foi

J’ai abandonné ce blog  mais il continue à vivre sa petite vie avec quelques visites par semaine. C’est peu mais c’est juste ce qu’il me faut.J’avais un grand chantier cette année et cette période restera ancrée en moi de manière profonde. Sans mettre de mots précis sur mes maux je vous ai déjà dit que j’étais atteinte de deux maladies graves.Je suis guérie de l’une des deux, vous avez bien lu : guérie.

Hosanna

Après un moment de stupeur et d’incrédulité j’ai enfin réalisé ce qui m’arrivait. Il est donc écrit quelque part que je devais vivre le pire et le meilleur. Je ne connais pas l’entre deux ,le juste milieu, le fade, l’ordinaire, l’ennuyeux. C’est un fait c ‘est comme ça et cela me va très bien. Je disais donc que j’ai abandonné ce blog mais pas pour autant la création ni l’écriture . Je dirai même que je suis plus créative que je ne l’ai jamais été … Cela part un peu dans tous les sens (en apparence) mais ça avance doucement. Ce que je n’écris pas ici je le note dans mes différents carnets, des petits, des grands,un magnifique que m’a offert Francis pour Noel en cuir brun avec des feuilles faites au Tibet. J’ai moins l’envie de partager mes recherches. D’un coup cela m’a paru vain, pécher en haute mer cela a quelque chose d’épuisant : cette immensité…et vous avec votre petit filet minuscule quelle chance avez vous de récolter un gros « poisson »?

Je devais me concentrer sur mon traitement sur mon corps, ne surtout pas m’éparpiller. C’est vraiment un tendance forte chez moi, j’ai trop d’idées j’en dors mal la nuit et si je dois dire tout ce qui me passe par la tète ,expliquer tous mes projets en cours et ceux qui sont sous forme de croquis ou texte dans mes carnets je vais paraître vraiment comme quelqu’un de dilettante et fantasque, pas comme une véritable « artiste » qui travaille dur pour mener à bien ses différents projets.

J’ai passé pas mal de temps à la confection de dessins en noir et blanc pour un projet de fanzine avec un ami, mais cela n’a débouché sur rien dommage parce que j’y ai mis beaucoup d’énergie.

j’ai commencé à coudre des petites entités « magiques » que j’ai mise en vente sur « Etsy » et « Littlemarket « mais cela n’a séduit personne en tout cas pas au point de m’en commander une et de l’acheter…Alors j’ai arrêté pour l’instant ayant tout de même en cours 4 petites poupées fétiches avec une tète en argile.

Actuellement je suis entrain de faire des pièces de tissus peintes brodées qui serviront d’ornements pour des travaux futurs, j’adore coudre, tailler dans le tissu, broder.Cela m’apporte une grande sérénité et me permet de me reconnecter avec mes racines profondes notamment Marie Blanche la couturière modiste talentueuse qui fut ma tri aïeule.D’un autre coté j’ai été sollicité par un ami poète Régis Roux pour accompagner son travail sur le minéral. Il se promène et ramasse des galets  les mollasses de Gallaure, il les dépoussière et les photographie c’est une quête presque mystique solitaire. De mon coté j’essaie de donner une représentation plastique de sa démarche, lui  écrira des textes lorsque j’aurais terminé mes dessins.De cela je reparlerai bientôt.

Pour finir,  je continue ou plutôt je reprends un « vieux » projet laissé en suspens, j’en ai déjà parlé ici: Pixel bleu . Je sens vraiment que je tiens là quelque chose d’important pour moi. Je juge cette série en cours (une grosse vingtaine de travaux ) tout à fait cohérente avec tout ce que j’ai pu exprimer ici, sur le deuil, mon gout pour l’organique, mon amour fou de la peinture et de la vie. Cette série est dans l’esprit du « nicht-noch-sein » qui a commencé avec une toile qui s’appelle « c’est arrivé tout seul » ici:c’est arrivé tout seul

. Le texte fondateur du Nicht Noch Sein ici : nns.

Je rangeais mon atelier et  j’ai sorti tous les tableaux se rapportant à ce projet, j’ai décidé de ne plus le lâcher, de le finir.

C’est vraiment un travail de série  avec toujours les mêmes « ingrédients » et différentes variations .Les fonds sont tous bleu outremer mâtiné de bleu cobalt en aplats très lisses.Ce fond n’en est pas un en fait parce qu’il entoure la forme qui est faite indépendamment.Des formes aléatoires, molles, » poulpes », morceaux de chair occupent l’espace de manière plus ou moins importantes.Ces silhouettes non figuratives sont le sujet de cette série .Elles sont peintes en nuances très subtiles et délicates de tons de roses passant du nacré bleuté jusqu’au orangé violacé.Mon but est de créer des fenêtres sur mon univers intérieur qui s’articule en transcendance (le bleu) et la chair incarnée.C’est avant tout un travail de passage entre le monde des vivants et celui des morts en l’occurrence mon ami Pixel parti trop tôt. Celui ci créait des petites échelles en fer argenté qui étaient sensées nous amener dans l’inconnu.

Qu’est ce qui fait le sens de cette série?

Voilà ce que j’ai écrit  dans mon carnet , en date du 08/08/16 : « Je suis partie d’un sentiment, d’une couleur, d’une absence cruelle. Bleu pour l’infini , chair rose du corps de Pixel. Quand j’ai commencé cette série j’étais sans filet, sans fil directeur sans savoir ou j’allais. Sur le fond intense qui sera  uni et brillant grâce à de bonnes couches de vernis, une forme flotte s’inscrit fluctuante, molle, découpée comme un corps improbable sur le fond bleu.Forcément je ne peux pas m’empêcher de penser aux anges et aux cieux azurés des tableaux anciens de la Renaissance.Que symbolise cette forme pour moi? Elle est le signe de vie, une vie moléculaire peu élaborée mais en constante évolution.

