Ourses Papilons

OURSES PAPILLONS

Nous de la flamme

Ou de sa nuit

Avec un arc si fin sous le front

Nous ouvrons le sol face au vide

Nous déclarons le cœur gonflé de paille chaude

Nous regardons la blancheur accompagner notre taille

Quelques bouts de soie suffisent

Une fourrure fermée

Sans craindre l’ours ou l’ivresse du papillon

Car nos yeux notre bouche traversent poupées et déjà femmes

Ensemble mais sans dépasser l’ombre de la jumelle

Nous n’avons qu’une fleur différente

Plus légères que la présence

Anonymes pour mieux rester libres

Régis Roux ; le 27 octobre 2018.

Je laisse à Régis que je remercie les mots pour décrire ma création actuelle, faite de fils de gaze, de tulle de coton ancien de petits bouts de tissus conservés avec amour, de dentelle héritées de ma grand tante. La seule ou presque dans ma famille à croire en moi et à alimenter de menus présents ma création. J’espère que là ou elle est aujourd’hui elle sourit quand elle me voit fouiller dans ma cassette à vieilles dentelles .Dentelles qui viennent de sa mère, dentelles qu’elle a avec patience décousues de vieux linges de nuit, caracos et autres culottes fendues. C’est très âpre en ce moment et je me raccroche à mes aiguilles comme à un gouvernail.

20170605_160351

Publicités

Les quatre éléments

Depuis plusieurs années je couds je brode avec les vagues souvenirs de conseils donnés par ma grand mère lors des trop longues vacances d’été en solitaire. J’affectionne particulièrement la confection de poupées, elles ont quelque chose de fascinant.Et si on veut bien faire parler tonton Jung il y a une raison originelle à cette passion. J’en ai déjà parlé ici, lorsque j’étais âgée de 4 ans je possédais un petit poupon que j’adorais qui représentait un esquimau. Il était fait en tissu et vraie fourrure avec, si mes souvenirs ne me trahissent pas trop une tête  et les mains en porcelaine. Un jour de rage sourde je l’ai démembré, sous la table entre les grandes jambes des adultes certainement attablés pour un de ces longs repas dominicaux tellement ennuyeux pour moi, unique enfant de la famille. Je n’ai plus de détail de cet événement. Mais n’empêche, cinquante ans ont passé et je tourne encore autour  des poupées, désormais je ne les détruis plus bien au contraire je les conçois, je les couds, les assemble je leur donne vie. La boucle est bouclée et ça me va très bien.

J’ai commencé à me faire la main avec des petits animaux et puis ensuite j’ai voulu créer mes propres poupées plus proches des fétiches que des doudous pour bambins… La poupée déborde de significations: ludiques, rituelles, esthétiques. Même désacralisées elles sont les intermédiaires entre deux mondes: le vrai et le simulacre, l’animé et l’inanimé, le jouet et le fétiche, le sacré et le profane…

Toutes ces raisons et d’autres certainement obscurément liées à des phénomènes inconscients font que je me sens faite pour créer ces objets. Je deviens démiurge. La poupée parle également de la place de la petite fille future femme, d’ailleurs ce qui est drôle c’est que je n’ai pas joué « aux poupées ». Je les abandonnais à moitié dénudées sur le carrelage quand je n’avais coupé la moitié de leur chevelure pour des expériences capillaires punk avant la lettre. Je me souviens de mes tantes, de ma grand mère prenant une voix faussement attristée totalement ridicule pour me dire que je n’étais pas une »bonne maman » que mes bébés allaient prendre froid traités ainsi, je me souviens les avoir regardées d’un œil torve qui voulait dire : »vous me prenez vraiment pour une imbécile non? » et je suis polie… Je n’étais pas une petite fille « facile » mais tellement calme…. Et sage, du coup personne ne se posait la question de savoir si j’allais bien, bref.

J’ai donc commencé il y a trois ans une série de quatre poupées fétiches qui incarneraient les quatre éléments (j’ai fait des recherches dans ce sens sur la symbolique des éléments les signes dédiés tout ça).  J’ai confectionné les corps  dans une bonne toile de lin issue de vieux draps (j’en ai des kilos achetés il y a des années sur le marché aux puces à Toulouse ), à l’époque ça ne coûtait rien comme j’ai bien fait. Dans le corps rempli de ouate issu d’un vieil oreiller j’ai glissé un petit cœur d’argile des rognures d’ongles des cheveux m’appartenant (on est sorcière et on l’assume)! Ensuite je les ai tatouées sur les bras en inscrivant les signes magiques incarnant la terre l’air le feu et l’eau, puis j’ai confectionné des robes plus des sur-jupes et des ceintures dans différents tissus censés représenter les éléments invoqués: par exemple j’ai fait le choix d’une grosse bure marron pour la sous robe de Lurra (la terre en basque), celle ci porte des teintes sobres noir brun beige et elle a comme bijou un morceau de tige de fruit de camélia. Son vêtement est rigide et lourd pour symboliser les forces de la Terre.

J’ai laissé de côté ces quatre objets pendant deux ans prise par de nouveaux projets. Mais je reviens toujours sur mes pas et comme cet été j’ai pris une claque lorsque j’ai terminé mes séries picturales sans pouvoir imaginer et réaliser les encadrements qui me permettraient de les exposer au public…(allo Papa Freud vous pouvez passer mardi soir? )… J’ai été prise d’une tristesse et d’un accablement sans fond. La seule chose qui pouvait me redonner de l’énergie c’était de reprendre d’autres projets laissés en suspens. C’est une bonne chose pour moi d’avoir toujours des trucs à finir sous la main. Je quitte la peinture pour le moment pour un mois un an pour toujours je n’en sais rien. Je ne cherche pas à perdre du temps à creuser mes cendres. Je construis j’élabore je crée… Les poupées que je fabrique ont certainement une vertu curative et apaisante. En tout cas elles m’ont redonné le sourire en les voyant enfin terminées, belles pleines de mon pouvoir féminin. Elles incarnent ma force productive.

Depuis j’ai enchaîné sur la finition de calebasses modelées en papier mâché( une trentaine), elles aussi ont une fonction symbolique j’y reviendrai. Je me pose beaucoup de question pour la suite. J’ai envie de couler mes jours sur le bassin, modeler la terre faire cuire mes pots, mes lubies mes douces chimères, me promener avec le chien (que je n’ai pas encore) les pieds nus dans le sable noir et parfumé à l’iode d’Andernos ou Gujean Mestras.

Voir les saisons passer.

Rien d’autre.

 

 

Laid corps

Il y a quelques jours je suis allée m’acheter un maillot de bain. C’est une chose que je déteste faire, devoir essayer en cabine dans la chaleur, sous le feu d’une lumière cruelle un tout petit bout de tissu avec lequel vous allez bronzer nager à la plage vous exposer… D’ailleurs à la plage je n’y vais plus ou presque. J’ai perçu l’étonnement dans les yeux de ma petite soeur Nini cette année, quand j’ai décliné ses invitations. Elle sait pertinemment qu’aller à l’océan m’allonger comme un félin heureux sur le sable c’était la chose que je préférais au monde, j’attendais ça toute l’année… Surprise et un peu triste, elle doit faire le compte de toutes les heures passées ensembles à la plage, à dire des choses inutiles, à nous étaler mutuellement de la crème solaire dans le dos, à rire et humer les embruns sans aucun autre objectif que celui de passer le temps. Toutes les heures passées dans les courants souvent brutaux de l’Atlantique à hisser nos corps pour prendre la vague, se retrouver soulevées légères et un peu ivres, regarder les gens sur la plage comme des petites tâches de couleur, si lointaines…

