sortir de l’île

Il y a quelques mois j’ai arrêté de peindre. Ce fut une décision brutale et avec le recul vraiment très judicieuse. C’était un début d’été il faisait frais et maussade, j’ai tout rangé mes toiles, mes pinceaux et mes tubes d’acrylique. Je ne savais pas pour combien de temps cela n’avait aucune importance. Je me demande si la pratique de la méditation n’a pas commencé à jouer un vrai rôle régulateur dans ma vie à ce moment là. J’ai donc passé l’été à finir ce qui restait en couture, j’ai fait du tri, des photos, des listes … Et puis je me suis plongée dans la nouvelle série qui se nomme pour le moment VDf et qui est une critique poétique de la vie quotidienne des femmes, un rappel « d’une chambre à soi » de Virginia Wolf. Ce travail m’occupe de manière exigeante: assembler des lingettes entre elles au point de bourdon, en broder certaines avec du fil de soie ou du coton perlé cela prend beaucoup de temps, un temps délicieux méditatif, un temps d’introversion et de rêverie féroce.

Oui je crois que je suis une rêveuse invétérée. Finalement j’aurais surtout imaginé ma vie comme elle aurait pu être sans conduire de stratégie efficace et pragmatique pour qu’elle SOIT comme je l’avais espérée …Ceci malgré le fait que ce soit un rêve d’enfant.

Il y a deux semaines, allez savoir pourquoi… J’ai ressorti ma série rose et bleu, je me suis dit que je ne pouvais pas rester sur cet « échec », qu’il fallait que j’y jette un œil .Comme j’ai bien fait c’était le moment. Ici je parle souvent des arcanes secrètes de la création, du processus intime qui mène un individu à produire une oeuvre. Il y a vraiment un lien avec la cuisine, l’alchimie dans cette longue élaboration. Un vrai mystère qui est constitué de beaucoup de travail, d’acharnement, de doute, d’échec, il faut essayer tâtonner, laisser mûrir reprendre l’ouvrage sans se décourager même dans la solitude totale. J’ai repris mes couleurs, effectué des mélanges subtils pour accorder ensembles les cinq séries qui constituent l’ensemble de ce travail commencé en 2013 (pour la série rose et bleu) et en 2017  ou   2018 pour les 4 autres. Aujourd’hui nous sommes le 20 février 2019 et j’ai fini « pure peinture » ou « la peinture au quotidien » je ne sais pas trop comment nommer l’objet. Je suis entrain d’écrire ma démarche artistique afin d’accompagner les quatre portfolios sous forme de livres que je construis; un pour la peinture, un pour la peinture digitale, un pour le dessin un pour mon travail de DJ numérique sur instagram. Avec tout ça j’espère me sentir capable d’affronter la réalité, l’extérieur, le regard des autres l’échec et surtout faire mentir ma mère qui disait aux gens en me regardant pleine de condescendance destructrice  : »ma pauvre fille, tu n’es pas née avec le facteur chance ».

Ah oui….. Vraiment!

Je vais le faire enfin.

Sortir de mon île.

Numéro 12/20 série rose et bleu.Acrylique et collages sur bois 31 sur 31. 2013-2019
Série titane buff, numéro 15/15 « Vivre vite » Acrylique techniques mixtes sur toile, 20 sur 25, 2017-2018
Série jaune de Naples, numéro 7/10. « L’envers des choses« , acrylique et collages sur toile de décor ignifugé 20 sur 28. 2017-2019
Série rouge et bleu, numéro 1/15 « Impossible » acrylique et techniques mixtes sur papier
20 sur 20. 2018- 2019
Série noire numéro 3/10 acrylique et collages sur toile libre 29,4 sur 41
2017-2019

Détails

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Ourses Papilons

OURSES PAPILLONS

Nous de la flamme

Ou de sa nuit

Avec un arc si fin sous le front

Nous ouvrons le sol face au vide

Nous déclarons le cœur gonflé de paille chaude

Nous regardons la blancheur accompagner notre taille

Quelques bouts de soie suffisent

Une fourrure fermée

Sans craindre l’ours ou l’ivresse du papillon

Car nos yeux notre bouche traversent poupées et déjà femmes

Ensemble mais sans dépasser l’ombre de la jumelle

Nous n’avons qu’une fleur différente

Plus légères que la présence

Anonymes pour mieux rester libres

Régis Roux ; le 27 octobre 2018.