Cette forme aux teintes chairs devient intrigante par sa répétition sur chaque toile, forme « rejouée »comme une note obsédante mais jamais identique comme si la série pouvait durer toute une vie.Cette forme organique est « le motif » de mon travail.

Par là même, je cherche à évacuer le souci narratif. En laissant la « bulle rose » faire son travail de captation du regard j’espère attirer le regard du futur spectateur.

Elle est molle ma forme et rose, un peu tentaculaire dans certains tableaux , il y a forcément quelque chose du sexe (masculin et féminin). On peut discerner une certaine angoisse qui se cache derrière les aplats bleus intenses et ces formes roses évanescentes. Rose et bleu….La fille et le garçon. Rose comme l’iconique rose de la peau du cochon (qui n’est pas si rose que ça dans la réalité), ce rose donne un coté un peu mièvre, il y a de la joliesse, du caricaturalement « féminin », du callipyge, de la graisse qui s’élève comme poussée par l’espoir. Il y a du désir de la Chair. Bleu comme l’éther sans nuage, comme un monochrome d’Yves Klein, le bleu d’une mer méditerranée sans vague, du bleu de vitrail gothique vibrant de lumière, bleu comme la transcendance, bleu utilisé comme l’or des icônes  ..

La forme rose et dégoulinante comme la représentation de l’inconscient sur ce fond bleu sec, lisse sans faille comme représentation du surmoi. »

Je ressens un immense bien être à peindre cette série qui était au départ une forme « d’ hommage » et qui devient pour moi un véritable Manifeste.Le Nicht Noch Sein m’obsède. J’ai besoin de cette notion de « non forme », de « non fini ».La notion de perfectionnement possible me laisse un espoir, une ouverture, une place pour mes rêves.

Si j’arrive à peindre ce que je sens, j’aimerais que cette série fonctionne comme une projection de l’inconscient du regardeur.

Sera t il séduit, sera t il ennuyé par cette répétition, sera t il dégoûté au fond de lui, se laissera t il emporté par mes formes jusqu’à laisser flotter son esprit …? J’ appelle cette forme de peinture « l’abstraction méditative » cela peut paraître pompeux, c’est ce que j’ai trouvé de mieux pour expliquer ma démarche.

Voilà, ce n’est pas parce que l’on entre en silence qu’on devient inexistant. Ma prochaine « épreuve », croire suffisamment en moi, faire sauter les verrous de mes vieilles croyances et démarcher pour présenter ces travaux quelque part hors du ventre de la maison.

J’ai très mal au dos, parce que j’ai très peur…de m’exposer au Monde avec ce que cela implique de possibilité de rejet ,d’incompréhension, de jugement.J’ai peur de me donner une valeur parce que même si mes écrits semblent me représenter comme une personne sure d’elle …C’est tout le contraire ma petite fille intérieure hurle encore que je ne suis rien, que je ne vaux rien.

abc

Réparation

Il y a une chose positive qui me restera de cette exposition avortée c’est le fait que j’ai ressorti tous les travaux en ma possession, que j’ai tout noté sur une feuille en décrivant les peintures en les nommant,en les datant. Un vrai travail d’archivage fastidieux mais extrêmement fructueux car il m’a permis de prendre du recul face à son propre travail ,construire des ponts ,faire les liens, se rendre compte des thèmes récurrents, voir obsessionnels qui animent mon « œuvre ». Je me suis rendue compte de l’état lamentable de certains boulots qui ont mal supporté les différents déménagements (je ne reste rarement plus de six à huit ans dans un lieu  , quelque chose me pousse irrésistiblement en avant, ailleurs, plus loin, plus près de l’océan devant lequel je voudrai finir mes jours et mourir. Je me suis rendue compte également du peu d’investissement de ma part dans la présentation des travaux.Tout a été fait « à l’arrache » volontairement oui mais inconsciemment pour ne pas aller au bout du processus de création : montrer son travail.Pour l’exposer il faut le rendre « montrable « justement, et moi je ne l’ai jamais mis en valeur, préférant user de supports tirés du rebut, de la rue, des poubelles.Travailler sur des matériaux indignes, abandonnés, mal coupés, mal finis afin qu’ils deviennent des œuvres d’art, faire jaillir la beauté le raffinement d’un débris c’était mon objectif et c’est aussi une métaphore qui répond à la façon dont j’envisage ma personne : invisible, sans importance je suis celle qu’on abandonne sur le bord du chemin et je n’ai pas de larmes qui sortent des yeux je reste silencieuse en attendant que quelqu’un me voit enfin, à ma juste valeur ?

Je suis un petit soldat au garde à vous et malgré la peine qui me transperce en ce moment je lutte contre la dépression en continuant à travailler justement sur cette question de la présentation. J’ai sorti tous mes travaux et je les rafistole, dans le but de pouvoir les montrer quand cela sera possible; je fais des gestes nouveaux pour moi, des actions que je croyais incapable de mener ,maniant la scie, la pâte à bois ,le papier de verre.Un fois de plus je me rends compte que ma mère a eu une influence néfaste sur mon comportement en ne me faisant jamais confiance, en ne me laissant pas toucher à la boite à outil, en me persuadant que j’étais INCAPABLE de m’exercer sur le terrain des réalisations concrètes. Le fameux bricolage qui m’a toujours fascinée quand j’allais fouiner dans le grand garage de mon arrière grand père, son établi, cette odeur de graisse je l’ai encore dans le nez et les multiples outils accrochés au mur comme des trophées m’enchantaient.Les pots de confiture recyclés en pots à clous étaient rangés avec rigueur. J’adorais cette ambiance masculine poussiéreuse et rassurante. Mais moi j’étais dédiée aux réalisations intellectuelles ,abstraites comme c’est réducteur et comme c’est loin finalement de mon tempérament de camionneuse enfoui… ! Après le bac je voulais faire des études pour réaliser des objets, des chaussures je rêvais de design en fait  mais ma mère a refusé, j’en rêve encore…