Je me déshabille et commence les essais, j’ai pris trois maillots « une-pièce » pour cacher ce que je peux de ce corps que je n’aime pas et que je ne supporte plus… Mes épaules larges sont belles, des épaules de nageuse justement, accompagnées de seins opulents (qu’ils soient « tombés » après la maternité ne me dérange pas). Ma taille est à peine marquée parce que j’ai pris du gras au fil des années rien de choquant, et mon ventre est  rebondi je suis une femme… Jusque là tout va bien, j’aime ma peau encore souple et hâlée avec les tatouages, les cicatrices qui signent toute une vie. Ensuite tout bascule: mon bassin enfantin est ridicule, mes fesses ont disparues sous les effets répétés d’une trithérapie destructrice, avaleuse de chair, de forme. Et le pire reste à venir: ce sont mes jambes maigres sans aucun modelé, mes jambes qui ressemblent à quoi au juste, je n’en sais rien. Sèches assez musclées aux mollets, les cuisses inexistantes, les genoux cagneux et difformes avec l’inflammation permanente et la grande cicatrice qui traverse le bas de la cuisse droite jusqu’au dessous du genou. Je regarde à peine ce corps disproportionné que je ne sens pas comme « mien », ce corps est le résultat des traitements chimiques répétés, il suffit d’aller  voir à la rubrique « effets secondaires du traitement »mais bon, je suis encore vivante. Le maillot en taille 42 me convient, noir moulant avec des petites coquilles Saint Jacques dorées  en guise de boutons sur le devant qui retiennent le décolleté, ils  me font sourire ces boutons je les trouve adorables. Je prends.

Il y a longtemps que je n’aime plus l’été. La plage l’océan avaient la fonction d’anesthésier ma douleur jusqu’à maintenant et c’est terminé. Les dates anniversaires se chevauchent s’accumulent pour former une constellation pesante et sombre, comme un voile de deuil sur la canicule. Mon père parti sans laisser de trace en août 1964 ou 1965 je ne sais pas. Mon père qui est mort brutalement le 08 Août 1994 ça je sais. Ma contamination au VIH l’été de 1984 ou 1985 je ne sais plus…Les résultats de l’analyse de la présence du virus du sida dans mon sang en Août  1989 ça je sais. Et puis pour faire la nique à cette chape de plomb une grande victoire: la naissance de ma fille Saskia, mon trésor. Le triomphe absolu de la pulsion de vie sur la mort le 24 juillet 2004… Je ne me laisse pas faire par le destin. Je suis une boxeuse-née!

Pourquoi je parle de ça ici, sur ce blog sensé être artistique? Parce que la vie modèle, forme, exploite, explore les contours de toute création qu’on le veuille ou non. Même si franchement ça m’emmerde royalement. Longtemps j’ai eu coutume de dire  que mes toiles étaient mes enfants, c’était avant Saskia. J’ai souvent parlé de mes tableaux comme d’une seconde peau, la métaphore de mon corps. Ne parle t on pas du « corpus » de l’oeuvre? D’ailleurs, le corps a longtemps été au centre de mes préoccupations artistiques, le corps et la sensualité qui en découle, le plaisir et la douleur qui forment comme la toile de fond d’une vie, la mienne…

« En vrai », j’aurais tellement préféré être la fille de Marcel Duchamp… Élaborer un travail purement intellectuel brillant dénué d’émotion oui vraiment j’aurais adoré, défaire déconstruire les certitudes avec humour et distanciation: quelle jouissance totale. Mais ma vie en a décidé autrement dommage. N’empêche rien ne m’agace plus que la vision romantique des artistes maudits souffrants créant dans le pathos, les stupéfiants et la désolation. Pour un Rimbaud, un Van Gogh combien d’imbéciles croyant être des génies parce qu’ils sont pauvres bourrés et …incompris. La souffrance ne fait pas le génie, ce serait trop facile.

Il n’y a que le travail qui compte.

Une chose est certaine, je n’aime plus me baigner dans l’océan et m’exhiber sur la plage. Je suis triste.

Et le corps de l’oeuvre s’allège obstinément dans mes nouveaux travaux qui se jouent en couches fines et répétées, avec les effets du fameux glacis qui m’émerveillent. Marquer une limite, oui c’est ça… Comme si j’avais pris mes distances avec les débordements de ce corps que finalement je n’ai jamais aimé, que j’ai mis des décennies à respecter… Il aura fallu un non deux virus mortels pour que je prenne conscience de sa valeur. Le regard des hommes ont tressé ma tendre couronne d’épines, celle dont parle Frida dans le tableau « unos cuantos piquetitos », cette coiffe qui m’a transpercée fait saigner et tant souffrir… Mon corps fut longtemps au centre du combat objet de désir ou de rejet sans connaitre l’apaisement.

Moi au fond je ne sens rien, j’ai quitté mon enveloppe depuis… si longtemps. Je ne me sens vivre que quand je tiens un pinceau c’est lui qui me permet de vaincre le dégoût et la peur.Une chance.

Alors je regarde mes cinq nouvelles séries qui sont venues à moi sans prévenir, sans intention comme si je récoltais enfin MES fruits… De la peinture, des couleurs des surfaces et des nuances, tout sauf un travail abstrait décoratif, cette  abstraction d’ordre technique qui se pratique tant actuellement qui dit tout et ne me dit rien à moi. Je ne sais pas encore ce qu’elles ont à me dire à me souffler à l’oreille mes toiles. J’ai l’impression d’avoir mis mon âme au bout de mon pinceau et j’ai peur parce que je suis difforme et je suis nue. Elles sont tellement proches de « l’invisible » que je doute de trouver une galerie ou un lieu qui puisse accepter de les exposer. L’éternelle question étant de savoir si je mérite mieux que le silence, mieux que l’indifférence.

Elles(mes peintures) sont tout contre mon cœur, mon corps. Ce corps sourd aveugle et insensible auquel malheureusement je ne donne aucune véritable valeur.

 

Alors je vais continuer.

Langon  le 20/07/2018.

 

20180521_16090120180519_17052320180519_17051220180521_154239

F comme…

Je termine difficilement je dois l’avouer, mes différentes séries picturales en cours. Faute d’avoir réglé certains « problèmes » personnels qui m’empêchent de m’exprimer complètement. Je suis dans les derniers détails et ça me met sur le gril ensuite il faudra penser à la mise en œuvre, l’encadrement encore des douleurs à venir, mais je fais ce que je peux honnêtement, je ne peux pas faire mieux.

J’ai commencé une nouvelle série je me confesse ici cher blog j’avoue…. J’ai pêché! C’est une fausse nouvelle série en fait. Depuis un an je collecte, je conserve les lingettes anti-décolorantes que j’ajoute à chaque lessive. Comme souvent j’ai commencé sans savoir vraiment pourquoi, j’ai mis le linge à sécher dehors pour la énième fois, sous le soleil seule et découragée. J’accrochais les culottes, les pulls, les t shirts et puis au fond de la bassine j’ai ramassé « la » lingette, elle était bleuâtre très belle alors je l’ai gardée et faite sécher comme le reste du linge, et puis j’ai continué ma petite vie en gardant toutes les lingettes que j’utilisais à chaque lavage en machine. Quelques temps après ce non événement, je me suis aperçue que la pile grandissait sur un de mes bureaux: elle symbolisait mon travail de titan secret, d’esclave discrète du foyer. C’était fort et conséquent je savais que je tenais là quelque chose de « bon », de signifiant à tous les points de vue. Alors j’ai étalé au sol la grosse pile en me disant  : » Caro il faut que tu fasses quelque chose avec ça « , à la fac j’avais découvert l’art féministe, le Pattern painting, Rebecca Horn, Laurie Anderson  et Cindy Sherman. D’autres femmes aussi qui me donnaient envie d’exister en tant qu’artiste engagée, sans compter Frida qui m’avait complètement remuée de fond en comble quand j’ai découvert son œuvre dans les années 90. Toutes ces artistes m’ont bien nourrie, je voyais dans leur travail une révolte douceâtre et distanciée. J’aimais cette féminité voluptueuse et conceptuelle et je n’ai pas oublié Le mot d’ordre absolument incontournable qui résume en quelques mots la démarche de toutes ces artistes: le privé est politique.

