Zabou et moi

Cet été j’étais épuisée et exaltée par mon travail quand Zabou une amie  de longue date me propose de venir à Langon étant de passage sur Bordeaux;J’acquièse avec un grand plaisir et un petit fond d’angoisse tout de même (une rencontre  est toujours stressante pour moi ).

Petit retour en arrière, nous sommes dans les années 90 j’habite la région parisienne et je me sens seule, très seule…Jeune mariée, jeune prof non titularisée je suis insatisfaite de la tournure que prend ma vie sans « peinture » sans création.Un nouveau magazine sort en kiosque « Nova magazine » vraiment représentatif de l’époque épique que furent ces années que l’on qualifie de « grunge » aujourd’hui.J’achète le magazine et décide d’envoyer une petite annonce : »artiste esseulée cherche autres artistes pour discuter ,refaire le monde si affinités… » ce ne sont pas les termes exacts mais en gros c’était ça.J’ai reçu beaucoup d’appels, certains n’ont débouché sur rien ,d’autres sur des rendez vous chaleureux ou stériles avec bien sur quelques propositions « indécentes » mais pas tant que ça…Zabou m’a appelé pour me proposer de venir à une réunion des « loukoums rebelles » afin de découvrir leurs projets et pourquoi pas faire partie de leur combo féminin .J’ai sauté sur l’occasion, nous nous sommes rencontrées dans un petit théâtre pour voir un spectacle dans lequel La grande Sophie (qui n’était alors qu’une chanteuse à la voix déjà flamboyante mais encore inconnue et loukoum rebelle) chantait.J’ai été convaincue par le projet inspirant ,dynamique ,féminin ,foutraque ,créatif….Quel bonheur que cette rencontre et les suites qui lui ont été données ! Je crois que je n’ai jamais remercié Zabou d’avoir répondu à cette annonce « bouteille à la mer » que j’avais lancé.Aujourd’hui c’est dit c’est fait : »merci ma Zabou » de m’avoir ouvert la porte de votre monde, cela a transformé ma vie…

Tout ne fut pas facile, les réunions se passaient dans un bar près de République ,j’étais abstinente d’alcool depuis pas longtemps et je voyais les autres descendre leurs demis avec nonchalance.Mais ce n’était pas un rendez vous pour picoler,chacun développait ses idées, afin de construire les fêtes saisonnières que nous organisions, écrire les articles pour la « bèta » notre fanzine.Je rentrais très fatiguée (moi je prenais le train pour retourner en banlieue avec le boulot en collège le lendemain).Je rentrais souvent énervée de ne pas avoir pu exprimer mes idées comme je le voulais par timidité ,cette timidité dévorante qui m’a toujours empêchée de vivre tranquille et qui rend chaque échange réel avec les autres si pénible.Et puis les années 90 sont des années de lutte contre la maladie sans médicaments avec la mort en ligne de mire présente à chaque instant (comment partager ça avec les autres ,je n’y arrivais pas ou très mal,cela me coupait du monde un peu plus). Mais Zabou m’avait contactée ,elle m’avait tendu la main et je ne pouvais revenir en arrière.

La suite? Nous avons exposé ensembles au bar lesbien ‘les scandaleuses  » dans le Marais , nous avons partagé un magnifique atelier loft dans ce squat mythique de Belleville ,le lycée Diderot dit « Pole Pie », nous avons vécu des fêtes superbes colorées avec les Loukoums dans des lieux parisiens (tel que « l’archipel  » ou le « fahrenheit ») et ailleurs ,en Bretagne notamment.Puis Zabou a tracé sa route ,elle est partie avec un camion a tout quitté pour la vie « d’artiste ».Pour ma part  j’ai continué à travailler j’ai passé le Capes un peu déchirée entre l’envie de vivre à cent pour cent la vie de bohème et celle de gagner ma vie pour garder la tète droite malgré la maladie et pouvoir me soigner, j’avais besoin de sécurité.

Nous nous sommes retrouvées par facebook et nous avons retissé les liens. L’une et l’autre avions mûri, avions cheminé sans lâcher l’essentiel : la création, quel bonheur. Aussi lorsqu’elle m’a proposée de venir me voir j’étais super heureuse malgré les appréhensions d’usage; Nous avons convenu d’une date en juillet. Je suis allée la chercher à la gare, le train est arrivé à l’heure, j’ai regardé les passagers descendre ,la boule au ventre ( c’était amusant parce que j’étais émue comme lors d’un premier rendez vous amoureux!), et elle est apparue, toute menue , gracile dans une robe de coton à joli motif un peu ancien, les cheveux courts légèrement en bataille, le même sourire vrai, les même yeux fendus de chat malicieux.

« tu n’as pas changé!!!……Toi non plus » et nous nous sommes fait une grosse bise avec étreinte solide des deux bras.Après…Nous sommes allées à la maison, je pensais lui faire visiter mon jardin que j’adore mais nous sommes restées deux voir trois bonnes heures enfermées dans mon bureau atelier à parler,parler…de quoi? Un peu de nos vies, du passé mais surtout de ce qui nous animent toute deux avec la même force, nous avons causé de peinture en regardant son énorme « book » sous forme de livre et mes dessins quotidiens.Le temps a filé si vite ,nous avons juste bu un verre d’orangeade dans un grand verre car il faisait chaud, assises l’une en face de l’autre observant avec attention soutenue les travaux de « l’autre », tout ça assaisonné d’anecdotes vécues, de nos douleurs présentes ou passées, de considérations sur l’art, le corps, le féminin, le vert, les grenouilles, l’abstraction vs le figuratif emmêlant nos propres vies à nos traits de pinceaux.

