Rêves d’outremer…

Outremer : au-delà des mers selon un pays défini par exemple la France. C’est le titre que j’avais choisi pour l’exposition que je devais faire à Basse Terre en Guadeloupe au mois de Septembre….J’en ai parlé à mots couverts ici et là sans trop oser dévoiler le projet, il se trouve que je suis superstitieuse. Hélas la superstition n’aura pas suffi à offrir de bons augures à ce chimérique projet. Je peux en parler maintenant  : je n’irai pas au delà de l’Atlantique dans ces iles qui font tant rêver….Les autres.

Pour ma part je suis plus attirée par la Mongolie ,les steppes arides, les landes irlandaises , l’archipel japonais.Tout de même, je n’allais pas cracher sur un si beau projet qui m’a tout d’abord semblé incroyable (je ne mérite pas ça ,moi) qui m’a ensuite occupée près de six mois ,faits de rêveries ,de travail acharné tous les soirs et vers la fin la journée, lorsque l’année scolaire chargée pour moi s’est terminée.Un projet d’envergure avec lequel je devais exposer « moi toute seule » en galerie, une jolie galerie aux murs blancs juste grande comme je cherchais depuis longtemps.un projet mirifique dans lequel j’aurais  fait une intervention pédagogique en milieu scolaire avec des élèves de primaire (j’avais déjà en tète, mon discours sur l’art et sur le fait que nous pouvons tous créer,  pratiquer avec passion pour exprimer nos joies ,nos peines, montrer aux enfants qu’on pouvait peindre avec tout et presque rien, se faire plaisir, se faire du bien que l’on soit riche ou pauvre car nous sommes égaux….j’espérais secrètement qu’il s’agirait non pas d’écoles « de riches « (ces enfants là en France ou en Guadeloupe sont blasés, contrairement aux enfants pauvres des quartiers dits »défavorisés » qui prennent ce qu’on leur offre avec faim ,c’est cette faim qui m’intéresse ,celle du gout de la vie, de s’en sortir et vivre debout)… Un projet qui devait enfin me mettre dans une situation que j’ai déjà vécu une fois à Bruxelles, celle de conférencière (bizarrement je n’avais aucune angoisse à propos de cette intervention au milieu des « miens » ,d’autres artistes ,une historienne de renom dont j’aurais bu les paroles avec avidité: le Paradis sur terre pour une soirée).

Certes, le thème m’a semblé un peu….comment dire « ampoulé »:  « femme métisse ,mère du Monde ». Je me suis dit : -« Et ben ma grande… t’as pas peur du ridicule sur ce coup là! « Ceux qui viennent ici régulièrement me connaissent et savent que je ne suis pas imbue de moi-même, que j’essaie toujours de relativiser ,changer de point de vue pour élargir ma compréhension ,ils savent aussi tout ce que j’ai pu endurer enfant ,adolescente et jeune adulte.Ce qui me rend fragile sous la carapace Ka, ce qui me rend méfiante et parfois si triste à en mourir. Pouvais je vraiment croire à un si beau projet , « vraiment »? Je suis plus habitué aux désillusions, aux bagarres de la vie, aux coups du sort, aux abandons.

Abandon

Et bien voilà ,c’est fait, la semaine dernière alors que je nageais dans mes grands formats à vernir ,à maroufler ,à encadrer (ma mère devait venir pour m’aider tellement je me sentais dépassée, sur le thème de l’art on s’entend avec ma mère ,c’est même le seul sujet d’accord possible entre nous).Alors que je prenais des tonnes de notes  pour la conférence, lisait des livres dédiés, étudiait  la condition des esclaves noirs, mes « frères » de sang. Coup de fil dont je me souviendrai longtemps , coup de téléphone funeste qui mit fin à mes « rêves  » d’outremer (ce titre résonne comme une prophétie): « nous nous désengageons du projet »,…..je ne citerai pas de nom à quoi bon franchement et je n’essaierai même pas de vous expliquer les tenants et aboutissants de cette mascarade c’est absolument sans intérêt. Je voudrai juste dire qu’il ne faut jamais croire les gens qui vous flattent ,vous bercent d’illusions grandioses et démesurées ,mais bon sang je le sais pourtant, je ne sors pas de l’œuf. Mon conjoint était très sceptique depuis le début assez rocambolesque cette triste affaire, jusqu’au malentendu final qui lui fit dire d’un ton sarcastique (comme je déteste avoir tort) :

-« tu vois j’avais raison… »

Tout cela serait risible si je ne m’étais pas autant investi dans le projet moralement ,intellectuellement, et surtout physiquement…Je n’ai pas écouté mon corps je suis restée sourde à ses appels désespérés pour que je me calme, j’ai cessé de dormir tellement remplie d’idées, de notes à prendre, de croquis à finir, vite, vite…

Alors j’ai cessé de manger.

