Laid corps

Il y a quelques jours je suis allée m’acheter un maillot de bain. C’est une chose que je déteste faire, devoir essayer en cabine dans la chaleur, sous le feu d’une lumière cruelle un tout petit bout de tissu avec lequel vous allez bronzer nager à la plage vous exposer… D’ailleurs à la plage je n’y vais plus ou presque. J’ai perçu l’étonnement dans les yeux de ma petite soeur Nini cette année, quand j’ai décliné ses invitations. Elle sait pertinemment qu’aller à l’océan m’allonger comme un félin heureux sur le sable c’était la chose que je préférais au monde, j’attendais ça toute l’année… Surprise et un peu triste, elle doit faire le compte de toutes les heures passées ensembles à la plage, à dire des choses inutiles, à nous étaler mutuellement de la crème solaire dans le dos, à rire et humer les embruns sans aucun autre objectif que celui de passer le temps. Toutes les heures passées dans les courants souvent brutaux de l’Atlantique à hisser nos corps pour prendre la vague, se retrouver soulevées légères et un peu ivres, regarder les gens sur la plage comme des petites tâches de couleur, si lointaines…

Je me déshabille et commence les essais, j’ai pris trois maillots « une-pièce » pour cacher ce que je peux de ce corps que je n’aime pas et que je ne supporte plus… Mes épaules larges sont belles, des épaules de nageuse justement, accompagnées de seins opulents (qu’ils soient « tombés » après la maternité ne me dérange pas). Ma taille est à peine marquée parce que j’ai pris du gras au fil des années rien de choquant, et mon ventre est  rebondi je suis une femme… Jusque là tout va bien, j’aime ma peau encore souple et hâlée avec les tatouages, les cicatrices qui signent toute une vie. Ensuite tout bascule: mon bassin enfantin est ridicule, mes fesses ont disparues sous les effets répétés d’une trithérapie destructrice, avaleuse de chair, de forme. Et le pire reste à venir: ce sont mes jambes maigres sans aucun modelé, mes jambes qui ressemblent à quoi au juste, je n’en sais rien. Sèches assez musclées aux mollets, les cuisses inexistantes, les genoux cagneux et difformes avec l’inflammation permanente et la grande cicatrice qui traverse le bas de la cuisse droite jusqu’au dessous du genou. Je regarde à peine ce corps disproportionné que je ne sens pas comme « mien », ce corps est le résultat des traitements chimiques répétés, il suffit d’aller  voir à la rubrique « effets secondaires du traitement »mais bon, je suis encore vivante. Le maillot en taille 42 me convient, noir moulant avec des petites coquilles Saint Jacques dorées  en guise de boutons sur le devant qui retiennent le décolleté, ils  me font sourire ces boutons je les trouve adorables. Je prends.

Il y a longtemps que je n’aime plus l’été. La plage l’océan avaient la fonction d’anesthésier ma douleur jusqu’à maintenant et c’est terminé. Les dates anniversaires se chevauchent s’accumulent pour former une constellation pesante et sombre, comme un voile de deuil sur la canicule. Mon père parti sans laisser de trace en août 1964 ou 1965 je ne sais pas. Mon père qui est mort brutalement le 08 Août 1994 ça je sais. Ma contamination au VIH l’été de 1984 ou 1985 je ne sais plus…Les résultats de l’analyse de la présence du virus du sida dans mon sang en Août  1989 ça je sais. Et puis pour faire la nique à cette chape de plomb une grande victoire: la naissance de ma fille Saskia, mon trésor. Le triomphe absolu de la pulsion de vie sur la mort le 24 juillet 2004… Je ne me laisse pas faire par le destin. Je suis une boxeuse-née!