C’était bien ,mieux extraordinaire, adorable, enrichissant. Et puis ce fut l’heure du train et nous nous sommes quittées ne se promettant rien : la vie sait ce qu’elle a à faire et il est certain que nos chemins se recroiseront.

Il se trouve…..Que je n’ai pas beaucoup de force en ce moment et que je me protège en étant plus discrète qu’à l’accoutumée….Mais j’ai en moi ,les mots de Zabou ,ses merveilleuses couleurs rutilantes brillantes ,expressives et singulières, j’ai son regard bienveillant, ses doutes aussi sur notre passion si forte et si difficile à vivre parfois.

Nous sommes accrochées solidement à cette cordée commune et aujourd’hui mes mots résonnent encore plus fort, oui

plus forts.

travail en techniques mixtes que j’ai trouvé posé sur mon bureau à l’atelier de Belleville fait par Zabou pour mon trente quatrième anniversaire !….1997.
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Samy

samy son histoire

Bon, je suis plombée ce soir ,je préfère me concentrer sur la mémoire, le travail de mémoire pour un pote d’arts….tombé du toit une nuit de pluie…Son histoire fait douloureusement écho à ce qui se passe en France.il voulait créer ici, s’y sentait bien ,était soutenu.Mais ne pas avoir de papiers en règle ronge de l’intérieur il me l’a expliqué: jamais quitter Toulouse,toujours sur le qui-vive, ne pas trouver de travail stable, vivoter, se terrer comme un animal. Samy n’a jamais rien fait de répréhensible…c’était un type habité par l’huile de lin, la dernière image que j’ai de lui, deux jours » avant »… lui, dans la maison de quartier prêtée comme atelier donnant sur la rue, agenouillé et concentré…Tendant une toile sur un châssis de bois, il lève la tète, me sourit, mais moi, je suis pressée :…Saskia,  son bain , le repas à préparer, la vie…Je lui souris moi aussi…Et puis c’est tout,plus jamais vivant je ne reverrai Samy.
je joins son interview paru dans : AUTAN d’accents »mémoire et transmission »; travail collégial édité par la parentèle (fait en atelier d’écriture avec Fred Ducom et des enfants du quartier Arnaud Bernard à Toulouse). Fred est écrivain,poète,fumeur de havanes indocile, et ….tonton de ma fille Saskia.

08/05/2007 blog artistikkkbranleta ,plateforme d’Arte.

9519_samyVoilà ,je rends encore aujourd’hui un hommage à Samy…Ce n’est pas de l’opportunisme non, mais c’est pour moi  l’occasion de dire à nouveau, combien le monde dans lequel nous vivons me dégoute et m’inspire de l’angoisse. J’ai choisi cet article qui date de 8 ans parce qu’il parle d’un pote (je ne vais pas travestir la réalité pour l’art,ce n’était pas un ami proche), un homme de » bien » comme l’on en croise tous sur notre route et qui vous marque à jamais. Je sais de quoi il est mort, et c’est tellement con, tellement dérisoire que cela me met en colère encore maintenant : de ne pas avoir pu vivre ici en France. Est ce ainsi que j’ai envie que mes neveux ,nièces ,élèves vivent ? Non.

Alors, vous allez me dire : » mais de quoi tu parles Carolina, nous sommes tous atteints aujourd’hui dans notre chair parce qu’on s’est attaqué à notre bien le plus précieux, la liberté d’expression »……Alors à cet instant, j’esquisse un pauvre sourire en guise de réponse car j’ai vu, j’ai entendu, j’ai senti dans mes narines sensible les remugles fétides d’un discours caché sous l’indignation générale….Cet amalgame permanent, vicieux entre les musulmans(dans leur ensemble) et cette frange immonde et radicale qui se nomme le terrorisme.

– » putain, Caro, tu délires là, tu fais la fine bouche, c’est super ce qui se passe cette communion :nous sommes tous Charlie.., non ? »

Excusez moi d’en douter. Le doute est foncièrement dans ma nature, il me permet de ne jamais me suffire de la sauce que l’on me tend à grand renfort d’humanisme clinquant et prêt à porter, cette pensée de masse qu’on voudrait me faire bouffer. Ce doute foncier me permet de toujours vouloir aller plus loin dans mes connaissances, mon art. Il me rend vivante,mobile et humaine….et chieuse aussi!

la couleur sauvera le monde?

Oui j’espère…

 

non conforme

J’ai posté ce portrait fait par Dominique Canti sur le blog artistikkkbranleta parce qu’Arte refusait de valider mes posts….Avec le recul il y a quelque chose de ridicule dans ce mini bras de fer duquel je suis sortie gagnante,de l’ordre du malentendu mais à y regarder de plus près…

Je me sens meurtrie en ce moment et ce n’est pas vraiment un malaise physique, non, cela se passe du coté du cortex, pas du cœur ;J’ai fait l’erreur de faire une recherche plus poussée sur des éventuels survivants de ma période post punk à Bordeaux. Et,j’ai trouvé sur le site de facebook , une page dédiée aux années 80 à Bordeaux. Je me suis inscrite, j’ai posté une photo du concert de la Mano Negra au Jimmy Bar en janvier 1989. Ce soir là j’ai sauvé ma peau sans le savoir: Tom le clavier a flashé sur moi ,moi sur lui et il a fait en sorte que je quitte définitivement cette ville ou j’étais entrain de mourir de manière certaine.Cela a été un genre de « conte de fée » rock’n roll qui n’a pas duré( une année assez intense),  mais j’ai été happée vers le haut, il m’a sauvée des eaux boueuses et tempétueuses de la Garonne.Tom:  tu fus mon chevalier à la guitare électrique (son second instrument de prédilection).

