Bones and more

J’ ai participé cet hiver à un événement « les jardins en fête ». J’ai beaucoup travaillé mais j’en garde un gout amer une fois de plus je pense que j’ai fait de mauvais choix en m’engageant avec ces personnes qui n’avaient finalement aucune sympathie pour moi. Cela doit me servir de leçon: ne pas trop donner, ne pas s’ouvrir de manière immodérée sans se rendre compte que les autres vous perçoivent de manière négative. J’ai parfois l’impression d’être aveugle du cœur ….

Il a été facile pour moi de tirer un trait sur cette mésaventure en m’engouffrant dans un nouveau projet. Saskia depuis son plus jeune âge pratique la danse et comme j’ai une grande admiration (euphémisme) pour les danseurs et cet univers en général je deviens toujours »copine » avec son professeur et de fil en aiguille lorsque je dis que je peins, on me demande de créer le décor pour le spectacle de fin d’années. Pour la deuxième fois donc, je participe à cette expérience. En Janvier Nathalie m’a donné son synopsis et j’ai commencé à faire des recherches, en Mars nous sommes allées ensemble aux Carmes de Langon pour prendre les mesures et discuter du « comment » évoquer une cathédrale (la référence étant celle de Cordoue) ville d’ou vient la grand mère de Nathalie.Intérieurement j’étais affolée (un peu récurrent ça chez moi) mais je n’ai rien laissé voir de ma terreur j’ai pris les dimensions, posé les questions au régisseur, fait des croquis et suis rentrée chez moi la peur au ventre (je n’y arriverai jamais, je n’ai jamais fait ça, ou je vais m’installer pour faire des décors aussi grands???……..). Ma routine en fait je crois que c’est ce qui fait le sel de la vie, se donner des défis, les relever ou tomber qu’importe, être soulagée, fière et continuer toujours plus loin. Je me rends bien compte que la vie quotidienne ne me satisfait pas du tout. Tout au contraire la vie quotidienne m’étiole, me rend toute tassée et dépressive. Au point qu’après avoir essayé de me réguler (je suis officiellement reconnue comme bipolaire par un spécialiste du centre expert de la ville de Bordeaux), le psy qui a fait mon bilan et la psy adorable qui me suit ont décidé (n’ayant pas supporté la molécule qu’ils m’ont proposée) de me laisser comme ça sans filet chimique, en me faisant promettre de créer sans discontinuer. Parce qu’ils ont bien compris que c’était le sens de toute mon existence et que l’exercice de l’art cette passion monstrueuse qui m’obsède me tient en vie, me sort toujours des pires états que je traverse régulièrement et dont je ne parle plus parce que je ne vois en quoi cela peut intéresser les gens notamment sur mon profil Facebook. Mais je vais très loin, très bas au plus profond de mon désespoir en solitaire. Tout en continuant  à gérer le quotidien, ce quotidien qui m’exaspère…En essayant de ne pas montrer à ceux qui me vivent avec moi combien je vais mal combien la mort me sourit de toutes ses dents et ceci presque journellement, comment pourraient ils comprendre…

Deux mois de recherches sur Pinterest, à la bibliothèque m’ont permis d’élaborer une structure correcte fiable du point de vue de l’histoire de l’art, qui raconte cette étrange coexistence de deux religions antinomique: l’islam et la chrétienté…Des dizaines de croquis plus tard j’ai proposé ma création finale à Nathalie qui l’a validé enthousiaste. Me voilà rentrée à la maison avec toutes ces lourdes toiles de jersey blanc ignifugé et les grands cartons pour créer des oriflammes..Depuis un mois c’est le chantier intégral à la maison, mais Francis et Saskia ne se plaignent pas ils enjambent les décors, je crois qu’ils ont compris que c’était vital pour moi et puis je continue à corriger mes copies répondre aux élèves en ligne et faire tout ce qu doit être accompli dans une maison par une femme d’intérieur parfaite (ironie totale dans ce propos)…Je croule sous le travail et souffre terriblement du dos, des genoux  de toutes articulations en fait mais c’est ma vie, je ne veux pas autre chose, j’en veux encore plus toujours plus. J’aimerais mourir comme Cézanne… quasiment sur le motif, heureux homme. C’est la raison pour laquelle je tiens ce blog pour témoigner d’une vie vouée à l’art malgré la maladie psychique et physique. Je ne veux pas m’ériger en exemple ni faire pitié, juste dire comment moi je m’en sors jusqu’ici…. Cela peut servir.Je ne sais pas…