C’est venu tout seul c’est venu d’un coup: j’allais coudre toutes ces lingettes ensembles pour former un tout de ces actes répétés, répétitifs, fragmentés comme ma pauvre vie.Ce tapis, cette tenture, cette tente, cette couverture (je ne sais pas encore comment je présenterai cette œuvre modulable textile douce et chaude comme un nid) serait le reflet de la routine nauséeuse toujours semblable, subtilement différente qu’est ma vie. Ces lingettes grisâtres signifiaient beaucoup plus que j’aurais pu le penser au début. Alors je me suis mise au travail je ne pouvais pas attendre. Il se trouve que j’adore coudre à la main (j’ai appris toute petite avec ma grand mère pendant les longues vacances d’été solitaire), j’aime broder c’est répétitif et apaisant, c’est une tâche minuscule lente qui laisse place à la rêverie… Combien de femmes ont dû refaire leur vie dans leur tête, la magnifier sans bruit en cousant des petites chemises en coton, en ravaudant les trous dans les chaussettes de leurs hommes, en brodant un énième napperon… Papa fume Maman coud, c’est comme ça que j’ai appris à lire avec Daniel et Valérie juste après les événements de soixante-huit…

J’étais de ces rêveuses immobiles, j’étais Cendrilon, j’étais Marie Thérèse mon arrière grand mère qui ne disait jamais rien et trimait en admirant son époux, Gustave le militaire magnanime.

J’ai décidé de coudre les lingettes par dix pourquoi ? pourquoi pas il faut bien se choisir une consigne. Puis de coudre et relier chaque bande les unes aux autres avec un point serré en utilisant de beaux fils de coton perlé à broder, des fils de soie également, que je collectionne depuis des années. J’ai voulu utiliser des fils nobles et solides aux couleurs vives et luxueuses. Des bleus outremer, du rose vif, du chair du vert absinthe du blanc tirant sur l’argenté. J’ai volontairement choisi ces matériaux de qualité aux couleurs rutilantes pour créer un effet de contraste avec le matériau de rebut qu’est la lingette, un non tissé finalement très doux très solide qui possède des qualités insoupçonnées. Actuellement j’ai déjà cousu une belle surface qui symbolise ma vie de labeur. Cette tapisserie de Bayeux du pauvre, ce travail de Pénélope qui n’attend qu’elle même est carrément beau. Je ne peux pas m’empêcher de penser aux travaux d’aiguille des Amish ou l’art du Boro japonais. unnamed-file20180620_16043020180620_160456120180620_16051220180620_16052320180620_160456Toutes ces nuances de gris c’est tellement… poignant, tellement expressif de ce qu’est ma vie de ce que sont nos vies de femmes. Il n’y a pas couleur chatoyante juste d’infimes nuances de gris colorés, teintes un peu mélancoliques comme le bord de mer en baie de Somme,mes premières vacances. D’un autre coté ces lingettes sont vendues (assez chères d’ailleurs) pour éviter de ternir notre linge qui doit rester pur, blanc et ça tombe pile poil sous l’injonction totalitaire faite aux femmes sur la perfection que nous sommes sensées atteindre chaque jour: pas de poils disgracieux, pas de cellulite, pas de varice pas de graisse. Un corps glabre parfumé tonique éternellement jeune. Je remercie Chloé qui m’a mise sur la voie pour cette interprétation subtile. Ces lingettes symbolisent aussi tous nos efforts à la fois vains et constants pour rester désirables sur le marché de la chair, de la séduction. Ces lingettes  font bien leur petit travail pour absorber les vilaines couleurs qui risqueraient d’entacher la perfection à laquelle nous aspirons vainement, lingette qui une fois utilisée sera jetée à la poubelle. Cela aussi fait écho au sort des femmes qui une fois trop mûres, trop vieilles se feront remplacer par une jeune femme lisse et fraîche.Cela vibre en moi qui fait désormais partie des « invisibles ».

Le fait de les garder leur octroie une certaine valeur, le fait de les assembler les unes avec les autres leur donnent une force, une cohérence qu’en tant que »lingettes isolées » elles n’auraient jamais eu! C’est drôle non ce double sens, cela me trouble beaucoup, j’aime ça. Elles forment un tout, une grande surface qui augmente chaque jour, j’ai décidé de m’arrêter quand j’aurai trouvé un endroit pour exposer ce projet. J’ai commencé à prendre en photo les tas de poussière  issus de mon balayage quotidien et je pratique d’autres petits actes magiques dont je vous parlerai une autre fois. Comme l’union fait la force, ma meilleure amie Chloé m’a rejoint dans cette démarche  qui se nomme pour le moment « VDf » pour vie de femme… Mais nous n’en sommes qu’au début. Ce projet deviendra peut être collectif ce serait encore mieux. Que celles qui lisent ces lignes et se sentent concernées m’écrivent je suis ouverte aux vents contraires, les plus fous les plus transgressifs, je m’approche à pas de loup de ma liberté, je suis la sorcière nacrée.

Hier j’ai appris que la professeur de danse  de Saskia(très choquée) avec qui j’avais travaillé l’an dernier pour le décor de son dernier ballet et morte sous le coup d’un féminicide, abattue comme du gibier avec le fusil de chasse de son époux qui s’est ensuite suicidé. Elle était….Femme, flamme danseuse, sensuelle, courageuse, imaginative. Elle voulait vivre libre, le quitter. Il n’a pas supporté et l’a supprimée comme si elle lui appartenait….

Ce projet lui sera dédié.

Cuisine locale

Pendant deux années consécutives j’ai fait des dessins sur feuille A4 au feutres, au crayons, à l’encre aux pastels. Ces dessins m’ont totalement libérée de ce que je pouvais produire avant. Ceci à partir de mes cinquante ans ce qui n’est pas tout à fait anodin. Je me suis sentie à l’apogée de quelque chose ( ma petite vie?) avec en même temps une peur viscérale au creux du ventre. Alors j’ai dessiné soir après soir sans but autre que celui de me discipliner de produire envie ou pas fatigue ou pas. Je me suis sentie acculée… Au même moment mon ami Pixel bleu est mort, ça a été un choc je n’avais plus vraiment de nouvelle de lui depuis longtemps mais je pensais à lui, à nos conversations virtuelles nos rêves lui c’était l’azur, l’infini …Cela m’a encore renforcé dans la décision de ne plus jamais arrêter de produire jusqu’à ma mort.

Cuisine(un):

Je prends différents supports ceux que j’ai sous la main (pour le moment je n’ai pas mené de réflexion profonde sur les choix que je fais dans ce domaine, ça viendra…). Je décide que » tel nombre  » de supports sera la série X, ma première série de ce type c’est la » bleu et rose » celle que j’ai commencé en hommage à Eric. Je lisse les bords des planches de bois marine puis commence à passer mon gesso, plusieurs couches de ce blanc mat et crayeux qui fait un bon fond solide, entre chaque couche je ponce finement.Ensuite …Ah! C’est le grand saut je décide de la couleur locale du nombre de tons que j’utiliserai. Puisque nous parlons de la série bleue aujourd’hui,pour celle ci j’ai mis de côté les différents bleus outremer et cobalt que je possède et tous mes rouges dans le panier en osier qui me suit dans toute la maison puisque je peins à plusieurs endroits. Le carmin, le grenat, le rouge garance, le rouge acra..Puis également le blanc toujours utile et le gris de payne moins violent que le noir de mars.