Maintenant je paie la note ,heureusement nous sommes  en été je suis en vacances puisque mon métier officiel est professeur.Depuis quelques jours je ne dors plus mais cette fois ci, à cause de la peine, de la honte aussi d’avoir annoncée mon « triomphe » de manière inconsidérée(et d’avoir demandé et obtenu un dérogation extraordinaire de mon recteur), de la colère aussi…. Mais pas trop. Heureusement je suis bien suivie au niveau de la santé physique, au niveau psy et puis j’en ai vu d’autres dans ma chienne de vie; Il y aura encore des projets je l’espère….Moins importants, dont je ne serai pas le centre et tant mieux. J’ai comme l’impression que ce n’est pas ma place : au centre…

Et finalement ,lorsque j’étais entrain d’écrire le texte de présentation sur mon travail j’ai senti comme une faille, un conflit entre ce que je disais de ce que je suis et ce que je crée , ce que je ressens dans ma peinture et ma place dans ce projet. J’y reviendrai bientôt, j’ai tout loisir de reprendre mon travail de cheval de trait maintenant.

La vie est remplie de surprises, de rebondissements improbables; J’en discutais juste avant d’annuler mon départ, avec un ami, Serge Prioul autre forçat de la création et homme sensible que j’apprécie. Le sens qu’on peut donner à tout ça, remettre du vide pour comprendre…La vie est une pièce de théâtre en plusieurs actes, et des scènes différentes dedans.Basse Terre ce n’était qu’une scène, une scène importante certainement dans le sens ou j’aurais investi une énergie vitale très forte dans cette aventure avortée, une scène qui a failli me faire passer de l’ombre à la lumière certes mais qui m’aura surtout rappelée qu’on ne sait jamais rien ,que nous ne sommes rien.

« un grain dans l’univers » proverbe Dogon.

Tu dois cultiver le chemin de l’humilité et du silence.

je reste l’ourse papillon mais je virevolte en silence dans ma grotte ,non ce n’est pas moi qui virevoltesur une ile ce sont mes couleurs qui s’envolent, s’étirent en forme toujours plus simplifiées, toujours plus pures sous mes doigts c’est de cela dont je dois m’occuper.

Me voilà revenue chez moi.

Carolina Diomandé, 26/07/2015

illustration: « sur une ile » série 1 aquarelles et feutres sur papier à grain verni  date: 2013,cette petite peinture a servi pour faire l’affiche de l’exposition «  »dessins,rêves d’Outremer » ma chimère de 2015.

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Fragments,corps

C’est l’un des premiers boulots,que j’ai considéré avec un peu de plaisir.j’ai utilisé comme technique l’acrylique,le pastel gras,le fusain,en guise de pinceaux,des branches d’arbres fines.Ce travail parle de la partie,du tout..Du corps,corps de l’œuvre(un peu malmené, avec des gestes violents j’ai froissé le papier kraft ,scarifications dans le papier avec outils aléatoires).Paris (travail de  prépa au Capes, 1996).

fragments corpsJe ne possède plus ce tableau, je ne l’ai pas vendu je l’ai offert à l’une des thérapeutes qui m’a suivie un moment. Et ce choix n’est pas du tout anodin….La thérapeute en question est psychomotricienne et j’ai fait un beau travail avec elle, j’aurais bien continué mais elle a déménagé à Bordeaux c’est devenu compliqué, la vie… »Fragments corps » ou l’histoire de ma carcasse indocile et morcelée.J’ai longtemps eu l’impression d’avoir mon corps d’un coté et ma tète (lourde ,lourde la tète) de l’autre.Pourtant cela ne peut être qu’une impression parce que mon système nerveux fonctionne parfaitement et si je peux dessiner de manière précise y compris de la main gauche alors que je suis droitière c’est bien que les connexions sont fiables et efficaces.Non je dis ça parce qu’autant avec cette femme jeune brillante et généreuse j’ai accompli un travail porteur et riche autant une ostéopathe que j’ai vu il y a quelques mois m’a cassée « en deux » (si je puis dire!) en me disant sans ambages qu’elle ne sentait pas de lien entre mon corps et ma tète. Elle me l’a dit de manière froide, désagréable et je l’ai ressenti comme un reproche ,comme si j’étais atteinte d’une tare. Que cela venait d’un manque d’effort de ma part, d’une faiblesse.Elle a tapé là ou ça fait mal très mal en moi .Enfant on ne me laissait rien faire parce que j’étais soit disant trop maladroite, on disait en riant que j’avais deux mains gauches et j’étais rongée par l’angoisse dés que quelqu’un me regardait peler un fruit ou tenter d’ouvrir une boite de conserves,  évidemment je le faisais mal. Hors, cette dame connaissait mon enfance pas cet aspect « manque de confiance en mes capacités » mais l’autre, l’obscur celui de la maltraitance physique et des abus que j’ai subi. Je suppose que cette femme sait( en bon ostéopathe digne de ce nom) ce que donnent comme séquelles sur le corps d’un enfant les intrusions ,manipulations d’un adulte malveillant et pervers.Sa réflexion n’avait rien d’horrible en soi mais elle ne l’a pas accompagné d’un conseil bienveillant je n’ai senti aucune empathie de sa part..