Dans le même temps je commence une grande série qui s’intitule « réparation » justement. En posant les couleurs je réfléchis et j’ai trouvé que c’était signifiant, constructif ce terme de réparation, celle des mes anciens tableaux et aussi celle de mon âme blessée, je me suis sentie trahie par ce type infect et travailler semble la seule manière de reprendre la main.De plus je ne suis pas insensible à ce qui se passe sur cette Terre, je suis peintre alors j’essaie dans mon coin de contribuer à un nouvel ordre du Monde en créant de l’harmonie à l’aide de mes couleurs, c’est tout le projet du Mandala, j’y puise la force et des réponse à mes questions existentielles. Je me moque des rires sarcastiques…Il y a dans cette réparation du rouge de VeniseIMG_4325, du vert de vessie, du blanc, du noir, du bleu outremer, du rouge garance, de l’orangé, il y a mes formes récurrentes (en cela le dessin quotidien a permis de bien définir ce que j’avais envie de tracer, de montrer), il y a mes thèmes de prédilection que je dessine depuis tellement de temps que je pourrai le faire les yeux fermés, la confrontation des êtres, les cellules, des grilles et des points, des non formes qui se répètent en « all over ». Il n’y a surtout pas de centre, ni point de fuite on peut entrer de toute part dans mes tableaux et chaque partie forme le Tout.

Avec mes couleurs  ,j’affronte le vide et repousse mes angoisses indicibles vers le néant.

Rêves d’outremer…

Outremer : au-delà des mers selon un pays défini par exemple la France. C’est le titre que j’avais choisi pour l’exposition que je devais faire à Basse Terre en Guadeloupe au mois de Septembre….J’en ai parlé à mots couverts ici et là sans trop oser dévoiler le projet, il se trouve que je suis superstitieuse. Hélas la superstition n’aura pas suffi à offrir de bons augures à ce chimérique projet. Je peux en parler maintenant  : je n’irai pas au delà de l’Atlantique dans ces iles qui font tant rêver….Les autres.

Pour ma part je suis plus attirée par la Mongolie ,les steppes arides, les landes irlandaises , l’archipel japonais.Tout de même, je n’allais pas cracher sur un si beau projet qui m’a tout d’abord semblé incroyable (je ne mérite pas ça ,moi) qui m’a ensuite occupée près de six mois ,faits de rêveries ,de travail acharné tous les soirs et vers la fin la journée, lorsque l’année scolaire chargée pour moi s’est terminée.Un projet d’envergure avec lequel je devais exposer « moi toute seule » en galerie, une jolie galerie aux murs blancs juste grande comme je cherchais depuis longtemps.un projet mirifique dans lequel j’aurais  fait une intervention pédagogique en milieu scolaire avec des élèves de primaire (j’avais déjà en tète, mon discours sur l’art et sur le fait que nous pouvons tous créer,  pratiquer avec passion pour exprimer nos joies ,nos peines, montrer aux enfants qu’on pouvait peindre avec tout et presque rien, se faire plaisir, se faire du bien que l’on soit riche ou pauvre car nous sommes égaux….j’espérais secrètement qu’il s’agirait non pas d’écoles « de riches « (ces enfants là en France ou en Guadeloupe sont blasés, contrairement aux enfants pauvres des quartiers dits »défavorisés » qui prennent ce qu’on leur offre avec faim ,c’est cette faim qui m’intéresse ,celle du gout de la vie, de s’en sortir et vivre debout)… Un projet qui devait enfin me mettre dans une situation que j’ai déjà vécu une fois à Bruxelles, celle de conférencière (bizarrement je n’avais aucune angoisse à propos de cette intervention au milieu des « miens » ,d’autres artistes ,une historienne de renom dont j’aurais bu les paroles avec avidité: le Paradis sur terre pour une soirée).

Certes, le thème m’a semblé un peu….comment dire « ampoulé »:  « femme métisse ,mère du Monde ». Je me suis dit : -« Et ben ma grande… t’as pas peur du ridicule sur ce coup là! « Ceux qui viennent ici régulièrement me connaissent et savent que je ne suis pas imbue de moi-même, que j’essaie toujours de relativiser ,changer de point de vue pour élargir ma compréhension ,ils savent aussi tout ce que j’ai pu endurer enfant ,adolescente et jeune adulte.Ce qui me rend fragile sous la carapace Ka, ce qui me rend méfiante et parfois si triste à en mourir. Pouvais je vraiment croire à un si beau projet , « vraiment »? Je suis plus habitué aux désillusions, aux bagarres de la vie, aux coups du sort, aux abandons.

Abandon

Et bien voilà ,c’est fait, la semaine dernière alors que je nageais dans mes grands formats à vernir ,à maroufler ,à encadrer (ma mère devait venir pour m’aider tellement je me sentais dépassée, sur le thème de l’art on s’entend avec ma mère ,c’est même le seul sujet d’accord possible entre nous).Alors que je prenais des tonnes de notes  pour la conférence, lisait des livres dédiés, étudiait  la condition des esclaves noirs, mes « frères » de sang. Coup de fil dont je me souviendrai longtemps , coup de téléphone funeste qui mit fin à mes « rêves  » d’outremer (ce titre résonne comme une prophétie): « nous nous désengageons du projet »,…..je ne citerai pas de nom à quoi bon franchement et je n’essaierai même pas de vous expliquer les tenants et aboutissants de cette mascarade c’est absolument sans intérêt. Je voudrai juste dire qu’il ne faut jamais croire les gens qui vous flattent ,vous bercent d’illusions grandioses et démesurées ,mais bon sang je le sais pourtant, je ne sors pas de l’œuf. Mon conjoint était très sceptique depuis le début assez rocambolesque cette triste affaire, jusqu’au malentendu final qui lui fit dire d’un ton sarcastique (comme je déteste avoir tort) :

-« tu vois j’avais raison… »

Tout cela serait risible si je ne m’étais pas autant investi dans le projet moralement ,intellectuellement, et surtout physiquement…Je n’ai pas écouté mon corps je suis restée sourde à ses appels désespérés pour que je me calme, j’ai cessé de dormir tellement remplie d’idées, de notes à prendre, de croquis à finir, vite, vite…

Alors j’ai cessé de manger.

