Les mollasses de Galaure

Je ne me souviens plus trop comment j’ai connu Régis Roux, par le biais de viadéo je crois…Il m’a proposé de travailler avec lui sur un projet d’illustration de poèmes ayant apprécié mon travail pictural. J’ai accepté rapidement parce que j’aime autant les traces écrites que les gestes picturaux et parce que son écriture m’a séduite. Il y a quelque chose de rythmé et elliptique à la fois, quelque chose de mystérieux dans sa façon de jouer avec les mots. Cela fut difficile au début parce que je suis devenue méfiante depuis cette histoire rocambolesque avec la Guadeloupe, j’avance à pas feutrés laissant des zones de silence en attendant que « l’autre « se manifeste. Finalement la ténacité paie et lorsque Régis m’a envoyé des clichés de galets des torrents qui dévalent dans sa région natale, la vallée de la Galaure dans la Drôme j’ai compris que sur ce sujet-là on pouvait faire quelque chose ensembles. Sa démarche est celle d’un chercheur, d’un promeneur solitaire qui collecte des images de ce qu’il voit de ce qui le touche, en l’occurrence les galets dits mollasses, vestiges très anciens de l’histoire de notre terre. Dans cette quête silencieuse contemplative  Régis retrouve le fil du temps, qui se déroule là loin des hommes et de leurs tumultes inutiles. Il m’a dit parfois presque perdre « la raison » au sens raisonnable du terme dans ses promenades, et entrer dans un état de méditation active très profond. Je me suis retrouvée dans cette quête elle est proche de la mienne, sauf que pour ma part ce sont les couleurs les surfaces les gestes plastiques qui me mènent en terrain spirituel.Quand je crée je ne souffre plus de mon corps ni de mon âme. Le temps perd son sens de découpage de guide impitoyable pour devenir un lien avec mes lointains  ancêtres humains, ceux du fond des âges, celles qui peignaient dans les grottes obscures. (Et oui il semblerait que les femmes ont fortement contribué à l’essor artistique du paléolithique…)

Il faut apprendre à lâcher prise. Il faut s’abandonner et recevoir.

 

Cela a commencé par des envois de clichés qu’il a pris sur place lors de ces pérégrinations. Aucun contrainte technique ou autre, j’ai pu d’abord contempler en deux dimensions ce que lui touchait de ses mains, appréciant la finesse, les reliefs, les grains différents. Là résidait la première difficulté de ce travail en commun. Je devais imaginer ces pierres muettes tranquilles dans leur lieu de « vie ». Pour moi pas de volume pas de matière mais une image en 2D assez pure et suffisamment descriptive pour susciter mon intérêt et mon envie de dessiner ou peindre ce sujet-là, tellement loin de mes aspirations habituelles : le corps la chair le viscéral les émotions. Je pense que ce sont les deux années de dessin automatique, ce que j’ai appelé l’abstraction méditative qui m’ont permis de pouvoir aborder plastiquement ce sujet totalement abstrait pour moi. Pas tout à fait finalement parce que je me suis rendue compte que j’avais des pierres partout chez moi, dans les tiroirs et même dans mes poches ! J’aime les pierres, les galets les morceaux de verre polis qu’on trouve sur les plages et j’en sème autour de moi comme des petites protections, des gris-gris modestes et naturels.

 

Mais ces galets là c’était très différent. Ils sont ancestraux, ils ont vu l’évolution des Alpes des molasses de Galaure. Mollasses qui portent un nom étrange molosses par aspect leur complexité leur beauté leurs nuances affichent leur grandeur. J’ai regardé les clichés puis je les ai sortis sur papier. Là encore ils ont « perdu » de leur substance pour devenir des traces, des empreintes un peu fantomatiques. C’est ce que je voulais: pour m’en approprier je devais les rendre « sujets » de peinture, souvenir lointain d’un réel que je n’ai jamais touché. A ce moment j’ai écrit un grand texte à Régis pour lui parler de la démarche que j’avais décidé de suivre (ce sera l’objet d’un second poste je pense).J’ai coupé une vingtaine de cartons solides  du même format (à peu près du A4), puis j’ai commencé mon travail passant couches sur couches d’acrylique bien diluée sur le carton j’ai cherché mon fond celui sur lequel les galets seraient posés .C’est là que tout se décide. En effet peindre des surfaces sans sujet comme on peindrait une porte, permet de se dégager en douceur des questions matérielles du style : »comment je vais peindre ces galets », ou bien « dois-je représenter le volume ou pas? « .La méditation commence  pendant que l’on trempe le pinceau dans le mélange coloré, qu’on lisse le fond qu’on revient à une autre teinte et ceci pendant un mois. C’est la partie invisible de la réalisation mais elle a une importance cruciale. Ensuite j’ai commencé à dessiner au crayon les contours de manière libre. Puis certaines photocopies  des galets m’inspiraient tellement que j’ai décidé d’en coller des fragments sur le fond bleu jaunâtre que j’avais fait .N’ayant aucune contrainte technique je ne me suis pas interdit le collage, technique que j’aime particulièrement. J’ai beaucoup juré pendant l’élaboration de cette série, je me parle quand je travaille ça me rassure et permet d’ évacuer la frustration face à un sujet qui vous résiste. Je  me trouvai confronter à des questions concernant le fond et la forme, l’expression du volume. Des questions purement plastiques que je me pose rarement parce que je ne représente jamais quelque chose qui existe ailleurs que dans mon imagination. Quelle direction choisir? Ce fut âpre et puis un jour que j’avais étalé toutes mes peintures sur le carrelage blond pour me faire un idée générale, quelque chose m’a sauté aux yeux comme une évidence : ces galets, je les avais représenté sans réel souci du réalisme du détail par contre j’avais respecté inconsciemment leur « caractère ». Oui c’est ça ils étaient tous différents: j’avais fait leur portrait ma galerie prenait sens, tout prenait sens (et là je suis soulagée quand ça émerge parce que ce je n’arrive pas à saisir m’angoisse et m’empêche de dormir).Régis partait en expédition solitaire il cherchait les molasses, les prenait dans sa main faisait un cliché de chaque pierre leur donnant là une « importance », une vie nouvelle, il était celui qui les « révélait »aux yeux du monde. Et moi qui ne recevait que les photos de ces galets (comme des documents prouvant leur existence) j’ancrais le témoignage de leur incarnation en faisant leur peinture, m’inscrivant dans la continuité de la collecte mystique de Régis Roux.