Je me vois encore dans ma rue après la séance ,titubante, pleine de vide(oui c’est ça exactement) tellement blessée et déprimée de ne pas avancer dans ma vie (deux ans auparavant elle m’avait fait le même coup et je m’étais promis de ne pas y retourner et puis….). J’ai souvent parlé ici de mes relations aux médecins,aux thérapeutes ,je passe le quart de ma vie avec eux ,certains deviennent presque des amis alors je leur offre des tableaux pour leur laisser quelque chose de…positif, pour signifier que j’ai apprécié leur écoute, leur travail.D’autres font froid dans le dos ,vous jugent ,vous auscultent sans empathie ,comme si vous étiez un dossier incomplet ,un cas qui fâche…D’autant que je ne me laisse pas faire ,ma relation aux médecins est parfois conflictuelle, parce que ce ne sont pas mes « parents » je ne leur dois rien ,je ne les admire pas spécialement bien qu’il puisse m’arriver de le faire, comme cette jeune psychomotricienne que je n’oublierai jamais.

Témoin cette toile qui m’a quittée, je l’aime ce tableau il est exorcisme, geste d’art thérapie: j’ai dessiné et peint des corps séparés de leur tète tout à fait consciente de chacun de mes gestes que j’estime justes pour une fois, ce qui est rare. Je ne serai jamais une athlète de haut niveau en ping-pong certes mais, j’espère continuer à dessiner ,peindre ,modeler, coudre encore très longtemps, ma tète et mon corps en ont besoin.

système nerveux….. ou comment j’ai envie de faire le point.

 

Il y a quelques jours ,j’ai essayé de faire le ménage ,mettre en ordre ,vous montrer que mon travail possède un « sens »,j’ai réfléchi:pourquoi tu fais ça? On ne peut pas parler de la peinture,on va tourner autour,les mots détruisent insidieusement la réalisation muette qui se dit elle même….Et je reviens alors toujours à lui ,Francis Bacon,toujours. inlassablement,à relire le peu d’entretiens qu’il a accordé,qui me parlent tant ,qui me sont si chers,qui me font rire ,et pleurer.pour lui seul.celui qui dit si peu et qui travaille seul,à revers, »excitation d’Être en vie »cela me vient de lui…Il n’y a que le système nerveux ,rien d’autre?Non,il n’y a rien d’autre ,au feu le romantisme panthéiste ,je suis d’accord avec toi ,moi ,je sais ce que je fais après coup ,je laisse les choses se placer d’elles mêmes,à quoi bon,juste courber l’échine et faire ,encore ,sans se retourner,en oubliant les jours d’infortune ou ce gout amer et lancinant rempli ma bouche,ce gout qui dit :Qu’est ce que tu fais , pourquoi ?A quoi bon? non ,non  ,non.C’est tout que je sais dire: non .Et je dois continuer. La mort elle, attend tranquille ,tout à fait tranquille ,cette pute incontournable .Mais moi ,je suis en vie.

carolina Diomandé,blog « artistikkkbranleta1″plateforme d’arte 09/12/2007

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Avec cet article ,j’ai eu l’honneur de rester un bon nombre de semaines en page d’accueil comme blog du moment ,article à lire sur la plate forme d’Arte ,et je ne vais pas mentir j’en étais fière et enfantinement heureuse .Vous savez ce genre de bonheur qui ne se partage pas ,ou l’on saute tout seul au milieu du salon en chantant tralala….Arte me remarque ,c’est une référence pour moi :je suis heureuse , mon rêve a toujours été d’être REconnue par mes pairs ,pas devenir Lady gaga !

