Zabou et moi

Cet été j’étais épuisée et exaltée par mon travail quand Zabou une amie  de longue date me propose de venir à Langon étant de passage sur Bordeaux;J’acquièse avec un grand plaisir et un petit fond d’angoisse tout de même (une rencontre  est toujours stressante pour moi ).

Petit retour en arrière, nous sommes dans les années 90 j’habite la région parisienne et je me sens seule, très seule…Jeune mariée, jeune prof non titularisée je suis insatisfaite de la tournure que prend ma vie sans « peinture » sans création.Un nouveau magazine sort en kiosque « Nova magazine » vraiment représentatif de l’époque épique que furent ces années que l’on qualifie de « grunge » aujourd’hui.J’achète le magazine et décide d’envoyer une petite annonce : »artiste esseulée cherche autres artistes pour discuter ,refaire le monde si affinités… » ce ne sont pas les termes exacts mais en gros c’était ça.J’ai reçu beaucoup d’appels, certains n’ont débouché sur rien ,d’autres sur des rendez vous chaleureux ou stériles avec bien sur quelques propositions « indécentes » mais pas tant que ça…Zabou m’a appelé pour me proposer de venir à une réunion des « loukoums rebelles » afin de découvrir leurs projets et pourquoi pas faire partie de leur combo féminin .J’ai sauté sur l’occasion, nous nous sommes rencontrées dans un petit théâtre pour voir un spectacle dans lequel La grande Sophie (qui n’était alors qu’une chanteuse à la voix déjà flamboyante mais encore inconnue et loukoum rebelle) chantait.J’ai été convaincue par le projet inspirant ,dynamique ,féminin ,foutraque ,créatif….Quel bonheur que cette rencontre et les suites qui lui ont été données ! Je crois que je n’ai jamais remercié Zabou d’avoir répondu à cette annonce « bouteille à la mer » que j’avais lancé.Aujourd’hui c’est dit c’est fait : »merci ma Zabou » de m’avoir ouvert la porte de votre monde, cela a transformé ma vie…

Tout ne fut pas facile, les réunions se passaient dans un bar près de République ,j’étais abstinente d’alcool depuis pas longtemps et je voyais les autres descendre leurs demis avec nonchalance.Mais ce n’était pas un rendez vous pour picoler,chacun développait ses idées, afin de construire les fêtes saisonnières que nous organisions, écrire les articles pour la « bèta » notre fanzine.Je rentrais très fatiguée (moi je prenais le train pour retourner en banlieue avec le boulot en collège le lendemain).Je rentrais souvent énervée de ne pas avoir pu exprimer mes idées comme je le voulais par timidité ,cette timidité dévorante qui m’a toujours empêchée de vivre tranquille et qui rend chaque échange réel avec les autres si pénible.Et puis les années 90 sont des années de lutte contre la maladie sans médicaments avec la mort en ligne de mire présente à chaque instant (comment partager ça avec les autres ,je n’y arrivais pas ou très mal,cela me coupait du monde un peu plus). Mais Zabou m’avait contactée ,elle m’avait tendu la main et je ne pouvais revenir en arrière.

La suite? Nous avons exposé ensembles au bar lesbien ‘les scandaleuses  » dans le Marais , nous avons partagé un magnifique atelier loft dans ce squat mythique de Belleville ,le lycée Diderot dit « Pole Pie », nous avons vécu des fêtes superbes colorées avec les Loukoums dans des lieux parisiens (tel que « l’archipel  » ou le « fahrenheit ») et ailleurs ,en Bretagne notamment.Puis Zabou a tracé sa route ,elle est partie avec un camion a tout quitté pour la vie « d’artiste ».Pour ma part  j’ai continué à travailler j’ai passé le Capes un peu déchirée entre l’envie de vivre à cent pour cent la vie de bohème et celle de gagner ma vie pour garder la tète droite malgré la maladie et pouvoir me soigner, j’avais besoin de sécurité.