Maintenant je paie la note ,heureusement nous sommes  en été je suis en vacances puisque mon métier officiel est professeur.Depuis quelques jours je ne dors plus mais cette fois ci, à cause de la peine, de la honte aussi d’avoir annoncée mon « triomphe » de manière inconsidérée(et d’avoir demandé et obtenu un dérogation extraordinaire de mon recteur), de la colère aussi…. Mais pas trop. Heureusement je suis bien suivie au niveau de la santé physique, au niveau psy et puis j’en ai vu d’autres dans ma chienne de vie; Il y aura encore des projets je l’espère….Moins importants, dont je ne serai pas le centre et tant mieux. J’ai comme l’impression que ce n’est pas ma place : au centre…

Et finalement ,lorsque j’étais entrain d’écrire le texte de présentation sur mon travail j’ai senti comme une faille, un conflit entre ce que je disais de ce que je suis et ce que je crée , ce que je ressens dans ma peinture et ma place dans ce projet. J’y reviendrai bientôt, j’ai tout loisir de reprendre mon travail de cheval de trait maintenant.

La vie est remplie de surprises, de rebondissements improbables; J’en discutais juste avant d’annuler mon départ, avec un ami, Serge Prioul autre forçat de la création et homme sensible que j’apprécie. Le sens qu’on peut donner à tout ça, remettre du vide pour comprendre…La vie est une pièce de théâtre en plusieurs actes, et des scènes différentes dedans.Basse Terre ce n’était qu’une scène, une scène importante certainement dans le sens ou j’aurais investi une énergie vitale très forte dans cette aventure avortée, une scène qui a failli me faire passer de l’ombre à la lumière certes mais qui m’aura surtout rappelée qu’on ne sait jamais rien ,que nous ne sommes rien.

« un grain dans l’univers » proverbe Dogon.

Tu dois cultiver le chemin de l’humilité et du silence.

je reste l’ourse papillon mais je virevolte en silence dans ma grotte ,non ce n’est pas moi qui virevoltesur une ile ce sont mes couleurs qui s’envolent, s’étirent en forme toujours plus simplifiées, toujours plus pures sous mes doigts c’est de cela dont je dois m’occuper.

Me voilà revenue chez moi.

Carolina Diomandé, 26/07/2015

illustration: « sur une ile » série 1 aquarelles et feutres sur papier à grain verni  date: 2013,cette petite peinture a servi pour faire l’affiche de l’exposition «  »dessins,rêves d’Outremer » ma chimère de 2015.

art décoratif ?

Décoratif ?
J’ai jeté le mot, il me brule comme une patate chaude dans la main. Décoratif, on l’a pourtant dit de l’art de certains grands peintres et pas des moindres mais c’est un mot qui fait « peur ». Si l’on veut c’est un « gros mot » artistique car décoratif s’apparente à : joli, fait pour embellir un mur , salon bourgeois, vide de sens…dans le sens « purement décoratif » .Stella, Klimt, Matisse ont dans leurs pratiques quelque chose de décoratif, une certaine manière d’user sans modération de la couleur , d’utiliser les lignes ,les courbes ,pour le pur plaisir de manipuler des formes qui s’harmonisent ,éprouver sans frein la jouissance de créer .L’art décoratif ne serait donc pas détenteur de message ou de manière involontaire ,niaise ,édulcorée .Comme s’il y avait une injonction intérieure qui nous disait ne fais pas joli ,ne fais pas propre ,ne fais pas lisse ,casse ,brise, hurle, tache, couche des humeurs sombres ,torturée tu l’es montre le. Et ça depuis ce satané Van Gogh (un peu avant en fait avec l’image romantique de l’artiste maudit, avec Vincent ça atteint un pic émotionnel qui me gonfle grave); Pour l’injonction intérieure je parle de moi et moi seule bien sur parce que franchement l’expressionnisme c’est pas la grande mode actuellement, mais bon comme vous savez les autres la mode et moi, no comment.

Revenons aux sources, j’ai quoi… 5 ans ma grand-mère m’offre une superbe ,une sublime boite en métal remplie de feutres aux multiples variations de couleurs .C’est le plus beau cadeau que j’ai reçu de toute ma vie ;J’ai fait en sorte que cette boite dure le maximum et quand une couleur séchait et s’affadissait j’étais très triste :une possibilité chromatique disparaissait….A cette époque je me foutais bien des injonctions subliminales, les gouts des critiques, la hype , les beaux-arts. Seule comptait l’exaltation de transformer une feuille blanche (morte ? stérile ? vide ?) en quelque chose de vivant, vibrant, où se mêlaient entrelacs, arabesques, formes de conques marines, japonaises au mont Fuji, papillons…j’usais quand même déjà beaucoup de noir au point que ma maitresse de CP qui veillait sur moi comme un ange en avait informé ma mère (autant pisser dans un violon…).Docteur Jekyll et Mister Hyde « nous » étions deux en ce temps là, comme aujourd’hui.
Décoratif ce n’est pas un terme que j’aime entendre associer à ma production (en même temps mes ventres hurlants, mes lapins aux yeux exorbités, mes étreintes cannibales n’ont pas fait venir à moi le mécène tant espéré !). Allez puisqu’on est dans les confidences de fin d’été (un été que je n’ai pas vraiment apprécié comme les autres pas moins pas plus avec des moments forts comme la rencontre « concrète » d’un ami poète et de sa femme), je dirais que je n’aime pas trop qu’on me dise que je fais de l’art africain (bien sûr qu’ il y a de l’Afrique en moi c’est indéniable je suis métisse mais je ne veux pas d’étiquette ethno complaisante, après ça colle à la peau  et on est foutu). Pour tout dire je n’aimerais pas non plus qu’on me taxe d’artiste femme quelle horreur. Je suis un monstre moi, mère animal viscérale oui mais pas vraiment  femme non, pas du tout même.
Bon là je divague…je sors du sujet.

