Laid corps

Il y a quelques jours je suis allée m’acheter un maillot de bain. C’est une chose que je déteste faire, devoir essayer en cabine dans la chaleur, sous le feu d’une lumière cruelle un tout petit bout de tissu avec lequel vous allez bronzer nager à la plage vous exposer… D’ailleurs à la plage je n’y vais plus ou presque. J’ai perçu l’étonnement dans les yeux de ma petite soeur Nini cette année, quand j’ai décliné ses invitations. Elle sait pertinemment qu’aller à l’océan m’allonger comme un félin heureux sur le sable c’était la chose que je préférais au monde, j’attendais ça toute l’année… Surprise et un peu triste, elle doit faire le compte de toutes les heures passées ensembles à la plage, à dire des choses inutiles, à nous étaler mutuellement de la crème solaire dans le dos, à rire et humer les embruns sans aucun autre objectif que celui de passer le temps. Toutes les heures passées dans les courants souvent brutaux de l’Atlantique à hisser nos corps pour prendre la vague, se retrouver soulevées légères et un peu ivres, regarder les gens sur la plage comme des petites tâches de couleur, si lointaines…

Je me déshabille et commence les essais, j’ai pris trois maillots « une-pièce » pour cacher ce que je peux de ce corps que je n’aime pas et que je ne supporte plus… Mes épaules larges sont belles, des épaules de nageuse justement, accompagnées de seins opulents (qu’ils soient « tombés » après la maternité ne me dérange pas). Ma taille est à peine marquée parce que j’ai pris du gras au fil des années rien de choquant, et mon ventre est  rebondi je suis une femme… Jusque là tout va bien, j’aime ma peau encore souple et hâlée avec les tatouages, les cicatrices qui signent toute une vie. Ensuite tout bascule: mon bassin enfantin est ridicule, mes fesses ont disparues sous les effets répétés d’une trithérapie destructrice, avaleuse de chair, de forme. Et le pire reste à venir: ce sont mes jambes maigres sans aucun modelé, mes jambes qui ressemblent à quoi au juste, je n’en sais rien. Sèches assez musclées aux mollets, les cuisses inexistantes, les genoux cagneux et difformes avec l’inflammation permanente et la grande cicatrice qui traverse le bas de la cuisse droite jusqu’au dessous du genou. Je regarde à peine ce corps disproportionné que je ne sens pas comme « mien », ce corps est le résultat des traitements chimiques répétés, il suffit d’aller  voir à la rubrique « effets secondaires du traitement »mais bon, je suis encore vivante. Le maillot en taille 42 me convient, noir moulant avec des petites coquilles Saint Jacques dorées  en guise de boutons sur le devant qui retiennent le décolleté, ils  me font sourire ces boutons je les trouve adorables. Je prends.

Il y a longtemps que je n’aime plus l’été. La plage l’océan avaient la fonction d’anesthésier ma douleur jusqu’à maintenant et c’est terminé. Les dates anniversaires se chevauchent s’accumulent pour former une constellation pesante et sombre, comme un voile de deuil sur la canicule. Mon père parti sans laisser de trace en août 1964 ou 1965 je ne sais pas. Mon père qui est mort brutalement le 08 Août 1994 ça je sais. Ma contamination au VIH l’été de 1984 ou 1985 je ne sais plus…Les résultats de l’analyse de la présence du virus du sida dans mon sang en Août  1989 ça je sais. Et puis pour faire la nique à cette chape de plomb une grande victoire: la naissance de ma fille Saskia, mon trésor. Le triomphe absolu de la pulsion de vie sur la mort le 24 juillet 2004… Je ne me laisse pas faire par le destin. Je suis une boxeuse-née!