Nous nous sommes retrouvées par facebook et nous avons retissé les liens. L’une et l’autre avions mûri, avions cheminé sans lâcher l’essentiel : la création, quel bonheur. Aussi lorsqu’elle m’a proposée de venir me voir j’étais super heureuse malgré les appréhensions d’usage; Nous avons convenu d’une date en juillet. Je suis allée la chercher à la gare, le train est arrivé à l’heure, j’ai regardé les passagers descendre ,la boule au ventre ( c’était amusant parce que j’étais émue comme lors d’un premier rendez vous amoureux!), et elle est apparue, toute menue , gracile dans une robe de coton à joli motif un peu ancien, les cheveux courts légèrement en bataille, le même sourire vrai, les même yeux fendus de chat malicieux.

« tu n’as pas changé!!!……Toi non plus » et nous nous sommes fait une grosse bise avec étreinte solide des deux bras.Après…Nous sommes allées à la maison, je pensais lui faire visiter mon jardin que j’adore mais nous sommes restées deux voir trois bonnes heures enfermées dans mon bureau atelier à parler,parler…de quoi? Un peu de nos vies, du passé mais surtout de ce qui nous animent toute deux avec la même force, nous avons causé de peinture en regardant son énorme « book » sous forme de livre et mes dessins quotidiens.Le temps a filé si vite ,nous avons juste bu un verre d’orangeade dans un grand verre car il faisait chaud, assises l’une en face de l’autre observant avec attention soutenue les travaux de « l’autre », tout ça assaisonné d’anecdotes vécues, de nos douleurs présentes ou passées, de considérations sur l’art, le corps, le féminin, le vert, les grenouilles, l’abstraction vs le figuratif emmêlant nos propres vies à nos traits de pinceaux.

C’était bien ,mieux extraordinaire, adorable, enrichissant. Et puis ce fut l’heure du train et nous nous sommes quittées ne se promettant rien : la vie sait ce qu’elle a à faire et il est certain que nos chemins se recroiseront.

Il se trouve…..Que je n’ai pas beaucoup de force en ce moment et que je me protège en étant plus discrète qu’à l’accoutumée….Mais j’ai en moi ,les mots de Zabou ,ses merveilleuses couleurs rutilantes brillantes ,expressives et singulières, j’ai son regard bienveillant, ses doutes aussi sur notre passion si forte et si difficile à vivre parfois.

Nous sommes accrochées solidement à cette cordée commune et aujourd’hui mes mots résonnent encore plus fort, oui

plus forts.

travail en techniques mixtes que j’ai trouvé posé sur mon bureau à l’atelier de Belleville fait par Zabou pour mon trente quatrième anniversaire !….1997.
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Samy

samy son histoire

Bon, je suis plombée ce soir ,je préfère me concentrer sur la mémoire, le travail de mémoire pour un pote d’arts….tombé du toit une nuit de pluie…Son histoire fait douloureusement écho à ce qui se passe en France.il voulait créer ici, s’y sentait bien ,était soutenu.Mais ne pas avoir de papiers en règle ronge de l’intérieur il me l’a expliqué: jamais quitter Toulouse,toujours sur le qui-vive, ne pas trouver de travail stable, vivoter, se terrer comme un animal. Samy n’a jamais rien fait de répréhensible…c’était un type habité par l’huile de lin, la dernière image que j’ai de lui, deux jours » avant »… lui, dans la maison de quartier prêtée comme atelier donnant sur la rue, agenouillé et concentré…Tendant une toile sur un châssis de bois, il lève la tète, me sourit, mais moi, je suis pressée :…Saskia,  son bain , le repas à préparer, la vie…Je lui souris moi aussi…Et puis c’est tout,plus jamais vivant je ne reverrai Samy.
je joins son interview paru dans : AUTAN d’accents »mémoire et transmission »; travail collégial édité par la parentèle (fait en atelier d’écriture avec Fred Ducom et des enfants du quartier Arnaud Bernard à Toulouse). Fred est écrivain,poète,fumeur de havanes indocile, et ….tonton de ma fille Saskia.