Le décoratif bon dieu c’est le décor donc le faux semblant c’est l’imitation du vrai pour rire. C’est un peu féminin? Un peu léger, futile…..voir mineur .Et merde, Matisse Henri de son petit nom ce n’est pas une chochotte quand même !
Alors, j’ai lutté, j’ai étouffé mon amour de l’harmonie, des concordances, des danses des formes pour privilégier l’autre Moi. Celui qui tout naturellement a pris le devant de la scène avec la manière dont c’est transformé ma vie entre, destruction, maladies, nihilisme, désespoir, dégout de soi. Je n’ai pas eu à faire d’effort ; Mes couleurs vives se sont effacées ou mêlées au Noir omniprésent, comme un cri qui voulait se faire entendre mais qui est resté dans ma gorge, muet et brulant. L’expressionnisme me va comme un gant ensanglanté et avec « ça » je n’ai pas séduit grand monde ! J’avais l’orgueil de me dire que j’étais différente donc seule, foutaises.
Aujourd’hui je suis dans le même état qu’hier quand je peignais mes cris, j’ai juste changé d’angle de vue, j’ai repris mes couleurs (c’est dingue je retrouve mes harmonies d’amour enfantines et ça me fait toujours autant kiffé). Bleu lavande et bordeaux, vert jade et rouge cramoisi, turquoise et terre rouge. Elles sont là, intactes dans mon cœur. Et c’est tout ce que j’ai à donner.
Assise devant mon carnet, je soupèse mes stylos, je souris tristement parce que contrairement à ce que j’ai cru de manière naïve et fugace, l’art ne sauve pas de Soi, ni de ses peurs.je ne vais pas fort bien ces derniers temps mais désormais j’ai la politesse de colorer mon désespoir. Comme ça, il est plus agréable à regarder…Enfin j’espère.

IMG_2058Série 1, n°59/78 titre : »graph », date 30/12/13, technique :feutres vernissés sur papier à grain;format 20 cm  sur 20 cm. Je suis actuellement entrain de mettre en œuvre ces « patterns » en grand format mais il se trouve que je suis fatiguée et que la station debout ,bras en l’air m’épuise donc…..je ne sais pas.

Je fais ce que je peux ,et plus encore…

Une bise chaleureuse à Serge Prioul et sa femme Régine qui m’ont tant réchauffé le cœur ,m’ont donné envie de continuer….le bonheur de se croiser entre êtres humains.

système nerveux….. ou comment j’ai envie de faire le point.

 

Il y a quelques jours ,j’ai essayé de faire le ménage ,mettre en ordre ,vous montrer que mon travail possède un « sens »,j’ai réfléchi:pourquoi tu fais ça? On ne peut pas parler de la peinture,on va tourner autour,les mots détruisent insidieusement la réalisation muette qui se dit elle même….Et je reviens alors toujours à lui ,Francis Bacon,toujours. inlassablement,à relire le peu d’entretiens qu’il a accordé,qui me parlent tant ,qui me sont si chers,qui me font rire ,et pleurer.pour lui seul.celui qui dit si peu et qui travaille seul,à revers, »excitation d’Être en vie »cela me vient de lui…Il n’y a que le système nerveux ,rien d’autre?Non,il n’y a rien d’autre ,au feu le romantisme panthéiste ,je suis d’accord avec toi ,moi ,je sais ce que je fais après coup ,je laisse les choses se placer d’elles mêmes,à quoi bon,juste courber l’échine et faire ,encore ,sans se retourner,en oubliant les jours d’infortune ou ce gout amer et lancinant rempli ma bouche,ce gout qui dit :Qu’est ce que tu fais , pourquoi ?A quoi bon? non ,non  ,non.C’est tout que je sais dire: non .Et je dois continuer. La mort elle, attend tranquille ,tout à fait tranquille ,cette pute incontournable .Mais moi ,je suis en vie.

carolina Diomandé,blog « artistikkkbranleta1″plateforme d’arte 09/12/2007

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Avec cet article ,j’ai eu l’honneur de rester un bon nombre de semaines en page d’accueil comme blog du moment ,article à lire sur la plate forme d’Arte ,et je ne vais pas mentir j’en étais fière et enfantinement heureuse .Vous savez ce genre de bonheur qui ne se partage pas ,ou l’on saute tout seul au milieu du salon en chantant tralala….Arte me remarque ,c’est une référence pour moi :je suis heureuse , mon rêve a toujours été d’être REconnue par mes pairs ,pas devenir Lady gaga !

Un ami avec qui je correspond comme je le fais avec certains artistes ,peu mais de qualité (les artistes) ,me disait : « j’aime ton travail pour ce qu’il part dans tous les sens…….ne souhaite pas entrer dans le système ,reste underground » en substance bien sur ,je ne vais pas vous copier coller les mots de mes amis non plus ! Sur le moment ,je l’ai mal pris parce que rester underground c’est rester dans la cave ,dans le squat, en marge .Jeune et pleine de colère « fuck the society » c’est parfait mais à cinquante et un ans et toujours le calme plat c’est usant ,déprimant ,on finit par gravement douter, se penser minable ,une petite merde hurlante et rien d’autre? la marge j’y suis par essence mais je voudrais sans forcément en sortir ( et d’ailleurs le pourrai je ,je ne crois pas ,je ne le souhaite pas) rayonner un peu plus ,être soutenue de manière désintéressée et bienveillante:  Toi ma grande ,tu cherches encore et toujours Papa,hein???