Je n’ai retrouvé personne, enfin si c’est pire: une personne, une fille que j’aimais beaucoup avec qui il me semblait avoir partager autre chose que du vomi de bière… Je l’ai contactée ,elle m’a répondu poliment…………………………….. C’est tout. L’impression de n’avoir laissé aucun souvenir autre que pitoyable s’est trouvé validé par ces « retrouvailles » avortées.En fait c’est la deuxième personne que je retrouve ,à la première que j’ai croisé par hasard dans bordeaux,  j’ai laissé mes coordonnées ,pris les siens et puis le silence mais c’est moins grave : ce n’était pas quelqu’un de très proche.Non seulement mon enfance fut un cauchemar mais visiblement il me sera pour toujours impossible de recoller les morceaux de ma fin d’adolescence tardive ,de cette période déjantée, no future, alcoolisée au plus haut point , dont j’ai déjà parlé ici.Ce que je conserve ce sont des images fluctuantes et troubles,des sensations de malaise, de honte de soi imperceptible,de dénigrement dans mon dos. Je ne savais rien faire d’autre que me détruire à grand feu sans être capable de communiquer ,de partager de manquer à qui que ce soit, je pense que je ne donnais pas beaucoup aveuglée par ma haine intérieure.Toute mon enfance j’ai déménagé et je n’ai donc gardé aucun ami de cette période. Je suis une âme errante qui flotte au gré du vent.C’est très douloureux d’écrire cela ,c’est très douloureux de le vivre.Il y a toujours autour de moi comme un malaise persistant ,un mur invisible qui me coupe des autres,de leur réalité…Je passe seulement, je ne reste pas, je ne laisse rien.Plus que jamais j’ai besoin de m’attacher à produire à laisser des traces de mon existence (ce qui se trouve maintenant sur l’autre blog qui ne parle que de peinture ,de dessin,de référence,de techniques…pas d’état d’Âme, pas de mur de lamentation).

http://jedessinejetemontre.wordpress.com/2014/12/06/tintamarre/

C’est la seule chose que je sache faire dignement, sans faille. Sur ce point je ne trompe personne. Mais je comprends mieux l’intense souffrance d’avoir été dénigrée par Arte(un symbole fort pour moi ,la culture ,toutes mes valeurs en fait) parce que ce rejet me renvoyait à un énième rejet de la part de mes congénères humains. Peut être que ce que je dégage ne correspond pas à l’intérieur de ce que je suis, certains le voient cet intérieur plutôt bienveillant et en empathie avec l’autre, un intérieur ultra sensible et assoiffé d’amour. D’ailleurs cet « autre » se confie beaucoup à moi , dernièrement une voisine qui maintenant me regarde un peu gênée (et ça c’est un truc qui m’arrive tout le temps), je suis une tombe pourtant, je ne répète jamais les secrets qu’on m’offre, j’ai trop de respect pour la parole humaine quelque soit l’age de celui qui me livre ses mots douloureux …

Moi ,Carolina Diomandé  aka Juju l’ogresse continuerai donc à ronger ses os dans la caverne duveteuse que je me suis construite,vivant dans mon imaginaire, extrêmement isolée du reste du Monde ,avec en partage mes couleurs.

L’ogresse est nue, enfin ici elle est en short!

7987_non_conform2cliché argentique de dominique Canti ,Paris,1995.

art décoratif ?

Décoratif ?
J’ai jeté le mot, il me brule comme une patate chaude dans la main. Décoratif, on l’a pourtant dit de l’art de certains grands peintres et pas des moindres mais c’est un mot qui fait « peur ». Si l’on veut c’est un « gros mot » artistique car décoratif s’apparente à : joli, fait pour embellir un mur , salon bourgeois, vide de sens…dans le sens « purement décoratif » .Stella, Klimt, Matisse ont dans leurs pratiques quelque chose de décoratif, une certaine manière d’user sans modération de la couleur , d’utiliser les lignes ,les courbes ,pour le pur plaisir de manipuler des formes qui s’harmonisent ,éprouver sans frein la jouissance de créer .L’art décoratif ne serait donc pas détenteur de message ou de manière involontaire ,niaise ,édulcorée .Comme s’il y avait une injonction intérieure qui nous disait ne fais pas joli ,ne fais pas propre ,ne fais pas lisse ,casse ,brise, hurle, tache, couche des humeurs sombres ,torturée tu l’es montre le. Et ça depuis ce satané Van Gogh (un peu avant en fait avec l’image romantique de l’artiste maudit, avec Vincent ça atteint un pic émotionnel qui me gonfle grave); Pour l’injonction intérieure je parle de moi et moi seule bien sur parce que franchement l’expressionnisme c’est pas la grande mode actuellement, mais bon comme vous savez les autres la mode et moi, no comment.