 

Nous croyons tous les deux à un dialogue entre l’invisible et les hommes, entre l’inanimé et la chair. En se tournant vers l’orée du monde, à sa conception nous pouvons entendre le chant continu du vivant qui pulse, bruisse. Nous touchons, écrivons, traçons ces galets millénaires charriés par le courant comme la

 

métaphore de nos petites existences dérisoires.

 

Un livre d’artiste est maintenant en train de se construire. C’est un projet artistique que je mène à son terme dans la sérénité. Je vais debout, enfin…

 

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réparation….suite

Il y a quelques années j’ai acheté une petite poupée en tissu pour Saskia ,c’était un jouet en provenance d’Allemagne assez onéreux et fait main.J’ai beaucoup apprécié ce jouet ,plus que ma fille finalement qui n’a jamais tellement joué avec les poupées…

De  nombreuses années auparavant ( une  cinquantaine à peu près!) je possédais moi même  un poupon en tissu, fourrure et papier mâché pour le visage. Je me souviens très bien de cet objet c’était un esquimau avec capuche en vraie fourure, petit costume folklorique.Ce poupon ne me quittait jamais, je suis sur une photo avec mon oncle « frère » préféré Maurice, le poupon est là et je le serre contre mon cœur.

Je ne sais plus pourquoi mais j’ai détruit rageusement ce jouet auquel je semblais très attachée ,cette scène qui est ancrée dans mes souvenirs je l’ai narrée ici:

https://lapeintresseka.wordpress.com/2013/10/04/puppa-58-puppa58/?

Ma vie n’a pas été très satisfaisante enfant, je pense que je faisais ce que je pouvais pour survivre et c’est tout.

Maintenant en ce deuxième jour de 2016, je me rends compte que j’ai enfin rattrapé le fil de mon destin et que je peux sortir du labyrinthe pour faire sur cette terre ce que je dois accomplir. Bien sur cela pourra paraître à certains d’un grand ridicule (cette idée de mission) je m’en moque. J’ai besoin d’être étayée, de donner du sens à « tout ça », ce « tout ça » nauséabond qui nous afflige, qui nous attaque, qui nous empêche de vivre sereinement. Lors de mes recherches j’ai découvert que certains artistes veulent s’exprimer pour se faire connaitre, d’autres pour faire passer un message, d’autres encore sont avides de dollars…Je m’inscris dans un mouvement qui n’existe pas « à proprement parlé » ,une vague profonde venue du fond des ages celui des artistes soignants qui se rapprocheraient plutôt des chamans, des magiciennes ,des sorcières.L’art est merveilleux il est noble et modeste ,se niche partout même en camp de concentration (zoran Musil).

Je n’ai pas de limite dans mon désir de faire, de fabriquer, de donner.

Revenons aux poupées de tissu que je couds entièrement à la main,point après point d’abord le surfilage puis la broderie et enfin l’assemblage;On m’a demandé pourquoi je ne les cousais pas à la machine car cela irait plus vite mais j’ai dit non parce que je veux que l’objet émerge doucement de mes mains point après point comme l’homme l’a toujours fait, je me moque de la productivité et de la rentabilité.Cette poupée ,ou doudou d’Âme doit être le fruit d’un long processus d’amour pour ce que je fais ,d’amour pour les autres.Je ne suis pas très douée pour exprimer mes sentiments alors je fais mes poupées ,je les distribue (et je vais également en mettre en vente sur ma boutique Etsy).

J’ai élaboré toute une stratégie autour de ces entités remplies de ouate ,de chutes de tissu.Aussi ce travail s’inscrit naturellement dans mon projet « Réparation ».Je modèle d’abord des petits cœurs en argile avec mon monogramme gravé, ces petits cœurs sont gardés dans une poche de soie noire avec mon pendule.J’y travaille régulièrement, quand un doudou est terminé et que je suis en train de l’emplir de ouate je mets dedans un des  cœurs que je numérote (là par exemple je commence ma deuxième série de 22 doudous en référence au Tarot), je le ferme et je le magnétise afin qu’une partie de mon amour parte avec lui, je le nomme et lui attribue certains dons.C’est absurde et mystique c’est ma démarche et c’est tout.

