Rêves d’outremer…

Outremer : au-delà des mers selon un pays défini par exemple la France. C’est le titre que j’avais choisi pour l’exposition que je devais faire à Basse Terre en Guadeloupe au mois de Septembre….J’en ai parlé à mots couverts ici et là sans trop oser dévoiler le projet, il se trouve que je suis superstitieuse. Hélas la superstition n’aura pas suffi à offrir de bons augures à ce chimérique projet. Je peux en parler maintenant  : je n’irai pas au delà de l’Atlantique dans ces iles qui font tant rêver….Les autres.

Pour ma part je suis plus attirée par la Mongolie ,les steppes arides, les landes irlandaises , l’archipel japonais.Tout de même, je n’allais pas cracher sur un si beau projet qui m’a tout d’abord semblé incroyable (je ne mérite pas ça ,moi) qui m’a ensuite occupée près de six mois ,faits de rêveries ,de travail acharné tous les soirs et vers la fin la journée, lorsque l’année scolaire chargée pour moi s’est terminée.Un projet d’envergure avec lequel je devais exposer « moi toute seule » en galerie, une jolie galerie aux murs blancs juste grande comme je cherchais depuis longtemps.un projet mirifique dans lequel j’aurais  fait une intervention pédagogique en milieu scolaire avec des élèves de primaire (j’avais déjà en tète, mon discours sur l’art et sur le fait que nous pouvons tous créer,  pratiquer avec passion pour exprimer nos joies ,nos peines, montrer aux enfants qu’on pouvait peindre avec tout et presque rien, se faire plaisir, se faire du bien que l’on soit riche ou pauvre car nous sommes égaux….j’espérais secrètement qu’il s’agirait non pas d’écoles « de riches « (ces enfants là en France ou en Guadeloupe sont blasés, contrairement aux enfants pauvres des quartiers dits »défavorisés » qui prennent ce qu’on leur offre avec faim ,c’est cette faim qui m’intéresse ,celle du gout de la vie, de s’en sortir et vivre debout)… Un projet qui devait enfin me mettre dans une situation que j’ai déjà vécu une fois à Bruxelles, celle de conférencière (bizarrement je n’avais aucune angoisse à propos de cette intervention au milieu des « miens » ,d’autres artistes ,une historienne de renom dont j’aurais bu les paroles avec avidité: le Paradis sur terre pour une soirée).

Certes, le thème m’a semblé un peu….comment dire « ampoulé »:  « femme métisse ,mère du Monde ». Je me suis dit : -« Et ben ma grande… t’as pas peur du ridicule sur ce coup là! « Ceux qui viennent ici régulièrement me connaissent et savent que je ne suis pas imbue de moi-même, que j’essaie toujours de relativiser ,changer de point de vue pour élargir ma compréhension ,ils savent aussi tout ce que j’ai pu endurer enfant ,adolescente et jeune adulte.Ce qui me rend fragile sous la carapace Ka, ce qui me rend méfiante et parfois si triste à en mourir. Pouvais je vraiment croire à un si beau projet , « vraiment »? Je suis plus habitué aux désillusions, aux bagarres de la vie, aux coups du sort, aux abandons.

Abandon

Et bien voilà ,c’est fait, la semaine dernière alors que je nageais dans mes grands formats à vernir ,à maroufler ,à encadrer (ma mère devait venir pour m’aider tellement je me sentais dépassée, sur le thème de l’art on s’entend avec ma mère ,c’est même le seul sujet d’accord possible entre nous).Alors que je prenais des tonnes de notes  pour la conférence, lisait des livres dédiés, étudiait  la condition des esclaves noirs, mes « frères » de sang. Coup de fil dont je me souviendrai longtemps , coup de téléphone funeste qui mit fin à mes « rêves  » d’outremer (ce titre résonne comme une prophétie): « nous nous désengageons du projet »,…..je ne citerai pas de nom à quoi bon franchement et je n’essaierai même pas de vous expliquer les tenants et aboutissants de cette mascarade c’est absolument sans intérêt. Je voudrai juste dire qu’il ne faut jamais croire les gens qui vous flattent ,vous bercent d’illusions grandioses et démesurées ,mais bon sang je le sais pourtant, je ne sors pas de l’œuf. Mon conjoint était très sceptique depuis le début assez rocambolesque cette triste affaire, jusqu’au malentendu final qui lui fit dire d’un ton sarcastique (comme je déteste avoir tort) :

-« tu vois j’avais raison… »

Tout cela serait risible si je ne m’étais pas autant investi dans le projet moralement ,intellectuellement, et surtout physiquement…Je n’ai pas écouté mon corps je suis restée sourde à ses appels désespérés pour que je me calme, j’ai cessé de dormir tellement remplie d’idées, de notes à prendre, de croquis à finir, vite, vite…

Alors j’ai cessé de manger.