Pleine conscience de mes actes:

Je n’ai pas eu envie de travailler avec un fond, je ne veux plus de fond. Je ne veux plus d’une hiérarchie de ce type dans ma composition. Je refuse la forme sur le fond, je refuse également tout forme d’illusionnisme avec le fameux point de fuite, je ne veux pas faire semblant, semblant au sens d’une référence à la »prétendue réalité « je ne veux pas faire « illusion »:  je peins, j’organise des surfaces des formes des couleurs des couches de peintures qui se chevauchent effacent certaines parties en révèlent certaines autres, je trace des traits pour délimiter des territoires. C’est le premier acte délibéré et conscient de ma peinture. Ce que je veux faire c’est de la peinture et rien d’autre, montrer que le tableau est » une composition organique « . J’ai envie de ramener la peinture « à la surface »car paradoxalement c’est là qu’elle prend le plus de profondeur. Il n’y a pas de centre tout est centre chaque partie du tableau est aussi importante qu’une autre, la pratique du mandala m’a amené à ce constat.

Il faut le faire ce saut: « entrer dans  la dimension d’une  présence qui n’a rien à voir avec la représentation » Kandinsky.

Mais quand on l’a fait c’est comme quand on fait la planche dans l’eau froide et verte au large d’une plage des Landes en été vers 11 heures :le paradis.

Cuisine (deux):

je dessine dans un souffle une forme qui va animer la surface, je définis des contours. Cette forme c’est le fameux « nicht noch sein » dont je parle depuis longtemps, c’est la matrice originelle qui « peut faire penser » à un corps, une cellule, un continent vu de l’espace, je ne sais pas …. Cette forme peut être évocatrice d’un objet réel mais pour moi cela n’a pas d’importance, cette forme que je trace sans réfléchir c’est certainement le fantôme de tous les dessins que j’ai fait depuis mon enfance. Hors la forme, je peins en bleu couche sur couche en aplats translucides avec alternance de couches de laque acrylique pour accentuer l’effet de profondeur de vide, d’éther. Ce bleu c’est mon or des icônes en quelque sorte.C’est un labeur long répétitif pas gratifiant mais qui me réjouit. Dedans la forme je travaille de manière différente en alternant des couches de couleurs différentes faites de mélanges subtils  :rouge de mars, jaune de Naples, blanc, vermillon grenat… En créant des nuances qui finissent par se transformer en aplats finalement! Mais tout ce qui est fait même invisible a son importance. Là encore des heures de peinture au sens premier, couche sur couche patiemment dans un geste mesuré délicat pour ne pas dépasser les limites, les deux mondes colorés ne devant pas se mêler, c’est le jeu c’est la règle que je me suis donnée. Ensuite j’ajoute une forme nuageuse qui elle se permet de chevaucher les deux mondes celui du bleu et celui du rose. Elle est conjugaison, blanchâtre et translucide elle laisse voir les deux formes qui en dessous, tout en créant un nouvel espace. Puis je décide qu’il doit y avoir de la ligne dans la composition une forme fermée  pas droite, en effet j’évolue dans un monde souple en arabesques en courbe, le monde du vivant de l’organique. Alors je respire profondément et je trace au pinceau fin d’un trait décidé et définitif sans repentir possible une ligne qui se ferme créant une nouvelle forme vide à l’intérieur en opposition aux trois autres formes pleines. Elle crée une dynamique et un nouveau jeu de délimitations des territoires picturaux. Ce trait est rouge acra, un rouge très lumineux tirant sur l’orangé. Ce trait est important il dynamise mes compositions. Dans tout ce jeu de surfaces répertoriées je repasse des couches de carmin violacé rose chair orangé, je peins certaines parties avec du bleu outremer en glacis jouant sur de nouvelles limites en transparence. Puis j’ajoute une ligne ouverte qui commence à un bord de la surface du tableau et file jusqu’à un autre bord comme un grand intestin, serpent, rivière, route ? Comme vous voudrez. Cette ligne traverse chaque toile de manière différente, s’enroulant précisant des formes avec à certains endroits un épaississement qui est comme un œuf… un foie. La couleur est indéfinissable je travaille encore dessus. Je regarde mes compositions et il me semble qu’il manque quelque chose alors j’ajoute des éléments de collage. Je conserve méticuleusement depuis des années des feuilles de journaux féminins, papier glacé, papier de soie rangés par famille de couleurs. Je prélève dans ce trésor visuel tout ce dont j’ai besoin: des chairs, des bleus et des violacés subtils. Ces papiers un fois réunis en collages recomposés et photocopiés de nombreuses fois  je dispose alors d’une »palette » prête au plus juste au plus près de ce dont j’ai besoin pour mes toiles. Manier la couleur c’est ce que je préfère à tout.cropped-img_30681.jpgcropped-a1.jpgJ’ai du mal à définir plastiquement cette partie « collage » pour le moment elle donne du relief, de la matière, elle donne du reflet, de la réalité (avec les fragments de corps, mains manucurées, satin bleuâtre). Je trouve qu’elle donne du rythme et de l’harmonie à une composition un peu monotone et lisse.J’ai également ajouté des transferts de dessins anatomiques ou biologiques en référence aux calques de photoshop, la pratique numérique ayant bien nourri ma pratique picturale…La prochaine fois je vous décrirai ma deuxième série!

20180504_141127

Ce diaporama nécessite JavaScript.

La beauté du Monde

J’ai beaucoup de mal à m’installer devant mon PC pour écrire un article. Comme je l’ai déjà dit je ne suis pas une artiste « à plein temps », j’ai plusieurs vies et j’essaie de toutes les conjuguer avec sérieux et méthode. En début d’année j’ai décidé de tout terminer,tout le travail en cours. Je ne pensais pas que cette décision aurait autant d’impact sur mon quotidien. Alors j’ai tout sorti, en premier les peintures qui sont en chantier certaines depuis 5 ans. D’abord la série bleue et rose que j’ai commencée à la mort de Pixel Bleu mon ami artiste. Tiens la mort me rend créative, pour remplir le manque? Ma première série « réelle » je l’ai faite en état de choc émotionnel après la mort de mon père en 1994.

Ce matin je me suis réveillée fatiguée, les douleurs du corps qui s’invitent avec insistance surtout depuis que j’ai arrêté de fumer rendent le sommeil morcelé… Les cauchemars, les rêves me réveillent en pleine nuit. Et ce cerveau qui ne sait pas se mettre en veille prolongée. Ce cerveau qui explose d’idées, d’images, de sons et de mots .Et Saskia qui grandit en souffrance aiguë me faisant partager sa peine en m’agressant comme un jeune chat qui mord en jouant, plante ses petites dents fines dans la chair puis se réfugie sous votre aisselle pour faire un câlin. Je garde mes distances émotionnelles comme je peux face à ses accès, question de survie, égoïsme? Non je ne crois pas. Elle fera un jour sa vie  plus ou moins loin de moi et il ne sera pas question de m’accrocher à elle, de lui faire croire que je ne peux pas vivre sans elle. Je dois donc garder le cap: mère certes toujours prête à la défendre l’aider l’aimer l’écouter mais femme active et indépendante aussi, artiste surtout qui a son travail à accomplir, pour moi c’est le plus beau cadeau que je puisse lui faire.