Cet après midi j’ai presque terminé. Bonheur et angoisse mêlés parce que dés mercredi nous allons au plateau deux jours pour installer tout ça. Je suis excitée de vivre cette expérience je ne donnerais ma place pour rien au monde. Ensuite? Et bien si tout va bien je travaillerai en cordée (ma formule préférée) avec Fred Ducom (le père de mon neveu adoré Herran) sur un recueil pour enfants et à la rentrée je retrouve Régis Roux pour une deuxième collaboration.Voilà c’est ce qui construit mon bonheur fragile entre les ruines et les bouffées d’angoisse qui m’assaillent régulièrement.

Pendant le vacances pas de répit, ce mot n’a pas de sens pour moi..; L’été est toujours une période difficile dont la lumière met encore plus en valeur mes zones d’ombres.

Aussi je vais essayer de terminer la série »choses roses sur fond bleu » qui reste en suspend depuis trop longtemps, hâte de terminer ça pour attaquer un projet qui bouillonne dans mon crâne( mais dont je ne préfère pas encore parler) et puis aussi continuer le travail psy qui consiste à apprendre à me donner une « valeur »et donc à m’exposer enfin d’abord à chercher un lieu d’exposition ceci pour 2018…15 ans que je n’ai pas exposé : il serait temps mais je pense y arriver car je me suis débarrassée d’une phobie sociale très invalidante.A cœur vaillant rien n’est impossible!

Les mollasses de Galaure

Je ne me souviens plus trop comment j’ai connu Régis Roux, par le biais de viadéo je crois…Il m’a proposé de travailler avec lui sur un projet d’illustration de poèmes ayant apprécié mon travail pictural. J’ai accepté rapidement parce que j’aime autant les traces écrites que les gestes picturaux et parce que son écriture m’a séduite. Il y a quelque chose de rythmé et elliptique à la fois, quelque chose de mystérieux dans sa façon de jouer avec les mots. Cela fut difficile au début parce que je suis devenue méfiante depuis cette histoire rocambolesque avec la Guadeloupe, j’avance à pas feutrés laissant des zones de silence en attendant que « l’autre « se manifeste. Finalement la ténacité paie et lorsque Régis m’a envoyé des clichés de galets des torrents qui dévalent dans sa région natale, la vallée de la Galaure dans la Drôme j’ai compris que sur ce sujet-là on pouvait faire quelque chose ensembles. Sa démarche est celle d’un chercheur, d’un promeneur solitaire qui collecte des images de ce qu’il voit de ce qui le touche, en l’occurrence les galets dits mollasses, vestiges très anciens de l’histoire de notre terre. Dans cette quête silencieuse contemplative  Régis retrouve le fil du temps, qui se déroule là loin des hommes et de leurs tumultes inutiles. Il m’a dit parfois presque perdre « la raison » au sens raisonnable du terme dans ses promenades, et entrer dans un état de méditation active très profond. Je me suis retrouvée dans cette quête elle est proche de la mienne, sauf que pour ma part ce sont les couleurs les surfaces les gestes plastiques qui me mènent en terrain spirituel.Quand je crée je ne souffre plus de mon corps ni de mon âme. Le temps perd son sens de découpage de guide impitoyable pour devenir un lien avec mes lointains  ancêtres humains, ceux du fond des âges, celles qui peignaient dans les grottes obscures. (Et oui il semblerait que les femmes ont fortement contribué à l’essor artistique du paléolithique…)

Il faut apprendre à lâcher prise. Il faut s’abandonner et recevoir.