Maintenant je paie la note ,heureusement nous sommes  en été je suis en vacances puisque mon métier officiel est professeur.Depuis quelques jours je ne dors plus mais cette fois ci, à cause de la peine, de la honte aussi d’avoir annoncée mon « triomphe » de manière inconsidérée(et d’avoir demandé et obtenu un dérogation extraordinaire de mon recteur), de la colère aussi…. Mais pas trop. Heureusement je suis bien suivie au niveau de la santé physique, au niveau psy et puis j’en ai vu d’autres dans ma chienne de vie; Il y aura encore des projets je l’espère….Moins importants, dont je ne serai pas le centre et tant mieux. J’ai comme l’impression que ce n’est pas ma place : au centre…

Et finalement ,lorsque j’étais entrain d’écrire le texte de présentation sur mon travail j’ai senti comme une faille, un conflit entre ce que je disais de ce que je suis et ce que je crée , ce que je ressens dans ma peinture et ma place dans ce projet. J’y reviendrai bientôt, j’ai tout loisir de reprendre mon travail de cheval de trait maintenant.

La vie est remplie de surprises, de rebondissements improbables; J’en discutais juste avant d’annuler mon départ, avec un ami, Serge Prioul autre forçat de la création et homme sensible que j’apprécie. Le sens qu’on peut donner à tout ça, remettre du vide pour comprendre…La vie est une pièce de théâtre en plusieurs actes, et des scènes différentes dedans.Basse Terre ce n’était qu’une scène, une scène importante certainement dans le sens ou j’aurais investi une énergie vitale très forte dans cette aventure avortée, une scène qui a failli me faire passer de l’ombre à la lumière certes mais qui m’aura surtout rappelée qu’on ne sait jamais rien ,que nous ne sommes rien.

« un grain dans l’univers » proverbe Dogon.

Tu dois cultiver le chemin de l’humilité et du silence.

je reste l’ourse papillon mais je virevolte en silence dans ma grotte ,non ce n’est pas moi qui virevoltesur une ile ce sont mes couleurs qui s’envolent, s’étirent en forme toujours plus simplifiées, toujours plus pures sous mes doigts c’est de cela dont je dois m’occuper.

Me voilà revenue chez moi.

Carolina Diomandé, 26/07/2015

illustration: « sur une ile » série 1 aquarelles et feutres sur papier à grain verni  date: 2013,cette petite peinture a servi pour faire l’affiche de l’exposition «  »dessins,rêves d’Outremer » ma chimère de 2015.

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Samy

samy son histoire

Bon, je suis plombée ce soir ,je préfère me concentrer sur la mémoire, le travail de mémoire pour un pote d’arts….tombé du toit une nuit de pluie…Son histoire fait douloureusement écho à ce qui se passe en France.il voulait créer ici, s’y sentait bien ,était soutenu.Mais ne pas avoir de papiers en règle ronge de l’intérieur il me l’a expliqué: jamais quitter Toulouse,toujours sur le qui-vive, ne pas trouver de travail stable, vivoter, se terrer comme un animal. Samy n’a jamais rien fait de répréhensible…c’était un type habité par l’huile de lin, la dernière image que j’ai de lui, deux jours » avant »… lui, dans la maison de quartier prêtée comme atelier donnant sur la rue, agenouillé et concentré…Tendant une toile sur un châssis de bois, il lève la tète, me sourit, mais moi, je suis pressée :…Saskia,  son bain , le repas à préparer, la vie…Je lui souris moi aussi…Et puis c’est tout,plus jamais vivant je ne reverrai Samy.
je joins son interview paru dans : AUTAN d’accents »mémoire et transmission »; travail collégial édité par la parentèle (fait en atelier d’écriture avec Fred Ducom et des enfants du quartier Arnaud Bernard à Toulouse). Fred est écrivain,poète,fumeur de havanes indocile, et ….tonton de ma fille Saskia.

08/05/2007 blog artistikkkbranleta ,plateforme d’Arte.