Je laisse à Régis que je remercie les mots pour décrire ma création actuelle, faite de fils de gaze, de tulle de coton ancien de petits bouts de tissus conservés avec amour, de dentelle héritées de ma grand tante. La seule ou presque dans ma famille à croire en moi et à alimenter de menus présents ma création. J’espère que là ou elle est aujourd’hui elle sourit quand elle me voit fouiller dans ma cassette à vieilles dentelles .Dentelles qui viennent de sa mère, dentelles qu’elle a avec patience décousues de vieux linges de nuit, caracos et autres culottes fendues. C’est très âpre en ce moment et je me raccroche à mes aiguilles comme à un gouvernail.

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Les quatre éléments

Depuis plusieurs années je couds je brode avec les vagues souvenirs de conseils donnés par ma grand mère lors des trop longues vacances d’été en solitaire. J’affectionne particulièrement la confection de poupées, elles ont quelque chose de fascinant.Et si on veut bien faire parler tonton Jung il y a une raison originelle à cette passion. J’en ai déjà parlé ici, lorsque j’étais âgée de 4 ans je possédais un petit poupon que j’adorais qui représentait un esquimau. Il était fait en tissu et vraie fourrure avec, si mes souvenirs ne me trahissent pas trop une tête  et les mains en porcelaine. Un jour de rage sourde je l’ai démembré, sous la table entre les grandes jambes des adultes certainement attablés pour un de ces longs repas dominicaux tellement ennuyeux pour moi, unique enfant de la famille. Je n’ai plus de détail de cet événement. Mais n’empêche, cinquante ans ont passé et je tourne encore autour  des poupées, désormais je ne les détruis plus bien au contraire je les conçois, je les couds, les assemble je leur donne vie. La boucle est bouclée et ça me va très bien.

J’ai commencé à me faire la main avec des petits animaux et puis ensuite j’ai voulu créer mes propres poupées plus proches des fétiches que des doudous pour bambins… La poupée déborde de significations: ludiques, rituelles, esthétiques. Même désacralisées elles sont les intermédiaires entre deux mondes: le vrai et le simulacre, l’animé et l’inanimé, le jouet et le fétiche, le sacré et le profane…

Toutes ces raisons et d’autres certainement obscurément liées à des phénomènes inconscients font que je me sens faite pour créer ces objets. Je deviens démiurge. La poupée parle également de la place de la petite fille future femme, d’ailleurs ce qui est drôle c’est que je n’ai pas joué « aux poupées ». Je les abandonnais à moitié dénudées sur le carrelage quand je n’avais coupé la moitié de leur chevelure pour des expériences capillaires punk avant la lettre. Je me souviens de mes tantes, de ma grand mère prenant une voix faussement attristée totalement ridicule pour me dire que je n’étais pas une »bonne maman » que mes bébés allaient prendre froid traités ainsi, je me souviens les avoir regardées d’un œil torve qui voulait dire : »vous me prenez vraiment pour une imbécile non? » et je suis polie… Je n’étais pas une petite fille « facile » mais tellement calme…. Et sage, du coup personne ne se posait la question de savoir si j’allais bien, bref.