Pourquoi je parle de ça ici, sur ce blog sensé être artistique? Parce que la vie modèle, forme, exploite, explore les contours de toute création qu’on le veuille ou non. Même si franchement ça m’emmerde royalement. Longtemps j’ai eu coutume de dire  que mes toiles étaient mes enfants, c’était avant Saskia. J’ai souvent parlé de mes tableaux comme d’une seconde peau, la métaphore de mon corps. Ne parle t on pas du « corpus » de l’oeuvre? D’ailleurs, le corps a longtemps été au centre de mes préoccupations artistiques, le corps et la sensualité qui en découle, le plaisir et la douleur qui forment comme la toile de fond d’une vie, la mienne…

« En vrai », j’aurais tellement préféré être la fille de Marcel Duchamp… Élaborer un travail purement intellectuel brillant dénué d’émotion oui vraiment j’aurais adoré, défaire déconstruire les certitudes avec humour et distanciation: quelle jouissance totale. Mais ma vie en a décidé autrement dommage. N’empêche rien ne m’agace plus que la vision romantique des artistes maudits souffrants créant dans le pathos, les stupéfiants et la désolation. Pour un Rimbaud, un Van Gogh combien d’imbéciles croyant être des génies parce qu’ils sont pauvres bourrés et …incompris. La souffrance ne fait pas le génie, ce serait trop facile.

Il n’y a que le travail qui compte.

Une chose est certaine, je n’aime plus me baigner dans l’océan et m’exhiber sur la plage. Je suis triste.

Et le corps de l’oeuvre s’allège obstinément dans mes nouveaux travaux qui se jouent en couches fines et répétées, avec les effets du fameux glacis qui m’émerveillent. Marquer une limite, oui c’est ça… Comme si j’avais pris mes distances avec les débordements de ce corps que finalement je n’ai jamais aimé, que j’ai mis des décennies à respecter… Il aura fallu un non deux virus mortels pour que je prenne conscience de sa valeur. Le regard des hommes ont tressé ma tendre couronne d’épines, celle dont parle Frida dans le tableau « unos cuantos piquetitos », cette coiffe qui m’a transpercée fait saigner et tant souffrir… Mon corps fut longtemps au centre du combat objet de désir ou de rejet sans connaitre l’apaisement.

Moi au fond je ne sens rien, j’ai quitté mon enveloppe depuis… si longtemps. Je ne me sens vivre que quand je tiens un pinceau c’est lui qui me permet de vaincre le dégoût et la peur.Une chance.

Alors je regarde mes cinq nouvelles séries qui sont venues à moi sans prévenir, sans intention comme si je récoltais enfin MES fruits… De la peinture, des couleurs des surfaces et des nuances, tout sauf un travail abstrait décoratif, cette  abstraction d’ordre technique qui se pratique tant actuellement qui dit tout et ne me dit rien à moi. Je ne sais pas encore ce qu’elles ont à me dire à me souffler à l’oreille mes toiles. J’ai l’impression d’avoir mis mon âme au bout de mon pinceau et j’ai peur parce que je suis difforme et je suis nue. Elles sont tellement proches de « l’invisible » que je doute de trouver une galerie ou un lieu qui puisse accepter de les exposer. L’éternelle question étant de savoir si je mérite mieux que le silence, mieux que l’indifférence.

Elles(mes peintures) sont tout contre mon cœur, mon corps. Ce corps sourd aveugle et insensible auquel malheureusement je ne donne aucune véritable valeur.

 

Alors je vais continuer.

Langon  le 20/07/2018.

 

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The right profil

poser…….

.cet exercice que j’aime, qui signale que l’on est en vie,l’ossature solide.

hier 14 février c’était à Colette que j’ai pensé,cette série d’elle, nue sur une fourrure d’opérette,la mousse légère de sa chevelure,le regard oblique et doux.

il sait quel sens je donne à ces moments d’intimité,de dévoilement ,d’abandon.c’est un beau cadeau à faire à celle ou celui qu’on aime,le prendre….en photo.

blog « kamera-obskura » Arte, 14/02/2009 Toulouse;cliché de Francis , série « valentine ».

65858_valentine1_copieCette photographie est relativement ancienne ,et je suppose que l’élasticité de ma peau s’est relâchée depuis!! Mais qu’importe ,ce jour là j’étais bien en accord avec ce foutu corps,papillon éclatant sur fond noir,la lumière vive rend ma peau presque laiteuse.Un recadrage pudique mais volontairement « limite » offre à l’imagination certainement beaucoup mieux que ce qui tenu dans mes paumes, sans blague…

J’offre à voir une forme d’abandon maitrisé, oui je regarde sur le coté avec un sourire en coin, j’adore jouer les coquettes. Mais je sais que tu me fixes avec l’objectif,et je sais aussi que tu tiens là mon meilleur profil…

Les images ne vieillissent jamais.