Malgré un travail qui continue de s’enrichir ,un sens global de plus en plus affirmé (oui je sais cela n’apparait pas dans un blog surtout celui ci ou je saute joyeusement du coq à l’âne sans crier gare…;on pourrait effectivement penser que je suis bordélique ,que je sais pas ou je vais ,que ça déborde sous le casque (oui parfois un peu…) mais que nenni !  J’écris autant que je dessine. Quand je disais que j’étais surréaliste ce serait (n’y voyez pas de comparaison,elle est impossible à la manière de ma grande Louise B ),je ne pense qu »à ça » du soir au matin sans compter les rêves fous en couleur qui m’inspirent depuis toujours .Ma production semble vaine ?Elle l’est car c’est la Vie qui est comme ça,non ?Dérisoire  je crois parce que je ne me tiens pas un plan d’action « commercial » ,je ne suis pas une fine stratège et pourtant cela semble être une vertu cardinale à notre vilaine petite époque capitaliste ,du genre :attention j’improvise ….!

« allez ka ,tu ne dessines que  tes doigts de pied pendant trente ans ,sous toutes les coutures ,tu récoltes chacune de tes rognures d’ongles qui tu articules en sculptures monumentales (oui des années de rognures ça fait beaucoup ) et puis tu tagues ton pouce déformé  dans toutes les villes du monde ,corpus mycosa ,Alleluah ; tu expérimentes le port (tout ça filmé sous le même angle chaque jour de ta précieuse vie de créatrice adulée de l’art contemporain  )de chaussures trop petites pour voir jusqu’où les déformations et la souffrance physique sont des éléments sémantiques à expérimenter … (avec de manière sous- jacente la  critique  d’une  forme d’asservissement du corps féminin à travers les ages );comment deviennent tes pieds , ils deviennent laids c’est génial c’est sale c’est le corps physique et ça les excite ,tu les colles avec l’infographie sur toutes les statues antiques que tu as en reproduction la victoire de Samothrace sans bras mais avec les pieds de KA .Pendant ta grande exposition à Berlin ,tu décides de t’assoir nue sur une feuille de plastique ,au dessous passe le public pendant une heure c’est performance curage de mycose(enfin ce ne sont pas des mycoses que j’ai au pied c’est un problème inconnu du aux molécules que j’ingère depuis des années mais bon c’est blanchâtre ,c’est plastiquement très intéressant ) sur une musique d’iban Régnier ,vieux pote de galère car oui tu es restée fidèle à tes amis. En fin de performance filmée ,tu recueilles la précieuse « semence » quasi divine qui sera vendue aux enchères ,ma chair…. J’arrête là car même quand j’essaie de manier le style académique (car nous sommes bien dans une période totalement académique ,et maniériste) je déborde ,j’explose .Et puis ça me rend mélancolique ,triste…;Cela me donne envie de mourir (je ne peux pas j’ai une petite fille maintenant ), mais je ne suis pas aigrie non , je suis folle et ça me sauve.

NOCH :
encore
NICHT :
rien
SEIN :
être

N’être encore rien , c’est se donner tous les possibles. Je défends ardemment cette idée ,dans ma chambre obscure .Je  » révèle » mes secrets au monde aveugle et sourd.
la peinture est d’abord un ensemble d’éléments plastiques choisis,et disposés,couleurs,fond,forme,lumière,espace….l’art est conceptuel par essence.

C’est ce que j’avais choisi de dire sur mon travail au grand concours sur Arte ,je pense toujours la même chose.

 

Une chose à la fois oui vivre ,survivre à la douleur et à la méchanceté ,l’égoïsme qui ronge  notre société en fin de parcours ,être simplement vivante ,humaine ,et témoigner de cet état en tant qu’artiste ça je sais faire…mais semble t il , ce n’est pas de l’art; Parce que l’art ça se « manage »,ça s’explique à coups de rhétorique absconse ,se décortique ,se déguste par lampées avides pleines de fric.

Je rêve d’une république libre des artistes ,comme un salon des « refusés »moderne ….Seule ça va être dur.

N ’empêche ,on ne crée pas que pour Soi dans son coin. Pour moi c’est le fin fond de sud gironde.L’art est un partage qui ne s’explique pas (je reviens à mes sources divines  :Francis Bacon).

et hop.

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bio?

Il faut simplement que je sauve ma peau ;

Il est derrière cette porte ,va rentrer et essayer de me toucher un sein ,j’ai mon grand couteau ,une lame brillante ,incisive : mon poing. 

 

 

 

Ce matin là je suis née ,je l’ai frappé violemment au visage ,la mâchoire fracassée ,mes réveils sont devenus paisibles ,quel age  ? quel age avais tu ? 14 ou 16 ans……Je ne sais plus.

 

 

 

 

 

Mode d’action :La limace (ou l’escargot) ingère le produit qui agit comme un coupe faim et bloque le système de mastication. La limace se retire pour mourir dans son nid  (mars 2010)

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C’est un article du deuxième blog ,le kamera obskura toujours sur la plate forme d’Arte .

En relisant ce texte qui est très obscur c’est vrai ! Je me rends compte du chemin parcouru depuis le blog précédent . J’ai dessiné cette esquisse numérique sans réfléchir et puis j’y ai posé mes mots ,il se trouve que ce j’y voyais  dans cette esquisse crépusculaire  c’était une lame alors j’ai brodé sur « ça »  ,sur « lui », sur ce qui aurait pu me détruire et qui ne l’a pas fait bien au contraire ….Je peux vous expliquer le titre si vous voulez ? Bio comme biologique ,comme traitement biologique ce que n’est pas le produit qui tue les escargots dont je parle en dernière partie…Vous me suivez.