J’ai donc commencé il y a trois ans une série de quatre poupées fétiches qui incarneraient les quatre éléments (j’ai fait des recherches dans ce sens sur la symbolique des éléments les signes dédiés tout ça).  J’ai confectionné les corps  dans une bonne toile de lin issue de vieux draps (j’en ai des kilos achetés il y a des années sur le marché aux puces à Toulouse ), à l’époque ça ne coûtait rien comme j’ai bien fait. Dans le corps rempli de ouate issu d’un vieil oreiller j’ai glissé un petit cœur d’argile des rognures d’ongles des cheveux m’appartenant (on est sorcière et on l’assume)! Ensuite je les ai tatouées sur les bras en inscrivant les signes magiques incarnant la terre l’air le feu et l’eau, puis j’ai confectionné des robes plus des sur-jupes et des ceintures dans différents tissus censés représenter les éléments invoqués: par exemple j’ai fait le choix d’une grosse bure marron pour la sous robe de Lurra (la terre en basque), celle ci porte des teintes sobres noir brun beige et elle a comme bijou un morceau de tige de fruit de camélia. Son vêtement est rigide et lourd pour symboliser les forces de la Terre.

J’ai laissé de côté ces quatre objets pendant deux ans prise par de nouveaux projets. Mais je reviens toujours sur mes pas et comme cet été j’ai pris une claque lorsque j’ai terminé mes séries picturales sans pouvoir imaginer et réaliser les encadrements qui me permettraient de les exposer au public…(allo Papa Freud vous pouvez passer mardi soir? )… J’ai été prise d’une tristesse et d’un accablement sans fond. La seule chose qui pouvait me redonner de l’énergie c’était de reprendre d’autres projets laissés en suspens. C’est une bonne chose pour moi d’avoir toujours des trucs à finir sous la main. Je quitte la peinture pour le moment pour un mois un an pour toujours je n’en sais rien. Je ne cherche pas à perdre du temps à creuser mes cendres. Je construis j’élabore je crée… Les poupées que je fabrique ont certainement une vertu curative et apaisante. En tout cas elles m’ont redonné le sourire en les voyant enfin terminées, belles pleines de mon pouvoir féminin. Elles incarnent ma force productive.

Depuis j’ai enchaîné sur la finition de calebasses modelées en papier mâché( une trentaine), elles aussi ont une fonction symbolique j’y reviendrai. Je me pose beaucoup de question pour la suite. J’ai envie de couler mes jours sur le bassin, modeler la terre faire cuire mes pots, mes lubies mes douces chimères, me promener avec le chien (que je n’ai pas encore) les pieds nus dans le sable noir et parfumé à l’iode d’Andernos ou Gujean Mestras.

Voir les saisons passer.

Rien d’autre.

 

 

Laid corps

Il y a quelques jours je suis allée m’acheter un maillot de bain. C’est une chose que je déteste faire, devoir essayer en cabine dans la chaleur, sous le feu d’une lumière cruelle un tout petit bout de tissu avec lequel vous allez bronzer nager à la plage vous exposer… D’ailleurs à la plage je n’y vais plus ou presque. J’ai perçu l’étonnement dans les yeux de ma petite soeur Nini cette année, quand j’ai décliné ses invitations. Elle sait pertinemment qu’aller à l’océan m’allonger comme un félin heureux sur le sable c’était la chose que je préférais au monde, j’attendais ça toute l’année… Surprise et un peu triste, elle doit faire le compte de toutes les heures passées ensembles à la plage, à dire des choses inutiles, à nous étaler mutuellement de la crème solaire dans le dos, à rire et humer les embruns sans aucun autre objectif que celui de passer le temps. Toutes les heures passées dans les courants souvent brutaux de l’Atlantique à hisser nos corps pour prendre la vague, se retrouver soulevées légères et un peu ivres, regarder les gens sur la plage comme des petites tâches de couleur, si lointaines…