08/05/2007 blog artistikkkbranleta ,plateforme d’Arte.

9519_samyVoilà ,je rends encore aujourd’hui un hommage à Samy…Ce n’est pas de l’opportunisme non, mais c’est pour moi  l’occasion de dire à nouveau, combien le monde dans lequel nous vivons me dégoute et m’inspire de l’angoisse. J’ai choisi cet article qui date de 8 ans parce qu’il parle d’un pote (je ne vais pas travestir la réalité pour l’art,ce n’était pas un ami proche), un homme de » bien » comme l’on en croise tous sur notre route et qui vous marque à jamais. Je sais de quoi il est mort, et c’est tellement con, tellement dérisoire que cela me met en colère encore maintenant : de ne pas avoir pu vivre ici en France. Est ce ainsi que j’ai envie que mes neveux ,nièces ,élèves vivent ? Non.

Alors, vous allez me dire : » mais de quoi tu parles Carolina, nous sommes tous atteints aujourd’hui dans notre chair parce qu’on s’est attaqué à notre bien le plus précieux, la liberté d’expression »……Alors à cet instant, j’esquisse un pauvre sourire en guise de réponse car j’ai vu, j’ai entendu, j’ai senti dans mes narines sensible les remugles fétides d’un discours caché sous l’indignation générale….Cet amalgame permanent, vicieux entre les musulmans(dans leur ensemble) et cette frange immonde et radicale qui se nomme le terrorisme.

– » putain, Caro, tu délires là, tu fais la fine bouche, c’est super ce qui se passe cette communion :nous sommes tous Charlie.., non ? »

Excusez moi d’en douter. Le doute est foncièrement dans ma nature, il me permet de ne jamais me suffire de la sauce que l’on me tend à grand renfort d’humanisme clinquant et prêt à porter, cette pensée de masse qu’on voudrait me faire bouffer. Ce doute foncier me permet de toujours vouloir aller plus loin dans mes connaissances, mon art. Il me rend vivante,mobile et humaine….et chieuse aussi!

la couleur sauvera le monde?

Oui j’espère…

 

Pixel bleu

Le bleu est la couleur préférée des français et des européens en général, mes sources  : monsieur Pastoureau grand historien de la couleur.Je n’affectionne pas particulièrement cette couleur. Lorsque j’ouvre mon armoire , j’y vois immédiatement une dominante noire ,rouge ,beige et turquoise.Si je regarde ma production ce n’est pas non plus le bleu qui domine même si j’ai beaucoup de tubes d’acrylique de différents bleus que j’achète plus par fétichisme que par besoin, je suis amoureuse des couleurs.J’aime le bleu dans la nature, le ciel ,les océans,les fleurs bleues m’attendrissent et elles ont ma préférence: myosotis,iris,jacinthe, et tant d’autres…C’est toute l’ambiguïté du bleu  qui peut représenter l’anonymat,l’uniforme comme la splendeur d’un ciel électrisant du Queyras, lié à l’or il est magique….