Lors de mes études j’ai beaucoup aimé le mouvement d’art féministe qui valorise des matériaux et pratiques dites féminines, j’ai été fascinée par les oeuvres molles celles d’Annette Messager,celles de Louise Bourgeois, pour ne citer qu’elles.Je m’inscris complètement dans le mouvement d’art textile mais sans me limiter à ce moyen d’expression (les limites je n’aime pas ça!).

C’est simple ,depuis que je couds tous les jours (je n’ai pas dérogé à ma manière de procéder depuis 2013): » travailler chaque jour un peu ».Je me sens remplie d’exaltation, de tendresse, j’ai l’impression que ce médium modeste et laborieux est fait pour moi. De plus je me mets en phase avec Blanche Mélanie Villeroy la mère de mon arrière grand père maternel.Cette dame exerçait la couture avec beaucoup de gout. Anecdote: Blanche se fournissait en colifichets et autres à la maison de couture » Krepatt et Strauss » sise quartier des Halles à Paris. C’est dans cette maison de couture que ma mère exercera le métier d’acheteuse, c’est dans cette caverne d’Ali baba qu’elle m’emmenait les jours ou elle ne pouvait pas me faire garder par la nounou, et c’est à cet endroit que mon cœur s’est définitivement entiché des rouleaux de soie multicolores, des taffetas,des boutons de nacre ,et autres breloques merveilleuses;

Que le monde tourne rond pour que l’on soit bien dessus…..A bientôt!IMG_4598IMG_4618IMG_20151130_134025-2je vous présente Boubacar à gauche avec son doudou à la main,il appartient à mon amoureux et Edouard envoyé à un ami qui se bat courageusement contre la maladie….

autoportrait.2

Je n’ai pas de mots qui sortent de la bouche.

Je suis rentrée dans mon hiver, dans la grotte profonde de l’ogresse, dans une période de travail et de solitude. La solitude je la connais, elle fait intiment partie de moi, de mes cellules. Nous devons tous s’y confronter un jour ou l’autre et même,  ne plus compter sur « l’autre », celui qu’on prenait pour l’alter ego. Il n’y a pas d’alter ego il n’y a que soi.

Le regard interrogateur et câlin  que je posais si souvent sur moi-même à travers la cérémonie du miroir n’est plus, à quoi bon faire le détail systématique des traces provoquées par le Temps?  Du temps qui passe j’en ai déjà parlé ici et ailleurs… Il vous dépouille tranquillement et vous laisse sur le sol face à vos contradictions, vos erreurs, vos peines.Le Temps fut très longtemps un ennemi pour moi, contre lequel je luttais (encore une année de gagnée sur..) tant et plus que je suis arrivée à 52 ans sans m’en être rendue compte et de l’automne d’une vie que je ne croyais jamais connaitre à grande vitesse je m’approche.Je suis prête finalement car de mon enveloppe corporelle qui fut désirée, malaxée, aimée je me détache sans encombre .Ouf je ne serai donc pas ce genre de femme qui ne savent ni ne peuvent  vieillir sans souffrir courant sans fin contre le ravage des années, qui marque son empreinte sur le visage sur le corps, de manière impitoyable mais… juste. Mieux vaut plier comme le roseau et accepter l’inéluctable, en essayant de changer de rôle, en essayant de changer de point de vue.Finalement ce n’est pas si difficile.

C’est ce que j’ai cherché à évoquer avec cet autoportrait qui s’enfonce au plus vif de la chair apparente et fuyante jusqu’aux traces que j’ai laissé sur la « toile » , mes mots s’impriment sur la peau fragmentée, tachée de noir comme les évocations du néant qui parfois m’envahissent, tachée de lumière celle que je recueille dans mon isolement, dans le silence de la création quotidienne, acharnée. Non je n’arrêterai pas de dessiner,d’écrire ,de coudre ,de rêver et de peindre. J’aime de plus en plus mes mains qui fidèles ouvrières sont toujours là pour répondre à mes demandes. Elles s’activent parfois douloureuses et un peu « tordues » comme de vieilles branches, qu’importe : elles sont mon trésor.

Je ne dirai plus : »regardez moi » mais….

…..regardez juste un peu ce que je fais.BIB

 

Réparation

Il y a une chose positive qui me restera de cette exposition avortée c’est le fait que j’ai ressorti tous les travaux en ma possession, que j’ai tout noté sur une feuille en décrivant les peintures en les nommant,en les datant. Un vrai travail d’archivage fastidieux mais extrêmement fructueux car il m’a permis de prendre du recul face à son propre travail ,construire des ponts ,faire les liens, se rendre compte des thèmes récurrents, voir obsessionnels qui animent mon « œuvre ». Je me suis rendue compte de l’état lamentable de certains boulots qui ont mal supporté les différents déménagements (je ne reste rarement plus de six à huit ans dans un lieu  , quelque chose me pousse irrésistiblement en avant, ailleurs, plus loin, plus près de l’océan devant lequel je voudrai finir mes jours et mourir. Je me suis rendue compte également du peu d’investissement de ma part dans la présentation des travaux.Tout a été fait « à l’arrache » volontairement oui mais inconsciemment pour ne pas aller au bout du processus de création : montrer son travail.Pour l’exposer il faut le rendre « montrable « justement, et moi je ne l’ai jamais mis en valeur, préférant user de supports tirés du rebut, de la rue, des poubelles.Travailler sur des matériaux indignes, abandonnés, mal coupés, mal finis afin qu’ils deviennent des œuvres d’art, faire jaillir la beauté le raffinement d’un débris c’était mon objectif et c’est aussi une métaphore qui répond à la façon dont j’envisage ma personne : invisible, sans importance je suis celle qu’on abandonne sur le bord du chemin et je n’ai pas de larmes qui sortent des yeux je reste silencieuse en attendant que quelqu’un me voit enfin, à ma juste valeur ?