Pourquoi je parle de ça ici, sur ce blog sensé être artistique? Parce que la vie modèle, forme, exploite, explore les contours de toute création qu’on le veuille ou non. Même si franchement ça m’emmerde royalement. Longtemps j’ai eu coutume de dire  que mes toiles étaient mes enfants, c’était avant Saskia. J’ai souvent parlé de mes tableaux comme d’une seconde peau, la métaphore de mon corps. Ne parle t on pas du « corpus » de l’oeuvre? D’ailleurs, le corps a longtemps été au centre de mes préoccupations artistiques, le corps et la sensualité qui en découle, le plaisir et la douleur qui forment comme la toile de fond d’une vie, la mienne…

« En vrai », j’aurais tellement préféré être la fille de Marcel Duchamp… Élaborer un travail purement intellectuel brillant dénué d’émotion oui vraiment j’aurais adoré, défaire déconstruire les certitudes avec humour et distanciation: quelle jouissance totale. Mais ma vie en a décidé autrement dommage. N’empêche rien ne m’agace plus que la vision romantique des artistes maudits souffrants créant dans le pathos, les stupéfiants et la désolation. Pour un Rimbaud, un Van Gogh combien d’imbéciles croyant être des génies parce qu’ils sont pauvres bourrés et …incompris. La souffrance ne fait pas le génie, ce serait trop facile.

Il n’y a que le travail qui compte.

Une chose est certaine, je n’aime plus me baigner dans l’océan et m’exhiber sur la plage. Je suis triste.

Et le corps de l’oeuvre s’allège obstinément dans mes nouveaux travaux qui se jouent en couches fines et répétées, avec les effets du fameux glacis qui m’émerveillent. Marquer une limite, oui c’est ça… Comme si j’avais pris mes distances avec les débordements de ce corps que finalement je n’ai jamais aimé, que j’ai mis des décennies à respecter… Il aura fallu un non deux virus mortels pour que je prenne conscience de sa valeur. Le regard des hommes ont tressé ma tendre couronne d’épines, celle dont parle Frida dans le tableau « unos cuantos piquetitos », cette coiffe qui m’a transpercée fait saigner et tant souffrir… Mon corps fut longtemps au centre du combat objet de désir ou de rejet sans connaitre l’apaisement.

Moi au fond je ne sens rien, j’ai quitté mon enveloppe depuis… si longtemps. Je ne me sens vivre que quand je tiens un pinceau c’est lui qui me permet de vaincre le dégoût et la peur.Une chance.

Alors je regarde mes cinq nouvelles séries qui sont venues à moi sans prévenir, sans intention comme si je récoltais enfin MES fruits… De la peinture, des couleurs des surfaces et des nuances, tout sauf un travail abstrait décoratif, cette  abstraction d’ordre technique qui se pratique tant actuellement qui dit tout et ne me dit rien à moi. Je ne sais pas encore ce qu’elles ont à me dire à me souffler à l’oreille mes toiles. J’ai l’impression d’avoir mis mon âme au bout de mon pinceau et j’ai peur parce que je suis difforme et je suis nue. Elles sont tellement proches de « l’invisible » que je doute de trouver une galerie ou un lieu qui puisse accepter de les exposer. L’éternelle question étant de savoir si je mérite mieux que le silence, mieux que l’indifférence.

Elles(mes peintures) sont tout contre mon cœur, mon corps. Ce corps sourd aveugle et insensible auquel malheureusement je ne donne aucune véritable valeur.

 

Alors je vais continuer.

Langon  le 20/07/2018.

 

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 » le corps a sa mémoire, cette mémoire est mon corps.Le mien est libéré, le glaive tombe de lui même, je lui donne mon pardon, puisque c’est son dernier départ….. »
j’ai fait ce dessin automatique le 6 août, donc avant « l’événement »(dont je ne puis vous parler plus clairement par pudeur, par respect) mes dessins hurlent pour moi, devancent les faits.C’est presque assourdissant.