Je me déshabille et commence les essais, j’ai pris trois maillots « une-pièce » pour cacher ce que je peux de ce corps que je n’aime pas et que je ne supporte plus… Mes épaules larges sont belles, des épaules de nageuse justement, accompagnées de seins opulents (qu’ils soient « tombés » après la maternité ne me dérange pas). Ma taille est à peine marquée parce que j’ai pris du gras au fil des années rien de choquant, et mon ventre est  rebondi je suis une femme… Jusque là tout va bien, j’aime ma peau encore souple et hâlée avec les tatouages, les cicatrices qui signent toute une vie. Ensuite tout bascule: mon bassin enfantin est ridicule, mes fesses ont disparues sous les effets répétés d’une trithérapie destructrice, avaleuse de chair, de forme. Et le pire reste à venir: ce sont mes jambes maigres sans aucun modelé, mes jambes qui ressemblent à quoi au juste, je n’en sais rien. Sèches assez musclées aux mollets, les cuisses inexistantes, les genoux cagneux et difformes avec l’inflammation permanente et la grande cicatrice qui traverse le bas de la cuisse droite jusqu’au dessous du genou. Je regarde à peine ce corps disproportionné que je ne sens pas comme « mien », ce corps est le résultat des traitements chimiques répétés, il suffit d’aller  voir à la rubrique « effets secondaires du traitement »mais bon, je suis encore vivante. Le maillot en taille 42 me convient, noir moulant avec des petites coquilles Saint Jacques dorées  en guise de boutons sur le devant qui retiennent le décolleté, ils  me font sourire ces boutons je les trouve adorables. Je prends.

Il y a longtemps que je n’aime plus l’été. La plage l’océan avaient la fonction d’anesthésier ma douleur jusqu’à maintenant et c’est terminé. Les dates anniversaires se chevauchent s’accumulent pour former une constellation pesante et sombre, comme un voile de deuil sur la canicule. Mon père parti sans laisser de trace en août 1964 ou 1965 je ne sais pas. Mon père qui est mort brutalement le 08 Août 1994 ça je sais. Ma contamination au VIH l’été de 1984 ou 1985 je ne sais plus…Les résultats de l’analyse de la présence du virus du sida dans mon sang en Août  1989 ça je sais. Et puis pour faire la nique à cette chape de plomb une grande victoire: la naissance de ma fille Saskia, mon trésor. Le triomphe absolu de la pulsion de vie sur la mort le 24 juillet 2004… Je ne me laisse pas faire par le destin. Je suis une boxeuse-née!

Pourquoi je parle de ça ici, sur ce blog sensé être artistique? Parce que la vie modèle, forme, exploite, explore les contours de toute création qu’on le veuille ou non. Même si franchement ça m’emmerde royalement. Longtemps j’ai eu coutume de dire  que mes toiles étaient mes enfants, c’était avant Saskia. J’ai souvent parlé de mes tableaux comme d’une seconde peau, la métaphore de mon corps. Ne parle t on pas du « corpus » de l’oeuvre? D’ailleurs, le corps a longtemps été au centre de mes préoccupations artistiques, le corps et la sensualité qui en découle, le plaisir et la douleur qui forment comme la toile de fond d’une vie, la mienne…

« En vrai », j’aurais tellement préféré être la fille de Marcel Duchamp… Élaborer un travail purement intellectuel brillant dénué d’émotion oui vraiment j’aurais adoré, défaire déconstruire les certitudes avec humour et distanciation: quelle jouissance totale. Mais ma vie en a décidé autrement dommage. N’empêche rien ne m’agace plus que la vision romantique des artistes maudits souffrants créant dans le pathos, les stupéfiants et la désolation. Pour un Rimbaud, un Van Gogh combien d’imbéciles croyant être des génies parce qu’ils sont pauvres bourrés et …incompris. La souffrance ne fait pas le génie, ce serait trop facile.

Il n’y a que le travail qui compte.

Une chose est certaine, je n’aime plus me baigner dans l’océan et m’exhiber sur la plage. Je suis triste.

Et le corps de l’oeuvre s’allège obstinément dans mes nouveaux travaux qui se jouent en couches fines et répétées, avec les effets du fameux glacis qui m’émerveillent. Marquer une limite, oui c’est ça… Comme si j’avais pris mes distances avec les débordements de ce corps que finalement je n’ai jamais aimé, que j’ai mis des décennies à respecter… Il aura fallu un non deux virus mortels pour que je prenne conscience de sa valeur. Le regard des hommes ont tressé ma tendre couronne d’épines, celle dont parle Frida dans le tableau « unos cuantos piquetitos », cette coiffe qui m’a transpercée fait saigner et tant souffrir… Mon corps fut longtemps au centre du combat objet de désir ou de rejet sans connaitre l’apaisement.