Je suis un petit soldat au garde à vous et malgré la peine qui me transperce en ce moment je lutte contre la dépression en continuant à travailler justement sur cette question de la présentation. J’ai sorti tous mes travaux et je les rafistole, dans le but de pouvoir les montrer quand cela sera possible; je fais des gestes nouveaux pour moi, des actions que je croyais incapable de mener ,maniant la scie, la pâte à bois ,le papier de verre.Un fois de plus je me rends compte que ma mère a eu une influence néfaste sur mon comportement en ne me faisant jamais confiance, en ne me laissant pas toucher à la boite à outil, en me persuadant que j’étais INCAPABLE de m’exercer sur le terrain des réalisations concrètes. Le fameux bricolage qui m’a toujours fascinée quand j’allais fouiner dans le grand garage de mon arrière grand père, son établi, cette odeur de graisse je l’ai encore dans le nez et les multiples outils accrochés au mur comme des trophées m’enchantaient.Les pots de confiture recyclés en pots à clous étaient rangés avec rigueur. J’adorais cette ambiance masculine poussiéreuse et rassurante. Mais moi j’étais dédiée aux réalisations intellectuelles ,abstraites comme c’est réducteur et comme c’est loin finalement de mon tempérament de camionneuse enfoui… ! Après le bac je voulais faire des études pour réaliser des objets, des chaussures je rêvais de design en fait  mais ma mère a refusé, j’en rêve encore…

Dans le même temps je commence une grande série qui s’intitule « réparation » justement. En posant les couleurs je réfléchis et j’ai trouvé que c’était signifiant, constructif ce terme de réparation, celle des mes anciens tableaux et aussi celle de mon âme blessée, je me suis sentie trahie par ce type infect et travailler semble la seule manière de reprendre la main.De plus je ne suis pas insensible à ce qui se passe sur cette Terre, je suis peintre alors j’essaie dans mon coin de contribuer à un nouvel ordre du Monde en créant de l’harmonie à l’aide de mes couleurs, c’est tout le projet du Mandala, j’y puise la force et des réponse à mes questions existentielles. Je me moque des rires sarcastiques…Il y a dans cette réparation du rouge de VeniseIMG_4325, du vert de vessie, du blanc, du noir, du bleu outremer, du rouge garance, de l’orangé, il y a mes formes récurrentes (en cela le dessin quotidien a permis de bien définir ce que j’avais envie de tracer, de montrer), il y a mes thèmes de prédilection que je dessine depuis tellement de temps que je pourrai le faire les yeux fermés, la confrontation des êtres, les cellules, des grilles et des points, des non formes qui se répètent en « all over ». Il n’y a surtout pas de centre, ni point de fuite on peut entrer de toute part dans mes tableaux et chaque partie forme le Tout.

Avec mes couleurs  ,j’affronte le vide et repousse mes angoisses indicibles vers le néant.

Rêves d’outremer…

Outremer : au-delà des mers selon un pays défini par exemple la France. C’est le titre que j’avais choisi pour l’exposition que je devais faire à Basse Terre en Guadeloupe au mois de Septembre….J’en ai parlé à mots couverts ici et là sans trop oser dévoiler le projet, il se trouve que je suis superstitieuse. Hélas la superstition n’aura pas suffi à offrir de bons augures à ce chimérique projet. Je peux en parler maintenant  : je n’irai pas au delà de l’Atlantique dans ces iles qui font tant rêver….Les autres.

Pour ma part je suis plus attirée par la Mongolie ,les steppes arides, les landes irlandaises , l’archipel japonais.Tout de même, je n’allais pas cracher sur un si beau projet qui m’a tout d’abord semblé incroyable (je ne mérite pas ça ,moi) qui m’a ensuite occupée près de six mois ,faits de rêveries ,de travail acharné tous les soirs et vers la fin la journée, lorsque l’année scolaire chargée pour moi s’est terminée.Un projet d’envergure avec lequel je devais exposer « moi toute seule » en galerie, une jolie galerie aux murs blancs juste grande comme je cherchais depuis longtemps.un projet mirifique dans lequel j’aurais  fait une intervention pédagogique en milieu scolaire avec des élèves de primaire (j’avais déjà en tète, mon discours sur l’art et sur le fait que nous pouvons tous créer,  pratiquer avec passion pour exprimer nos joies ,nos peines, montrer aux enfants qu’on pouvait peindre avec tout et presque rien, se faire plaisir, se faire du bien que l’on soit riche ou pauvre car nous sommes égaux….j’espérais secrètement qu’il s’agirait non pas d’écoles « de riches « (ces enfants là en France ou en Guadeloupe sont blasés, contrairement aux enfants pauvres des quartiers dits »défavorisés » qui prennent ce qu’on leur offre avec faim ,c’est cette faim qui m’intéresse ,celle du gout de la vie, de s’en sortir et vivre debout)… Un projet qui devait enfin me mettre dans une situation que j’ai déjà vécu une fois à Bruxelles, celle de conférencière (bizarrement je n’avais aucune angoisse à propos de cette intervention au milieu des « miens » ,d’autres artistes ,une historienne de renom dont j’aurais bu les paroles avec avidité: le Paradis sur terre pour une soirée).