9519_samyVoilà ,je rends encore aujourd’hui un hommage à Samy…Ce n’est pas de l’opportunisme non, mais c’est pour moi  l’occasion de dire à nouveau, combien le monde dans lequel nous vivons me dégoute et m’inspire de l’angoisse. J’ai choisi cet article qui date de 8 ans parce qu’il parle d’un pote (je ne vais pas travestir la réalité pour l’art,ce n’était pas un ami proche), un homme de » bien » comme l’on en croise tous sur notre route et qui vous marque à jamais. Je sais de quoi il est mort, et c’est tellement con, tellement dérisoire que cela me met en colère encore maintenant : de ne pas avoir pu vivre ici en France. Est ce ainsi que j’ai envie que mes neveux ,nièces ,élèves vivent ? Non.

Alors, vous allez me dire : » mais de quoi tu parles Carolina, nous sommes tous atteints aujourd’hui dans notre chair parce qu’on s’est attaqué à notre bien le plus précieux, la liberté d’expression »……Alors à cet instant, j’esquisse un pauvre sourire en guise de réponse car j’ai vu, j’ai entendu, j’ai senti dans mes narines sensible les remugles fétides d’un discours caché sous l’indignation générale….Cet amalgame permanent, vicieux entre les musulmans(dans leur ensemble) et cette frange immonde et radicale qui se nomme le terrorisme.

– » putain, Caro, tu délires là, tu fais la fine bouche, c’est super ce qui se passe cette communion :nous sommes tous Charlie.., non ? »

Excusez moi d’en douter. Le doute est foncièrement dans ma nature, il me permet de ne jamais me suffire de la sauce que l’on me tend à grand renfort d’humanisme clinquant et prêt à porter, cette pensée de masse qu’on voudrait me faire bouffer. Ce doute foncier me permet de toujours vouloir aller plus loin dans mes connaissances, mon art. Il me rend vivante,mobile et humaine….et chieuse aussi!

la couleur sauvera le monde?

Oui j’espère…

 

voluptas

moi,je regarde le sol.obstinément.je scrute les graines,les déchets,les cailloux,minuscules coquillages d’amour,morceaux de lichen ,finesse écartelée,élégantes méduses dentelières.
et ce vert pâle qui me creuse le cœur.
et cette lueur argentée sur le bassin.

c’est comme un éternel retour,une forme nostalgique sans fond.
le premier des bonheurs,le plus grand;dans le Temps si fragile,de ma frêle trajectoire.la baie de somme,elle ,elle ses flaques,ses gris tendres improbables.mes cris d’enfant sauvage déchirant l’immense espace.les silhouettes de grands chiens,et nos ombres lutines,mes petits crabes corail,et puis aussi mon seau.

le ventre de la Mer….celui dans lequel sans cesse,je reviendrai.

46239_baie1Et voilà.Encore une fois il faut que j’aménage un autre espace  me sentant à l’étroit dans ce lieu …Il en va d’ici comme pour le réel : j’ai besoin de bouger, je ne suis jamais restée nulle part durablement, une vie d’arrachements successifs, de deuils , d’impressions d’oublis.J’occulte les pans gris avec de la soie crémeuse et satinée.

Je crée des cloisons fines et translucides comme les ailes de ces animaux qui me terrorisaient enfant lorsque je les voyais épinglés avec soin par ma grand mère     :les papillons. De papillons maintenant il n’en reste quasiment plus . On ne peut lutter contre le temps ,ce vaste espace invisible qui nous propulse vers l’avant malgré notre volonté, notre peur. J’ai actuellement un retour en force de La douleur ,la grande , la laide , l’obsessionnelle. Celle qui vous isole du reste du monde , des rires, des gestes larges et souples, celle qui vous oblige à dessiner de la main gauche alors que vous êtes droitier (encore que cela soit assez amusant comme expérience ). Je peux vous le dire je ne me remets pas de la nouvelle du printemps,du « vous allez guérir mme Diomandé…..mais il faudra attendre deux ans… » je somatise a fond , c’est ce que je sais faire de mieux, enfin de moins pire.Et puis j’habite au rez de chaussé maintenant tout près de la Terre(je fais ici référence à mes envies anciennes de me jeter dans le vide), et puis j’ai une fille ,merveille à élever, à soutenir. Au delà du supportable par le commun des mortels, je sais faire et bien le faire, comme tous les survivants c’est presque sans effort, une seconde nature maintenant….C’ est juste « comme ça ». Je consulte de nombreux thérapeutes de tout poil ,ils compatissent ,me laissent parfois sans voix, me fauchent avec leurs phrases assassines : »il n’y a pas de connexion entre votre tète et votre corps »….la bonne nouvelle ,me voilà pur esprit maintenant. Alors je poste ce doigt de pied heureux( en forme de pied de nez à la camarde), enfoncé dans le sable noir rempli d’iode parce que c’est là ou je veux vivre ,là ou je me sens vibrer.