Un ami avec qui je correspond comme je le fais avec certains artistes ,peu mais de qualité (les artistes) ,me disait : « j’aime ton travail pour ce qu’il part dans tous les sens…….ne souhaite pas entrer dans le système ,reste underground » en substance bien sur ,je ne vais pas vous copier coller les mots de mes amis non plus ! Sur le moment ,je l’ai mal pris parce que rester underground c’est rester dans la cave ,dans le squat, en marge .Jeune et pleine de colère « fuck the society » c’est parfait mais à cinquante et un ans et toujours le calme plat c’est usant ,déprimant ,on finit par gravement douter, se penser minable ,une petite merde hurlante et rien d’autre? la marge j’y suis par essence mais je voudrais sans forcément en sortir ( et d’ailleurs le pourrai je ,je ne crois pas ,je ne le souhaite pas) rayonner un peu plus ,être soutenue de manière désintéressée et bienveillante:  Toi ma grande ,tu cherches encore et toujours Papa,hein???

Malgré un travail qui continue de s’enrichir ,un sens global de plus en plus affirmé (oui je sais cela n’apparait pas dans un blog surtout celui ci ou je saute joyeusement du coq à l’âne sans crier gare…;on pourrait effectivement penser que je suis bordélique ,que je sais pas ou je vais ,que ça déborde sous le casque (oui parfois un peu…) mais que nenni !  J’écris autant que je dessine. Quand je disais que j’étais surréaliste ce serait (n’y voyez pas de comparaison,elle est impossible à la manière de ma grande Louise B ),je ne pense qu »à ça » du soir au matin sans compter les rêves fous en couleur qui m’inspirent depuis toujours .Ma production semble vaine ?Elle l’est car c’est la Vie qui est comme ça,non ?Dérisoire  je crois parce que je ne me tiens pas un plan d’action « commercial » ,je ne suis pas une fine stratège et pourtant cela semble être une vertu cardinale à notre vilaine petite époque capitaliste ,du genre :attention j’improvise ….!

« allez ka ,tu ne dessines que  tes doigts de pied pendant trente ans ,sous toutes les coutures ,tu récoltes chacune de tes rognures d’ongles qui tu articules en sculptures monumentales (oui des années de rognures ça fait beaucoup ) et puis tu tagues ton pouce déformé  dans toutes les villes du monde ,corpus mycosa ,Alleluah ; tu expérimentes le port (tout ça filmé sous le même angle chaque jour de ta précieuse vie de créatrice adulée de l’art contemporain  )de chaussures trop petites pour voir jusqu’où les déformations et la souffrance physique sont des éléments sémantiques à expérimenter … (avec de manière sous- jacente la  critique  d’une  forme d’asservissement du corps féminin à travers les ages );comment deviennent tes pieds , ils deviennent laids c’est génial c’est sale c’est le corps physique et ça les excite ,tu les colles avec l’infographie sur toutes les statues antiques que tu as en reproduction la victoire de Samothrace sans bras mais avec les pieds de KA .Pendant ta grande exposition à Berlin ,tu décides de t’assoir nue sur une feuille de plastique ,au dessous passe le public pendant une heure c’est performance curage de mycose(enfin ce ne sont pas des mycoses que j’ai au pied c’est un problème inconnu du aux molécules que j’ingère depuis des années mais bon c’est blanchâtre ,c’est plastiquement très intéressant ) sur une musique d’iban Régnier ,vieux pote de galère car oui tu es restée fidèle à tes amis. En fin de performance filmée ,tu recueilles la précieuse « semence » quasi divine qui sera vendue aux enchères ,ma chair…. J’arrête là car même quand j’essaie de manier le style académique (car nous sommes bien dans une période totalement académique ,et maniériste) je déborde ,j’explose .Et puis ça me rend mélancolique ,triste…;Cela me donne envie de mourir (je ne peux pas j’ai une petite fille maintenant ), mais je ne suis pas aigrie non , je suis folle et ça me sauve.

NOCH :
encore
NICHT :
rien
SEIN :
être

N’être encore rien , c’est se donner tous les possibles. Je défends ardemment cette idée ,dans ma chambre obscure .Je  » révèle » mes secrets au monde aveugle et sourd.
la peinture est d’abord un ensemble d’éléments plastiques choisis,et disposés,couleurs,fond,forme,lumière,espace….l’art est conceptuel par essence.

C’est ce que j’avais choisi de dire sur mon travail au grand concours sur Arte ,je pense toujours la même chose.

 

Une chose à la fois oui vivre ,survivre à la douleur et à la méchanceté ,l’égoïsme qui ronge  notre société en fin de parcours ,être simplement vivante ,humaine ,et témoigner de cet état en tant qu’artiste ça je sais faire…mais semble t il , ce n’est pas de l’art; Parce que l’art ça se « manage »,ça s’explique à coups de rhétorique absconse ,se décortique ,se déguste par lampées avides pleines de fric.

Je rêve d’une république libre des artistes ,comme un salon des « refusés »moderne ….Seule ça va être dur.