 

Cela a commencé par des envois de clichés qu’il a pris sur place lors de ces pérégrinations. Aucun contrainte technique ou autre, j’ai pu d’abord contempler en deux dimensions ce que lui touchait de ses mains, appréciant la finesse, les reliefs, les grains différents. Là résidait la première difficulté de ce travail en commun. Je devais imaginer ces pierres muettes tranquilles dans leur lieu de « vie ». Pour moi pas de volume pas de matière mais une image en 2D assez pure et suffisamment descriptive pour susciter mon intérêt et mon envie de dessiner ou peindre ce sujet-là, tellement loin de mes aspirations habituelles : le corps la chair le viscéral les émotions. Je pense que ce sont les deux années de dessin automatique, ce que j’ai appelé l’abstraction méditative qui m’ont permis de pouvoir aborder plastiquement ce sujet totalement abstrait pour moi. Pas tout à fait finalement parce que je me suis rendue compte que j’avais des pierres partout chez moi, dans les tiroirs et même dans mes poches ! J’aime les pierres, les galets les morceaux de verre polis qu’on trouve sur les plages et j’en sème autour de moi comme des petites protections, des gris-gris modestes et naturels.

 

Mais ces galets là c’était très différent. Ils sont ancestraux, ils ont vu l’évolution des Alpes des molasses de Galaure. Mollasses qui portent un nom étrange molosses par aspect leur complexité leur beauté leurs nuances affichent leur grandeur. J’ai regardé les clichés puis je les ai sortis sur papier. Là encore ils ont « perdu » de leur substance pour devenir des traces, des empreintes un peu fantomatiques. C’est ce que je voulais: pour m’en approprier je devais les rendre « sujets » de peinture, souvenir lointain d’un réel que je n’ai jamais touché. A ce moment j’ai écrit un grand texte à Régis pour lui parler de la démarche que j’avais décidé de suivre (ce sera l’objet d’un second poste je pense).J’ai coupé une vingtaine de cartons solides  du même format (à peu près du A4), puis j’ai commencé mon travail passant couches sur couches d’acrylique bien diluée sur le carton j’ai cherché mon fond celui sur lequel les galets seraient posés .C’est là que tout se décide. En effet peindre des surfaces sans sujet comme on peindrait une porte, permet de se dégager en douceur des questions matérielles du style : »comment je vais peindre ces galets », ou bien « dois-je représenter le volume ou pas? « .La méditation commence  pendant que l’on trempe le pinceau dans le mélange coloré, qu’on lisse le fond qu’on revient à une autre teinte et ceci pendant un mois. C’est la partie invisible de la réalisation mais elle a une importance cruciale. Ensuite j’ai commencé à dessiner au crayon les contours de manière libre. Puis certaines photocopies  des galets m’inspiraient tellement que j’ai décidé d’en coller des fragments sur le fond bleu jaunâtre que j’avais fait .N’ayant aucune contrainte technique je ne me suis pas interdit le collage, technique que j’aime particulièrement. J’ai beaucoup juré pendant l’élaboration de cette série, je me parle quand je travaille ça me rassure et permet d’ évacuer la frustration face à un sujet qui vous résiste. Je  me trouvai confronter à des questions concernant le fond et la forme, l’expression du volume. Des questions purement plastiques que je me pose rarement parce que je ne représente jamais quelque chose qui existe ailleurs que dans mon imagination. Quelle direction choisir? Ce fut âpre et puis un jour que j’avais étalé toutes mes peintures sur le carrelage blond pour me faire un idée générale, quelque chose m’a sauté aux yeux comme une évidence : ces galets, je les avais représenté sans réel souci du réalisme du détail par contre j’avais respecté inconsciemment leur « caractère ». Oui c’est ça ils étaient tous différents: j’avais fait leur portrait ma galerie prenait sens, tout prenait sens (et là je suis soulagée quand ça émerge parce que ce je n’arrive pas à saisir m’angoisse et m’empêche de dormir).Régis partait en expédition solitaire il cherchait les molasses, les prenait dans sa main faisait un cliché de chaque pierre leur donnant là une « importance », une vie nouvelle, il était celui qui les « révélait »aux yeux du monde. Et moi qui ne recevait que les photos de ces galets (comme des documents prouvant leur existence) j’ancrais le témoignage de leur incarnation en faisant leur peinture, m’inscrivant dans la continuité de la collecte mystique de Régis Roux.

 

Nous croyons tous les deux à un dialogue entre l’invisible et les hommes, entre l’inanimé et la chair. En se tournant vers l’orée du monde, à sa conception nous pouvons entendre le chant continu du vivant qui pulse, bruisse. Nous touchons, écrivons, traçons ces galets millénaires charriés par le courant comme la

 

métaphore de nos petites existences dérisoires.