Et puis ce monde….. Mais quelle souffrance, j’ai honte de m’évertuer à comprendre les arcanes de mon esprit torturé ,et j’ai même honte de me plaindre. Après tout  je bénéficie de médicaments très onéreux depuis si longtemps, et c’est grâce à eux que je suis en vie à ce jour. J’y pense et puis j’oublie.

J’ai dit ce que j’avais sur le cœur, je continuerai à poster ici d’anciens articles de mes deux blogs précédents ‘artistikkkbranleta » et kamera obskura ». Mais maintenant que je travaille chaque jour qui passe, maintenant que la transcendance fait partie de mon quotidien justement par le biais de ce labeur obscur et obstiné,  j’ai envie de montrer mes dessins sans chercher à y trouver du « sens »,  il n’y a pas besoin d’en chercher, il suffit de décrire finement ce qui est ,le comment cela a été fait .C’est ce que je vais faire sur mon nouveau blog .J’ai très envie d’essayer de traduire mes descriptions pour que le public étranger qui visite cet espace (ils sont peu nombreux certes mais ils existent ) puisse comprendre ma démarche avec simplicité.

Je continue à écrire des textes à partir de mes productions ,de ma douleur, de ma vie solitaire.C’est essentiel pour moi de mettre des mots sur tout, peut être pour avoir l’impression de maitriser quelque chose dans ce foutu bordel qu’est la vie…C’est vrai je ne suis qu’un cerveau , je tiens à remercier mon système nerveux sympathique qui s’occupe de faire fonctionner l’ensemble des parties qui composent mon corps!!! Sans rire moi qui suis obsédée par les corps justement, les étreintes, les combats, les entrailles ,les muscles, les viscères je suis sortie de là ( ce rendez vous chez l’ostéopathe), comme vidée de ma substance, très en colère ,une saine et vive colère chaude comme le feu.De celle qui vous fait avancer sans regret vers l’avenir.

j’espère que certains d’entre vous viendront voir mon bébé?

 

c’est arrivé tout seul…

j’ai peint cette toile au cœur de la série du deuil.en fait, j’avais une furieuse envie de peindre mais je me posais la question du sujet.Alors,j’ai tout « lâché »,et c’est « ça « qui est sorti.C’est la matrice fondatrice de mon travail des années 90 ;cette sorte de coulure de lave,organisme mou ,du corps (glauque et suintant) de toute manière,plus vu de l’intérieur que de la peau.Pourtant,l’intérieur du corps n’est pas très coloré,je dirais même gris,si l’on fait abstraction du sang….

20623_c_est_arrive_tout_seulJe me relis là et… j’ai un peu envie de rire .Pourquoi? Parce qu’il y a  vraiment un lien entre peindre ,chier et vivre .Quand je dis de manière naïve   : « j’avais une furieuse envie de peindre ….et puis j’ai lâché « ça »…… »C’est d’une telle évidence .Il est clair que quand j’écrivais ces articles dans artistikkkbranleta le blog de la folle , je ne me relisais jamais ,j’écrivais dans l’urgence ,jouissant d’un médium nouveau de communication,donnant beaucoup trop de moi sans réfléchir.Mais il n’y a pas de place dans ma vie pour les regrets.Ce serait maintenant je ne m’ouvrirais pas de la même manière mais bon j’ai un tempérament généreux ,je ne calcule pas.

Comment vous dire ,comment vous faire comprendre (parce que c’est bien le but de ma présence ici ),j’ai abandonné l’idée d’être « découverte » , »choisie », « élue » par un grand mécène japonais ,ça y est je grandis un peu ,je n’attends plus le prince charmant  .Par contre, parler de l’acte de peindre ,de faire , je pense que cela peut intéresser quelques lecteurs.Cette toile a été peinte dans des circonstances dramatiques.C’était l’automne 1994 ,je venais d’apprendre le décès de mon Père en Cote d’Ivoire…loin de moi.Je l’attendais depuis…30ans ce Père charismatique ,ombrageux ,beau ,brillant grand absent de ma vie.Sa mort fut pour moi comme un cataclysme ,une perte irréparable ,absolue ; je suis physiquement tombée malade très gravement , je voulais sérieusement le rejoindre et puis…..le Rêve est venu (article « le rève fondateur » dans ce blog) ,je me suis redressée.J’ai décidé de continuer le combat.Ce combat  ne pouvait se faire qu’avec mes seules armes :les pinceaux ,et moi qui peignait des « belles images « depuis ma jeunesse  .J’ai abandonné toute forme  de décision ,j’ai plongé en eau trouble ,sans savoir si j’allais m’en sortir, cette série du deuil est née ainsi ,ma première série ,digne de ce nom.je les ai tous ces tableaux ( peints sur bois sur vieux cartons ,la plupart en mauvais état de conservation avec tous mes déménagement )…. Je ne les ai jamais exposés ,pour quoi faire ? je ne peux les vendre ces tableaux maladroits ,ternes mais emplis de toute ma substance ,de toute mon envie de vivre malgré TOUT .Celui ci en particulier , »c’est arrivé tout seul »…quitte le champ du figuratif, du narratif ,de l’esthétique pour me faire pénétrer dans les méandres de mon cerveau droit,de mon empreinte génétique ,de mes racines enfouies,de mes peurs ,de mes dégouts ,de mon perpétuel questionnement sur la Vie .j’ai mis beaucoup de temps à le faire ce tableau blafard,c’est mon gros bébé laid et taciturne ,comme je l’aime.il m’a tellement apporté que je continue encore aujourd’hui à peindre à partir de cette matrice là.(notamment l’interminable série pour mon ami Pixel bleu décédé l’an dernier,et merde ce con )