Puppa 58 puppa58

je n’ai jamais joué à la poupée; ma grand’mère me disait  : » mais carolina , habille donc tes poupons ils sont tous nus , ils vont prendre froid… »

je ne répondais rien , je pensais simplement comment pourraient ils avoir froid : ce ne sont que des poupées?

j’avais une poupée que j’aimais , mais on ne parlait pas doudou à l’époque,un jour je me suis assise sous la table , écoutant les voix des adultes qui ignoraient ma présence : je l’ai littéralement déchiquetée en menus morceaux avec, désinvolture , remplie d’une haine glacée.  je devais avoir 4 ans.

petite fille modéle en robe blanche , le dimanche.

cette poupée à tète d’esquimau….je l’ai détruite avec méthode ce devait ètre les débuts de » la petite fabrique de l’écorchage ».

ils n’ont pas eu de réaction….

Mieux vaut en rire , nest ce pas ? et travailler plastiquement avec des poupées.

j’en cherche en permanence.

95889_lulu-1Je n’ai rien à rajouter.

Femme,corps

de la série « kitchen paintings »,un tableau sur bois,acryliques,et vernis.2007. thème tant aimé:le corps;le corps féminin,mon corps .

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Il fait chaud , bien à l’abri dans l’atelier , j’ai pioché ce travail qui ne m’appartient plus .Je l’ai offert à Émilie.il convient bien à ce jour d’ombres et de lumière.

Nous pourrions convoquer la représentation du corps féminin qui m’obsède depuis longtemps mais que j’ai abandonnée au profit de l’invention de corps,improbables, multiforme,asexués,mes bitteballerina,nicht ,noch sein ,qui va dans le sens d’une peur de la représentation de ce qui existe,de mon envie de liberté ,de ma fascination pour le monstre en soi.Malgré tout ,le corps continue de me tenailler ,de m’empoigner la tripe ,il est là toujours ,je suis un corps .Quelle relation avez vous avec votre première maison,votre havre ou votre enfer? Quelle relation avez vous avec le corps de l’Autre ,des autres ,de la foule ce grand corps amorphe et parfois hystérique qui moi ,me terrorise;le corpus ,l’objet…..Au Japon ,il y a très peu de représentation du corps dans son entier et pourquoi ?Et qu’indique cette obsession du corps parfait ,lisse ,sans poil ,en creux,dominé,asservi qui peuple nos magazines ,hantent la tète des petites filles (la mienne m’a dit détester ses cuisses qu’elle trouve  : »grosses et répugnantes « ,elle a neuf ans….).Toutes ces questions……J’ai faim!

Je suis partie en vacances à Biscarosse entre mer et lacs d’eau douce.cela faisait longtemps que cela n’était pas arrivé et j’en ai vu des corps , presque nus .J’aime décidément les corps pour ce qu’ils sont,les bourrelets,les petits ventres d’enfants,les poils qui s’échappent,les peaux de toutes nuances,tartinées d’ huile solaire,ensablées ;Mais je me suis éloignée de ma vieille attirance pour la première fois…. : j’ai dessiné sur le motif des pins aux troncs mauves dans la lumière  enflammée de fin de journée ,j’ai essayé de capter l’âme des lieux,la structure presque géométrique ,de ces landes que j’affectionne ou j’aimerais finir mes jours,chauffer mes « vieux » os (ce vœu date de 1986 ,un jour  avec mes potes on est partis boire du blanc et bouffer des huitres à Gujean- Mestras ,je leur ai dit ça ,ils m’ont traitée de pauvre folle :penser à ses vieux jours pendant ces folles années ,c’était presque….provocateur et risible , mais je n’ai pas peur du ridicule et je suis tenace dans mes désirs,très tenace).Oui , il se passe vraiment des choses dans ma vie d’embryon d’artiste,dessiner est pour moi difficile ,cerner le trait ,le contour des choses,discriminer,tracer; et j’y suis arrivé ,même si ces quelques croquis ne valent pas un kopek ,pour moi ils signifient l’espoir,l’ouverture,le renouveau ,l’enchantement devant le monde(c’est beau un paysage….c’est une fenêtre ouverte…..) je n’ai pas fini avec tout ça,les perspectives s’étirent à l’infini ,nicht ,noch sein…..nicht noch sein,le plus longtemps possible!