Je commence à accepter de me considérer comme une artiste surréaliste voir complétement dada ,une femme qui s’accroche à son cerveau comme ultime bien personnel .Mes seins tombent ,mes joues s’affaissent ,mes cheveux blanchissent mais j’ai comme l’impression que mon cerveau lui  ,recèle des trésors qui n’ont pas fini de m’être utile dans La grande lutte .

Ce produit pas du tout bio ,celui qui détruit les bébêtes baveuses adoratrices de jeunes pousses , effrayant dans son mode d’action m’a rappelé la manière dont je me suis recroquevillée en gardant la tète haute (je sais c’est difficile à imaginer !) ,résistant de manière obtuse , contre cet homme qui partageait la vie de ma mère,qui mélangeait admiration et envie d’humilier….

Il se trouve que j’ai eu le dernier mot ,sans aucune violence,sans procès….

Il se trouve que je suis fière de moi  et que j’aime beaucoup cette esquisse ( je dis rarement ce genre de choses à propos de mon travail )  parce qu’elle est profonde ,expressive et suave . Elle contient toute ma souffrance et mon courage ,ma pugnacité et mes rêves veloutés de couleur. J ‘abandonne de plus en plus le figuré pour l’abstrait ,ce travail de 2010 est précurseur de ce dont j’ai envie là maintenant ,ce dont j’ai besoin pour être « heureuse »….  enfin , encore faudra t il que je sorte de mes adipocytes sur fond outremer .

 

Nicht Noch Sein : moi cela me suffit.

étreinte numérique

Il y a ceux qui le « font » , ceux qui sucent des os, broient votre poitrine, il y a d’ intenses fulgurances de bonheur ,quand deux corps s’entrechoquent le monde peut bien cesser de tourner.

 

 

je le sais.

 

 

 

 

ehhh  ……dis moi qu’est ce qu’une peinture numérique ?

essayer de traduire un sentiment ou le vide par des couleurs,des masses,avec le stylet et la tablette ,retrouver nos gestes ancestraux de peintre.juste avec ce magique stylet, provoquer la nuance, les transparences, les empâtements,jouer avec des années de pratique sachant que cet outil possède une technologie nouvelle et sans limite,qui bouleverse la donne et me file le tournis,car je ne regarde pas ce que je fais  : je le VOIS…..ceci est une peinture numérique(texte tiré du blog 2 d’arte-blog défunt : »kamera-obskura »)2010

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Bizarrement j’envoie ça aujourd’hui alors que je suis revenue à la » peinture matière » avec passion , (on peut dire que mon geste s’est enrichi ,allégé ,je me sens plus libre ,le numérique a donné la liberté totale à mon cerveau droit );mon atelier bureau de prof est rempli de châssis partout ,des rouleaux ,des petits formats encadrés par mon tendre et chair ,et ….les panneaux du premier paravent que l’on va réaliser ensemble.J’ai l’esprit buté ,obtus car à Bordeaux dans les années 80 ,je dessinais déjà des projets de paravents .Et bien ,30 années bien remplies ont passé et je » me le »  peins ce paravent comme on dit ici , dans le Sud ouest. Je sais ce n’est pas du bon français mais j’adore utiliser divers niveaux de langue ,comme un pot au feu ,une bouillabaisse ,un couscous garni ,la langue française recèle bien des plaisirs variés….moi,je déguste!

faute de manger « en vrai » moi, j’ai faim de peinture.

 

l’effroyable malentendu

je ne vais pas piocher dans mon stock de posts anciens pour cette rentrée .Je vais directement écrire quelque chose autour d’une de mes dernières créations,qui date donc de 2013 et qui a été faite dans le nouvel atelier.

Quoi de neuf sur le front du corpus Ka doloris ?Et bien comme souvent quand j’accumule la fatigue ,les sensations d’indifférence,les excès métaphysiques et les problèmes familiaux je somatise . Je souffre d’une sciatique carabinée traitée par piqures bi quotidiennes et d’un reflux œsophagien chronique  provoquant une toux sèche,qui brutalise ma colonne et donc le nerf délicat….à chaque quinte.Rien à dire de plus….à ce propos.

Mon triptyque qui se nomme « l’effroyable malentendu » est  une scène en trois parties(logique pour un triptyque)  sur bois ,techniques mixtes,acrylique et collage plus un dripping « mesquin » : une  seule et unique grosse goutte se fait remarquer au milieu d’un ensemble assez lisse de texture , j’avais peint une grande scène tout en longueur aux tons vert  et orangé  au lycée diderot ,qui représentait une série de femmes alanguies et dansantes. Ce tableau ne me convenait plus alors j’ai tronçonné le bois en trois parts inégales et j’ai peint un triptyque .Je vous ai déjà parlé de cette manière de procéder dans un post précédent . C ‘est très agréable de « reprendre » un travail ,de faire vibrer des formes en rajoutant des éléments,ainsi tout se transforme ,rien n’est définitif comme la vie .J’ai travaillé les trois parties en même temps par souci d’unité chromatique mais sans plus réfléchir qu’une poulette cherchant le vermisseau.D’un coté une forme plutôt sombre ,en plan rapproché évoquant (pour moi) la jupe du petit chaperon rouge?De l’autre,une forme molle dans la lignée de mon tableau de la série initiale « le deuil »…celui qui s’appelle « c’est arrivé tout seul » (1994) évoquant le corps,son intérieur ,le coté caché ,les viscères  et l’attrait pour ce que je ne peux voir mais que je vis pourtant avec intensité ,j’aurais aimé devenir chirurgienne ,bel art que ce métier.