( LAISSEZ VOS MAINS LE FAIRE,ELLES NE SE TROMPENT JAMAIS.)

blog arte 2008

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Le temps a passé , je n’ai plus de devoir de « réserve » qu’envers moi même…J’ai fait ce dessin automatique à l’encre de chine plus encre de pétales de fleurs en juillet 2008 sans y donner de « sens » particulier. Moins d’un mois après ce croquis mourrait de manière brutale mon beau père, l’un de ceux qui auront détruit ma vie, la possibilité de grandir en paix dans le respect et l’estime de soi. Mais à qui j’avais réussi plus ou moins à « pardonner » ou disons faire la paix  ce qui est plus juste.Je ne l’ai jamais regretté parce que cela ne fut pas un pardon « biblique « forcé, subi mais bien un long cheminement de nos deux consciences avec repentir sincère de sa part….

De plus j’ai vu de mes yeux sa souffrance permanente, ses regrets, son déchirement qui expliquent peut être sa mort « faucheuse »et si violente, je suis de ceux qui pensent que la façon dont on meurt à du sens. Tout ça pour dire que le dessin, en tout cas ce dessin est un acte magique car il précède ,devance mes états d’Âme, mes émotions.

L’œil pense.

étreinte vitale

celle qui vous fait penser que vous êtes effectivement en vie.
j’ai bien dit: « celle qui vous fait penser »…

 

la chair peut être un magnifique leurre.

26403_devoration5J’ai changé mon fusil d’épaule et j’ai le droit .J’ai en partie tué par effacement « artistikkkbranleta » l’emphatique nickname dont je m’étais affublée un soir brulant de solitude.Pensant qu’un tel nom pourrait me protéger du réel ,du vide…Je voulais faire preuve d’originalité je suppose, arborer le détachement du Fou qui ne s’ignore pas, qui de lui même rit sous cape; Montrer son cul pour cacher ses larmes ,mais de guerre lasse je me suis dit que non décidément cela ne me va pas. Je n’en suis pas capable ,pas pour l’instant.Trop « à vif » du sujet ,trop en plein dans la gueule, tout au bord du gouffre toujours noir ,toujours là.Adieu l’artistique branlette on t’aimait bien ….

Évidemment sur les moteurs de recherche je suis encore « nettement » référencée comme la vieille branleuse de service ,celle qui donne: pute généreuse, sans faire payer, mais ce n’est pas grave. Je me moque de ma « net réputation » comme d’une guigne ,les cloaques qui ne se nomment pas sont ailleurs ,dans ma tète bien au chaud. Il n’y a rien de pornographique dans ce qui suinte de Moi , juste une intimité mise en mots,une souffrance organisée,un exécutoire d’opérette avide de plaire. Aussi,  j’ai enfin décidé d’assumer mes petits cacas nerveux colorés ,de signer de mon vrai nom celui de mon Père, de mon ethnie, ce nom que j’aime tant et que je n’ai pas quitté le temps d’être la femme de… (Dominique Canti). J’ai également changé le sous titre, maintenant c’est: « des mots avec des images dedans » car j’aurais je le crains toujours le « cul entre deux chaises » , vacillant entre l’écrit ,le langage ,la culture du Verbe et les images,les traces qui sont plus ces cris muets, explosifs.

Il est plus naturel pour moi d’écrire que dessiner mais je ne peux pas faire l’un sans l’autre c’est comme un éternel dialogue intérieur entre Moi et moi. D’ailleurs pourquoi devrais je choisir ? Personne ne m’a sonné, en tout pas les trompettes de la renommée!

Alors j’ai choisi de vous présenter cette étreinte vitale vert acide, aux dents acérées comme les lames de mon désir permanent. Parce qu’elle est le véritable enjeu de ma vie;et qui si un jour je dois me plier aux lois du « marché » ce sont ces étreintes que je pourrai répéter à l’infini en peinture ,dans mes mots et aussi dans la réalité…Tu  dis  : »il n’y a que le système nerveux  » Francis (Bacon), je prolonge, j’étire, je sculpte ta pensée en disant il n’y a que la chair ,exigeante,désirable ,répugnante, douce ,laiteuse, infantile, rugueuse, poignante,hostile, ployant sous les coups de boutoir de l’éternel désir.