 

Un livre d’artiste est maintenant en train de se construire. C’est un projet artistique que je mène à son terme dans la sérénité. Je vais debout, enfin…

 

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foi

J’ai abandonné ce blog  mais il continue à vivre sa petite vie avec quelques visites par semaine. C’est peu mais c’est juste ce qu’il me faut.J’avais un grand chantier cette année et cette période restera ancrée en moi de manière profonde. Sans mettre de mots précis sur mes maux je vous ai déjà dit que j’étais atteinte de deux maladies graves.Je suis guérie de l’une des deux, vous avez bien lu : guérie.

Hosanna

Après un moment de stupeur et d’incrédulité j’ai enfin réalisé ce qui m’arrivait. Il est donc écrit quelque part que je devais vivre le pire et le meilleur. Je ne connais pas l’entre deux ,le juste milieu, le fade, l’ordinaire, l’ennuyeux. C’est un fait c ‘est comme ça et cela me va très bien. Je disais donc que j’ai abandonné ce blog mais pas pour autant la création ni l’écriture . Je dirai même que je suis plus créative que je ne l’ai jamais été … Cela part un peu dans tous les sens (en apparence) mais ça avance doucement. Ce que je n’écris pas ici je le note dans mes différents carnets, des petits, des grands,un magnifique que m’a offert Francis pour Noel en cuir brun avec des feuilles faites au Tibet. J’ai moins l’envie de partager mes recherches. D’un coup cela m’a paru vain, pécher en haute mer cela a quelque chose d’épuisant : cette immensité…et vous avec votre petit filet minuscule quelle chance avez vous de récolter un gros « poisson »?

Je devais me concentrer sur mon traitement sur mon corps, ne surtout pas m’éparpiller. C’est vraiment un tendance forte chez moi, j’ai trop d’idées j’en dors mal la nuit et si je dois dire tout ce qui me passe par la tète ,expliquer tous mes projets en cours et ceux qui sont sous forme de croquis ou texte dans mes carnets je vais paraître vraiment comme quelqu’un de dilettante et fantasque, pas comme une véritable « artiste » qui travaille dur pour mener à bien ses différents projets.

J’ai passé pas mal de temps à la confection de dessins en noir et blanc pour un projet de fanzine avec un ami, mais cela n’a débouché sur rien dommage parce que j’y ai mis beaucoup d’énergie.

j’ai commencé à coudre des petites entités « magiques » que j’ai mise en vente sur « Etsy » et « Littlemarket « mais cela n’a séduit personne en tout cas pas au point de m’en commander une et de l’acheter…Alors j’ai arrêté pour l’instant ayant tout de même en cours 4 petites poupées fétiches avec une tète en argile.

Actuellement je suis entrain de faire des pièces de tissus peintes brodées qui serviront d’ornements pour des travaux futurs, j’adore coudre, tailler dans le tissu, broder.Cela m’apporte une grande sérénité et me permet de me reconnecter avec mes racines profondes notamment Marie Blanche la couturière modiste talentueuse qui fut ma tri aïeule.D’un autre coté j’ai été sollicité par un ami poète Régis Roux pour accompagner son travail sur le minéral. Il se promène et ramasse des galets  les mollasses de Gallaure, il les dépoussière et les photographie c’est une quête presque mystique solitaire. De mon coté j’essaie de donner une représentation plastique de sa démarche, lui  écrira des textes lorsque j’aurais terminé mes dessins.De cela je reparlerai bientôt.

Pour finir,  je continue ou plutôt je reprends un « vieux » projet laissé en suspens, j’en ai déjà parlé ici: Pixel bleu . Je sens vraiment que je tiens là quelque chose d’important pour moi. Je juge cette série en cours (une grosse vingtaine de travaux ) tout à fait cohérente avec tout ce que j’ai pu exprimer ici, sur le deuil, mon gout pour l’organique, mon amour fou de la peinture et de la vie. Cette série est dans l’esprit du « nicht-noch-sein » qui a commencé avec une toile qui s’appelle « c’est arrivé tout seul » ici:c’est arrivé tout seul

. Le texte fondateur du Nicht Noch Sein ici : nns.