Certes, le thème m’a semblé un peu….comment dire « ampoulé »:  « femme métisse ,mère du Monde ». Je me suis dit : -« Et ben ma grande… t’as pas peur du ridicule sur ce coup là! « Ceux qui viennent ici régulièrement me connaissent et savent que je ne suis pas imbue de moi-même, que j’essaie toujours de relativiser ,changer de point de vue pour élargir ma compréhension ,ils savent aussi tout ce que j’ai pu endurer enfant ,adolescente et jeune adulte.Ce qui me rend fragile sous la carapace Ka, ce qui me rend méfiante et parfois si triste à en mourir. Pouvais je vraiment croire à un si beau projet , « vraiment »? Je suis plus habitué aux désillusions, aux bagarres de la vie, aux coups du sort, aux abandons.

Abandon

Et bien voilà ,c’est fait, la semaine dernière alors que je nageais dans mes grands formats à vernir ,à maroufler ,à encadrer (ma mère devait venir pour m’aider tellement je me sentais dépassée, sur le thème de l’art on s’entend avec ma mère ,c’est même le seul sujet d’accord possible entre nous).Alors que je prenais des tonnes de notes  pour la conférence, lisait des livres dédiés, étudiait  la condition des esclaves noirs, mes « frères » de sang. Coup de fil dont je me souviendrai longtemps , coup de téléphone funeste qui mit fin à mes « rêves  » d’outremer (ce titre résonne comme une prophétie): « nous nous désengageons du projet »,…..je ne citerai pas de nom à quoi bon franchement et je n’essaierai même pas de vous expliquer les tenants et aboutissants de cette mascarade c’est absolument sans intérêt. Je voudrai juste dire qu’il ne faut jamais croire les gens qui vous flattent ,vous bercent d’illusions grandioses et démesurées ,mais bon sang je le sais pourtant, je ne sors pas de l’œuf. Mon conjoint était très sceptique depuis le début assez rocambolesque cette triste affaire, jusqu’au malentendu final qui lui fit dire d’un ton sarcastique (comme je déteste avoir tort) :

-« tu vois j’avais raison… »

Tout cela serait risible si je ne m’étais pas autant investi dans le projet moralement ,intellectuellement, et surtout physiquement…Je n’ai pas écouté mon corps je suis restée sourde à ses appels désespérés pour que je me calme, j’ai cessé de dormir tellement remplie d’idées, de notes à prendre, de croquis à finir, vite, vite…

Alors j’ai cessé de manger.

Maintenant je paie la note ,heureusement nous sommes  en été je suis en vacances puisque mon métier officiel est professeur.Depuis quelques jours je ne dors plus mais cette fois ci, à cause de la peine, de la honte aussi d’avoir annoncée mon « triomphe » de manière inconsidérée(et d’avoir demandé et obtenu un dérogation extraordinaire de mon recteur), de la colère aussi…. Mais pas trop. Heureusement je suis bien suivie au niveau de la santé physique, au niveau psy et puis j’en ai vu d’autres dans ma chienne de vie; Il y aura encore des projets je l’espère….Moins importants, dont je ne serai pas le centre et tant mieux. J’ai comme l’impression que ce n’est pas ma place : au centre…

Et finalement ,lorsque j’étais entrain d’écrire le texte de présentation sur mon travail j’ai senti comme une faille, un conflit entre ce que je disais de ce que je suis et ce que je crée , ce que je ressens dans ma peinture et ma place dans ce projet. J’y reviendrai bientôt, j’ai tout loisir de reprendre mon travail de cheval de trait maintenant.

La vie est remplie de surprises, de rebondissements improbables; J’en discutais juste avant d’annuler mon départ, avec un ami, Serge Prioul autre forçat de la création et homme sensible que j’apprécie. Le sens qu’on peut donner à tout ça, remettre du vide pour comprendre…La vie est une pièce de théâtre en plusieurs actes, et des scènes différentes dedans.Basse Terre ce n’était qu’une scène, une scène importante certainement dans le sens ou j’aurais investi une énergie vitale très forte dans cette aventure avortée, une scène qui a failli me faire passer de l’ombre à la lumière certes mais qui m’aura surtout rappelée qu’on ne sait jamais rien ,que nous ne sommes rien.

« un grain dans l’univers » proverbe Dogon.

Tu dois cultiver le chemin de l’humilité et du silence.

je reste l’ourse papillon mais je virevolte en silence dans ma grotte ,non ce n’est pas moi qui virevoltesur une ile ce sont mes couleurs qui s’envolent, s’étirent en forme toujours plus simplifiées, toujours plus pures sous mes doigts c’est de cela dont je dois m’occuper.