Ce matin chacun vivait sa petite routine ensommeillée en silence, j’avais fini de boire mon thé vert au riz grillé, un délice. J’allais me poser une demi heure sur le canapé pour lire un peu en buvant mon café. Avant je me mettais à faire du rangement dés mon petit déjeuner terminé, maintenant c’est fini je prends du temps pour rêver et lire. C’est vital. La poussière peut attendre de toute façon elle sera là demain quoique je fasse ou pas.J’ai ma tasse en main je pousse les tableaux qui sont posés sur le sol pour aller m’asseoir (je travaille le soir dans mon coin atelier du salon). Ceci pour être près de Saskia et Francis pouvoir bavarder avec eux en peignant, ça ne m’a jamais dérangé et c’est la raison pour laquelle j’ai adoré travailler en squat dans un grand atelier communautaire. La lumière est encore pâle, il fait gris ce matin nous nous levons tous les trois tôt: 06h30. Je pose ma petite tasse de faïence sur la table basse  et je saisis le premier tableau qui est devant moi, je reste debout en pyjama à le contempler…Médusée. Oui médusée je ne vois pas d’autre mot que celui ci, surprise par mon propre travail accompli, en fait aux bords des larmes… La fatigue chronique due aux douleurs, les agressions verbales de ma fille, et ce que je vois, tous ces facteurs conjugués me donnent envie de pleurer. C’est la première fois que je suis »satisfaite » du cheminement de ma pratique, ce que j’observe est fluide, calme, sans effet mais compact comme? Comme un mandala! Le morceau de bois peint dans les mains je laissais couler les larmes salées et j’ai envie de rire. Toute une vie, toute ma vie j’ai couru après cette sensation de plénitude, d’harmonie discrète, de paix et de satisfaction inquiète. Jamais je n’ai pu réaliser ce que je voulais vraiment faire car je ne savais pas ce que je voulais « vraiment ».J’admire plus que tout Francis Bacon, mais aussi Jean Dubuffet, Louise Bourgeois, Georgia O’Keeffe, et le calme d’Henri Matisse…. Tous des artistes « plutôt » figuratifs, enfin ce n’est pas si simple…. Depuis quelques temps je me rapproche de Piet Mondrian, sa solitude sa rigueur sa soif d’absolu sans aucune concession m’attire irrésistiblement….

J’ai beaucoup tâtonné, essayé, me croyant expressionniste je n’ai jamais été satisfaite des mes « débauches » plastiques. J’ai longtemps éructé, craché ma colère, ma violence ma peur de mourir de ne pas enfanter, de finir seule.J’ai eu besoin de cette excitation permanente mais cette forme d’art catharsis ne me plaisait pas au fond, elle parlait trop de moi. Cet art je le trouvais » faible » plastiquement sans vraiment pouvoir expliquer pourquoi d’ou la frustration permanente et la dépression, les ravages du doute. Et puis l’art figuratif m’a toujours ennuyé.Je peux raconter des histoires j’ai des mots pour ça. L’oeil pense, il panse surtout… De manière subtile. J’ai  passé des heures devant les grands Rohtko du musée Pompidou dans les années 90, je m’enfonçais dans la peinture dans la couleur avec ravissement.

Tout a commencé pour moi en 2013 à cinquante ans, quand j’ai décidé de dessiner tous les soirs, deux années j’ai donc dessiné sans me poser de question. Elles ont été déterminantes pour la suite. Je m’en rends compte aujourd’hui. J’ai la gorge serrée d’émotion. J’ai appris à lâcher prise, à me faire confiance à faire émerger les formes main droite, main gauche sans me soucier de raconter quoique ce soit sur moi sur les malheurs du monde qui m’obsèdent. La lecture du livre de Fabrice Midal « la petite philosophie des mandalas » a ouvert la porte, celle qui m’a menée là ou je suis aujourd’hui près de mon cœur tout simplement.Comme si je n’avais plus peur de me regarder en face, comme si une part de moi pouvait enfin sourire sans arrière pensée, après 50 ans de loyaux combats au service de la survie, je m’autorise à vivre.

Je n’ai pas choisi cette famille picturale, elle m’a tendue les bras. Elle  est exigeante silencieuse, j’ai une conscience aiguë du potentiel peu « séducteur » de ce travail que j’accomplis mais voilà je me suis affranchie de l’envie de séduire , une envie qui peut facilement vous conduire à la ruine je le sais. D’un autre coté, j’ai été dépistée bipolaire il y a deux ans et j’ai refusé la prise de médicaments. Les deux psychiatres qui me suivent ont compris mon choix. Ma médecine: la création et la méditation que j’ai commencé à pratiquer cette année lors d’un stage de pleine conscience organisé par ma psychiatre, une femme qui me fait confiance.Rien n’est plus précieux que ce regard.

Ainsi je parle de moins en moins, et je cherche jour après jour la Beauté du monde.

Carolina Diomandé le 24/04/2018 à 14h.

LE tableau en question issu d’une série de 26, acrylique en aplats avec effets de glacis très fins plus vernis plus collage et transferts sur bois.Maintenant je vais chercher un local pour continuer cette aventure en plus grand!

IMG_6740IMG_6739IMG_6738

I still loving you…

Chaque journée est un mini marathon ou j’essaie de voler quelques heures au quotidien chronophage. Peut on considérer que j’ai une démarche artistique réelle en travaillant de manière effective une heure par jour, sachant que le reste de la journée et la nuit je passe mon temps à réfléchir sur mes projets tout en assurant le quotidien. Finalement le seul moment ou je me concentre c’est quand je bosse pour les élèves là je suis à ce que je fais par respect pour leur travail .

Pouffff un coup de baguette de la fée Testicule!

Ah si j’étais un homme , je serai capitaine comme dit la chanson québécoise des années 70…Alors ça y est je suis un homme , plutôt beau gosse colérique et attachant, appelez moi Tikén (c’est le nom que m’auraient donnée mes parents si j’avais été un garçon) .J’ai une petite femme toute mimi qui admire mon art et fait en sorte que je puisse travailler, réfléchir ,écrire, peindre dans la plus grande tranquillité et je pense qu’elle m’aime pour « l’artiste en devenir » que je suis. Nos trois charmants bambins n’ont pas le droit de déranger Papa qui peint (ce n’est pas son violon d’Ingres c’est son travail alors respectez ça les gamins ) même si c’est Maman qui rapporte l’argent pour faire vivre la famille. Lola (nommons ainsi ma tendre épouse) fait en sorte de ne pas me troubler avec les contingences répugnantes du quotidien, rentrant  sans faire de bruit des courses, les bras chargés de victuailles pour nourrir la famille. Elle pose les crackers japonais au wasabi que j’aime tant sur mon bureau, ceux que je croque nerveusement quand les idées me fuient …. j’en profite pour l’attraper par la taille en passant mais celle ci s’enfuit en riant me traitant d’obsédé… Elle aimerait bien s’attarder dans mon atelier mais là ce n’est pas possible car elle doit préparer des endives picardes pour ce soir (ces endives du nord qui me rappellent mon enfance et que j’aime tant), j’ai une femme merveilleuse….

STOP!!

Ce n’est même pas un fantasme car je ne rêve pas d’être transformé en gros macho artiste peut être… mais macho quand même…C’est juste une tentative d’endosser le costume de l’HOMME artiste qui a un statut si différent de celui de la femme artiste parce qu’il trouve en général une femme admirative qui  s’occupe de lui  avec dévouement. Une femme artiste n’a jamais cette « chance » enfin je n’en connais aucune qui ait trouvé la perle rare sacrificielle!

 

J’étouffe, je camoufle ma colère qui couve en mal de dos persistant qui brûle mes lombes en plein milieu de la nuit et je me dis que si cela continue ainsi je n’y arriverai jamais, je veux dire que je n’arriverai jamais à aller au bout de mes projets, autant mourir tout de suite. Ajoutez à tout ça ma propension à m’engager dans des projets multiples fort séduisants mais  toujours bénévoles qui réduisent encore la portion congrue du temps de création. Cet été j’ai fait un bilan sévère en rangeant mon atelier, après avoir fini le décor du spectacle de danse  de Nathalie aux Carmes…Il fut amer. Certes j’aime commencer les choses pas trop les terminer (je croule sous les idées c’est comme ça depuis toujours) mais il y a des limites. Je fragmente tellement mon quotidien en « tâches » différentes dans le même lieu que cela en devient aliénant. Alors étalant tous mes projets: les »artdolls », les objets en papier mâché,les bijoux en tissu, les peintures sur supports divers sans compter ma production numérique, les textes que j’écris  je me suis dit STOP, je vais FINIR tout ça j’y mettrais le temps mais je vais le faire et ensuite je ferai des cadres moi même et je chercherai toute seule un endroit pour exposer, sans rien dire  je le ferai c’est tout, coûte que coûte en regagnant du temps  pour moi.