Je rangeais mon atelier et  j’ai sorti tous les tableaux se rapportant à ce projet, j’ai décidé de ne plus le lâcher, de le finir.

C’est vraiment un travail de série  avec toujours les mêmes « ingrédients » et différentes variations .Les fonds sont tous bleu outremer mâtiné de bleu cobalt en aplats très lisses.Ce fond n’en est pas un en fait parce qu’il entoure la forme qui est faite indépendamment.Des formes aléatoires, molles, » poulpes », morceaux de chair occupent l’espace de manière plus ou moins importantes.Ces silhouettes non figuratives sont le sujet de cette série .Elles sont peintes en nuances très subtiles et délicates de tons de roses passant du nacré bleuté jusqu’au orangé violacé.Mon but est de créer des fenêtres sur mon univers intérieur qui s’articule en transcendance (le bleu) et la chair incarnée.C’est avant tout un travail de passage entre le monde des vivants et celui des morts en l’occurrence mon ami Pixel parti trop tôt. Celui ci créait des petites échelles en fer argenté qui étaient sensées nous amener dans l’inconnu.

Qu’est ce qui fait le sens de cette série?

Voilà ce que j’ai écrit  dans mon carnet , en date du 08/08/16 : « Je suis partie d’un sentiment, d’une couleur, d’une absence cruelle. Bleu pour l’infini , chair rose du corps de Pixel. Quand j’ai commencé cette série j’étais sans filet, sans fil directeur sans savoir ou j’allais. Sur le fond intense qui sera  uni et brillant grâce à de bonnes couches de vernis, une forme flotte s’inscrit fluctuante, molle, découpée comme un corps improbable sur le fond bleu.Forcément je ne peux pas m’empêcher de penser aux anges et aux cieux azurés des tableaux anciens de la Renaissance.Que symbolise cette forme pour moi? Elle est le signe de vie, une vie moléculaire peu élaborée mais en constante évolution.

Cette forme aux teintes chairs devient intrigante par sa répétition sur chaque toile, forme « rejouée »comme une note obsédante mais jamais identique comme si la série pouvait durer toute une vie.Cette forme organique est « le motif » de mon travail.

Par là même, je cherche à évacuer le souci narratif. En laissant la « bulle rose » faire son travail de captation du regard j’espère attirer le regard du futur spectateur.

Elle est molle ma forme et rose, un peu tentaculaire dans certains tableaux , il y a forcément quelque chose du sexe (masculin et féminin). On peut discerner une certaine angoisse qui se cache derrière les aplats bleus intenses et ces formes roses évanescentes. Rose et bleu….La fille et le garçon. Rose comme l’iconique rose de la peau du cochon (qui n’est pas si rose que ça dans la réalité), ce rose donne un coté un peu mièvre, il y a de la joliesse, du caricaturalement « féminin », du callipyge, de la graisse qui s’élève comme poussée par l’espoir. Il y a du désir de la Chair. Bleu comme l’éther sans nuage, comme un monochrome d’Yves Klein, le bleu d’une mer méditerranée sans vague, du bleu de vitrail gothique vibrant de lumière, bleu comme la transcendance, bleu utilisé comme l’or des icônes  ..

La forme rose et dégoulinante comme la représentation de l’inconscient sur ce fond bleu sec, lisse sans faille comme représentation du surmoi. »

Je ressens un immense bien être à peindre cette série qui était au départ une forme « d’ hommage » et qui devient pour moi un véritable Manifeste.Le Nicht Noch Sein m’obsède. J’ai besoin de cette notion de « non forme », de « non fini ».La notion de perfectionnement possible me laisse un espoir, une ouverture, une place pour mes rêves.

Si j’arrive à peindre ce que je sens, j’aimerais que cette série fonctionne comme une projection de l’inconscient du regardeur.

Sera t il séduit, sera t il ennuyé par cette répétition, sera t il dégoûté au fond de lui, se laissera t il emporté par mes formes jusqu’à laisser flotter son esprit …? J’ appelle cette forme de peinture « l’abstraction méditative » cela peut paraître pompeux, c’est ce que j’ai trouvé de mieux pour expliquer ma démarche.