Revenons aux sources, j’ai quoi… 5 ans ma grand-mère m’offre une superbe ,une sublime boite en métal remplie de feutres aux multiples variations de couleurs .C’est le plus beau cadeau que j’ai reçu de toute ma vie ;J’ai fait en sorte que cette boite dure le maximum et quand une couleur séchait et s’affadissait j’étais très triste :une possibilité chromatique disparaissait….A cette époque je me foutais bien des injonctions subliminales, les gouts des critiques, la hype , les beaux-arts. Seule comptait l’exaltation de transformer une feuille blanche (morte ? stérile ? vide ?) en quelque chose de vivant, vibrant, où se mêlaient entrelacs, arabesques, formes de conques marines, japonaises au mont Fuji, papillons…j’usais quand même déjà beaucoup de noir au point que ma maitresse de CP qui veillait sur moi comme un ange en avait informé ma mère (autant pisser dans un violon…).Docteur Jekyll et Mister Hyde « nous » étions deux en ce temps là, comme aujourd’hui.
Décoratif ce n’est pas un terme que j’aime entendre associer à ma production (en même temps mes ventres hurlants, mes lapins aux yeux exorbités, mes étreintes cannibales n’ont pas fait venir à moi le mécène tant espéré !). Allez puisqu’on est dans les confidences de fin d’été (un été que je n’ai pas vraiment apprécié comme les autres pas moins pas plus avec des moments forts comme la rencontre « concrète » d’un ami poète et de sa femme), je dirais que je n’aime pas trop qu’on me dise que je fais de l’art africain (bien sûr qu’ il y a de l’Afrique en moi c’est indéniable je suis métisse mais je ne veux pas d’étiquette ethno complaisante, après ça colle à la peau  et on est foutu). Pour tout dire je n’aimerais pas non plus qu’on me taxe d’artiste femme quelle horreur. Je suis un monstre moi, mère animal viscérale oui mais pas vraiment  femme non, pas du tout même.
Bon là je divague…je sors du sujet.

Le décoratif bon dieu c’est le décor donc le faux semblant c’est l’imitation du vrai pour rire. C’est un peu féminin? Un peu léger, futile…..voir mineur .Et merde, Matisse Henri de son petit nom ce n’est pas une chochotte quand même !
Alors, j’ai lutté, j’ai étouffé mon amour de l’harmonie, des concordances, des danses des formes pour privilégier l’autre Moi. Celui qui tout naturellement a pris le devant de la scène avec la manière dont c’est transformé ma vie entre, destruction, maladies, nihilisme, désespoir, dégout de soi. Je n’ai pas eu à faire d’effort ; Mes couleurs vives se sont effacées ou mêlées au Noir omniprésent, comme un cri qui voulait se faire entendre mais qui est resté dans ma gorge, muet et brulant. L’expressionnisme me va comme un gant ensanglanté et avec « ça » je n’ai pas séduit grand monde ! J’avais l’orgueil de me dire que j’étais différente donc seule, foutaises.
Aujourd’hui je suis dans le même état qu’hier quand je peignais mes cris, j’ai juste changé d’angle de vue, j’ai repris mes couleurs (c’est dingue je retrouve mes harmonies d’amour enfantines et ça me fait toujours autant kiffé). Bleu lavande et bordeaux, vert jade et rouge cramoisi, turquoise et terre rouge. Elles sont là, intactes dans mon cœur. Et c’est tout ce que j’ai à donner.
Assise devant mon carnet, je soupèse mes stylos, je souris tristement parce que contrairement à ce que j’ai cru de manière naïve et fugace, l’art ne sauve pas de Soi, ni de ses peurs.je ne vais pas fort bien ces derniers temps mais désormais j’ai la politesse de colorer mon désespoir. Comme ça, il est plus agréable à regarder…Enfin j’espère.

IMG_2058Série 1, n°59/78 titre : »graph », date 30/12/13, technique :feutres vernissés sur papier à grain;format 20 cm  sur 20 cm. Je suis actuellement entrain de mettre en œuvre ces « patterns » en grand format mais il se trouve que je suis fatiguée et que la station debout ,bras en l’air m’épuise donc…..je ne sais pas.

Je fais ce que je peux ,et plus encore…

Une bise chaleureuse à Serge Prioul et sa femme Régine qui m’ont tant réchauffé le cœur ,m’ont donné envie de continuer….le bonheur de se croiser entre êtres humains.

Petite n°9

 

Les aléas de la vie, les petites phrases assassines, les rires contrariés; les larmes avalées; le cri qui ne sort plus; les bras qui voudraient enlacer, la foule qui ne voit rien, la main qui se tend inconnue, l’incongru chez le pâtissier, les sourires qui s’effacent trop tôt, l’existence qui fuit en avant, la peau douce qui sent le miel doré, les fleurs de pêcher qui font le printemps, et la mort , la mort qui attend.

Humanité souffrante, que j’aime, ………juste des petits piquants ,n’est ce pas Frida? Juste des petits…piquants.

D ‘après un texte publié sur le défunt blog ARTISTIKKKbranleta » , plateforme d’Arte.

dessin au crayon gras plus collage,toulouse ,2009
dessin au crayon gras plus collage,Toulouse ,2009

J’avais fait une série de dessins à Toulouse au début des années 2000; Sur les conseils d’un acupuncteur génial qui me manque encore aujourd’hui et, dont les petites maximes hantent  mon esprit et aident à passer les trous noirs inévitables…Il m’avait dit de dessiner ma petite fille intérieure ,celle qui selon lui m’empêchait d’avancer par sa souffrance intense qui pesait sur moi;Il m’avait dit que lorsque je dessinerai cette petite fille je rentrerai en contact avec elle ,avec moi en somme et que cela pouvait avoir de fortes répercussions positives dans ma vie.