ça va être la guerre….

J’ai décidé de « les » faire plus participer au quotidien que j’assume toute seule alors que moi aussi je travaille (mais à la maison donc c’est comme si je me tournais les pouces toute la journée, c’est clair je passe mon temps à surfer sur Facebook et je me prends des bains moussants d’une heure tous les jours…humour noir et amer). Pour le moment ça ne bouge pas trop…Leur quotidien est tellement confortable : toujours du papier cul dans les toilettes, un repas chaud midi et soir préparé à heure fixe, la petite chemise bleue que cherche Saskia affolée est bien rangée dans son armoire….Et tout ça sans aucune gratification ni remerciement d’aucune sorte, jamais, comme si c’était NORMAL. Normal que je sacrifie tout mon temps, toutes mes journées pour deux êtres qui s’entre déchirent en me prenant à témoin, me piétinant au passage sans vergogne ….

Il y a un temps pour tout, il y a un moment ou il faut changer les habitudes toxiques.

Alors vous qui lisez cela vous vous demandez ce qui me prend. Ou vous avez arrêté avant parce que les récriminations d’une ménagère c’est pas ce que vous vous attendez à lire sur un blog » soit disant » artistique. Mais pourtant je suis au cœur du sujet, dans l’œil du cyclone de la vie d’une artiste  femme …Le « #balancetonporc » m’a remuée en profondeur et je fais donc le constat de ma petite vie de bonne femme qui rêvait d’être une artiste. Je vais avoir 55 ans et j’ai presque honte quand il est 19 h 15 que je suis entrain de travailler fébrilement sur une série que j’ai envie de continuer,d’avoir perdu un quart d’heure sur l’horaire habituel de la confection du repas. Je suis tellement formatée que je ne pense même pas à leur dire de temps en temps :  « hé les gars les filles ce soir c’est je regarde dans le réfrigérateur et je me prépare un truc parce que moi là je suis trop occupée , il faut que j’avance mon taff. »

Mais ça n’arrive jamais.

Je vais donc TOUT finir, terminer, plier, encadrer. Ne plus rien prendre comme engagement exit les fêtes du jardin ou j’ai passé du temps sans avoir aucune reconnaissance ou un décor qui m’a pris un mois et m’a cassé le dos sans recevoir aucun merci, à quoi bon, je ne suis pas aigrie juste lucide et ça fait très mal. Maintenant je vais travailler pour MOI. Je vais y arriver parce que je suis pugnace (les virus que j’héberge depuis 30 ans le savent bien !!) encordée à la volonté d’être moi même avec mes fulgurances, mes émotions mes intuitions. J’ai envie de voir le bout de ce petit morceau de tunnel de ma vie.Ce n’est pas quelque chose de nouveau pourtant. Avant de tomber enceinte de Saskia  fin décembre 2003  j’ai fait une exposition de belle envergure au grand squat art  « Mix art Myrys » de Toulouse, elle avait recueilli de bons échos et j’avais même vendu trois œuvres à une bourgeoise toulousaine. Je peux donc aller au bout d’un projet, je déjà l’ai fait.Plusieurs fois.

C’est une histoire de survie, c’est une histoire de femme, de femme artiste, c’est mon histoire.

Saskia est grande elle a treize ans, elle me demande sans cesse de la lâcher, je crois qu’il faut que je reprenne les rênes de ma vie, il y a urgence.

Urgence de me faire plaisir, de me faire du bien, de prendre conscience de ma puissance créative, de ma singularité.

La guerrière reprend les armes : ses chers pinceaux…

Bones and more

J’ ai participé cet hiver à un événement « les jardins en fête ». J’ai beaucoup travaillé mais j’en garde un gout amer une fois de plus je pense que j’ai fait de mauvais choix en m’engageant avec ces personnes qui n’avaient finalement aucune sympathie pour moi. Cela doit me servir de leçon: ne pas trop donner, ne pas s’ouvrir de manière immodérée sans se rendre compte que les autres vous perçoivent de manière négative. J’ai parfois l’impression d’être aveugle du cœur ….

Il a été facile pour moi de tirer un trait sur cette mésaventure en m’engouffrant dans un nouveau projet. Saskia depuis son plus jeune âge pratique la danse et comme j’ai une grande admiration (euphémisme) pour les danseurs et cet univers en général je deviens toujours »copine » avec son professeur et de fil en aiguille lorsque je dis que je peins, on me demande de créer le décor pour le spectacle de fin d’années. Pour la deuxième fois donc, je participe à cette expérience. En Janvier Nathalie m’a donné son synopsis et j’ai commencé à faire des recherches, en Mars nous sommes allées ensemble aux Carmes de Langon pour prendre les mesures et discuter du « comment » évoquer une cathédrale (la référence étant celle de Cordoue) ville d’ou vient la grand mère de Nathalie.Intérieurement j’étais affolée (un peu récurrent ça chez moi) mais je n’ai rien laissé voir de ma terreur j’ai pris les dimensions, posé les questions au régisseur, fait des croquis et suis rentrée chez moi la peur au ventre (je n’y arriverai jamais, je n’ai jamais fait ça, ou je vais m’installer pour faire des décors aussi grands???……..). Ma routine en fait je crois que c’est ce qui fait le sel de la vie, se donner des défis, les relever ou tomber qu’importe, être soulagée, fière et continuer toujours plus loin. Je me rends bien compte que la vie quotidienne ne me satisfait pas du tout. Tout au contraire la vie quotidienne m’étiole, me rend toute tassée et dépressive. Au point qu’après avoir essayé de me réguler (je suis officiellement reconnue comme bipolaire par un spécialiste du centre expert de la ville de Bordeaux), le psy qui a fait mon bilan et la psy adorable qui me suit ont décidé (n’ayant pas supporté la molécule qu’ils m’ont proposée) de me laisser comme ça sans filet chimique, en me faisant promettre de créer sans discontinuer. Parce qu’ils ont bien compris que c’était le sens de toute mon existence et que l’exercice de l’art cette passion monstrueuse qui m’obsède me tient en vie, me sort toujours des pires états que je traverse régulièrement et dont je ne parle plus parce que je ne vois en quoi cela peut intéresser les gens notamment sur mon profil Facebook. Mais je vais très loin, très bas au plus profond de mon désespoir en solitaire. Tout en continuant  à gérer le quotidien, ce quotidien qui m’exaspère…En essayant de ne pas montrer à ceux qui me vivent avec moi combien je vais mal combien la mort me sourit de toutes ses dents et ceci presque journellement, comment pourraient ils comprendre…

Deux mois de recherches sur Pinterest, à la bibliothèque m’ont permis d’élaborer une structure correcte fiable du point de vue de l’histoire de l’art, qui raconte cette étrange coexistence de deux religions antinomiques: l’islam et la chrétienté…Des dizaines de croquis plus tard j’ai proposé ma création finale à Nathalie qui l’a validée enthousiaste. Me voilà rentrée à la maison avec toutes ces lourdes toiles de jersey blanc ignifugé et les grands cartons pour créer des oriflammes..Depuis un mois c’est le chantier intégral à la maison, mais Francis et Saskia ne se plaignent pas ils enjambent les décors, je crois qu’ils ont compris que c’était vital pour moi et puis je continue à corriger mes copies répondre aux élèves en ligne et faire tout ce qu doit être accompli dans une maison par une femme d’intérieur parfaite (ironie totale dans ce propos)…Je croule sous le travail et souffre terriblement du dos, des genoux  de toutes articulations en fait mais c’est ma vie, je ne veux pas autre chose, j’en veux encore plus toujours plus. J’aimerais mourir comme Cézanne… quasiment sur le motif, heureux homme. C’est la raison pour laquelle je tiens ce blog pour témoigner d’une vie vouée à l’art malgré la maladie psychique et physique. Je ne veux pas m’ériger en exemple ni faire pitié, juste dire comment moi je m’en sors jusqu’ici…. Cela peut servir.Je ne sais pas…

Cet après midi j’ai presque terminé. Bonheur et angoisse mêlés parce que dés mercredi nous allons au plateau deux jours pour installer tout ça. Je suis excitée de vivre cette expérience je ne donnerais ma place pour rien au monde. Ensuite? Et bien si tout va bien je travaillerai en cordée (ma formule préférée) avec Fred Ducom (le père de mon neveu adoré Herran) sur un recueil pour enfants et à la rentrée je retrouve Régis Roux pour une deuxième collaboration.Voilà c’est ce qui construit mon bonheur fragile entre les ruines et les bouffées d’angoisse qui m’assaillent régulièrement.