Il y a un peu plus d’un an, un de mes amis est mort d’un cancer du poumon, il avait le même age que moi; son nom de scène: Pixel bleu.Je me souviens encore de la première fois ou il a laissé un commentaire sur mon premier blog d’Arte, j’ai immédiatement été séduite par son style très personnel ,épuré,elliptique un peu âpre…Eric aimait le bleu, pas n’importe lequel. Le bleu….cobalt qui est un peu moins soutenu que l’outremer;un peu le bleu des papiers découpés de Matisse,de cécile Touchon, d’yves Klein.Dans la gamme de tous les bleus possibles ,il est certainement le plus emblématique , d’une telle intensité il brille ,vibre scintille incandescent et évanescent…..transcendant. On pourrait même considérer que ce bleu est lumière pure,vide,absolu. Dans ce bleu on nage,on plonge ,on aspire la fraicheur ,l’infinité des possibles….Yves Klein disait que le bleu n’ a pas de dimension , il est hors dimension..Nous n’avons jamais discuté de ce peintre avec Pixel bleu, je n’ai pas demandé non plus à Eric pourquoi il avait fait le choix de cette couleur,pourquoi ce nom d’artiste…De fait ,le bleu est une couleur qui vibre particulièrement bien avec l’image numérique, une histoire de pixels , l’histoire d’Eric qui sculptait de minuscules et fragiles échelles  en fil de fer sans fin. Une autre manière de véhiculer cette envie d’ailleurs,de transcendance impossible ,notre quête absurde….C’est sur,  nous étions faits pour nous rencontrer et échanger sur fond de connexion électrique.Mais Eric est parti pour de bon , de l’autre coté, sans crier gare. Je ne l’ai rencontré que deux fois avec bonheur et grande pudeur.Cette disparition fut une grande peine pour moi et du coup puisque j’avais fini les décors pour Annick en cette fin de printemps 2013,  je me suis immédiatement lancé dans une série….bleue pour Lui. Mais ce n’est pas chose facile d’exprimer la peine en peinture et je n’ai pas encore terminé. Tout d’abord j’ai recouvert mes supports de gesso, j’ai poncé finement puis je me suis attelée au travail sans idée précise comme toujours, j’ai peint de grandes formes chair molles censées représenter le sujet ,la vie sur un fond bleu outremer changeant: Pixel corps et âme tout simplement.Cela commence à prendre forme, je passe inlassablement de fines couches de peinture acrylique en glacis ,laissant l’empâtement pour une autre fois( ici j’ai envie de finesse , de discrétion dans l’acte de peindre). A chaque fois que j’ajoute une couche je pense à Lui, je lui parle intérieurement, d’une certaine manière il guide ma main, merci Eric de m’avoir laissé ce bleu vibrant en héritage.Il n’y aura pas d’oubli.

Créer c’est aussi cela, communiquer avec l’invisible, l’indicible….

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petite numéro 11 (ou début)

J’ai très mal en ce moment
des maux nouveaux
des mots nouveaux
il faut donc encore retirer
une peau,creuser avec les ongles
jusqu’au sang.
déterrer plus profond32347_petite11
sortir toute neuve
toute vive
comme une Ferrari rouge
qui brille
qui brille
qui brille….
je suis une fille.
la petite n° 11 m’a beaucoup apportée,elle signifie beaucoup pour moi.j’aurais pu la nommer « début ».

J’ai remarqué que presque tous mes textes utilisent le mot corps et/ou souffrance….Il se trouve que physiquement après une rentrée : pas du tout en fanfare , totalement déconnectée par la douleur physique .Il se trouve qu’ aujourd’hui , je vais carrément mieux ;mon dos est assez silencieux ,mes genoux se comportent de manière correcte avec le reste de mon corps , je marche sans boiter (je boite mais cela ne se voit pas ,c’est un boitement intérieur,d’où la douleur qui se répercute ailleurs dans le dos ,les lombes ,effet du déséquilibre permanent) .Pourtant ,je ne me sens tout aussi minuscule que dans les jours les plus sombres ,sans devenir ,sans visibilité ,sans rayonnement…; »sans »….. , »en reste » ,…… »à coté de la plaque »…….. « inutile »……. , »inintéressante »……….. voir ….. »minable » , si j’osais .Je sais bien pourquoi .Tout a concouru dans ma vie à me mener à « ça » ,ce constat amer et bref ,sans appel,ces ailes noires qui forment un trou noir autour de mon buste ,qui m’empêchent de rire en cascade et sans objet.