Fouille ,fouille dans tes viscères Carolina,cherche ,cherche les filaments gluants ,tranche les liens toxiques,tourne autour de l’informe c’est ton domaine.Les marchands du Temple ne sont pas près de te voir parce que tu travailles l’invisible ,l’indicible.

Mais ….tu n’es pas seule.

Rien…?

je crois qu’hélas,je n’ai plus rien à dire ici.j’en suis meurtrie profondément,c’était un objet d’équilibre pour moi ,très important ,une base de travail;je me sens démunie,flouée et nue.certainement j’exagère,certainement ….mes textes s’entassent dans mon petit cahier d’écolier,mes dessins dans mon disque dur.c’est sans importance.aucune.

Texte tiré d’un post du blog’art »kamera-obskura » sur arte.septembre 2009

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J’ai écrit ce texte en 2009 ,le premier septembre…Ce n’est pas du tout anodin,le mois de septembre me réserve assez souvent des déboires physiques ,accidents en tout genre,cruralgie,crise de sciatique etc….Alors j’ai choisi ces quelques mots qui sont certainement sortis de moi ,dans la honte de se plaindre « encore » et l’écœurement de la souffrance qui me ronge très régulièrement ,qui me tue à petit feu.Pourtant ,les choses ont changé depuis cette fin d’été 2009,je dessine maintenant tous les jours ,tous les soirs ,comme une prière,mal installée ou que je sois (c’est le propre de la sciatique : « mais que faire de sa jambe,de sa fesse,des lombes lourdes et pesantes » ) .Je dessine avec des feutres » faber castell » ;la rolls des feutres ,ils m’ont été offerts cet été par mon beau frère Seb qui est artiste (il crée des courts métrages d’animation) et qui est lui aussi un corpus doloris.Autant vous dire que j’ai pris ce cadeau avec joie ,avec toute mon amitié pour lui.c’est con,mais depuis que j’ai ces feutre aux couleurs douces( il avait fait le choix de demi-teintes pour créer des décors) ,je fais des dessins sur un vieux carnet au format carré,sans réfléchir ,sans souci du coté « arty »,du concept,ils sortent de moi bruts,oui c’est juste de l’art brut ;et cela me plait .il y a longtemps ,dans les années 90 ,j’ai lu un livre qui m’a beaucoup impressionnée  : »l’œil pense » de Jean Pierre Barou.Ce livre nous parle des arts dits premiers ,et notamment de l’art thérapeutique que l’on retrouve un peu partout sur la planète ,du désert australien ,en passant par le Tibet,sans compter les indiens d’Amérique.A la première lecture de ce texte ,j’ai été troublée ,fascinée,maintenant je suis conquise et je pratique consciemment cette forme d’art un peu…. »chamanique » ,je fais tous les jours mon mandala ,je recopie également des rouleaux magiques éthiopiens avec délice ,sachant que des générations de moines copistes éthiopiens les ont dessinés avant moi .Cela ne m’empêche pas d’avoir mal mais cela apaise mon âme assoiffée de transcendance ;maintenant,aujourd’hui en ce jour gris et maussade de  septembre 2013 ,et bien j’en suis là.