Me voilà revenue chez moi.

Carolina Diomandé, 26/07/2015

illustration: « sur une ile » série 1 aquarelles et feutres sur papier à grain verni  date: 2013,cette petite peinture a servi pour faire l’affiche de l’exposition «  »dessins,rêves d’Outremer » ma chimère de 2015.

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Je ne viens plus ici, je suis là-bas…Dans des terres lointaines ou je puise la force de donner plus que j’ai. Comme vous le savez depuis maintenant deux bonnes années je pratique la méthode « tu dessineras tous les jours » ,quoiqu’il arrive, dos bloqué ou pas ,jambes raides ou souples, j’avance me donnant parfois l’impression d’être un cheval de trait qui laboure son champs avec obstination jusqu’à la mort, parce qu’il ne sait rien faire d’autre et parce que c’est son destin.

Il faut le dire, maintenant avec le recul (presque trois années ce n’est pas rien), je n’ai rien trouvé de mieux pour accéder à ma création. Je ne crois pas (plus) à l’inspiration qui est sensée nous « visiter » comme la grâce divine !!! Lisez les textes des « grands » tels Cézanne,Dubuffet ,Picasso,et surtout Matisse qui était un travailleur infatigable et que j’admire rien que pour ça ,plus pour tout le reste. Leur premier secret:  un travail acharné…..Maintenant il suffit que je me penche sur mes différents dossiers de dessins bien rangés ,mes croquis numériques (même si je ne les montre plus je continue à en faire) et j’ai de la matière pour trente ans; C’est confortable ,rassurant, c’est harmonique. Il se trouve que ce labeur acharné et solitaire porte de beaux fruits et ça c’est la cerise sur le gâteau (bon ce n’est pas très fin je sais).

Le 04/04/15 j’ai participé à la fête des couleurs « Holi » organisée par une amie qui pratique avec grâce la danse indienne et qui professe aussi son art avec autorité. J’ai tenu l’atelier Mandala ,pas question ici de faire du coloriage ,non….J’avais dessiné la veille un grand mandala au feutre noir sur format 100 cm sur 100 cm, je l’ai dessiné en pleine conscience avec toute mon âme de travailleuse de l’image. Le jour dit je l’ai posé sur une table et j’ai proposé aux personnes qui s’approchaient de venir le mettre en couleur avec moi au moyen de morceaux de papier de soie que nous collions sur le papier blanc…Neuf heures ont passé (vite ,très vite) ,le Mandala a pris vie ,et nous l’avons illuminé avec des petites bougies, faisant un souhait comme cela se pratique en Inde ,la différence étant que ce Mandala n’a pas été dispersé et détruit puisqu’il était fait sur papier. Mais l’intention était là, la tension était grande, mon émotion immense….

MAndala 4 mandala & MAndalaa

crédit photographique : Dominique  Encognere,photographe professionnel qui m’a autorisée à publier ses clichés sur mon blog ,merci Dominique!

A priori j’étais venue « aussi » pour faire une petite exposition et tenter de vendre quelques dessins ,c’était sans compter avec mon point faible : la confiance que je n’arrive pas à m’accorder… J’ai sorti les boulots vers 16H sans prix ,sans affichage ,sur un coin de table ,certains posés à l’envers….Je n’ai rien vendu , comme c’est surprenant! Mais j’ai beaucoup discuté, j’ai fait connaissance de personnes chaleureuses, curieuses….J’ai baigné dans un climat propice à la joie….C’est si rare.

Neuf heures debout… Le résultat ne s’est pas fait attendre: le lendemain j’ai pu me promener en forêt mais, le surlendemain impossible ou presque de mettre un pied devant l’autre ,genoux enflammés et douloureux à l’extrême, avec en plus de cela un retour d’expérience terrible.J’étais comme une éponge molle ,flasque , remplie de larmes jusqu’à l’os ,au bord de la crise de nerfs….Trop donné ,trop reçu…comme une vague immense ,les émotions m’ont submergées et englouties.Heureusement Karine mon amie danseuse est passée dans l’après-midi, en feu follet qu’elle incarne,souriante ,encore sous le coup de cette fête très réussie. La tète dans les étoiles,elle m’a serrée fort dans ses bras et je me suis laissée aller moi qui n’a pas trop connu les câlins ,le portage quand j’étais bébé. J’ai repris vie et maintenant j’envisage fort de renouveler l’expérience, donner aux autres au moins mon sourire, les écouter, guider leurs doigts malhabiles avec les bouts de papier emplis de colle…Il suffit d’un peu de patience, de bienveillance et chacun se prend au jeu, je ne parle pas des enfants qui eux foncent sans hésiter en demandant toutefois la consigne, souvenir de l’école oblige ! Dans mon prochain billet je parlerai de la deuxième très bonne surprise que le sort m’a semble t il réservée pour Septembre (mais j’avoue n’y croire qu’à moitié) ,le père Noel m’a tourné le dos depuis si longtemps…

je finirai par une citation ,ce n’est pas trop mon truc mais là pour préparer le futur événement je m’appuie sur la lecture ,les lectures ,notamment un petit livre de poche « points-vivre » de Fabrice Midal  « petite philosophie des Mandalas » qui va bien au delà du phénomène bouddhiste ,du phénomène de mode (car mode il y a c’est incontestable ,je m’en fous royalement)…

« Ce qui est essentiel dans une oeuvre d’art, c’est qu’elle doit pouvoir s’élever bien au-dessus du domaine personnel et parler depuis l’esprit et le cœur du poète en tant qu’homme, à l’esprit et au cœur de l’humanité.L’aspect personnel est une limitation, et un péché, dans le domaine de l’art » C.GJung. Je ne partage pas la notion de péché que je trouve trop connoté, trop chrétien mais sur le fond je suis d’accord :les grandes œuvres ,celles qui restent qui nous frappent durablement dépassent forcément nos petits égos hypertrophiés….aller voir Mondrian,Kandinsky, Klee, Rothko, Pollock, Matisse et laissez vous porter par ces œuvres immenses et universelles.