Je vais vous raconter la dernière de ma génitrice ;ma fille est allée en Bretagne avec elle en famille pendant les vacances.Celle ci (ma fille)  ,est revenue enchantée mais m’a quand même dit un truc qui l’a dérangée ,un truc qui est arrivé pendant le séjour , et dont elle avait besoin de parler avec moi…C’est au sujet de sa grand-mère ,c’est au sujet d’une phrase qu’aurait dit  ma mère à son frère et  sa sœur (mes oncles et tantes) ,quelque chose me concernant;Mutti aurait donc parlé de moi ,de mon enfance (Saskia buvait ses paroles ,elle veut tout savoir et comprendre  de cette mère triste,aimante,étrangère au monde de ces copines)…Elle aurait dit que franchement quand je parlais de mon enfance ,j’en rajoutais une couche ,que j’exagérai ,que je déformais , dramatisais, et tout le monde de la conforter dans son sentiment de bonne mère qui « a tout fait » pour sa progéniture et qui se fait bouffer par sa fille ainée ,la méchante garce ,de manière  injuste, et cruelle….Je ne l’ai pas montré à Saskia mais intérieurement , je me suis décomposée littéralement .

Ainsi donc, elle s’acharne la mère ,elle veut absolument porter le suaire rutilant de la victime expiatoire ,me charger à mort ,devancer mes plaintes en minimisant mon vécu .Symboliquement ,une seconde fois(?) elle m’assassine,me nie ,me renie ;elle n’abandonnera donc jamais cette vieille folle ,hystérique ;

Depuis ,je suis vide très faible (ma tension ne dépasse pas 9 ) , la médecin m’a demandée comment je faisais pour continuer…. ben quoi ,comme d’hab .J’essaie de mobiliser mes forces mais je ne sens plus rien en moi ,qu’un grand vent de colère et de désespoir .Il faut que je lui tourne le dos que j’arrache ce cordon empoisonné avec mes dents ,même si c’est sale.Je le ferai.

Parce que je veux vivre.

Vivre et foncer tout droit ,loin devant ……comme une belle Ferrari « rouge scarlett »,carrossée et brillante.

Et sourire pointu comme une lame ,voir l’autoportrait….

in utero

je me pose des questions,en fait,je viens de decouvrir l’existence d’Édouard Levé,artiste qui s’est suicidé en octobre dernier,je remonte le fil de son travail ,je suis essoufflée,il parle d’écriture blanche qui n’existe pas ,je comprends cela;il m’aspire dans son vide, son absence.c’est toujours dangereux le destin des autres.d’ailleurs en parlant d’ecriture,je me demande si je ne vais pas mettre en ligne ,le texte sans fin,qui me poursuit depuis 1995; »les eaux grasses »,je sais pertinemment qu’il n' »aboutira  » jamais ,comment envisager un texte,une narration qui reste en suspend,faut il d’abord que j’essaie de le « finir » ?je ne sais pas ,Édouard Levé me bouleverse par son aspect proprement désespéré ,aucune emphase,pas de viscères qui débordent et pourtant une telle violence ,l’ultime que l’on s’inflige à soi.maitrise.ligne brisée.
je n’arrive à rien « vraiment »,ce serait risible ,si cela ne me faisait pas tant de mal.Peut être aurais je du avoir le courage de me consacrer uniquement à ma création?Est ce que cela aurait changer le cours de mon fleuve mouvant?Mon corps est maitre ,il m’empêche de me jeter dans le vide ,je dois dormir ,absorber rituellement ,scrupuleusement mes molécules je me suis tellement auto désossée ,j’ai fort bien réussi mon affaire ,le contraire d’un suicide en somme. »Et tu vivras,et tu survivras encore,et cela te fera mal ;tu marcheras encore ,sans te retourner…34689_100_5266
Pour parler de ce travail (plastique joint à ce texte),une série « in utero »ou comment je me suis fait chier dans le ventre de ma mère…;c’est une acrylique sur robe en éponge au motif hawaïen.on pourrait alourdir le propos en parlant de mise en abime.on pourrait…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une fois encore ,j’ai utilisé l’auto portrait de 1968 pour me représenter.ce texte écrit en 2008  est toujours  d’actualité,tout ce que je pourrai ajouter comme analyse aujourd’hui serait redondant et vraiment au dessus de mes forces .Je voulais juste dire que  je sors de la poste ou j’ai envoyé un colis ;je me sentais mal dans ce lieu anonyme ,très mal lorsqu’il a fallu que j’ôte mes lunettes noires et que je parle avec l’agent postier .Le sentiment d’étrangeté que je ressens parfois est à la limite du supportable  et la moindre action « normale » , « quotidienne » devient un combat titanesque contre mes démons.De plus ,un événement anodin m’a brisée : j’ai entendu une petite fille  pleurer,de longues pleurs sincères et bruyantes.Je sais reconnaitre dans les pleurs d’un enfant ce qu’il dit ,elle souffrait mais de quoi??? et sa mère était  là debout ,raide ,excédée sans réagir devant les petites mains qui se tendaient vers elle , »maman,prends moi dans tes bras » c’est ça qu’elle disait….; j’ai payé ma transaction et suis sortie presque en courant tant ces larmes me déchiraient le cœur,elles devaient faire écho en moi;très loin ,dans mon ventre,mes jambes,ma tète.moi aussi petite ,j’ai le mal de mère…