in utero

je me pose des questions,en fait,je viens de decouvrir l’existence d’Édouard Levé,artiste qui s’est suicidé en octobre dernier,je remonte le fil de son travail ,je suis essoufflée,il parle d’écriture blanche qui n’existe pas ,je comprends cela;il m’aspire dans son vide, son absence.c’est toujours dangereux le destin des autres.d’ailleurs en parlant d’ecriture,je me demande si je ne vais pas mettre en ligne ,le texte sans fin,qui me poursuit depuis 1995; »les eaux grasses »,je sais pertinemment qu’il n' »aboutira  » jamais ,comment envisager un texte,une narration qui reste en suspend,faut il d’abord que j’essaie de le « finir » ?je ne sais pas ,Édouard Levé me bouleverse par son aspect proprement désespéré ,aucune emphase,pas de viscères qui débordent et pourtant une telle violence ,l’ultime que l’on s’inflige à soi.maitrise.ligne brisée.
je n’arrive à rien « vraiment »,ce serait risible ,si cela ne me faisait pas tant de mal.Peut être aurais je du avoir le courage de me consacrer uniquement à ma création?Est ce que cela aurait changer le cours de mon fleuve mouvant?Mon corps est maitre ,il m’empêche de me jeter dans le vide ,je dois dormir ,absorber rituellement ,scrupuleusement mes molécules je me suis tellement auto désossée ,j’ai fort bien réussi mon affaire ,le contraire d’un suicide en somme. »Et tu vivras,et tu survivras encore,et cela te fera mal ;tu marcheras encore ,sans te retourner…34689_100_5266
Pour parler de ce travail (plastique joint à ce texte),une série « in utero »ou comment je me suis fait chier dans le ventre de ma mère…;c’est une acrylique sur robe en éponge au motif hawaïen.on pourrait alourdir le propos en parlant de mise en abime.on pourrait…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une fois encore ,j’ai utilisé l’auto portrait de 1968 pour me représenter.ce texte écrit en 2008  est toujours  d’actualité,tout ce que je pourrai ajouter comme analyse aujourd’hui serait redondant et vraiment au dessus de mes forces .Je voulais juste dire que  je sors de la poste ou j’ai envoyé un colis ;je me sentais mal dans ce lieu anonyme ,très mal lorsqu’il a fallu que j’ôte mes lunettes noires et que je parle avec l’agent postier .Le sentiment d’étrangeté que je ressens parfois est à la limite du supportable  et la moindre action « normale » , « quotidienne » devient un combat titanesque contre mes démons.De plus ,un événement anodin m’a brisée : j’ai entendu une petite fille  pleurer,de longues pleurs sincères et bruyantes.Je sais reconnaitre dans les pleurs d’un enfant ce qu’il dit ,elle souffrait mais de quoi??? et sa mère était  là debout ,raide ,excédée sans réagir devant les petites mains qui se tendaient vers elle , »maman,prends moi dans tes bras » c’est ça qu’elle disait….; j’ai payé ma transaction et suis sortie presque en courant tant ces larmes me déchiraient le cœur,elles devaient faire écho en moi;très loin ,dans mon ventre,mes jambes,ma tète.moi aussi petite ,j’ai le mal de mère…

Melancholia

d’Albrecht durer….il faut savoir s’arrêter,se taire ,s’effacer.dans ce cas,je reviens aux sources,aux racines de mon être.depuis l’ enfance ,je passe des heures plongée dans la contemplation de tableaux,j’ai eu la chance d’avoir une mère qui était sensible à l’art;peignant elle même.il n’y avait pas beaucoup de livres à la maison,MAIS QUELQUES LIVRES D’ART,à l’époque c’était un luxe,ce type de livres coutaient très cher…des heures d’extase devant les Van Gogh,les Gauguin,et le massacre de Sardanapale peint par Delacroix.ce tableau m’enivrait ,je sentais bien qu’il s’y passait des « choses » ignobles,mais en même temps toute cette débauche de couleurs,d’éclats,de lumière ,de fureur.tout ce que je voulais de la vie.de la passion,de la violence,de la magnificence…..j’ai encore ce tableau en tète,parfaitement ancré en moi.mais aujourd’hui,je voulais vous offrir Melancholia,qui m’a aussi beaucoup marquée enfant.Albrecht Durer,sa rigueur qui m’épouvante et me fait tressaillir de bonheur.

Image

Me taire ,je ne le fais que trop .

Mais je garde jalousement les gouts de mon enfance…..J’étais dans une école super ,nous allions beaucoup au Musée ,je rédigeais un journal pour la classe après chaque visite.Et ,j’ai encore en moi chaque œuvre qui me tournait la tète , me donnait envie de tournoyer pour exprimer ma joie , bien sur que la Beauté peut vous sauver…..Quant aux livres d’art , j’en ai un mur rempli dans le salon plus les autres qui trainent dans toutes les pièces,  en cours de relecture urgente,ce qui fit dire à mon compagnon fou de rage après le dernier déménagement qui l’a épuisé ,et oui nous n’avons plus vingt ans et peu d’amis sur place :-« toi ;tu es le  tyran des livres . »

oui oui si tu veux…je suis l’hydre mauresque ivre de livres au format dantesque.