Rien d’autre ?

Si….Je crois que l’Ogresse revient.

étreinte première

1988;bordeaux,grand format ,acrylique-sang humain ,ma première étreinte…je ne savais pas que cela deviendrait mon thème central.cette première étreinte japonisante,est pudique,les corps perdus dans les soieries,le mouvement des corps se dessine pourtant ,souple,ample,comme le ressac des vagues de l’océan….je ne me séparerai pas de cet encombrant tableau.(texte tiré du blog artistikkkbranleta,Arte)15_06_2007

13011_etreinte_premiere

Parfois je suis effrayée par le Temps ,celui qui passe ,me file entre les doigts ;Cet après midi par exemple il fait beau j’ai du temps pour une fois ( Francis recrée le jardin ,Saskia a invité une amie pour l’après midi ,la maison est pleine de rires de jeunes filles ) .Et moi ,je tourne en rond comme une toupie ne sachant que faire pour le rattraper ,qui? Ben le temps , celui que j’ai perdu au fil des années …un problème insoluble surtout que pour moi vivre c’est en gagner..;quoi? et bien du temps ,sur la maladie  sur la mort qui quand j’étais jeune s’amusait à me mordre les doigts de pied sans me faire  rire.

Pourquoi ressortir cette vieillerie des années 80? Parce qu’elle est très chargée d’énergie ,encore aujourd’hui ,elle ne change pas cette grande toile ensanglantée qui en a vu des drames ,les miens (la partie jeunesse bordelaise cruelle ,no future )…Si la toile du dernier post devait représenter mes débuts en peinture (la peinture  qui prend sens et corps ). Cette toile ci représente l’essence de ma psyché ,l’élan de la jeunesse .Je l’ai peinte dans l’ urgence certainement à moitié ivre ,seule ,sur deux voir trois nuits ? C’est une grande peinture sur fond noir ,à peu près 150 cm sur 100 cm,faite à l’acrylique sans dessin préparatoire ,avec en « bonus » un dripping du sang de mon compagnon de l’époque , dont j’essayais  de me défaire dans la souffrance .Pourtant elle continue à me séduire par sa composition ,sa vitalité ,sa fraicheur.C’était surement l’une des pires périodes de ma vie ,je n’avais rien compris de ce que j’étais ,de ce que j’avais subi ,de la manière dont les hommes qui passaient dans ma vie me traitaient , de ce que je perdais (la santé des 25 années à venir plus celles qu’il me reste à vivre au compteur). J ‘étais perdue ,littéralement abandonnée par tous mes « amis ».Je ne leur en veux pas ,j’étais invivable au sens littéral et puis j’ai toujours pensé que je n’en valais pas la peine.

Malgré tout…..j’ai réussi dans mes ténèbres à peindre cette toile là ,c’est pas du Matisse c’est sur …c’est juste un cri qui dit : « voilà je crève ,on me viole ,on fouille mon corps de manière sordide depuis mon enfance,on m’envoie les flics qui me traitent de pute ,je prends des coups ,mais je continue à prendre les pinceaux , à aimer le turquoise ,les mouvements sinueux de l’étoffe ,les cuisses qu’on devine ,le téton ,l’acte d’amour fou ,celui que je cherche ,que je peins sans cesse , car depuis cette « Étreinte première « , j’en ai peint et dessiné des dizaines d’autres ;

Mon amour fou c’est la création ,la trace laissée au delà de toute espérance.

kA ailes1

26398_kaelles1

« j’aime les multiples portraits,cela ressemble plus à la réalité,la mienne,j’ai un visage mobile,grimacier,je tord la bouche en parlant,balaie d’un geste brusque les propos que je tiens,comme si moi mème ,je n’y croyais pas……des facettes qui brillent ou des trous noirs obscurs,rien au milieu,jamais. »