Pendant le vacances pas de répit, ce mot n’a pas de sens pour moi..; L’été est toujours une période difficile dont la lumière met encore plus en valeur mes zones d’ombres.

Aussi je vais essayer de terminer la série »choses roses sur fond bleu » qui reste en suspend depuis trop longtemps, hâte de terminer ça pour attaquer un projet qui bouillonne dans mon crâne( mais dont je ne préfère pas encore parler) et puis aussi continuer le travail psy qui consiste à apprendre à me donner une « valeur »et donc à m’exposer enfin d’abord à chercher un lieu d’exposition ceci pour 2018…15 ans que je n’ai pas exposé : il serait temps mais je pense y arriver car je me suis débarrassée d’une phobie sociale très invalidante.A cœur vaillant rien n’est impossible!

Les mollasses de Galaure

Je ne me souviens plus trop comment j’ai connu Régis Roux, par le biais de viadéo je crois…Il m’a proposé de travailler avec lui sur un projet d’illustration de poèmes ayant apprécié mon travail pictural. J’ai accepté rapidement parce que j’aime autant les traces écrites que les gestes picturaux et parce que son écriture m’a séduite. Il y a quelque chose de rythmé et elliptique à la fois, quelque chose de mystérieux dans sa façon de jouer avec les mots. Cela fut difficile au début parce que je suis devenue méfiante depuis cette histoire rocambolesque avec la Guadeloupe, j’avance à pas feutrés laissant des zones de silence en attendant que « l’autre « se manifeste. Finalement la ténacité paie et lorsque Régis m’a envoyé des clichés de galets des torrents qui dévalent dans sa région natale, la vallée de la Galaure dans la Drôme j’ai compris que sur ce sujet-là on pouvait faire quelque chose ensembles. Sa démarche est celle d’un chercheur, d’un promeneur solitaire qui collecte des images de ce qu’il voit de ce qui le touche, en l’occurrence les galets dits mollasses, vestiges très anciens de l’histoire de notre terre. Dans cette quête silencieuse contemplative  Régis retrouve le fil du temps, qui se déroule là loin des hommes et de leurs tumultes inutiles. Il m’a dit parfois presque perdre « la raison » au sens raisonnable du terme dans ses promenades, et entrer dans un état de méditation active très profond. Je me suis retrouvée dans cette quête elle est proche de la mienne, sauf que pour ma part ce sont les couleurs les surfaces les gestes plastiques qui me mènent en terrain spirituel.Quand je crée je ne souffre plus de mon corps ni de mon âme. Le temps perd son sens de découpage de guide impitoyable pour devenir un lien avec mes lointains  ancêtres humains, ceux du fond des âges, celles qui peignaient dans les grottes obscures. (Et oui il semblerait que les femmes ont fortement contribué à l’essor artistique du paléolithique…)

Il faut apprendre à lâcher prise. Il faut s’abandonner et recevoir.

 

Cela a commencé par des envois de clichés qu’il a pris sur place lors de ces pérégrinations. Aucun contrainte technique ou autre, j’ai pu d’abord contempler en deux dimensions ce que lui touchait de ses mains, appréciant la finesse, les reliefs, les grains différents. Là résidait la première difficulté de ce travail en commun. Je devais imaginer ces pierres muettes tranquilles dans leur lieu de « vie ». Pour moi pas de volume pas de matière mais une image en 2D assez pure et suffisamment descriptive pour susciter mon intérêt et mon envie de dessiner ou peindre ce sujet-là, tellement loin de mes aspirations habituelles : le corps la chair le viscéral les émotions. Je pense que ce sont les deux années de dessin automatique, ce que j’ai appelé l’abstraction méditative qui m’ont permis de pouvoir aborder plastiquement ce sujet totalement abstrait pour moi. Pas tout à fait finalement parce que je me suis rendue compte que j’avais des pierres partout chez moi, dans les tiroirs et même dans mes poches ! J’aime les pierres, les galets les morceaux de verre polis qu’on trouve sur les plages et j’en sème autour de moi comme des petites protections, des gris-gris modestes et naturels.

 

Mais ces galets là c’était très différent. Ils sont ancestraux, ils ont vu l’évolution des Alpes des molasses de Galaure. Mollasses qui portent un nom étrange molosses par aspect leur complexité leur beauté leurs nuances affichent leur grandeur. J’ai regardé les clichés puis je les ai sortis sur papier. Là encore ils ont « perdu » de leur substance pour devenir des traces, des empreintes un peu fantomatiques. C’est ce que je voulais: pour m’en approprier je devais les rendre « sujets » de peinture, souvenir lointain d’un réel que je n’ai jamais touché. A ce moment j’ai écrit un grand texte à Régis pour lui parler de la démarche que j’avais décidé de suivre (ce sera l’objet d’un second poste je pense).J’ai coupé une vingtaine de cartons solides  du même format (à peu près du A4), puis j’ai commencé mon travail passant couches sur couches d’acrylique bien diluée sur le carton j’ai cherché mon fond celui sur lequel les galets seraient posés .C’est là que tout se décide. En effet peindre des surfaces sans sujet comme on peindrait une porte, permet de se dégager en douceur des questions matérielles du style : »comment je vais peindre ces galets », ou bien « dois-je représenter le volume ou pas? « .La méditation commence  pendant que l’on trempe le pinceau dans le mélange coloré, qu’on lisse le fond qu’on revient à une autre teinte et ceci pendant un mois. C’est la partie invisible de la réalisation mais elle a une importance cruciale. Ensuite j’ai commencé à dessiner au crayon les contours de manière libre. Puis certaines photocopies  des galets m’inspiraient tellement que j’ai décidé d’en coller des fragments sur le fond bleu jaunâtre que j’avais fait .N’ayant aucune contrainte technique je ne me suis pas interdit le collage, technique que j’aime particulièrement. J’ai beaucoup juré pendant l’élaboration de cette série, je me parle quand je travaille ça me rassure et permet d’ évacuer la frustration face à un sujet qui vous résiste. Je  me trouvai confronter à des questions concernant le fond et la forme, l’expression du volume. Des questions purement plastiques que je me pose rarement parce que je ne représente jamais quelque chose qui existe ailleurs que dans mon imagination. Quelle direction choisir? Ce fut âpre et puis un jour que j’avais étalé toutes mes peintures sur le carrelage blond pour me faire un idée générale, quelque chose m’a sauté aux yeux comme une évidence : ces galets, je les avais représenté sans réel souci du réalisme du détail par contre j’avais respecté inconsciemment leur « caractère ». Oui c’est ça ils étaient tous différents: j’avais fait leur portrait ma galerie prenait sens, tout prenait sens (et là je suis soulagée quand ça émerge parce que ce je n’arrive pas à saisir m’angoisse et m’empêche de dormir).Régis partait en expédition solitaire il cherchait les molasses, les prenait dans sa main faisait un cliché de chaque pierre leur donnant là une « importance », une vie nouvelle, il était celui qui les « révélait »aux yeux du monde. Et moi qui ne recevait que les photos de ces galets (comme des documents prouvant leur existence) j’ancrais le témoignage de leur incarnation en faisant leur peinture, m’inscrivant dans la continuité de la collecte mystique de Régis Roux.