N ’empêche ,on ne crée pas que pour Soi dans son coin. Pour moi c’est le fin fond de sud gironde.L’art est un partage qui ne s’explique pas (je reviens à mes sources divines  :Francis Bacon).

et hop.

,

petite numéro 11 (ou début)

J’ai très mal en ce moment
des maux nouveaux
des mots nouveaux
il faut donc encore retirer
une peau,creuser avec les ongles
jusqu’au sang.
déterrer plus profond32347_petite11
sortir toute neuve
toute vive
comme une Ferrari rouge
qui brille
qui brille
qui brille….
je suis une fille.
la petite n° 11 m’a beaucoup apportée,elle signifie beaucoup pour moi.j’aurais pu la nommer « début ».

J’ai remarqué que presque tous mes textes utilisent le mot corps et/ou souffrance….Il se trouve que physiquement après une rentrée : pas du tout en fanfare , totalement déconnectée par la douleur physique .Il se trouve qu’ aujourd’hui , je vais carrément mieux ;mon dos est assez silencieux ,mes genoux se comportent de manière correcte avec le reste de mon corps , je marche sans boiter (je boite mais cela ne se voit pas ,c’est un boitement intérieur,d’où la douleur qui se répercute ailleurs dans le dos ,les lombes ,effet du déséquilibre permanent) .Pourtant ,je ne me sens tout aussi minuscule que dans les jours les plus sombres ,sans devenir ,sans visibilité ,sans rayonnement…; »sans »….. , »en reste » ,…… »à coté de la plaque »…….. « inutile »……. , »inintéressante »……….. voir ….. »minable » , si j’osais .Je sais bien pourquoi .Tout a concouru dans ma vie à me mener à « ça » ,ce constat amer et bref ,sans appel,ces ailes noires qui forment un trou noir autour de mon buste ,qui m’empêchent de rire en cascade et sans objet.

Je vais vous raconter la dernière de ma génitrice ;ma fille est allée en Bretagne avec elle en famille pendant les vacances.Celle ci (ma fille)  ,est revenue enchantée mais m’a quand même dit un truc qui l’a dérangée ,un truc qui est arrivé pendant le séjour , et dont elle avait besoin de parler avec moi…C’est au sujet de sa grand-mère ,c’est au sujet d’une phrase qu’aurait dit  ma mère à son frère et  sa sœur (mes oncles et tantes) ,quelque chose me concernant;Mutti aurait donc parlé de moi ,de mon enfance (Saskia buvait ses paroles ,elle veut tout savoir et comprendre  de cette mère triste,aimante,étrangère au monde de ces copines)…Elle aurait dit que franchement quand je parlais de mon enfance ,j’en rajoutais une couche ,que j’exagérai ,que je déformais , dramatisais, et tout le monde de la conforter dans son sentiment de bonne mère qui « a tout fait » pour sa progéniture et qui se fait bouffer par sa fille ainée ,la méchante garce ,de manière  injuste, et cruelle….Je ne l’ai pas montré à Saskia mais intérieurement , je me suis décomposée littéralement .

Ainsi donc, elle s’acharne la mère ,elle veut absolument porter le suaire rutilant de la victime expiatoire ,me charger à mort ,devancer mes plaintes en minimisant mon vécu .Symboliquement ,une seconde fois(?) elle m’assassine,me nie ,me renie ;elle n’abandonnera donc jamais cette vieille folle ,hystérique ;

Depuis ,je suis vide très faible (ma tension ne dépasse pas 9 ) , la médecin m’a demandée comment je faisais pour continuer…. ben quoi ,comme d’hab .J’essaie de mobiliser mes forces mais je ne sens plus rien en moi ,qu’un grand vent de colère et de désespoir .Il faut que je lui tourne le dos que j’arrache ce cordon empoisonné avec mes dents ,même si c’est sale.Je le ferai.

Parce que je veux vivre.

Vivre et foncer tout droit ,loin devant ……comme une belle Ferrari « rouge scarlett »,carrossée et brillante.

Et sourire pointu comme une lame ,voir l’autoportrait….

Puppa 58 puppa58

je n’ai jamais joué à la poupée; ma grand’mère me disait  : » mais carolina , habille donc tes poupons ils sont tous nus , ils vont prendre froid… »

je ne répondais rien , je pensais simplement comment pourraient ils avoir froid : ce ne sont que des poupées?

j’avais une poupée que j’aimais , mais on ne parlait pas doudou à l’époque,un jour je me suis assise sous la table , écoutant les voix des adultes qui ignoraient ma présence : je l’ai littéralement déchiquetée en menus morceaux avec, désinvolture , remplie d’une haine glacée.  je devais avoir 4 ans.

petite fille modéle en robe blanche , le dimanche.

cette poupée à tète d’esquimau….je l’ai détruite avec méthode ce devait ètre les débuts de » la petite fabrique de l’écorchage ».

ils n’ont pas eu de réaction….