Moi je continue jour après jour mes petits dessins qui formeront peut être un jour un grande rivière…

ci-dessous un travail sur kraft « phase critique » n°11 série 3k du 24/03/14, retravaillé malmené puis marouflé sur bois…il était parmi les dessins que j’exposais…

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Fragments,corps

C’est l’un des premiers boulots,que j’ai considéré avec un peu de plaisir.j’ai utilisé comme technique l’acrylique,le pastel gras,le fusain,en guise de pinceaux,des branches d’arbres fines.Ce travail parle de la partie,du tout..Du corps,corps de l’œuvre(un peu malmené, avec des gestes violents j’ai froissé le papier kraft ,scarifications dans le papier avec outils aléatoires).Paris (travail de  prépa au Capes, 1996).

fragments corpsJe ne possède plus ce tableau, je ne l’ai pas vendu je l’ai offert à l’une des thérapeutes qui m’a suivie un moment. Et ce choix n’est pas du tout anodin….La thérapeute en question est psychomotricienne et j’ai fait un beau travail avec elle, j’aurais bien continué mais elle a déménagé à Bordeaux c’est devenu compliqué, la vie… »Fragments corps » ou l’histoire de ma carcasse indocile et morcelée.J’ai longtemps eu l’impression d’avoir mon corps d’un coté et ma tète (lourde ,lourde la tète) de l’autre.Pourtant cela ne peut être qu’une impression parce que mon système nerveux fonctionne parfaitement et si je peux dessiner de manière précise y compris de la main gauche alors que je suis droitière c’est bien que les connexions sont fiables et efficaces.Non je dis ça parce qu’autant avec cette femme jeune brillante et généreuse j’ai accompli un travail porteur et riche autant une ostéopathe que j’ai vu il y a quelques mois m’a cassée « en deux » (si je puis dire!) en me disant sans ambages qu’elle ne sentait pas de lien entre mon corps et ma tète. Elle me l’a dit de manière froide, désagréable et je l’ai ressenti comme un reproche ,comme si j’étais atteinte d’une tare. Que cela venait d’un manque d’effort de ma part, d’une faiblesse.Elle a tapé là ou ça fait mal très mal en moi .Enfant on ne me laissait rien faire parce que j’étais soit disant trop maladroite, on disait en riant que j’avais deux mains gauches et j’étais rongée par l’angoisse dés que quelqu’un me regardait peler un fruit ou tenter d’ouvrir une boite de conserves,  évidemment je le faisais mal. Hors, cette dame connaissait mon enfance pas cet aspect « manque de confiance en mes capacités » mais l’autre, l’obscur celui de la maltraitance physique et des abus que j’ai subi. Je suppose que cette femme sait( en bon ostéopathe digne de ce nom) ce que donnent comme séquelles sur le corps d’un enfant les intrusions ,manipulations d’un adulte malveillant et pervers.Sa réflexion n’avait rien d’horrible en soi mais elle ne l’a pas accompagné d’un conseil bienveillant je n’ai senti aucune empathie de sa part..

Je me vois encore dans ma rue après la séance ,titubante, pleine de vide(oui c’est ça exactement) tellement blessée et déprimée de ne pas avancer dans ma vie (deux ans auparavant elle m’avait fait le même coup et je m’étais promis de ne pas y retourner et puis….). J’ai souvent parlé ici de mes relations aux médecins,aux thérapeutes ,je passe le quart de ma vie avec eux ,certains deviennent presque des amis alors je leur offre des tableaux pour leur laisser quelque chose de…positif, pour signifier que j’ai apprécié leur écoute, leur travail.D’autres font froid dans le dos ,vous jugent ,vous auscultent sans empathie ,comme si vous étiez un dossier incomplet ,un cas qui fâche…D’autant que je ne me laisse pas faire ,ma relation aux médecins est parfois conflictuelle, parce que ce ne sont pas mes « parents » je ne leur dois rien ,je ne les admire pas spécialement bien qu’il puisse m’arriver de le faire, comme cette jeune psychomotricienne que je n’oublierai jamais.

Témoin cette toile qui m’a quittée, je l’aime ce tableau il est exorcisme, geste d’art thérapie: j’ai dessiné et peint des corps séparés de leur tète tout à fait consciente de chacun de mes gestes que j’estime justes pour une fois, ce qui est rare. Je ne serai jamais une athlète de haut niveau en ping-pong certes mais, j’espère continuer à dessiner ,peindre ,modeler, coudre encore très longtemps, ma tète et mon corps en ont besoin.