 

Nous croyons tous les deux à un dialogue entre l’invisible et les hommes, entre l’inanimé et la chair. En se tournant vers l’orée du monde, à sa conception nous pouvons entendre le chant continu du vivant qui pulse, bruisse. Nous touchons, écrivons, traçons ces galets millénaires charriés par le courant comme la

 

métaphore de nos petites existences dérisoires.

 

Un livre d’artiste est maintenant en train de se construire. C’est un projet artistique que je mène à son terme dans la sérénité. Je vais debout, enfin…

 

IMG_5937IMG_5945IMG_5934

Viande et Pixel

cropped-14243_imprenable.jpg
imprenable peinture numérique
11709_kitchenpainting3
« les amants » peinture acrylique
japoon-copie
« japanlova » travail numérique
img_3546
« Barbe Rose le baconien » techniques mixtes

Pourquoi? Pourquoi ce mot d’ordre mystérieux? Est ce qu’on peut mélanger de la viande avec des pixels et qu’est ce que ça peut donner comme recette ??

Je prends des notes très souvent sur l’un de mes carnets de recherche et c’est en écrivant un soir que les deux mots sont sortis de ma plume, se sont déposés sur le papier le plus simplement du monde: viande et pixel…Ce cocktail improbable  représente bien mon travail artistique. J’ai relu mes notes et j’ai scandé à voix haute : »viande et pixel » cela m’a fait sourire alors j’ai décidé de creuser autour de ça. Plus le temps passe et plus je dessine les contours de mes obsessions.

Il y a d’un coté la viande, je suis en amour depuis des lustres avec la toile de Rembrandt « le bœuf écorché ». Cet attrait pour le corps humain et par extension le corps de l’œuvre me poursuit, j’aime aller trifouiller dans la chair, derrière les apparences, là ou nous sommes tous égaux devant Dieu: lambeaux de chair, tas  de muscles, tendons, cartilages, cholédoques et intestins.Dans mon travail cela se traduit par une recherche permanente pour le mouvement des corps qui se rejoignent pour essayer en vain de s’unir… Cette tentative désespérée est poignante, elle m’attire depuis 30 ans.  Au confins de l’abstraction je dessine des formes qui rappellent les cellules, les virus, les bactéries.  L’intérieur des corps (tel que je l’imagine) se traduit par des formes qui se répètent à l’infini, opalescences délicates, masses imprécises .La peau des « blancs » me plait parce qu’elle est rose, d’un rose qui m’échappe et qu’on appelle d’ailleurs « chair » en peinture, cette teinte je la fabriquerai les yeux fermés tant j’ai essayé de la retraduire avec mes couleurs…Cette peau laiteuse que je peins ne demande qu’à être scarifiée, lacérée de traits nerveux, estompée fondue .Le corps et ses extensions se molestent avec plaisir en peinture à l’aide de distorsions, découpages, fragmentations, effacements, grattages frénétiques: tout un travail plastique qui m’émeut, me nourrit convenablement, il m’a aidée à dépasser ma peur de mourir, de vieillir.

La viande c’est la vie c’est notre puissance et notre faiblesse c’est notre grandeur d’Être vivant.La viande c’est déjà l’idée de la finitude .Quand Saskia était bébé je contemplais sans fin ses mains fines, ses pieds ronds et lisses comme des petits galets de bord de mer, émerveillée par tant de douceur de perfection. La peau rose (ma fille est blanche donc rose !) de ses petons je l’ai adorée, sachant bien que ces jolis pieds miniatures fouleraient la terre, grandiraient deviendraient « laids » ridés cornés…Moi je ne serai plus.

La viande pour parler du temps qui passe, celui qui me reste sur cette terre, la viande pour nous rappeler qu’on est « mortels », tout petits face à l’infini. Minuscules particules brûlantes de vie et puis plus rien.Ce thème est presque toujours présent dans mon travail, surtout le travail de peinture « réelle »acrylique, cette thématique appelle cette technique là mais pas seulement.Ce serait trop simple…

Quant au pixel me direz vous, pourquoi le pixel?

Parce que la moitié de ma création est faite avec un ordinateur ou une tablette, à l’aide d’applications et de logiciels. J’ai commencé il y un peu plus de 10 ans et je prends toujours autant de plaisir à dialoguer avec mes machines. Loin d’amoindrir ma créativité ce travail me stimule et il est « facile  » à mettre en œuvre. Je n’ai pas toujours le temps de sortir mon matériel pour peindre ou faire du dessin par contre saisir ma tablette mon stylet c’est sans problème que ce soit chez moi dans le train ou ailleurs. Avec cet outil émerge des thèmes différents mais pas toujours …. Je reviens souvent à mes premières amours: la chair par le biais de travaux numériques abstraits,  les « nicht noch sein » formes improbables vaguement corporelles voir sexuelles un peu dégoulinantes parfois érectiles. Sinon je concocte de « belles images »( ce fut ma première obsession d’ailleurs je suis une enfant des années 80 nourrie à la peinture de David Hockney). J’adore travailler dans une démarche Pop  avec des visages inconnus ou iconiques comme celui de Marylin, c’est un peu mon « pop art numérique » et ce travail a du sens pour moi.. Il traite de la communication des médias, du rapport à la profusion d’images de plus en plus éclatantes et parfaites avec le numérique, des images qui circulent à une vitesse folle qui nous inondent d’informations d’impressions, ces images nous gouvernent et travailler avec cette fascination parfois aliénante m’intéresse tout autant que de chercher le pourquoi du comment nous allons tous mourir un jour. Je sais bien que la plupart des gens sont beaucoup plus sensibles à cette beauté « facile »celle de portraits outrageusement colorés et séduisants que je balance sur instagram tous les soirs en »direct live ». Je reviendrai surement sur cette relation intense que j’entretiens avec l’internet.Je me sens comme un DJ d’images c’est féérique.

Quant à la beauté  plus âpre plus cruelle de mes peintures acryliques jusqu’ici elle n’a pas touchée un grand public ce que je comprends. Ces peintures crues ne montrent pas vraiment de prouesses techniques « apparentes » et pourtant elles me demandent mille fois plus de temps et de travail que les mandalas que je génère en recyclant des images que je glane et des croquis que je fais. Elles paraissent certainement « mal dessinées » voir maladroites et simpliste aux yeux du public( le syndrome: mon gamin de cinq ans en ferait autant!!) je le sais .Mais j’ai toujours eu besoin de camoufler mon savoir faire parce qu’il m’ennuie chez les autres et c’est encore pire chez moi. L’important est que « ça tienne », c’est ça qui est difficile et c’est ça qui m’obsède.Vous voulez quelque chose qui ressemble à la réalité : prenez donc une photo!

J’en souffre un peu de ce malentendu… un petit peu. Mais cela ne changera en rien mes projets. »On » m’a dit :-« mais puisque ça plait, pourquoi tu ne fais pas plus de peinture numérique genre pop art ou des mandalas, tu dois faire ce que le public aime, sinon tu ne vendras jamais rien… »

Non.

J’ai un métier qui me fait vivre dignement je n’ai pas besoin de « plaire » à tout prix. Cette attitude de séduction malhonnête je la paierais un jour, d’une manière ou d’une autre  alors je le redis: non!

J’ai besoin des deux pour me sentir bien et exprimer tout ce que j’ai à dire, c’est ça non un artiste? Quelqu’un qui a des choses à dire, à exprimer, à expulser, à partager: moi c’est une histoire de viande et pixel  que je veux vous conter…

Tout l’art,tout l’intérêt sera de mettre ça en forme pour ma future exposition.