Mieux vaut en rire , nest ce pas ? et travailler plastiquement avec des poupées.

j’en cherche en permanence.

95889_lulu-1Je n’ai rien à rajouter.

l’effroyable malentendu

je ne vais pas piocher dans mon stock de posts anciens pour cette rentrée .Je vais directement écrire quelque chose autour d’une de mes dernières créations,qui date donc de 2013 et qui a été faite dans le nouvel atelier.

Quoi de neuf sur le front du corpus Ka doloris ?Et bien comme souvent quand j’accumule la fatigue ,les sensations d’indifférence,les excès métaphysiques et les problèmes familiaux je somatise . Je souffre d’une sciatique carabinée traitée par piqures bi quotidiennes et d’un reflux œsophagien chronique  provoquant une toux sèche,qui brutalise ma colonne et donc le nerf délicat….à chaque quinte.Rien à dire de plus….à ce propos.

Mon triptyque qui se nomme « l’effroyable malentendu » est  une scène en trois parties(logique pour un triptyque)  sur bois ,techniques mixtes,acrylique et collage plus un dripping « mesquin » : une  seule et unique grosse goutte se fait remarquer au milieu d’un ensemble assez lisse de texture , j’avais peint une grande scène tout en longueur aux tons vert  et orangé  au lycée diderot ,qui représentait une série de femmes alanguies et dansantes. Ce tableau ne me convenait plus alors j’ai tronçonné le bois en trois parts inégales et j’ai peint un triptyque .Je vous ai déjà parlé de cette manière de procéder dans un post précédent . C ‘est très agréable de « reprendre » un travail ,de faire vibrer des formes en rajoutant des éléments,ainsi tout se transforme ,rien n’est définitif comme la vie .J’ai travaillé les trois parties en même temps par souci d’unité chromatique mais sans plus réfléchir qu’une poulette cherchant le vermisseau.D’un coté une forme plutôt sombre ,en plan rapproché évoquant (pour moi) la jupe du petit chaperon rouge?De l’autre,une forme molle dans la lignée de mon tableau de la série initiale « le deuil »…celui qui s’appelle « c’est arrivé tout seul » (1994) évoquant le corps,son intérieur ,le coté caché ,les viscères  et l’attrait pour ce que je ne peux voir mais que je vis pourtant avec intensité ,j’aurais aimé devenir chirurgienne ,bel art que ce métier.

Pour la partie centrale ,j’ai collé mon premier autoportrait de 1968 ,le grimaçant que j’utilise toujours avec délice et dont j’envie à présent la spontanéité,la violence brutale et la justesse que je ne retrouverai jamais.Toute la rage de vivre de mes cinq ans .L’ensemble a été fait très vite ,l’organisation picturale s’est construite avec les corps de femmes ,les taches colorées, et puis…..cet énorme ogre aux yeux hallucinés s’est invité sans demander mon avis,droit ,surgissant du néant ,les yeux vides mais intenses,il a pris la vedette et je l’ai laissé faire ,peaufinant les creux des orbites ,la couleur légèrement translucide et rosée qui me fait penser à la couleur d’un cochon ou d’un nouveau né…je l’ai fait rose sans décider vraiment pourquoi. Je me suis rendue compte après de la symbolique attachée à la couleur rose , et du coté un peu « inapproprié » de ladite  teinte pour cet espèce de monstre informe et affolé.C’est comme ça…..Quant au titre j’y viens ,il est d’une importance fondamentale ,là encore aucun choix pré-établi ou justifiable , »l’effroyable malentendu » s’est imposé de lui même et convient très bien à ce travail,cet effroyable malentendu c’est toute la vie pour moi ,les attentes impossibles ,les déceptions cruelles,les mensonges ,les visages couverts de masques bienveillants ou effrayants qui ne correspondent en rien à l’âme ou l’essence de celui qui l’arbore,les croyances que j’ai pu avoir,les confiances que j’ai omis de donner,les impasses dans lesquelles sans cesse je me perds,Dieu qui fait des tours de passe passe,l’indifférence cruelle et sourde de ce Monde ,de mes concitoyens ,de ma propre famille.trop croire trop donner et se retrouver un beau soir sombre d’un magnifique bleu cobalt couvert d’étoiles seule ,en proie à une angoisse existentielle incoercible , émerveillée par un cadeau céleste :l’apparition magique et fugace d’une étoile filante que je m’évertue à prendre pour un « signe »,c’était avant-hier soir .