Moi au fond je ne sens rien, j’ai quitté mon enveloppe depuis… si longtemps. Je ne me sens vivre que quand je tiens un pinceau c’est lui qui me permet de vaincre le dégoût et la peur.Une chance.

Alors je regarde mes cinq nouvelles séries qui sont venues à moi sans prévenir, sans intention comme si je récoltais enfin MES fruits… De la peinture, des couleurs des surfaces et des nuances, tout sauf un travail abstrait décoratif, cette  abstraction d’ordre technique qui se pratique tant actuellement qui dit tout et ne me dit rien à moi. Je ne sais pas encore ce qu’elles ont à me dire à me souffler à l’oreille mes toiles. J’ai l’impression d’avoir mis mon âme au bout de mon pinceau et j’ai peur parce que je suis difforme et je suis nue. Elles sont tellement proches de « l’invisible » que je doute de trouver une galerie ou un lieu qui puisse accepter de les exposer. L’éternelle question étant de savoir si je mérite mieux que le silence, mieux que l’indifférence.

Elles(mes peintures) sont tout contre mon cœur, mon corps. Ce corps sourd aveugle et insensible auquel malheureusement je ne donne aucune véritable valeur.

 

Alors je vais continuer.

Langon  le 20/07/2018.

 

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Cuisine locale

Pendant deux années consécutives j’ai fait des dessins sur feuille A4 au feutres, au crayons, à l’encre aux pastels. Ces dessins m’ont totalement libérée de ce que je pouvais produire avant. Ceci à partir de mes cinquante ans ce qui n’est pas tout à fait anodin. Je me suis sentie à l’apogée de quelque chose ( ma petite vie?) avec en même temps une peur viscérale au creux du ventre. Alors j’ai dessiné soir après soir sans but autre que celui de me discipliner de produire envie ou pas fatigue ou pas. Je me suis sentie acculée… Au même moment mon ami Pixel bleu est mort, ça a été un choc je n’avais plus vraiment de nouvelle de lui depuis longtemps mais je pensais à lui, à nos conversations virtuelles nos rêves lui c’était l’azur, l’infini …Cela m’a encore renforcé dans la décision de ne plus jamais arrêter de produire jusqu’à ma mort.

Cuisine(un):

Je prends différents supports ceux que j’ai sous la main (pour le moment je n’ai pas mené de réflexion profonde sur les choix que je fais dans ce domaine, ça viendra…). Je décide que » tel nombre  » de supports sera la série X, ma première série de ce type c’est la » bleu et rose » celle que j’ai commencé en hommage à Eric. Je lisse les bords des planches de bois marine puis commence à passer mon gesso, plusieurs couches de ce blanc mat et crayeux qui fait un bon fond solide, entre chaque couche je ponce finement.Ensuite …Ah! C’est le grand saut je décide de la couleur locale du nombre de tons que j’utiliserai. Puisque nous parlons de la série bleue aujourd’hui,pour celle ci j’ai mis de côté les différents bleus outremer et cobalt que je possède et tous mes rouges dans le panier en osier qui me suit dans toute la maison puisque je peins à plusieurs endroits. Le carmin, le grenat, le rouge garance, le rouge acra..Puis également le blanc toujours utile et le gris de payne moins violent que le noir de mars.

Pleine conscience de mes actes:

Je n’ai pas eu envie de travailler avec un fond, je ne veux plus de fond. Je ne veux plus d’une hiérarchie de ce type dans ma composition. Je refuse la forme sur le fond, je refuse également tout forme d’illusionnisme avec le fameux point de fuite, je ne veux pas faire semblant, semblant au sens d’une référence à la »prétendue réalité « je ne veux pas faire « illusion »:  je peins, j’organise des surfaces des formes des couleurs des couches de peintures qui se chevauchent effacent certaines parties en révèlent certaines autres, je trace des traits pour délimiter des territoires. C’est le premier acte délibéré et conscient de ma peinture. Ce que je veux faire c’est de la peinture et rien d’autre, montrer que le tableau est » une composition organique « . J’ai envie de ramener la peinture « à la surface »car paradoxalement c’est là qu’elle prend le plus de profondeur. Il n’y a pas de centre tout est centre chaque partie du tableau est aussi importante qu’une autre, la pratique du mandala m’a amené à ce constat.

