ici ,même pendant mes périodes squatt (et oui à l’atelier il fallait y aller ,ici ,dés qu’une envie me prend tout est sous la main,l’ordi  est allumé ,la tablette clignote d’un bleu pale,les tableaux sont étalés sur le deuxième bureau ,les toiles trainent au sol ,Rosi la chatte s’y assoit avec délicatesse colorant ses poils de fesse en turquoise…il y a comme un vent de folie dans mon cœur ,dans ma tète ça bouillonne et j’ai du mal à faire des nuits complètes mais cela ne me gène pas car   je suis envahie d’envies ,d’idées ,d’images ,je me lèverais bien à  4h du matin pour mettre en œuvre les jaillissement tempétueux de mon cerveau droit . Alors je sais ,cela peut paraitre excessif et déplacé (c’est vrai je passe sans nuance de la tombe ou nirvana ),cela peut paraitre vain et ridicule ;je m’en moque.J’ai cinquante ans de vie sur cette terre ,j’ai plié la tète si longtemps sous les coups du sorts ,la haine ,l’indifférence des autres,la solitude ,l’étrangeté qui ne m’a jamais quittée ….la maladie qui partage ma vie depuis plus de la moitié de mon temps passé sur terre.Aujourd’hui je suis toujours désespérée de l’état du Monde ,de la cruauté  des hommes…et pourtant ,j’ai choisi,sciemment ,après de longues réflexions ,de lourdes larmes noires, d’y croire ; je suis têtue et pugnace ,ceux qui me connaissent dans la vraie vie le savent !

Pourquoi j’ai choisi Abel ?

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étreinte numérique

Il y a ceux qui le « font » , ceux qui sucent des os, broient votre poitrine, il y a d’ intenses fulgurances de bonheur ,quand deux corps s’entrechoquent le monde peut bien cesser de tourner.

 

 

je le sais.

 

 

 

 

ehhh  ……dis moi qu’est ce qu’une peinture numérique ?

essayer de traduire un sentiment ou le vide par des couleurs,des masses,avec le stylet et la tablette ,retrouver nos gestes ancestraux de peintre.juste avec ce magique stylet, provoquer la nuance, les transparences, les empâtements,jouer avec des années de pratique sachant que cet outil possède une technologie nouvelle et sans limite,qui bouleverse la donne et me file le tournis,car je ne regarde pas ce que je fais  : je le VOIS…..ceci est une peinture numérique(texte tiré du blog 2 d’arte-blog défunt : »kamera-obskura »)2010

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Bizarrement j’envoie ça aujourd’hui alors que je suis revenue à la » peinture matière » avec passion , (on peut dire que mon geste s’est enrichi ,allégé ,je me sens plus libre ,le numérique a donné la liberté totale à mon cerveau droit );mon atelier bureau de prof est rempli de châssis partout ,des rouleaux ,des petits formats encadrés par mon tendre et chair ,et ….les panneaux du premier paravent que l’on va réaliser ensemble.J’ai l’esprit buté ,obtus car à Bordeaux dans les années 80 ,je dessinais déjà des projets de paravents .Et bien ,30 années bien remplies ont passé et je » me le »  peins ce paravent comme on dit ici , dans le Sud ouest. Je sais ce n’est pas du bon français mais j’adore utiliser divers niveaux de langue ,comme un pot au feu ,une bouillabaisse ,un couscous garni ,la langue française recèle bien des plaisirs variés….moi,je déguste!

faute de manger « en vrai » moi, j’ai faim de peinture.