L’effroyable malentendu de croire qu’on peut partager certaines choses,que les bonnes intentions seront toujours celles qui gagnent qu’il suffit d’être digne pour se faire respecter.non,cet été ne fut ni facile ni reposant.l’été la lumière est au zénith et moi j’ai besoin de zones d’ombre pour me retrouver.

un petit mot tordant de  ma Chloé….:en voyant ce travail sur ma page facebook celle ci s’est exclamée « mais qui c’est ce barbapapa baconien sous acide???!!! »J ‘accepte entièrement cette synthèse facétieuse et d’une justesse troublante.Chloé voit mes tableaux mieux que quiconque ,heureuse qu’ils parlent à son cœur et à son esprit.

l'ffroyable mal

Satin et Rebelle

« et mème ce coeur a de l’artificiel.les danseuses l’ont cousu dans un sac de satin rose,de satin un peu fané,comme leurs chaussons de danse. » : edgar degas.peintre adepte de l’insatisfaction et de la mélancolie…73362_sp_a0179-pola

 quant à moi,je suis en colère ,à en avoir une pointe au foie,le grand dorsal en vrille,en colère ,en colère contre ce qui se passe dans ce monde injuste et immoral,et ce ne sont pas mes quarante minutes créatives par jour qui pourront éponger cet état.

 

 

La  preuve que l’on peut changer…j’ai écrit ce petit article horripilé ,il y a de cela quelques années,j’habitais encore Tolosa ,le pola a été « attrapé » à l’école de danse de Toulouse ou ma fille prenait ses premiers cours ,elle avait tout juste  4 ans !Ces chaussons trainaient dans le vestiaire sous un banc ,abandonnés ,et comme j’aime les objets  ,je pense en bonne africaine qu’ils ont une âme ,je les ai photographiés pour en garder la trace ,d’abandonnés ils redevenaient vivants,regardés : ils étaient beaux à mes yeux et m’ont immédiatement rappeler la petite phrase que je cite ,d’Edgar Degas,peintre que j’affectionne énormément.Comme je vous ai déjà dit la photographie est pour moi thérapeutique ,boite à souvenirs,capture d’un instant de réalité ;je n’ai aucun souci d’esthétisme ou de technique ,c’est ludique et émouvant ,c’est simple.

La preuve qu’on peut changer…..j’ai accompagné dans le blog kamera obskura sur la plateforme d’Arte mon image surannée,nostalgique d’un texte survolté,rempli de colère ,de douleur,d’un sentiment d’injustice et de révolte,comme pour faire contrepoint,contraste à l’image,effet de style .Cela me fait sourire aujourd’hui et la boucle est bouclée ,je me retrouve plus dans la position de Degas maintenant ,j’ai cinquante ans ,encore le cœur débordant de rêves,de chimères qui m’animent mais je suis quelque peu….désenchantée,murie pas aigrie pour autant .J’ai beaucoup travaillé sur moi ,sur mon corps ,accompagnée de manière brillante et je suis là face à ces petits chaussons émue ;je n’oserai le dire mais si :  presque apaisée face à certains de mes démons ,de mes luttes intérieures.J’ai simplement quitté cette colère incendiaire qui me poursuivait depuis mon enfance ,d’abord rentrée,cachée puis cette colère monumentale s’est retournée contre moi ,mon corps ,mon image ,mon intégrité ,j’y ai perdu mon précieux capital :la santé.J’avais besoin de cela ,aller au bord du gouffre ,se pencher en avant et vomir jusqu’au sang cette bile noire ,brulante ,cruelle.Cette colère je ne la renie pas ,elle était légitime mais il faut un jour sortir de cet état ou l’on en meurt.

C’est fini.Je n’en suis pas devenue une chiffe molle pour autant !Seulement je fonce moins tète baissée,je ne prends plus toute forme de critique comme un désamour ou une déclaration de guerre .J’ai envie de vivre ,vivre ,vivre et laisser vivre autour de moi…..J’ai le cœur  un peu ratatiné d’avoir vécu à cent à l’heure , comme ces petits chaussons  si émouvants.En eux ,j’ai vu la danseuse qui les a usés jusqu’à la corde certainement dans la souffrance,la volonté de s’élever comme une flamme ,j’ai vu  en eux le prolongement physique du corps  de cette petite danseuse ,j’ai vu l’âme de cette inconnue qui vibrait.comme la mienne qui brille discrètement ,avec ténacité et avec tendresse.

bon été.