Monsieur Poupoute dit « the father »

à l’origine,c’etait un tableau sur mon père..qui ne me satisfaisait pas.alors 6 ans après la première partie,je l’ai continué.rien ne disparait jamais en peinture,tout vibre,couches après couches…monsieur Poupoute se tient digne ,élégant ,élancé.j’ai joué sur le fond coloré ,qui apparait sous les bandes opaques(qui font référence  aux masque Yacouba),horizontales calmes.dessous,dessus,derrière,devant,la silhouette de Poupoute se détache vertical ,cerné de noir.mix’art myrys;acrylique et collages.1997-2003

30597_mr_poupoute_the_fatherC’est toujours un peu la même chose…Une avancée lente ,par degrés un peu comme l’alpinisme,on se retrouve sur des petites plateformes rocheuses inconfortables ,bivouac,repos,reprise…La peinture ,la création c’est cela :  ce que j’essaie de montrer ici peut être de manière un peu répétitive….Comme régulièrement ,je doute de l’intérêt d’un blog de ce type ;qui s’intéresse au processus de création ? Par contre ,je sais que la misère humaine fait vendre,la mienne comme celle des autres ; je suis une candidate de choix ,je vous ai décrit mes maux en plusieurs épisodes ,les aléas des rendez vous médicaux ,les avis parfois implacables des médecins qui pensent avoir du pouvoir sur leur patient .Je vous ai parlé de ma ,de mes multiples douleurs qui font tellement parti de mon personnage que mon entourage ne considère pas  que cela puisse représenter un handicap pour moi et il parait que c’est de ma faute : j’en fais trop ,j’ai le gout de la discipline ,j’ai été élevée à la dure car « chez ces gens là monsieur,on pleure pas monsieur ,on ne dit rien ». Ce serait déplacé,impudique,égocentrique et mal élevé ; et j’ai bien compris le message. Il faut serrer les dents et ne pas geindre , un jour on meurt ,un point c’est tout.le pathos est évacué ,inexistant.Et je me retrouve ainsi à cinquante ans avec des genoux usés jusqu’à l’os (sans jeu de mots!) d’avoir marché en serrant les dents ,gonarthrose au dernier stade,en français cela veut dire plus du tout de cartilage sur les articulations ,les os se touchent .les médecins qui découvrent cela aujourd’hui me demandent tous : »mais comment faites vous pour marcher sans boiter? » « pourquoi ne pas avoir dit que vous souffriez autant? »,je suis bien incapable de donner une réponse sensée ,il n’y en a pas .je n’ai agi de cette façon que parce que j’ai été programmée ainsi pour tout supporter en silence,et ne pas en rajouter,ne pas me plaindre d’un truc « encore « en plus de tout ce que mon corps supporte déjà ;vous aviez raté l’épisode « glaucome » et bien la suite sera très excitante,pose probable d’une jolie prothèse ; je me dis que cela ne sera pas si mal en fait ,j’espère pouvoir peindre à nouveau au sol : je ne peux plus ,et l’épisode des décors m’a montré combien il m’était pénible de garder l’après midi entier la station debout pour travailler mes toiles….Je ne veux pas penser à l’intervention,à la rééducation.Je suis déjà à passer mentalement une nouvelle couche sur mes derniers tableaux,transformer mes épreuves numériques en oeuvres réelles de grand format :je l’ai fait pour les décors,c’est génial , et je vais continuer dans ce sens .

Mourir et renaitre….encore une fois,et puis quoi ?

bleu

je trouve ce latex posé sur du drap blanc..très beau,les incidents de séchage,l’été au soleil,c’est une surface de « rêve » pour moi,alors juste un point bleu pour marquer ma volonté d’espérer,d’agir.

Image

J’ai déjà parlé ici du latex.Ce n’est pas un matière « facile » ,elle pue ,coule ,sèche en gondolant ,devient rousse au soleil et se transforme comme une vieille peau  de cochon.Cette matière me rappelle un amuse- bouche espagnol que je mangeais dans ma jeunesse de l’autre coté de la frontière à « san sé » .Une sorte d’écorce ,de chips faite à base de couenne de porc ,écœurant à souhait mais très salé ça passait hyper bien avec un gin tonic….Ach la movida  en pays basque sud .Bref , tout ça pour dire que je viens de racheter un gros pot de latex, je vais pouvoir l’utiliser puisque  je peux  de nouveau travailler dehors(les vapeurs  de ce produit sont déplaisantes et toxiques) .Je me demande ce que je vais recouvrir de ce matériau quasi anthropophagique… Il est bien question ici de la peau de l’œuvre ,cela renforce l’équation : artiste:œuvre/corps .