Pour la partie centrale ,j’ai collé mon premier autoportrait de 1968 ,le grimaçant que j’utilise toujours avec délice et dont j’envie à présent la spontanéité,la violence brutale et la justesse que je ne retrouverai jamais.Toute la rage de vivre de mes cinq ans .L’ensemble a été fait très vite ,l’organisation picturale s’est construite avec les corps de femmes ,les taches colorées, et puis…..cet énorme ogre aux yeux hallucinés s’est invité sans demander mon avis,droit ,surgissant du néant ,les yeux vides mais intenses,il a pris la vedette et je l’ai laissé faire ,peaufinant les creux des orbites ,la couleur légèrement translucide et rosée qui me fait penser à la couleur d’un cochon ou d’un nouveau né…je l’ai fait rose sans décider vraiment pourquoi. Je me suis rendue compte après de la symbolique attachée à la couleur rose , et du coté un peu « inapproprié » de ladite  teinte pour cet espèce de monstre informe et affolé.C’est comme ça…..Quant au titre j’y viens ,il est d’une importance fondamentale ,là encore aucun choix pré-établi ou justifiable , »l’effroyable malentendu » s’est imposé de lui même et convient très bien à ce travail,cet effroyable malentendu c’est toute la vie pour moi ,les attentes impossibles ,les déceptions cruelles,les mensonges ,les visages couverts de masques bienveillants ou effrayants qui ne correspondent en rien à l’âme ou l’essence de celui qui l’arbore,les croyances que j’ai pu avoir,les confiances que j’ai omis de donner,les impasses dans lesquelles sans cesse je me perds,Dieu qui fait des tours de passe passe,l’indifférence cruelle et sourde de ce Monde ,de mes concitoyens ,de ma propre famille.trop croire trop donner et se retrouver un beau soir sombre d’un magnifique bleu cobalt couvert d’étoiles seule ,en proie à une angoisse existentielle incoercible , émerveillée par un cadeau céleste :l’apparition magique et fugace d’une étoile filante que je m’évertue à prendre pour un « signe »,c’était avant-hier soir .

L’effroyable malentendu de croire qu’on peut partager certaines choses,que les bonnes intentions seront toujours celles qui gagnent qu’il suffit d’être digne pour se faire respecter.non,cet été ne fut ni facile ni reposant.l’été la lumière est au zénith et moi j’ai besoin de zones d’ombre pour me retrouver.

un petit mot tordant de  ma Chloé….:en voyant ce travail sur ma page facebook celle ci s’est exclamée « mais qui c’est ce barbapapa baconien sous acide???!!! »J ‘accepte entièrement cette synthèse facétieuse et d’une justesse troublante.Chloé voit mes tableaux mieux que quiconque ,heureuse qu’ils parlent à son cœur et à son esprit.

l'ffroyable mal

Femme,corps

de la série « kitchen paintings »,un tableau sur bois,acryliques,et vernis.2007. thème tant aimé:le corps;le corps féminin,mon corps .

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Il fait chaud , bien à l’abri dans l’atelier , j’ai pioché ce travail qui ne m’appartient plus .Je l’ai offert à Émilie.il convient bien à ce jour d’ombres et de lumière.

Nous pourrions convoquer la représentation du corps féminin qui m’obsède depuis longtemps mais que j’ai abandonnée au profit de l’invention de corps,improbables, multiforme,asexués,mes bitteballerina,nicht ,noch sein ,qui va dans le sens d’une peur de la représentation de ce qui existe,de mon envie de liberté ,de ma fascination pour le monstre en soi.Malgré tout ,le corps continue de me tenailler ,de m’empoigner la tripe ,il est là toujours ,je suis un corps .Quelle relation avez vous avec votre première maison,votre havre ou votre enfer? Quelle relation avez vous avec le corps de l’Autre ,des autres ,de la foule ce grand corps amorphe et parfois hystérique qui moi ,me terrorise;le corpus ,l’objet…..Au Japon ,il y a très peu de représentation du corps dans son entier et pourquoi ?Et qu’indique cette obsession du corps parfait ,lisse ,sans poil ,en creux,dominé,asservi qui peuple nos magazines ,hantent la tète des petites filles (la mienne m’a dit détester ses cuisses qu’elle trouve  : »grosses et répugnantes « ,elle a neuf ans….).Toutes ces questions……J’ai faim!

Je suis partie en vacances à Biscarosse entre mer et lacs d’eau douce.cela faisait longtemps que cela n’était pas arrivé et j’en ai vu des corps , presque nus .J’aime décidément les corps pour ce qu’ils sont,les bourrelets,les petits ventres d’enfants,les poils qui s’échappent,les peaux de toutes nuances,tartinées d’ huile solaire,ensablées ;Mais je me suis éloignée de ma vieille attirance pour la première fois…. : j’ai dessiné sur le motif des pins aux troncs mauves dans la lumière  enflammée de fin de journée ,j’ai essayé de capter l’âme des lieux,la structure presque géométrique ,de ces landes que j’affectionne ou j’aimerais finir mes jours,chauffer mes « vieux » os (ce vœu date de 1986 ,un jour  avec mes potes on est partis boire du blanc et bouffer des huitres à Gujean- Mestras ,je leur ai dit ça ,ils m’ont traitée de pauvre folle :penser à ses vieux jours pendant ces folles années ,c’était presque….provocateur et risible , mais je n’ai pas peur du ridicule et je suis tenace dans mes désirs,très tenace).Oui , il se passe vraiment des choses dans ma vie d’embryon d’artiste,dessiner est pour moi difficile ,cerner le trait ,le contour des choses,discriminer,tracer; et j’y suis arrivé ,même si ces quelques croquis ne valent pas un kopek ,pour moi ils signifient l’espoir,l’ouverture,le renouveau ,l’enchantement devant le monde(c’est beau un paysage….c’est une fenêtre ouverte…..) je n’ai pas fini avec tout ça,les perspectives s’étirent à l’infini ,nicht ,noch sein…..nicht noch sein,le plus longtemps possible!