Voilà, ce n’est pas parce que l’on entre en silence qu’on devient inexistant. Ma prochaine « épreuve », croire suffisamment en moi, faire sauter les verrous de mes vieilles croyances et démarcher pour présenter ces travaux quelque part hors du ventre de la maison.

J’ai très mal au dos, parce que j’ai très peur…de m’exposer au Monde avec ce que cela implique de possibilité de rejet ,d’incompréhension, de jugement.J’ai peur de me donner une valeur parce que même si mes écrits semblent me représenter comme une personne sure d’elle …C’est tout le contraire ma petite fille intérieure hurle encore que je ne suis rien, que je ne vaux rien.

abc

réparation….suite

Il y a quelques années j’ai acheté une petite poupée en tissu pour Saskia ,c’était un jouet en provenance d’Allemagne assez onéreux et fait main.J’ai beaucoup apprécié ce jouet ,plus que ma fille finalement qui n’a jamais tellement joué avec les poupées…

De  nombreuses années auparavant ( une  cinquantaine à peu près!) je possédais moi même  un poupon en tissu, fourrure et papier mâché pour le visage. Je me souviens très bien de cet objet c’était un esquimau avec capuche en vraie fourure, petit costume folklorique.Ce poupon ne me quittait jamais, je suis sur une photo avec mon oncle « frère » préféré Maurice, le poupon est là et je le serre contre mon cœur.

Je ne sais plus pourquoi mais j’ai détruit rageusement ce jouet auquel je semblais très attachée ,cette scène qui est ancrée dans mes souvenirs je l’ai narrée ici:

https://lapeintresseka.wordpress.com/2013/10/04/puppa-58-puppa58/?

Ma vie n’a pas été très satisfaisante enfant, je pense que je faisais ce que je pouvais pour survivre et c’est tout.

Maintenant en ce deuxième jour de 2016, je me rends compte que j’ai enfin rattrapé le fil de mon destin et que je peux sortir du labyrinthe pour faire sur cette terre ce que je dois accomplir. Bien sur cela pourra paraître à certains d’un grand ridicule (cette idée de mission) je m’en moque. J’ai besoin d’être étayée, de donner du sens à « tout ça », ce « tout ça » nauséabond qui nous afflige, qui nous attaque, qui nous empêche de vivre sereinement. Lors de mes recherches j’ai découvert que certains artistes veulent s’exprimer pour se faire connaitre, d’autres pour faire passer un message, d’autres encore sont avides de dollars…Je m’inscris dans un mouvement qui n’existe pas « à proprement parlé » ,une vague profonde venue du fond des ages celui des artistes soignants qui se rapprocheraient plutôt des chamans, des magiciennes ,des sorcières.L’art est merveilleux il est noble et modeste ,se niche partout même en camp de concentration (zoran Musil).

Je n’ai pas de limite dans mon désir de faire, de fabriquer, de donner.

Revenons aux poupées de tissu que je couds entièrement à la main,point après point d’abord le surfilage puis la broderie et enfin l’assemblage;On m’a demandé pourquoi je ne les cousais pas à la machine car cela irait plus vite mais j’ai dit non parce que je veux que l’objet émerge doucement de mes mains point après point comme l’homme l’a toujours fait, je me moque de la productivité et de la rentabilité.Cette poupée ,ou doudou d’Âme doit être le fruit d’un long processus d’amour pour ce que je fais ,d’amour pour les autres.Je ne suis pas très douée pour exprimer mes sentiments alors je fais mes poupées ,je les distribue (et je vais également en mettre en vente sur ma boutique Etsy).

J’ai élaboré toute une stratégie autour de ces entités remplies de ouate ,de chutes de tissu.Aussi ce travail s’inscrit naturellement dans mon projet « Réparation ».Je modèle d’abord des petits cœurs en argile avec mon monogramme gravé, ces petits cœurs sont gardés dans une poche de soie noire avec mon pendule.J’y travaille régulièrement, quand un doudou est terminé et que je suis en train de l’emplir de ouate je mets dedans un des  cœurs que je numérote (là par exemple je commence ma deuxième série de 22 doudous en référence au Tarot), je le ferme et je le magnétise afin qu’une partie de mon amour parte avec lui, je le nomme et lui attribue certains dons.C’est absurde et mystique c’est ma démarche et c’est tout.