Mais voilà , je n’étais pas encore prête ,pas tout à fait. J’ai reçu le message et j’ai mis des années à le valider .Ainsi va l’esprit humain en tout cas le mien.Toutefois, j’ai fait quelques dessins dans un carnet. Aujourd’hui avec mon activité journalière de dessin justement ,de dessin sur papier  avec mes feutres ,l’aquarelle,les collages,les photocopies je regarde ce travail de manière distanciée et tendre. Je me dis qu’il faudrait les reprendre ces croquis, il y a de la matière même si leur apparence manque de vigueur, si leur composition est déséquilibrée. Ce qui est normal ,je n’avais plus l’habitude de faire ce geste..Je l’ai perdu à l’adolescence, j’ai tué tant de choses en moi à cette période là…Je pense que j’avais oublié ce sens parce que mon âme flottait désespérément, de manière désordonnée,violente,délétère ,cruelle ,vide…En retrouvant ce sens je retrouve une forme d’équilibre vital ,un équilibre instable, mais rassurant. J’ai encore les mêmes crises d’angoisse qui me tenaillent,m’étouffent et me laissent épuisée comme une méduse translucide ,échouée sur la berge. Mais qu’importe ,je sème mes petits cailloux obscurs .Je n’ai qu’une peur c’est que cela s’arrête.Vous vous dites « comment ça ,c’est toi qui décide si tu dessines ou pas quand même Carolina ?! »…..

C’est trop difficile de mettre des mots là dessus…;pour l’instant. La différence entre cette série de » la petite  » et celles que je dessine aujourd’hui c’est le coté travail quotidien, acharné, obtus. Je ne redresse plus la tète pour regarder qui me sourit ,j’avance comme une bœuf lourd dans un champs;Je me fais confiance quant aux « soit -disant « sujets de mes travaux colorés,  (je déteste le narratif en peinture ,si je veux raconter une histoire dans ce cas là j’écris c’est plus simple pour moi.)

Je n’en ai pas ,enfin si j’ai toute ma vie de recherche ,de croquetons volés,de gribouillages sur coin de table ,de traits  dans le sable ,de lectures ,d’observations de la nature ,des phénomènes atmosphériques,des animaux ,des enfants ,de leur production immensément libre et débridée,de la culture acquise patiemment pas à l’école non mais directement dans les livres de bibliothèque,dans les musées ou j’ai passé des journées quand je vivais près de Paris….C’est comme des particules qui flottent ,sans se rencontrer et puis un jour :BANG!!! On se réveille et on a le sens du tout. Cela peut paraitre bordélique « aux dires d’une de mes connaissances qui est  un peintre de grande valeur à mes yeux » (mon dieu qu’il m’a vexée en disant ça!!! quelle susceptibilité ridicule tout de même…)  Aujourd’hui je le sais  : »tout ce que je fais est lié même si cela ne saute pas aux yeux.  Et je dirai plus:  heureusement que cela ne saute pas aux yeux. Mes derniers dessins semblent d’une simplicité enfantine oui d’accord,peut être.

je n’en ai pas honte.

-« Petite…. tu veux bien me donner du rouge ,tu sais le géranium pale si vibrant,merci ma douce. »

je dessine…..je te montre?

Ce sera une nouvelle entrée du blog. Elle est nécessaire maintenant avec toute la production engrangée dans mes cartons à dessin. Moi, faire du dessin, et tous les soirs en plus, sans discontinuer….Depuis maintenant presqu’un an, oh c’est sur en soi cela n’a rien d’extraordinaire pour une plasticienne, sauf que…j’ai une relation conflictuelle, voir auto destructrice avec moi même;J’ai parlé ici et là de mon enfance ,de comment j’ai grandi comme une graine sauvage et acharnée à pousser malgré les épreuves.Le regard de ma Mère n’a pas été bienveillant ni constructeur; Il fut tout au contraire destructeur,déstructurant le plus souvent… absent. J’ai essayé en vain de lui faire dire pourquoi ,pourquoi donner la vie et ensuite s’en foutre de la sorte,se protéger en mettant sa progéniture au « front »…J’ai fait ,je suis entrain de faire le deuil d’une réponse , il n’y en a pas ,il  y en a trop ce qui revient au même.

J’ai cinquante et une pige maintenant, je ne vais pas m’accrocher aux jupons de ma mère jusqu’au bout, tant pis.Ma famille maternelle n’est pas très « accueillante « ni chaleureuse .Nous venons du nord et ça frise un peu la caricature à la Brel. Ayant étudié une année durant la psychogénéalogie, j’ai bien observé mon arbre surtout coté maternel, coté paternel je manque cruellement de ressources suffisantes. Ce qui ressort nettement c’est la récurrence d’un sens du devoir très rigide, avec une propension à réaliser à chaque génération le rêve de mon arrière grand-père Gustave le militaire par dépit :il voulait devenir instituteur….De fait, à chaque branche il y a des enseignants d’abord sa fille qui a fait du piano plusieurs heures par jour de cinq ans à dix huit ans (elle était semble t il très douée et se préparait à embrasser la carrière de musicienne classique) ,c’était sans compter avec le coupeur de rêve familial : »tu seras enseignante ma fille, plus d’église plus de musique ».Adorant son père, elle a obéi… Et, ça a continué jusqu’à ma cousine Joh et moi;sans compter ma sœur éducatrice de jeunes enfants (sans passion).Ah oui…Mon père était également enseignant ainsi que l’une des mes demi sœurs Kouity.

D’accord c’est une entrée en matière un peu longue, mais elle est importante dans mon parcours de merde.Je n’ai plus envie d’évoquer mon enfance…De dix huit à vingt six ans , j’ai essayé de m’annihiler. Puis malade j’ai décidé de m’accrocher découvrant que la vie et bien on en avait qu’une. Dans un état second j’ai choisi la voie de l’enseignement (sans regret j’adore le monde de l’enfance ,de l’adolescence ,ma déesse c’est Louise bien sur mais il y a une place pour Françoise Dolto chère à mon cœur, et qui fait partie de ma construction intellectuelle).