Je suis de bonne humeur aujourd’hui , et c’est pour cette raison que je poste ce travail ,je me vois encore sur la terrasse ensoleillée à Tolosa ,ma « peau » devant moi ,à me dire  : »bon ,avec ça qu’est ce que je fais ? » (le meilleur moment de la vie…… ou tout reste à imaginer ); J’ai fouillé dans mon vieux cabas  qui renferme des trésors récoltés au fur et à mesure du temps..;et ,je tombe sur une page de pastilles bleues ;et bien voilà! Je colle ma pastille en bas à droite .Je connais la théorie des complémentaires ,je l’applique de manière décontractée et….on ne voit que lui .Ce petit point bleu dans un espace jaune charogne.Il nous inspire la vie ,l’espoir ,les nués,l’horizon,le voyage,l’immensité…..Tout ça à cause d’un modeste rond bleu , la petite bulle de liberté qui change l’espace de création,c’est pas beau les arts plastiques????

La peau

la peau est une couche fine,parfois flétrie.elle est frontière entre le dehors et le dedans.elle attise le feu d’un regard,elle désigne,elle donne à voir ….quoi?histoire de peau,histoire de soi,la géographie du moi.j’ai pas de peau,je suis nue comme un ver.sans défense,face aux attaques de l’autre.je t’ai dans la peau,tu fais parti de moi,reste encore un peu…en moi.tu n’as plus d’existence,dans mon enveloppe,moi,je t’ai gardé.peau d’ange,cœur noir?les anges ont ils la peau douce ou bien striée d’écailles brillantes?couleur argent,couleur du temps,des nuages ronds,d’un ciel changeant…..la peau de chagrin,quand il ne reste presque plus rien.qui se ramasse et puis se jette…dans un coin.le chagrin est une peau qui colle aux os,trop petite,elle entrave les mouvements;jusqu’à faire disparaitre,le reste immolé de l’être.peau tissage,peau couvercle qui cache un feu brulant ,méandres torturés sous l’aspect du calice………cette peau,pas celle qu’on croit,ni celle qu’on veut.souvent ,notre peau…. ment; (texte 2006;remanié 2008,Carolina)

Hier une amie très chère à mon cœur a posté sur mon mur un lien…..j’ai cliqué immédiatement ce que je ne fais jamais et je suis tombée sur un individu absolument fascinant,et  tout à fait perdu pour ce monde ci : david Nebrada,il se trouve qu’après avoir fait maintes recherches sur internet ,je me suis souvenue en avoir entendu parler ,il y a très longtemps par le biais d’un article de catherine Millet dans Artpress ,revue à laquelle j’étais abonnée étudiante en arts.j’avais détesté le ton ,les arguments  de c  Millet,ce n’est pas lui qui m’agaçait mais la manière dont la culture artistique contemporaine pouvait exhiber et décortiquer un type de cette envergure ,le digérant lourdement en le plaçant sans réfléchir dans le mouvement du body art ,excessif……J’avais oublié ,mais lui ,son corps décharné,cette peau tendue ,scarifiée ,sanglante ,sale parfois couverte d’excréments n’avait pas quitté mon crane,Emilie l’a fait ressurgir.il me reste à lire les livres qui ont paru sur lui ,écrit par lui,le dernier notamment sans image….j’ai passé une horrible journée hier , pour diverses raisons et le regard vide de david Nebrada y est pour quelque chose….alors j’ai sorti cet article écrit ,réécrit ,que je pourrais encore modifier à l’infini car il parle de quelque chose qui me touche ,me brule ,suinte de sang imaginaire  : ma peau.le sentiment permanent de ne pas en avoir justement,cet organe immense qui nous protège de l’extérieur ,ce contour que je ne sens pas bien ,je n’ai pas de limite et ça fait mal ,je me suis un être flou,éthérique un gros nuage perdu ,à la merci de la moindre remarque ,du moindre désaveu ,désamour ressenti cruellement,de manière disproportionnée ,j’en ai conscience .Ma peau qui signe la différence l’origine, ma peau noire ,ma peau stigmate ,ma peau fine,sèche de femme maigre,tendue….

et je cherche encore et toujours qui me donnera forme durablement,sans trop y croire.Un jour ,j’aurais ma peau.