1

je crée une nouvelle rubrique,j’ai bien réfléchi,j’ouvre une nouvelle porte.errances…j’aurais pu l ‘ appeler : » »de la poétique »,oui ,aussi ,errances.c’est mieux.
« au temps de la misère ce sont les prêtres de Dionysos,les poètes,qui errent d’un pays à l’autre dans la nuit sacrée pour tenir les hommes en alerte. »Holderlin.
ici,j’essaierai de définir (ça vient j’ai écrit plusieurs textes,enfin)l’objet blog.je parlerai également des processus créatifs,des mots,du manque,des relations aux visiteurs,leurs regards,leurs commentaires.
ce phénomène du blog est tellement frappant ,tellement fulgurant,tellement insignifiant aussi,qu’il faut tenter d’en cerner les contours.ce que je ne comprends pas me brise….l’âme.
je poste moins ici,plus ailleurs…je ne veux pas que ce blog ci devienne une machine huilée nourrit par des actes répétitifs,lénifiants,sans surprise,et surtout pas une obligation ou une formalité…il est si facile de dire ce qu l’on ne veut pas,sans savoir en fin de compte ce que l’on cherche.pourtant chercher ,c’est ce qui motive toute mon existence,d’où l’errance.
un blog est un simulacre de vie,et celle ci n’est pas toujours excitante;en ce moment mon blog est gris,lent,les yeux tournés vers l’intérieur,même si je semble vous tourner le dos.je n’ai jamais été autant ici.

Pas de dessin,pas de peinture ,pas de croquis ,juste ce texte que j’ai écrit en 2008 ,il reste cruellement d’actualité.pourtant retourner sur ses pas ,remonter le chemin est extrêmement riche et réconfortant.c’est ici que cela se passe et pas ailleurs;Je peux faire le point et dire que non je ne stagne pas même si en apparence…;non,bien au contraire ,je galope comme une cheval bleu ,sauvage;j’ai déménagé deux fois , j’ai beaucoup pleuré et je pleurerai encore,je me suis renfermée ,dans une vie un peu terne , ;j’ai combattu en me laissant vivre presque sans manger , en suivant deux thérapies très axées sur le corps et l’esprit mêlé,et là j’ai cru mourir mais non,j’ai « juste » changé la forme de mon corps et le cours de ma vie,il y a plus : j’ai éteint ma colère cataclysmique ,je crois que c’est ce que j’ai fait de mieux pour me sauver la vie. Saskia a grandi ,elle se détache de moi ,me donnant des coups de tète brutaux puis se nichant contre mon sein tel un nouveau né (comme c’est dur ,comme c’est cruel et sage un enfant qui grandit) .J’ai retrouvé ma dignité d’artiste embryonnaire en retrouvant les pinceaux ,le papier ,un lieu réel pour me poser…

Et puis?

J’ai plus que jamais mal au dos mais je lui fait la fête à ce corps indocile , en pratiquant un sport que me laisse ivre de fatigue ,de courbature pourtant,  je souris car j’ai retrouvé de la force un peu ,de l’équilibre beaucoup et une prestance qui m’aidera dans l’avenir;ma production n’est pas impressionnante ,ni « géniale »,ni commercialisable d’ailleurs.Plus je vieillis et plus j’ai conscience que mon travail est une bataille permanente contre les démons ,pas une œuvre au sens classique ….Certains de mes tableaux finiront peut être dans la collection d’un hôpital psychiatrique (ça existe encore ,le lieu pour les fous ??);reconnue enfin ,morte ,apaisée. Moi,enfant du siècle dernier avec toutes les déboires que cela implique ,ces maladies ,qui durent et usent comme l’eau qui coule sans cesse sur la pierre et la rend polie,douce, je vais finir comme un galet .J’ai retrouvé ma taille de jeune fille ,j’ai gardé mon âme lucide et entière;je ne concède pas ou seulement sur l’apparence des choses.je tourne le dos au Monde et creuse ,creuse encore plus profond.j’ai fini de haïr ma Mère cette nouvelle année ,ce n’est pas rien, j’ai pardonné à ceux qui m’ont offensée et souillée,je crois que je suis prête….enfin….j’espère.