Tout ça avec une passion enfantine pour l’art qui n’a jamais bougé d’un iota….c’est presqu’une obsession vitale inexplicable.Je ne me suis jamais donné le temps (sauf pendant mes années de squat ou j’ai vécu ma « vraie vie »…ah bon le reste du temps c’est une fausse??) de travailler de manière régulière comme un bon artisan ,une danseuse qui fait ses barres tous les jours car oui c’est ça la peinture. Rien de sérieux ne peut se faire sans travail acharné et plus ou moins régulier, je l’ai toujours su. Cela me faisait souffrir oui, mais je n’avais jamais le temps nécessaire : mon travail alimentaire que j’ai toujours fait avec conscience, les problèmes de santé qui m’ obligent à respecter un rythme de vie strict ,régulier ,des soins, des visites incessantes chez divers spécialistes(tout ça prend du temps et beaucoup d’énergie).Et la cerise sur le gâteau , une maternité tardive difficile et passionnante. J’ai consacré tout mon temps à Saskia les premières années de sa vie, et j’en suis heureuse….Oui et donc tu peins quand?

Et bien …..pas souvent ,par éruption compulsive mais heureusement en 2006,  j’ai découvert l’art digital qui se met en oeuvre rapidement ,ne prend pas de place. Cela m’a ouvert la porte du networking ,du blog ce fut une très bonne chose car c’est ainsi que j’ai rencontré un minuscule public ,c’est énorme pour un créateur d’avoir un retour même modeste , le fameux « regardez moi  » du blog artistikkkbranleta!

Maintenant que j’ai découvert la fatalité familiale ,je peux m’en préserver j’apprends à me faire plaisir de manière « égoïste », intime, je fais de la méditation des étirements seule, j’écoute ce corps déjà usé qui veut vivre. J’écoute enfin mes rythmes secrets, remettant à demain le linge sale ,l’administratif pour dessiner.Je n’ai pas l’impression d’aller mieux mais je vais mieux,ça sort de moi à un rythme régulier comme le ressac des vagues,comme la lune qui croit et décroit comme mon souffle irrégulier,pleinement en vie. Avec ses petits dessins qui s’amoncellent prennent sens par leur nombre ,me submergent de  douceur.Aucun retour pour l’instant? Je relativise car je travaille c’est l’essentiel.

Un dernier point sur le « comment » ,je travaille .Seulement le soir (pour l’instant!) ,pas dans mon bureau non , mais dans le fumoir en compagnie de mon amoureux qui prend des photos ,regarde des vidéos ,discute de tout et rien avec moi. Je dessine assise sur une chaise avec le carton sur les genoux, dans une position très inconfortable je sais mais je me sens bien ainsi (c’est ma kiné qui n’aimerait pas me voir recroquevillée comme ça).Je suppose que cela doit avoir du sens cette façon de faire ,mal installée dans un coin…Pourtant mon trait est ferme, les couleurs fusent et je m’éclate. Je pense que bientôt je m’autoriserai une table pour poser mon carnet de croquis là je m’excuse encore de faire ça et pas quelque chose d’utile aux autres…… N’est ce pas ,Cendrillon ?

dessin aux feutres sur papier à grain vernis;N°5/78 de la série 1.
dessin aux feutres sur papier à grain vernis;N°5/78 de la série 1.

dessin du 28/08/13 c’est donc le début de la première série qui est achevée, ( actuellement je travaille sur la série 3b que je viens de terminer: 36 dessins) sur la série 3 en cours, plus la 3K et la série « betty page » ……il n’y a pas de série 2. C est « logique »!

J’ai commencé à travailler régulièrement pour faire les décors du spectacle de Saskia et puis Seb mon beau frère m’a offert en août des feutres de la marque faber castell(la Rolls des feutres, une merveille).Et là j’ai commencé à dessiner sans me poser la question du sujet, du sens juste ma façon obtuse de voir et de vivre de survivre….J’écrivais déjà sur Arte ceci et je persiste dan ce sens:

 

NOCH :
encore
NICHT :
rien
SEIN :
être

N’être encore rien , c’est se donner tous les possibles. Je défends ardemment cette idée,dans ma chambre obscure. Je  » révèle » mes secrets au monde aveugle et sourd.
La peinture est d’abord un ensemble d’éléments plastiques choisis, et disposés, couleurs, fond, forme, lumière, espace….l’art est conceptuel par essence.

système nerveux….. ou comment j’ai envie de faire le point.

 

Il y a quelques jours ,j’ai essayé de faire le ménage ,mettre en ordre ,vous montrer que mon travail possède un « sens »,j’ai réfléchi:pourquoi tu fais ça? On ne peut pas parler de la peinture,on va tourner autour,les mots détruisent insidieusement la réalisation muette qui se dit elle même….Et je reviens alors toujours à lui ,Francis Bacon,toujours. inlassablement,à relire le peu d’entretiens qu’il a accordé,qui me parlent tant ,qui me sont si chers,qui me font rire ,et pleurer.pour lui seul.celui qui dit si peu et qui travaille seul,à revers, »excitation d’Être en vie »cela me vient de lui…Il n’y a que le système nerveux ,rien d’autre?Non,il n’y a rien d’autre ,au feu le romantisme panthéiste ,je suis d’accord avec toi ,moi ,je sais ce que je fais après coup ,je laisse les choses se placer d’elles mêmes,à quoi bon,juste courber l’échine et faire ,encore ,sans se retourner,en oubliant les jours d’infortune ou ce gout amer et lancinant rempli ma bouche,ce gout qui dit :Qu’est ce que tu fais , pourquoi ?A quoi bon? non ,non  ,non.C’est tout que je sais dire: non .Et je dois continuer. La mort elle, attend tranquille ,tout à fait tranquille ,cette pute incontournable .Mais moi ,je suis en vie.