(décembre 2007,blog artistikkbranleta1,sur arteblog défunt)

C’est encore vrai aujourd’hui ,comme quoi certaines choses durent,s’incrustent….s’éternisent ;Je fus diagnostiquée bi polaire il y a deux ans de cela ,une nouvelle analyse infirme ce diagnostic.N’empêche cela m’arrange bien ,je suis donc pas bi polaire mais multiple ,j’ai devant moi tous les possibles ,rien ne peut freiner ma colère ,mon empathie pour le monde,mes terreurs secrètes,mon gout de la solitude solaire…. : « ka ailes » ,l’autoportrait bien nommé  car aujourd’hui comme demain chers docteurs ,jamais vous ne m’enfermerez dans une case.

petite numéro 11 (ou début)

J’ai très mal en ce moment
des maux nouveaux
des mots nouveaux
il faut donc encore retirer
une peau,creuser avec les ongles
jusqu’au sang.
déterrer plus profond32347_petite11
sortir toute neuve
toute vive
comme une Ferrari rouge
qui brille
qui brille
qui brille….
je suis une fille.
la petite n° 11 m’a beaucoup apportée,elle signifie beaucoup pour moi.j’aurais pu la nommer « début ».

J’ai remarqué que presque tous mes textes utilisent le mot corps et/ou souffrance….Il se trouve que physiquement après une rentrée : pas du tout en fanfare , totalement déconnectée par la douleur physique .Il se trouve qu’ aujourd’hui , je vais carrément mieux ;mon dos est assez silencieux ,mes genoux se comportent de manière correcte avec le reste de mon corps , je marche sans boiter (je boite mais cela ne se voit pas ,c’est un boitement intérieur,d’où la douleur qui se répercute ailleurs dans le dos ,les lombes ,effet du déséquilibre permanent) .Pourtant ,je ne me sens tout aussi minuscule que dans les jours les plus sombres ,sans devenir ,sans visibilité ,sans rayonnement…; »sans »….. , »en reste » ,…… »à coté de la plaque »…….. « inutile »……. , »inintéressante »……….. voir ….. »minable » , si j’osais .Je sais bien pourquoi .Tout a concouru dans ma vie à me mener à « ça » ,ce constat amer et bref ,sans appel,ces ailes noires qui forment un trou noir autour de mon buste ,qui m’empêchent de rire en cascade et sans objet.

Je vais vous raconter la dernière de ma génitrice ;ma fille est allée en Bretagne avec elle en famille pendant les vacances.Celle ci (ma fille)  ,est revenue enchantée mais m’a quand même dit un truc qui l’a dérangée ,un truc qui est arrivé pendant le séjour , et dont elle avait besoin de parler avec moi…C’est au sujet de sa grand-mère ,c’est au sujet d’une phrase qu’aurait dit  ma mère à son frère et  sa sœur (mes oncles et tantes) ,quelque chose me concernant;Mutti aurait donc parlé de moi ,de mon enfance (Saskia buvait ses paroles ,elle veut tout savoir et comprendre  de cette mère triste,aimante,étrangère au monde de ces copines)…Elle aurait dit que franchement quand je parlais de mon enfance ,j’en rajoutais une couche ,que j’exagérai ,que je déformais , dramatisais, et tout le monde de la conforter dans son sentiment de bonne mère qui « a tout fait » pour sa progéniture et qui se fait bouffer par sa fille ainée ,la méchante garce ,de manière  injuste, et cruelle….Je ne l’ai pas montré à Saskia mais intérieurement , je me suis décomposée littéralement .