corpus doloris 7

corpus doloris 7

dans la serie « corpus doloris » ,première partie,acryliques,broderie au fil de soie,gaze medicale,jute.en clair,le carré,forme croix,jute :signifiant la peau,la rugosité ,la gaze pour panser cette peau,la broderie comme élément feminin,reparateur.fait à mix’art myrys 2002

J’ai raté un rendez vous médical important hier ,il y a une préparation qui est faite 4 jours avant la visite ,préparation qui coute chère(à la société ,je suis prise en charge au cent pour cent) et qui est jetée si elle n’est pas employée le jour dit ,mais ce jour dit était un jour maudit .J’ai fait un acte manqué ,j’ai emmèlé jeudi avec vendredi ..;la secrétaire m’a appelée , j’ai pris une soufflante quand elle m’a passé la médecin qui était hors d’elle.culpabilisante,infantilisante,très limite….

Et là je sens que j’ai changé:  avant j’aurais surenchéri dans la colère (je sais sortir les griffes quand il le faut,j’ai appris très jeune) , peut ètre bien que j’aurais raccroché furieuse ; et non….je me suis écroulée,en larmes ,je n’arrivais plus à parler à lui parler tant la douleur était grande et aussi ma honte , d’écrire ce texte me donne encore des larmes dans les yeux . c’est vous dire comme j’ai été atteinte par cet oubli ,par ce gachis  ;pourquoi ?Je ne veux pas m’étendre là dessus c’est trop personnel ,très intime,mais ce que je peux dire c’est mon étonnement face à ma réaction : j’ai laché prise ,j’ai montré ma faiblesse,ma fragilité ,j’ai baissé la garde .enfin.J’ai 49 ans ,je suis vulnérable.

on m’a tellement répété depuis mon enfance que j’étais un roc que j’étais ceci ,cela  ,tout pour ne pas se pencher sur ma souffrance,tout pour ne pas voir comment  j’allais mal ,très mal.Cela a un nom ,cela s’appelle de la maltraitance.mais face à celle ci jamais je ne craquais ,jamais : un petit automate bien huilé,impassible ,brillant et silencieux;un petit monstre bien élevé ,éviscéré de ses émotions;

Là j’en viens à cette série « corpus doloris » ,série abstraite ou tout fait sens ,j’ai vendu pendant l’expo à mixart myrys en 2003  une partie de cette série ,un tryptique..;c’est si rare ,que je le dis ,sans flagornerie ,on est entre nous….(blog intime ,je dois avoir une ou deux visites par jour c’est bien ,c’est mieux que rien) corpus doloris ou comment mettre en couleurs ,en forme son petit calvaire personnel ,en prenant le maximum de distance.Faire parler les matériaux.Je devrai peut ètre plus me » laisser aller » à l’abstraction,j’ai eu tant de mal à y venir ,à reculons,les mains devant comme aveuglée… par cette liberté totale :

forme ouverte,devenir,construction,humanité pure ;corpus doloris ,j’aimerai tant penser à autre chose qu’à ces cisailles qui coupent mes lombaires,mes genoux,mes poignets…moi, quand je marche ,je réfléchis….au fait que je suis entrain de marcher ,rien ne coule de source…

seule la peinture peut ètre et encore,elle ne coule pas comme ça ,elle me demande un temps ,une disponibilité,que je n’ai pas :désespoir .J’ai en chantier pas mal de tableaux .Après un fond bleu cobalt ,qui m’assure l’éternité j’ai empilé des non-formes rose comme la chair d’un petit cochon,ou d’un bébé.je couvre couche après couche sans prendre « la « décision de montrer autre chose que l’informe ,je pousse le nicht-noch-sein jusque dans ses extrèmes limites….et je tourne en rond épouvantée de ne pouvoir me donner une forme ,j’ai dit « me « donner une forme car ce que je peins c’est ce que je suis.c’est la part de rève ,celle qui ne souffre pas ,c’est ce qui me tient en vie(merde,ce n’est pas du cinéma c’est vrai,je le ressens dans mon corps: quand je suis entrain de peindre ou dessiner ou modeler je ne pense plus à celle que je suis).certains vont lire ça en haussant les épaules (quelle reine du pathos celle là ! elle se prendrait pas pour frida la grande) et bien non…j’ai le coeur abimé ,je me sens plier sous le joug d’une existence sans relief ,en attente de mon tour .J’ai le ticket dans la main et on ne m’appelle pas.Corpus doloris, je devrais peut ètre retourner à la jute ,à la gaze médicale me contenter de faire vivre les matériaux pour ce qu’ils sont ;tout fait sens.mais je ne vois hélas pas d’issue…Image