Lors de mes études j’ai beaucoup aimé le mouvement d’art féministe qui valorise des matériaux et pratiques dites féminines, j’ai été fascinée par les oeuvres molles celles d’Annette Messager,celles de Louise Bourgeois, pour ne citer qu’elles.Je m’inscris complètement dans le mouvement d’art textile mais sans me limiter à ce moyen d’expression (les limites je n’aime pas ça!).

C’est simple ,depuis que je couds tous les jours (je n’ai pas dérogé à ma manière de procéder depuis 2013): » travailler chaque jour un peu ».Je me sens remplie d’exaltation, de tendresse, j’ai l’impression que ce médium modeste et laborieux est fait pour moi. De plus je me mets en phase avec Blanche Mélanie Villeroy la mère de mon arrière grand père maternel.Cette dame exerçait la couture avec beaucoup de gout. Anecdote: Blanche se fournissait en colifichets et autres à la maison de couture » Krepatt et Strauss » sise quartier des Halles à Paris. C’est dans cette maison de couture que ma mère exercera le métier d’acheteuse, c’est dans cette caverne d’Ali baba qu’elle m’emmenait les jours ou elle ne pouvait pas me faire garder par la nounou, et c’est à cet endroit que mon cœur s’est définitivement entiché des rouleaux de soie multicolores, des taffetas,des boutons de nacre ,et autres breloques merveilleuses;

Que le monde tourne rond pour que l’on soit bien dessus…..A bientôt!IMG_4598IMG_4618IMG_20151130_134025-2je vous présente Boubacar à gauche avec son doudou à la main,il appartient à mon amoureux et Edouard envoyé à un ami qui se bat courageusement contre la maladie….

Zabou et moi

Cet été j’étais épuisée et exaltée par mon travail quand Zabou une amie  de longue date me propose de venir à Langon étant de passage sur Bordeaux;J’acquièse avec un grand plaisir et un petit fond d’angoisse tout de même (une rencontre  est toujours stressante pour moi ).

Petit retour en arrière, nous sommes dans les années 90 j’habite la région parisienne et je me sens seule, très seule…Jeune mariée, jeune prof non titularisée je suis insatisfaite de la tournure que prend ma vie sans « peinture » sans création.Un nouveau magazine sort en kiosque « Nova magazine » vraiment représentatif de l’époque épique que furent ces années que l’on qualifie de « grunge » aujourd’hui.J’achète le magazine et décide d’envoyer une petite annonce : »artiste esseulée cherche autres artistes pour discuter ,refaire le monde si affinités… » ce ne sont pas les termes exacts mais en gros c’était ça.J’ai reçu beaucoup d’appels, certains n’ont débouché sur rien ,d’autres sur des rendez vous chaleureux ou stériles avec bien sur quelques propositions « indécentes » mais pas tant que ça…Zabou m’a appelé pour me proposer de venir à une réunion des « loukoums rebelles » afin de découvrir leurs projets et pourquoi pas faire partie de leur combo féminin .J’ai sauté sur l’occasion, nous nous sommes rencontrées dans un petit théâtre pour voir un spectacle dans lequel La grande Sophie (qui n’était alors qu’une chanteuse à la voix déjà flamboyante mais encore inconnue et loukoum rebelle) chantait.J’ai été convaincue par le projet inspirant ,dynamique ,féminin ,foutraque ,créatif….Quel bonheur que cette rencontre et les suites qui lui ont été données ! Je crois que je n’ai jamais remercié Zabou d’avoir répondu à cette annonce « bouteille à la mer » que j’avais lancé.Aujourd’hui c’est dit c’est fait : »merci ma Zabou » de m’avoir ouvert la porte de votre monde, cela a transformé ma vie…