carolina Diomandé,blog « artistikkkbranleta1″plateforme d’arte 09/12/2007

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Avec cet article ,j’ai eu l’honneur de rester un bon nombre de semaines en page d’accueil comme blog du moment ,article à lire sur la plate forme d’Arte ,et je ne vais pas mentir j’en étais fière et enfantinement heureuse .Vous savez ce genre de bonheur qui ne se partage pas ,ou l’on saute tout seul au milieu du salon en chantant tralala….Arte me remarque ,c’est une référence pour moi :je suis heureuse , mon rêve a toujours été d’être REconnue par mes pairs ,pas devenir Lady gaga !

Un ami avec qui je correspond comme je le fais avec certains artistes ,peu mais de qualité (les artistes) ,me disait : « j’aime ton travail pour ce qu’il part dans tous les sens…….ne souhaite pas entrer dans le système ,reste underground » en substance bien sur ,je ne vais pas vous copier coller les mots de mes amis non plus ! Sur le moment ,je l’ai mal pris parce que rester underground c’est rester dans la cave ,dans le squat, en marge .Jeune et pleine de colère « fuck the society » c’est parfait mais à cinquante et un ans et toujours le calme plat c’est usant ,déprimant ,on finit par gravement douter, se penser minable ,une petite merde hurlante et rien d’autre? la marge j’y suis par essence mais je voudrais sans forcément en sortir ( et d’ailleurs le pourrai je ,je ne crois pas ,je ne le souhaite pas) rayonner un peu plus ,être soutenue de manière désintéressée et bienveillante:  Toi ma grande ,tu cherches encore et toujours Papa,hein???

Malgré un travail qui continue de s’enrichir ,un sens global de plus en plus affirmé (oui je sais cela n’apparait pas dans un blog surtout celui ci ou je saute joyeusement du coq à l’âne sans crier gare…;on pourrait effectivement penser que je suis bordélique ,que je sais pas ou je vais ,que ça déborde sous le casque (oui parfois un peu…) mais que nenni !  J’écris autant que je dessine. Quand je disais que j’étais surréaliste ce serait (n’y voyez pas de comparaison,elle est impossible à la manière de ma grande Louise B ),je ne pense qu »à ça » du soir au matin sans compter les rêves fous en couleur qui m’inspirent depuis toujours .Ma production semble vaine ?Elle l’est car c’est la Vie qui est comme ça,non ?Dérisoire  je crois parce que je ne me tiens pas un plan d’action « commercial » ,je ne suis pas une fine stratège et pourtant cela semble être une vertu cardinale à notre vilaine petite époque capitaliste ,du genre :attention j’improvise ….!

« allez ka ,tu ne dessines que  tes doigts de pied pendant trente ans ,sous toutes les coutures ,tu récoltes chacune de tes rognures d’ongles qui tu articules en sculptures monumentales (oui des années de rognures ça fait beaucoup ) et puis tu tagues ton pouce déformé  dans toutes les villes du monde ,corpus mycosa ,Alleluah ; tu expérimentes le port (tout ça filmé sous le même angle chaque jour de ta précieuse vie de créatrice adulée de l’art contemporain  )de chaussures trop petites pour voir jusqu’où les déformations et la souffrance physique sont des éléments sémantiques à expérimenter … (avec de manière sous- jacente la  critique  d’une  forme d’asservissement du corps féminin à travers les ages );comment deviennent tes pieds , ils deviennent laids c’est génial c’est sale c’est le corps physique et ça les excite ,tu les colles avec l’infographie sur toutes les statues antiques que tu as en reproduction la victoire de Samothrace sans bras mais avec les pieds de KA .Pendant ta grande exposition à Berlin ,tu décides de t’assoir nue sur une feuille de plastique ,au dessous passe le public pendant une heure c’est performance curage de mycose(enfin ce ne sont pas des mycoses que j’ai au pied c’est un problème inconnu du aux molécules que j’ingère depuis des années mais bon c’est blanchâtre ,c’est plastiquement très intéressant ) sur une musique d’iban Régnier ,vieux pote de galère car oui tu es restée fidèle à tes amis. En fin de performance filmée ,tu recueilles la précieuse « semence » quasi divine qui sera vendue aux enchères ,ma chair…. J’arrête là car même quand j’essaie de manier le style académique (car nous sommes bien dans une période totalement académique ,et maniériste) je déborde ,j’explose .Et puis ça me rend mélancolique ,triste…;Cela me donne envie de mourir (je ne peux pas j’ai une petite fille maintenant ), mais je ne suis pas aigrie non , je suis folle et ça me sauve.

NOCH :
encore
NICHT :
rien
SEIN :
être

N’être encore rien , c’est se donner tous les possibles. Je défends ardemment cette idée ,dans ma chambre obscure .Je  » révèle » mes secrets au monde aveugle et sourd.
la peinture est d’abord un ensemble d’éléments plastiques choisis,et disposés,couleurs,fond,forme,lumière,espace….l’art est conceptuel par essence.

C’est ce que j’avais choisi de dire sur mon travail au grand concours sur Arte ,je pense toujours la même chose.

 

Une chose à la fois oui vivre ,survivre à la douleur et à la méchanceté ,l’égoïsme qui ronge  notre société en fin de parcours ,être simplement vivante ,humaine ,et témoigner de cet état en tant qu’artiste ça je sais faire…mais semble t il , ce n’est pas de l’art; Parce que l’art ça se « manage »,ça s’explique à coups de rhétorique absconse ,se décortique ,se déguste par lampées avides pleines de fric.