m’aime pas…morte

le dire avec fierté , le dire avec défi.

« même pas morte… » et pourtant, toutes ces mains indigentes,  ses sourires indigestes;tout cela aurait du finir très mal.dans cette pièce obscure ,ou vous venez me lire me boire et me manger, j’aurais beaucoup à dire.

tant et tant. que le vent pourrait souffler sur la lande des années entières ,et arracher chaque branche de l’arbre effilé noir de mes souvenirs , je garde la nausée, de cette année 1989  ; de cet été pas spécialement chaud , et de ces résultats d’analyse. personne pour partager.

Reste mon seul trésor, mes couleurs et mes mots, qui valent …ce qu’ils valent qui existent  bien plus que ma chair peau.

« je me sauve qui peut ».

ne m’abandonner pas.

acrylique sur papier cartonné,marouflage d’un dessin de 1968.Mixart Myrys 2003.

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Quand je pense à ce dessin(dont je me suis abondamment servi en le dupliquant ,en le marouflant pour produire de nouveaux auto-portraits) ,je me dis que c’est l’auto portrait le plus vrai ;le plus puissant que je puisse faire ,il date de 1968, j’avais donc 5 ans.

J étais encore en nourrice  tarée dans l’Oise,c’était la dernière année du cauchemar « partie 1″je ne sais plus dans quelle condition j’ai fait ce graph violent et ultra expressionniste,,ce que je sais c’est que je l’ai fait chez mon arrière grand-père car ce dessin fait parti d’un lot conservé par une de mes tantes qui gardait mes dessins ,mes poèmes .Elle était , m’a t elle dit hallucinée par ma précocité et ma puissance expressive artistique…merci Geneviève ,car tu fus l’un des meilleurs tuteur pour ma résilience .je me demande si je n’y ai pas mis toute ma force créatrice là dedans ;ça a quelque chose d’horrible de dire cela 45 ans après les faits mais à cet age la , j’avais une puissance démesurée pour survivre ,pour supporter l’absence,la froideur,les oublis fréquents de ma mère (celle ci est venue ,il n’y a pas longtemps et m’a rappelée  méticuleusement avec dates à l’appui ,toutes les fois ou « on » m’a laissée dans un endroit : chacun croyant que c’était l’autre qui s’occupait de moi;elle m’a fait atrocement mal  ce dimanche là ;et a ré-ouvert une plaie qui commençait tout juste à sécher un peu …;c’est sur ça continuait à gratter mais j’étais tellement contente d’être déchargée d’un poids ; elle m’a fait mal parce qu’elle a dit ça sans y mettre vraiment d’émotion,de compassion ,juste le rappel de faits passés sans me demander comment j’avais ressenti cela ,sans se questionner sur le sens de ces « abandons » successifs…Elle a du me dire ça car elle travaille avec son neuro psychiatre et des souvenirs doivent remonter à la surface,tant mieux pour elle .Moi j’ai juste l’impression parfois d’être une poupée de chiffon inerte qu’elle pique au bon endroit pour la stimuler et la faire souffrir …sans le vouloir consciemment, c’est très dur.