Ainsi donc, elle s’acharne la mère ,elle veut absolument porter le suaire rutilant de la victime expiatoire ,me charger à mort ,devancer mes plaintes en minimisant mon vécu .Symboliquement ,une seconde fois(?) elle m’assassine,me nie ,me renie ;elle n’abandonnera donc jamais cette vieille folle ,hystérique ;

Depuis ,je suis vide très faible (ma tension ne dépasse pas 9 ) , la médecin m’a demandée comment je faisais pour continuer…. ben quoi ,comme d’hab .J’essaie de mobiliser mes forces mais je ne sens plus rien en moi ,qu’un grand vent de colère et de désespoir .Il faut que je lui tourne le dos que j’arrache ce cordon empoisonné avec mes dents ,même si c’est sale.Je le ferai.

Parce que je veux vivre.

Vivre et foncer tout droit ,loin devant ……comme une belle Ferrari « rouge scarlett »,carrossée et brillante.

Et sourire pointu comme une lame ,voir l’autoportrait….

Puppa 58 puppa58

je n’ai jamais joué à la poupée; ma grand’mère me disait  : » mais carolina , habille donc tes poupons ils sont tous nus , ils vont prendre froid… »

je ne répondais rien , je pensais simplement comment pourraient ils avoir froid : ce ne sont que des poupées?

j’avais une poupée que j’aimais , mais on ne parlait pas doudou à l’époque,un jour je me suis assise sous la table , écoutant les voix des adultes qui ignoraient ma présence : je l’ai littéralement déchiquetée en menus morceaux avec, désinvolture , remplie d’une haine glacée.  je devais avoir 4 ans.

petite fille modéle en robe blanche , le dimanche.

cette poupée à tète d’esquimau….je l’ai détruite avec méthode ce devait ètre les débuts de » la petite fabrique de l’écorchage ».

ils n’ont pas eu de réaction….

Mieux vaut en rire , nest ce pas ? et travailler plastiquement avec des poupées.

j’en cherche en permanence.

95889_lulu-1Je n’ai rien à rajouter.

Rèverie marine d’Utamaro

J’etais,je suis tjs folle de japon,celui que je lis surtout,celui que je rève,bien sur…..cette toile est l’une de mes premières 1986 ,j’aime toujours autant les estampes…le monde flottant,le monde flottant,oui,c’est ça.

reveriemarine

Je ne considère pas cette pochade comme un travail abouti ;il est fait sur du papier très fin éffiloché avec le temps .je faisais à l’époque un gros mémoire sur l’érotisme japonais ,passant des heures dans l’ambiance chaude de la bibliothèque des beaux arts :pas d’internet à cette époque « lointaine »?.j’avais choisi ce théme par pure passion,je me suis engouffrée dans ce monde flottant jusqu’à changer physiquement ,je ne lisais que des romans japonais (d’ailleurs je ne lis quasiment toujours que de la littérature japonaise) .j’ai acheté des kimonos authentiques à une étudiante japonaise y passant l’argent de nourriture pour ma semaine ;la soie chatoyante important plus pour moi que les substrats essentiels à ma survie. engagée dans la quète déraisonnable et obsessionnelle d’un monde fuyant ,bourré de clichés à démonter,de découvertes qui me bouleversaient .j’ai donc « copié » Utamaro.j’ai choisi cette estampe particulièrement symbolique d’une vision décomplexée de la sexualité ,de l’aspect terrifique de nos fantasmes enfouis représentés ici par des monstres marins très avantageusement dotés par la nature ;j’aime encore aujourd’hui ce contraste entre le visage ovale ,lunaire quasiment inexpresssif voir réveur de la jeune fille contemplant l’eau limpide du ruisseau qui cache sous la surface tranquille ce monde marin ,fluctuant,liquide ,obscure  dans lequels s’ébattent  des créatures inhumaines  qui ,rageusement  prennent le double éffarouché de la jeune fille alanguie sur la berge .exprimant la violence des pulsions primaires ,une sensualité brutale ,animale ,vorace…
on ne voit pas très bien les détails mais autour de la scène de viol à demi consenti nagent des petits poissons furtifs et curieux ….cette note d’humour dédramatise l’aspect sadique de la scène.ainsi en est il de la vision du sexe au japon.j’y ai puisé beaucoup d’énergie , de désirs ,d’inspiration.
ps :vous observerez que la jeune fille est quasiment nue,c’est un fait assez rare pour ètre noté.la nudité n’est pas un facteur érotique au japon.le morcellement de la chair aperçue entre deux étoffes précieuses provoque beaucoup plus d’émoi…