Tout ne fut pas facile, les réunions se passaient dans un bar près de République ,j’étais abstinente d’alcool depuis pas longtemps et je voyais les autres descendre leurs demis avec nonchalance.Mais ce n’était pas un rendez vous pour picoler,chacun développait ses idées, afin de construire les fêtes saisonnières que nous organisions, écrire les articles pour la « bèta » notre fanzine.Je rentrais très fatiguée (moi je prenais le train pour retourner en banlieue avec le boulot en collège le lendemain).Je rentrais souvent énervée de ne pas avoir pu exprimer mes idées comme je le voulais par timidité ,cette timidité dévorante qui m’a toujours empêchée de vivre tranquille et qui rend chaque échange réel avec les autres si pénible.Et puis les années 90 sont des années de lutte contre la maladie sans médicaments avec la mort en ligne de mire présente à chaque instant (comment partager ça avec les autres ,je n’y arrivais pas ou très mal,cela me coupait du monde un peu plus). Mais Zabou m’avait contactée ,elle m’avait tendu la main et je ne pouvais revenir en arrière.

La suite? Nous avons exposé ensembles au bar lesbien ‘les scandaleuses  » dans le Marais , nous avons partagé un magnifique atelier loft dans ce squat mythique de Belleville ,le lycée Diderot dit « Pole Pie », nous avons vécu des fêtes superbes colorées avec les Loukoums dans des lieux parisiens (tel que « l’archipel  » ou le « fahrenheit ») et ailleurs ,en Bretagne notamment.Puis Zabou a tracé sa route ,elle est partie avec un camion a tout quitté pour la vie « d’artiste ».Pour ma part  j’ai continué à travailler j’ai passé le Capes un peu déchirée entre l’envie de vivre à cent pour cent la vie de bohème et celle de gagner ma vie pour garder la tète droite malgré la maladie et pouvoir me soigner, j’avais besoin de sécurité.

Nous nous sommes retrouvées par facebook et nous avons retissé les liens. L’une et l’autre avions mûri, avions cheminé sans lâcher l’essentiel : la création, quel bonheur. Aussi lorsqu’elle m’a proposée de venir me voir j’étais super heureuse malgré les appréhensions d’usage; Nous avons convenu d’une date en juillet. Je suis allée la chercher à la gare, le train est arrivé à l’heure, j’ai regardé les passagers descendre ,la boule au ventre ( c’était amusant parce que j’étais émue comme lors d’un premier rendez vous amoureux!), et elle est apparue, toute menue , gracile dans une robe de coton à joli motif un peu ancien, les cheveux courts légèrement en bataille, le même sourire vrai, les même yeux fendus de chat malicieux.

« tu n’as pas changé!!!……Toi non plus » et nous nous sommes fait une grosse bise avec étreinte solide des deux bras.Après…Nous sommes allées à la maison, je pensais lui faire visiter mon jardin que j’adore mais nous sommes restées deux voir trois bonnes heures enfermées dans mon bureau atelier à parler,parler…de quoi? Un peu de nos vies, du passé mais surtout de ce qui nous animent toute deux avec la même force, nous avons causé de peinture en regardant son énorme « book » sous forme de livre et mes dessins quotidiens.Le temps a filé si vite ,nous avons juste bu un verre d’orangeade dans un grand verre car il faisait chaud, assises l’une en face de l’autre observant avec attention soutenue les travaux de « l’autre », tout ça assaisonné d’anecdotes vécues, de nos douleurs présentes ou passées, de considérations sur l’art, le corps, le féminin, le vert, les grenouilles, l’abstraction vs le figuratif emmêlant nos propres vies à nos traits de pinceaux.

C’était bien ,mieux extraordinaire, adorable, enrichissant. Et puis ce fut l’heure du train et nous nous sommes quittées ne se promettant rien : la vie sait ce qu’elle a à faire et il est certain que nos chemins se recroiseront.

Il se trouve…..Que je n’ai pas beaucoup de force en ce moment et que je me protège en étant plus discrète qu’à l’accoutumée….Mais j’ai en moi ,les mots de Zabou ,ses merveilleuses couleurs rutilantes brillantes ,expressives et singulières, j’ai son regard bienveillant, ses doutes aussi sur notre passion si forte et si difficile à vivre parfois.

Nous sommes accrochées solidement à cette cordée commune et aujourd’hui mes mots résonnent encore plus fort, oui

plus forts.

travail en techniques mixtes que j’ai trouvé posé sur mon bureau à l’atelier de Belleville fait par Zabou pour mon trente quatrième anniversaire !….1997.
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