Lors de ces « oublis » ,Je ne réagissais pas mal ;à ce qu’il parait ,j’étais juste là ,immobile ,tendue ,les yeux vides ,billes immenses noires et brillantes.cernes marquées du désespoir secret ,attendant le bon vouloir de ces adultes ,cette famille humiliante ,indifférente.Je suis restée cette enfant là;c’est tellement gros,c’est épuisant,j’attends toujours quelque chose qui ne vient pas ,ne viendra peut être jamais.même pas morte parce que au fond de moi déjà morte depuis longtemps.

c’est comme ça.

La peau

la peau est une couche fine,parfois flétrie.elle est frontière entre le dehors et le dedans.elle attise le feu d’un regard,elle désigne,elle donne à voir ….quoi?histoire de peau,histoire de soi,la géographie du moi.j’ai pas de peau,je suis nue comme un ver.sans défense,face aux attaques de l’autre.je t’ai dans la peau,tu fais parti de moi,reste encore un peu…en moi.tu n’as plus d’existence,dans mon enveloppe,moi,je t’ai gardé.peau d’ange,cœur noir?les anges ont ils la peau douce ou bien striée d’écailles brillantes?couleur argent,couleur du temps,des nuages ronds,d’un ciel changeant…..la peau de chagrin,quand il ne reste presque plus rien.qui se ramasse et puis se jette…dans un coin.le chagrin est une peau qui colle aux os,trop petite,elle entrave les mouvements;jusqu’à faire disparaitre,le reste immolé de l’être.peau tissage,peau couvercle qui cache un feu brulant ,méandres torturés sous l’aspect du calice………cette peau,pas celle qu’on croit,ni celle qu’on veut.souvent ,notre peau…. ment; (texte 2006;remanié 2008,Carolina)

Hier une amie très chère à mon cœur a posté sur mon mur un lien…..j’ai cliqué immédiatement ce que je ne fais jamais et je suis tombée sur un individu absolument fascinant,et  tout à fait perdu pour ce monde ci : david Nebrada,il se trouve qu’après avoir fait maintes recherches sur internet ,je me suis souvenue en avoir entendu parler ,il y a très longtemps par le biais d’un article de catherine Millet dans Artpress ,revue à laquelle j’étais abonnée étudiante en arts.j’avais détesté le ton ,les arguments  de c  Millet,ce n’est pas lui qui m’agaçait mais la manière dont la culture artistique contemporaine pouvait exhiber et décortiquer un type de cette envergure ,le digérant lourdement en le plaçant sans réfléchir dans le mouvement du body art ,excessif……J’avais oublié ,mais lui ,son corps décharné,cette peau tendue ,scarifiée ,sanglante ,sale parfois couverte d’excréments n’avait pas quitté mon crane,Emilie l’a fait ressurgir.il me reste à lire les livres qui ont paru sur lui ,écrit par lui,le dernier notamment sans image….j’ai passé une horrible journée hier , pour diverses raisons et le regard vide de david Nebrada y est pour quelque chose….alors j’ai sorti cet article écrit ,réécrit ,que je pourrais encore modifier à l’infini car il parle de quelque chose qui me touche ,me brule ,suinte de sang imaginaire  : ma peau.le sentiment permanent de ne pas en avoir justement,cet organe immense qui nous protège de l’extérieur ,ce contour que je ne sens pas bien ,je n’ai pas de limite et ça fait mal ,je me suis un être flou,éthérique un gros nuage perdu ,à la merci de la moindre remarque ,du moindre désaveu ,désamour ressenti cruellement,de manière disproportionnée ,j’en ai conscience .Ma peau qui signe la différence l’origine, ma peau noire ,ma peau stigmate ,ma peau fine,sèche de femme maigre,tendue….

et je cherche encore et toujours qui me donnera forme durablement,sans trop y croire.Un jour ,j’aurais ma peau.