l’étreinte du monstre

    cette étreinte là…..pas de commentaire personnel,juste dire que l’amour vous dévore,broie vos os,,si celui qui vous aime,posséde cette âme….monstrueuse;catharsis,été 2003 ; mixart myrys.acrylique sur carton.  blog arte,printemps2007

Cette étreinte là…..pas de commentaire personnel et si justement ,avec le temps qui passe , on peut  se permettre de regarder sa vie ,les événements avec mansuétude et se sentir libérée de certaines ….aliénations. Bien sur vous pouvez à juste titre vous demander quel est exactement le statut de ce blog,carnet personnel ? port-folio de mon travail ? essais divers et variés sur le sens que l’on donner à sa vie ,ou comment traverser les épreuves en restant intègre et léger ? je ne saurai donner de réponse précise . « ici et maintenant » ,c’es ce qui m’importe car je ne sais quand ni comment la camarde m’emportera.Les médecins s’inquiètent ,s’agitent autour de moi ,essaient en vain de me faire peur en brandissant devant mon nez la menace de l’hospitalisation , de la perfusion….et je ne fais que sourire en avalant des canettes qui valent 1 steacks .la protéine »je ne sais plus quoi » manque cruellement dans mon sang ,alors me voilà qui attrape toutes les merdes virales qui se promènent,avec en prime le retour de l’asthme infantile …..et je souris ; je ne pense pas que ce soit de l’inconscience ,je sais ce qu’inconscient veut dire ,je le fus  avec intensité durant quelques années et cela m’a coûtée vraiment très cher. mais là……Non.Quelqu’un qui sublime ses douleurs en peignant peut il mourir? J’affirme sans aucune preuve autre que ma foi monstrueuse : non !

Cette étreinte….: je venais de divorcer ,je me suis lancée dans une aventure passionnelle complètement obscure , rencontre de deux êtres broyés par la vie ,deux enfants tristes dont l’un ,lui , d’une violence inouïe envers les autres  envers lui même , une violence que je partageais et qui ne me faisait pas peur .beaucoup de sexe (malgré la maladie et un traitement à l’interféron épuisant ,ce qui renforçait le coté « gore » de la relation) ,peu de respect mutuel ,des allers retours aux urgences et quelques cicatrices qui restent sur ma peau comme les preuves tangibles de nos batailles improbables .Une histoire que j’ai rayé de mes tablettes et pourtant il reste ces tableaux peints ,quelques mois après notre rupture aussi rapide que notre coup de foudre….aussi ,j’aurai beau essayer d’oublier cette période assez glauque ,la série existe ,grotesque ,caricaturale ,expressionniste ,pour me dire ,voilà  Carolina ; tu fus cette  larve  insignifiante et aimante qui esquivait avec élégance les high kicks de ce type fou furieux (c’était un boxeur thai) ,tu as laissé un amour trop calme peut être mais puissant et tendre pour « ça » et tu as payé une fois de plus au  prix fort….

Je pourrai détruire ces »preuves  » (je ne vais essayer de les vendre : qui voudrait  de ces images morbides dans son salon!!) ,mais plastiquement j’aime le rendu des matières ;la force du trait ;l’impudeur du sujet ,non  décidément,je n’ai pas envie d’effacer complètement cette courte période là ,je n’ai pas honte de mes actes,j’assume,c’est la vie qui est comme ça.