Monsieur Poupoute dit « the father »

à l’origine,c’etait un tableau sur mon père..qui ne me satisfaisait pas.alors 6 ans après la première partie,je l’ai continué.rien ne disparait jamais en peinture,tout vibre,couches après couches…monsieur Poupoute se tient digne ,élégant ,élancé.j’ai joué sur le fond coloré ,qui apparait sous les bandes opaques(qui font référence  aux masque Yacouba),horizontales calmes.dessous,dessus,derrière,devant,la silhouette de Poupoute se détache vertical ,cerné de noir.mix’art myrys;acrylique et collages.1997-2003

30597_mr_poupoute_the_fatherC’est toujours un peu la même chose…Une avancée lente ,par degrés un peu comme l’alpinisme,on se retrouve sur des petites plateformes rocheuses inconfortables ,bivouac,repos,reprise…La peinture ,la création c’est cela :  ce que j’essaie de montrer ici peut être de manière un peu répétitive….Comme régulièrement ,je doute de l’intérêt d’un blog de ce type ;qui s’intéresse au processus de création ? Par contre ,je sais que la misère humaine fait vendre,la mienne comme celle des autres ; je suis une candidate de choix ,je vous ai décrit mes maux en plusieurs épisodes ,les aléas des rendez vous médicaux ,les avis parfois implacables des médecins qui pensent avoir du pouvoir sur leur patient .Je vous ai parlé de ma ,de mes multiples douleurs qui font tellement parti de mon personnage que mon entourage ne considère pas  que cela puisse représenter un handicap pour moi et il parait que c’est de ma faute : j’en fais trop ,j’ai le gout de la discipline ,j’ai été élevée à la dure car « chez ces gens là monsieur,on pleure pas monsieur ,on ne dit rien ». Ce serait déplacé,impudique,égocentrique et mal élevé ; et j’ai bien compris le message. Il faut serrer les dents et ne pas geindre , un jour on meurt ,un point c’est tout.le pathos est évacué ,inexistant.Et je me retrouve ainsi à cinquante ans avec des genoux usés jusqu’à l’os (sans jeu de mots!) d’avoir marché en serrant les dents ,gonarthrose au dernier stade,en français cela veut dire plus du tout de cartilage sur les articulations ,les os se touchent .les médecins qui découvrent cela aujourd’hui me demandent tous : »mais comment faites vous pour marcher sans boiter? » « pourquoi ne pas avoir dit que vous souffriez autant? »,je suis bien incapable de donner une réponse sensée ,il n’y en a pas .je n’ai agi de cette façon que parce que j’ai été programmée ainsi pour tout supporter en silence,et ne pas en rajouter,ne pas me plaindre d’un truc « encore « en plus de tout ce que mon corps supporte déjà ;vous aviez raté l’épisode « glaucome » et bien la suite sera très excitante,pose probable d’une jolie prothèse ; je me dis que cela ne sera pas si mal en fait ,j’espère pouvoir peindre à nouveau au sol : je ne peux plus ,et l’épisode des décors m’a montré combien il m’était pénible de garder l’après midi entier la station debout pour travailler mes toiles….Je ne veux pas penser à l’intervention,à la rééducation.Je suis déjà à passer mentalement une nouvelle couche sur mes derniers tableaux,transformer mes épreuves numériques en oeuvres réelles de grand format :je l’ai fait pour les décors,c’est génial , et je vais continuer dans ce sens .

Mourir et renaitre….encore une fois,et puis quoi ?

cocon

Ka :luciole qu’on clique d’un doigt.

  Image

Retour dans l’atelier ,dans le nid…Avec une fatigue envahissante,une impression de vide qui me sont déjà connues.Même si ce que j’ai accompli n’est pas grand-chose ,pour moi c’est énorme surtout physiquement et c’est cela qui me donne des pensées noires,pesantes d’autant plus lourdes après les quelques semaines d’exaltation que j’ai vécues . Mon corps n’est pas à la hauteur de la tache que je me suis assignée et il me le rappelle insidieusement  , que c’est déprimant ; je le sais ,ce n’est pas une découverte mais à chaque fois que je me retrouve confrontée avec rudesse à mes limites corporelles ,j’enrage .Alors il me reste les quatre murs bleu gris de ma pièce ,mes rêves de projets à réaliser ,les pinceaux bien rangés,les tubes dans des boites en bois ,les toiles commencées,celles terminées roulées et posées en vrac…. Et tout l’or du monde que je possède au fond du crane .

Vivrai je assez longtemps pour accomplir ce que je désire ,trouverai je assez d’énergie pour dépasser ,outrepasser mes limites ? J’enrage et m’enroule comme un animal  sous la couette : Ka luciole qu’on clique d’un doigt.Je suis cet animal éphémère,qui brille dans son obscur lieu de désir.