Je rêve d’une république libre des artistes ,comme un salon des « refusés »moderne ….Seule ça va être dur.

N ’empêche ,on ne crée pas que pour Soi dans son coin. Pour moi c’est le fin fond de sud gironde.L’art est un partage qui ne s’explique pas (je reviens à mes sources divines  :Francis Bacon).

et hop.

,

c’est arrivé tout seul…

j’ai peint cette toile au cœur de la série du deuil.en fait, j’avais une furieuse envie de peindre mais je me posais la question du sujet.Alors,j’ai tout « lâché »,et c’est « ça « qui est sorti.C’est la matrice fondatrice de mon travail des années 90 ;cette sorte de coulure de lave,organisme mou ,du corps (glauque et suintant) de toute manière,plus vu de l’intérieur que de la peau.Pourtant,l’intérieur du corps n’est pas très coloré,je dirais même gris,si l’on fait abstraction du sang….

20623_c_est_arrive_tout_seulJe me relis là et… j’ai un peu envie de rire .Pourquoi? Parce qu’il y a  vraiment un lien entre peindre ,chier et vivre .Quand je dis de manière naïve   : « j’avais une furieuse envie de peindre ….et puis j’ai lâché « ça »…… »C’est d’une telle évidence .Il est clair que quand j’écrivais ces articles dans artistikkkbranleta le blog de la folle , je ne me relisais jamais ,j’écrivais dans l’urgence ,jouissant d’un médium nouveau de communication,donnant beaucoup trop de moi sans réfléchir.Mais il n’y a pas de place dans ma vie pour les regrets.Ce serait maintenant je ne m’ouvrirais pas de la même manière mais bon j’ai un tempérament généreux ,je ne calcule pas.

Comment vous dire ,comment vous faire comprendre (parce que c’est bien le but de ma présence ici ),j’ai abandonné l’idée d’être « découverte » , »choisie », « élue » par un grand mécène japonais ,ça y est je grandis un peu ,je n’attends plus le prince charmant  .Par contre, parler de l’acte de peindre ,de faire , je pense que cela peut intéresser quelques lecteurs.Cette toile a été peinte dans des circonstances dramatiques.C’était l’automne 1994 ,je venais d’apprendre le décès de mon Père en Cote d’Ivoire…loin de moi.Je l’attendais depuis…30ans ce Père charismatique ,ombrageux ,beau ,brillant grand absent de ma vie.Sa mort fut pour moi comme un cataclysme ,une perte irréparable ,absolue ; je suis physiquement tombée malade très gravement , je voulais sérieusement le rejoindre et puis…..le Rêve est venu (article « le rève fondateur » dans ce blog) ,je me suis redressée.J’ai décidé de continuer le combat.Ce combat  ne pouvait se faire qu’avec mes seules armes :les pinceaux ,et moi qui peignait des « belles images « depuis ma jeunesse  .J’ai abandonné toute forme  de décision ,j’ai plongé en eau trouble ,sans savoir si j’allais m’en sortir, cette série du deuil est née ainsi ,ma première série ,digne de ce nom.je les ai tous ces tableaux ( peints sur bois sur vieux cartons ,la plupart en mauvais état de conservation avec tous mes déménagement )…. Je ne les ai jamais exposés ,pour quoi faire ? je ne peux les vendre ces tableaux maladroits ,ternes mais emplis de toute ma substance ,de toute mon envie de vivre malgré TOUT .Celui ci en particulier , »c’est arrivé tout seul »…quitte le champ du figuratif, du narratif ,de l’esthétique pour me faire pénétrer dans les méandres de mon cerveau droit,de mon empreinte génétique ,de mes racines enfouies,de mes peurs ,de mes dégouts ,de mon perpétuel questionnement sur la Vie .j’ai mis beaucoup de temps à le faire ce tableau blafard,c’est mon gros bébé laid et taciturne ,comme je l’aime.il m’a tellement apporté que je continue encore aujourd’hui à peindre à partir de cette matrice là.(notamment l’interminable série pour mon ami Pixel bleu décédé l’an dernier,et merde ce con )

Fouille ,fouille dans tes viscères Carolina,cherche ,cherche les filaments gluants ,tranche les liens toxiques,tourne autour de l’informe c’est ton domaine.Les marchands du Temple ne sont pas près de te voir parce que tu travailles l’invisible ,l’indicible.

Mais ….tu n’es pas seule.

déchets nés

Et

je m’enfonce dans mes grands fonds.Ils sont violets ,ils sont humides ,opaques ,sans arrière pensée,les fonds sont là ,intenses. »déchets108186_poupinette nés », certes c’est ce qu’ils sont maintenant,là ,peut être…., moi , je vois la naissance en eux,collés l’un à l’autre,livides et souriants .

Ce fichier numérique fut nommé « Poupinette » , et le titre de l’article rattaché à ce croquis s’appelle « déchets nés »….Il y aurait beaucoup à dire sur le choix d’un titre en art mais je pense également en littérature ;à une époque pas si lointain : au milieu du siècle dernier  les artistes ont voulu faire « table rase » du Passé convoquant la mort de l’Art….Lorsqu ‘on y pense quel orgueil démesuré,quel aplomb pour décréter que ce qui fait l’Humain n’avait plus  lieu d’exister : l’art est une nécessité .Je pense qu’il n’est pas prêt de mourir ou alors dans ce cas,nous sombrerons avec Lui .

« jeter le bébé avec l’eau du bain »!!!