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une petite flanerie…l’appareil  en bandoulière,nous ne saisissons pas forcément les mèmes choses lui et moi,ce qui est bien,moi,j’aime la poesie des vieux murs,des craquelures,des traces  et autres graphismes anonymes,l’art qui se fait « tout seul »,à base d’interventions humaines diverses,interventions du temps qui passe…aussi,cette porte n°9,elle m’a seduite,j’ai révé un monde derrière,de la laque de chine,des coussins satinés,…des pipes d’opium….été 2007 toulouse

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Comme je l’ai déjà dit ici,je ne me prétends pas photographe.simplement ,j’ai toujours l’oeil en éveil ,j ‘ai toujours les sens en éveil.cette « vitrine » m’a séduite immédiatement.les couleurs d’abord qui évoquent irrésistiblement l’extrème orient et donc le rève (pour moi) .j’ai un profond attachement pour les strates du souvenir encore plus aujourd’hui qu’en cet  aprèsmidi  toulousain ensoleillé  ,ou nous flanions francis et moi ,chacun avec son appareil en bandoulière… traquant la beauté ,la laideur ,l’insolite ,le poétique.

Je ne peux regarder ce cliché autrement que comme l’évocation d’un passé révolu. c’est l’image d’une absence et celle du début d’une histoire amoureuse  ou chacun donne le meilleur de lui mème souhaitant étonner l’Autre ,s’en faire aimer durablement….c’est aussi l’image de la disparition d’un monde ,celui des petites échoppes si belles aux devantures de bois travaillées ,peintes avec art,et le souci du détail.cette porte définitivement close m’émeut….c’est pour cela que je prends des photos pour conserver mes émotions,ne pas oublier que mon coeur palpite au rythme de mes rencontres humaines ou simplement visuelles.j’ai quitté Toulouse à regret , à ce moment crucial dans ma vie aussi ,une porte s’est fermée….

Je suis revenue au début de mon histoire personnelle ,je suis revenue en bordelais…..une nouvelle porte s’est ouverte,sans peur ….je suis rentrée.

xixi tag

 

 

il faisait lourd cet apres midi,petit jardin avec saskia…presque personne..deception de ma fille,et puis…une petite fille ,longue ,brune ,est venue roder autour de nous ,timide et effrontée,elle faisait des pas de danse ,mimait le chat,quand elle a vu mon tatouage de dragon,elle s’est décidé à me parler….difficile communication entre nous,elle parlait un anglais improbable matiné d’accent chinois,puis,elle s’est mise à dessiner des calligraphies dans le sable,saskia l’a imitée…je les regardais faire ,heureuse ;de voir ce tableau,elles communiquaient par le signe,dans la poussière.19 h,nous sommes parties: xixi etait déçue de se retrouver seule,je lui ai demandé de m’écrire son beau prénom dans mon cahier de recherche,que je trimballe toujours avec moi…je l’ai regardé faire ,en souriant je l’ai remerciée avec chaleur,lui disant à bientot ,…..,nous la reverrons xixi(prenoncez tchi tchi)je l’espère.mon coeur etait vaguement lourd,encombré,elles m’ont nettoyée l’ame ,saskia et xixi…un moment de bonheur.je  voulais ,c’est idiot le partager avec vous…

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je peux dire que c’est cela la magie d’un blog .

 

Ce moment doux ,tendre et étrange ,nous l’avons vécu depuis des années maintenant. Saskia  a perdu ses boucles rebelles enfantines ….elle ne sort plus au parc avec son doudou .mais , grace à l’écrit , j’ai conservé tout brulant comme cet après midi d’été toulousain solitaire ,la trace,la satisfaction d’avoir partagé un moment intense avec ces deux petites filles.ce qui me reste en bouche ? : la poussière qui s’envolait à cause du vent d’autan,les feuilles vert terne d’une fin d’été ,saskia et xixi qui s’ennuyaient .

L’été me fait peur ,je peux mème ètre prise d’une sensation d’effroi tout est tellement blanc lumineux ,et donc tellement sombre et obscur,l’impression qu’en cette saison ,il n’y a pas de demi-mesure mais juste des arrache-coeurs lancinants.Dont seules deux petites ames  légères,et rayonnantes de petites filles peuvent vous détourner.