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je crée une nouvelle rubrique,j’ai bien réfléchi,j’ouvre une nouvelle porte.errances…j’aurais pu l ‘ appeler : » »de la poétique »,oui ,aussi ,errances.c’est mieux.
« au temps de la misère ce sont les prêtres de Dionysos,les poètes,qui errent d’un pays à l’autre dans la nuit sacrée pour tenir les hommes en alerte. »Holderlin.
ici,j’essaierai de définir (ça vient j’ai écrit plusieurs textes,enfin)l’objet blog.je parlerai également des processus créatifs,des mots,du manque,des relations aux visiteurs,leurs regards,leurs commentaires.
ce phénomène du blog est tellement frappant ,tellement fulgurant,tellement insignifiant aussi,qu’il faut tenter d’en cerner les contours.ce que je ne comprends pas me brise….l’âme.
je poste moins ici,plus ailleurs…je ne veux pas que ce blog ci devienne une machine huilée nourrit par des actes répétitifs,lénifiants,sans surprise,et surtout pas une obligation ou une formalité…il est si facile de dire ce qu l’on ne veut pas,sans savoir en fin de compte ce que l’on cherche.pourtant chercher ,c’est ce qui motive toute mon existence,d’où l’errance.
un blog est un simulacre de vie,et celle ci n’est pas toujours excitante;en ce moment mon blog est gris,lent,les yeux tournés vers l’intérieur,même si je semble vous tourner le dos.je n’ai jamais été autant ici.

Pas de dessin,pas de peinture ,pas de croquis ,juste ce texte que j’ai écrit en 2008 ,il reste cruellement d’actualité.pourtant retourner sur ses pas ,remonter le chemin est extrêmement riche et réconfortant.c’est ici que cela se passe et pas ailleurs;Je peux faire le point et dire que non je ne stagne pas même si en apparence…;non,bien au contraire ,je galope comme une cheval bleu ,sauvage;j’ai déménagé deux fois , j’ai beaucoup pleuré et je pleurerai encore,je me suis renfermée ,dans une vie un peu terne , ;j’ai combattu en me laissant vivre presque sans manger , en suivant deux thérapies très axées sur le corps et l’esprit mêlé,et là j’ai cru mourir mais non,j’ai « juste » changé la forme de mon corps et le cours de ma vie,il y a plus : j’ai éteint ma colère cataclysmique ,je crois que c’est ce que j’ai fait de mieux pour me sauver la vie. Saskia a grandi ,elle se détache de moi ,me donnant des coups de tète brutaux puis se nichant contre mon sein tel un nouveau né (comme c’est dur ,comme c’est cruel et sage un enfant qui grandit) .J’ai retrouvé ma dignité d’artiste embryonnaire en retrouvant les pinceaux ,le papier ,un lieu réel pour me poser…

Et puis?

J’ai plus que jamais mal au dos mais je lui fait la fête à ce corps indocile , en pratiquant un sport que me laisse ivre de fatigue ,de courbature pourtant,  je souris car j’ai retrouvé de la force un peu ,de l’équilibre beaucoup et une prestance qui m’aidera dans l’avenir;ma production n’est pas impressionnante ,ni « géniale »,ni commercialisable d’ailleurs.Plus je vieillis et plus j’ai conscience que mon travail est une bataille permanente contre les démons ,pas une œuvre au sens classique ….Certains de mes tableaux finiront peut être dans la collection d’un hôpital psychiatrique (ça existe encore ,le lieu pour les fous ??);reconnue enfin ,morte ,apaisée. Moi,enfant du siècle dernier avec toutes les déboires que cela implique ,ces maladies ,qui durent et usent comme l’eau qui coule sans cesse sur la pierre et la rend polie,douce, je vais finir comme un galet .J’ai retrouvé ma taille de jeune fille ,j’ai gardé mon âme lucide et entière;je ne concède pas ou seulement sur l’apparence des choses.je tourne le dos au Monde et creuse ,creuse encore plus profond.j’ai fini de haïr ma Mère cette nouvelle année ,ce n’est pas rien, j’ai pardonné à ceux qui m’ont offensée et souillée,je crois que je suis prête….enfin….j’espère.