Petite fille intérieure dite sncf

Un jour, il y a longtemps ma mère a dit à mon amoureux du moment qui se plaignait de mon attitude : »Carolina? elle  n’a pas de cœur. »

Normal : c’est elle même qui me l’a arraché…

heureusement:

Ces petites choses tendres et vibrantes ça repousse.

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Je vois que ce dessin que je retrouve plus (le petit carnet noir a disparu..) date d’un 15 février,date proche d’aujourd’hui;Je sais que j’habitais encore Toulouse et que j’ai fait ce dessin dans le train ,ce vieux TER brinquebalant qui mène de Toulouse à Bayonne en 4 heures!! Je crois me souvenir que j’étais accompagnée de Saskia donc cela devait être en 2007 ou 2008.De toute façon ,cela n’a pas tellement d’importance ….Le texte je l’ai écrit après pour illustrer ce croquis , ce jour là je devais avoir un sacré mal de mère; Nous sommes en 2015 et objectivement rien n’a vraiment changé, je souffre toujours de ce regard maternel, de son ambivalence à mon égard, de ce désir qu’elle a d’être aimée de moi ,désir que je ne  peux satisfaire, j’en ai le droit.L’amour pour une mère n’est pas automatique ni mécanique .

 

Aujourd’hui j’ai envie de parler à cette petite fille intérieure que je tiens entre les deux mains sur mon dessin. Je veux lui dire : »tu as un cœur qui bat très fort ,tu as toujours eu ce cœur de velours frappé cramoisi et garance,précieux, bien enfoui et discret par obligation;Ne te résigne pas à n’être que souffrance,que regrets de choses qui n’adviendront jamais.  Petite…… moi je t’aime .

The right profil

poser…….

.cet exercice que j’aime, qui signale que l’on est en vie,l’ossature solide.

hier 14 février c’était à Colette que j’ai pensé,cette série d’elle, nue sur une fourrure d’opérette,la mousse légère de sa chevelure,le regard oblique et doux.

il sait quel sens je donne à ces moments d’intimité,de dévoilement ,d’abandon.c’est un beau cadeau à faire à celle ou celui qu’on aime,le prendre….en photo.

blog « kamera-obskura » Arte, 14/02/2009 Toulouse;cliché de Francis , série « valentine ».

65858_valentine1_copieCette photographie est relativement ancienne ,et je suppose que l’élasticité de ma peau s’est relâchée depuis!! Mais qu’importe ,ce jour là j’étais bien en accord avec ce foutu corps,papillon éclatant sur fond noir,la lumière vive rend ma peau presque laiteuse.Un recadrage pudique mais volontairement « limite » offre à l’imagination certainement beaucoup mieux que ce qui tenu dans mes paumes, sans blague…

J’offre à voir une forme d’abandon maitrisé, oui je regarde sur le coté avec un sourire en coin, j’adore jouer les coquettes. Mais je sais que tu me fixes avec l’objectif,et je sais aussi que tu tiens là mon meilleur profil…

Les images ne vieillissent jamais.

« ring a bell… » (petite fille intérieure 6)

Noel est passé ,tant mieux. C’est le commentaire écrit  dans mon carnet de croquis.

31071_ring_abellCet article du blog artistikkkmachin date de 2008. Je le réactualise puisque Noël est passé encore une fois et…..tant mieux. Sur ce dessin fait au feutre fin noir avec ajout décisif d’une pastille rouge (noël?) ,j’ai représenté mon portrait  assez ressemblant les jours de grande faiblesse avec ma petite fille intérieure qui sourit  s’étire avec une sorte de geste qui fait coucou, au premier plan un personnage entièrement bandé dont on ne voit qu’un œil démesuré l’autre est minuscule, celui ci aussi sourit. C’est donc un trio. A l’époque je me suis demandé pourquoi j’avais dessiné cette momie incongrue et aussi pourquoi j’avais écrit en lettres dansantes ce début de chant de noël en anglais

Nous sommes fin 2014,pour des raisons qui ne seront pas dévoilées ici j’ai passé un noël très….resserré voir étouffant entre ma mère et ma fille.Nous étions donc trois à cette fête dite familiale, vous me direz c’est mieux qu’être seule….je répondrai que je ne sais pas.

J’y pensais avec angoisse ,je l’ai vécu dans un stress monstrueux drapé dans une fausse joie de façade ,un engouement de circonstance, le seul bon moment  :c’est lorsque nous avons modelé une petite crèche ensembles Saskia et moi. Ce noël restera ancré dans ma mémoire comme un cocktail nauséeux constitué d’un peu de tristesse ,d’un soupçon d’amertume plus une goutte brulante de haine envers celui qui m’a obligée à vivre « ça ».

Le dessin ne représente pas cette réalité là, mais c’est drôle pour moi de faire le parallèle. Saskia n’est pas ma petite fille intérieure,  grand dieu non! Elle est ma grande fille si vivante,à la langue acérée dotée d’une âme  très tendre.

Ma mère n’est pas encore complétement momifiée mais…. je l’avoue par certains aspects je pense qu’elle colle assez bien au personnage, (je me garde un part d’humour sinon j’exploserai en morceaux). Et puis toutes ces marguerites explosives au cœur rouge disent une chose  :

Je fleuris même quand on me croit morte,attention ….