Il faut le faire ce saut: « entrer dans  la dimension d’une  présence qui n’a rien à voir avec la représentation » Kandinsky.

Mais quand on l’a fait c’est comme quand on fait la planche dans l’eau froide et verte au large d’une plage des Landes en été vers 11 heures :le paradis.

Cuisine (deux):

je dessine dans un souffle une forme qui va animer la surface, je définis des contours. Cette forme c’est le fameux « nicht noch sein » dont je parle depuis longtemps, c’est la matrice originelle qui « peut faire penser » à un corps, une cellule, un continent vu de l’espace, je ne sais pas …. Cette forme peut être évocatrice d’un objet réel mais pour moi cela n’a pas d’importance, cette forme que je trace sans réfléchir c’est certainement le fantôme de tous les dessins que j’ai fait depuis mon enfance. Hors la forme, je peins en bleu couche sur couche en aplats translucides avec alternance de couches de laque acrylique pour accentuer l’effet de profondeur de vide, d’éther. Ce bleu c’est mon or des icônes en quelque sorte.C’est un labeur long répétitif pas gratifiant mais qui me réjouit. Dedans la forme je travaille de manière différente en alternant des couches de couleurs différentes faites de mélanges subtils  :rouge de mars, jaune de Naples, blanc, vermillon grenat… En créant des nuances qui finissent par se transformer en aplats finalement! Mais tout ce qui est fait même invisible a son importance. Là encore des heures de peinture au sens premier, couche sur couche patiemment dans un geste mesuré délicat pour ne pas dépasser les limites, les deux mondes colorés ne devant pas se mêler, c’est le jeu c’est la règle que je me suis donnée. Ensuite j’ajoute une forme nuageuse qui elle se permet de chevaucher les deux mondes celui du bleu et celui du rose. Elle est conjugaison, blanchâtre et translucide elle laisse voir les deux formes qui en dessous, tout en créant un nouvel espace. Puis je décide qu’il doit y avoir de la ligne dans la composition une forme fermée  pas droite, en effet j’évolue dans un monde souple en arabesques en courbe, le monde du vivant de l’organique. Alors je respire profondément et je trace au pinceau fin d’un trait décidé et définitif sans repentir possible une ligne qui se ferme créant une nouvelle forme vide à l’intérieur en opposition aux trois autres formes pleines. Elle crée une dynamique et un nouveau jeu de délimitations des territoires picturaux. Ce trait est rouge acra, un rouge très lumineux tirant sur l’orangé. Ce trait est important il dynamise mes compositions. Dans tout ce jeu de surfaces répertoriées je repasse des couches de carmin violacé rose chair orangé, je peins certaines parties avec du bleu outremer en glacis jouant sur de nouvelles limites en transparence. Puis j’ajoute une ligne ouverte qui commence à un bord de la surface du tableau et file jusqu’à un autre bord comme un grand intestin, serpent, rivière, route ? Comme vous voudrez. Cette ligne traverse chaque toile de manière différente, s’enroulant précisant des formes avec à certains endroits un épaississement qui est comme un œuf… un foie. La couleur est indéfinissable je travaille encore dessus. Je regarde mes compositions et il me semble qu’il manque quelque chose alors j’ajoute des éléments de collage. Je conserve méticuleusement depuis des années des feuilles de journaux féminins, papier glacé, papier de soie rangés par famille de couleurs. Je prélève dans ce trésor visuel tout ce dont j’ai besoin: des chairs, des bleus et des violacés subtils. Ces papiers un fois réunis en collages recomposés et photocopiés de nombreuses fois  je dispose alors d’une »palette » prête au plus juste au plus près de ce dont j’ai besoin pour mes toiles. Manier la couleur c’est ce que je préfère à tout.cropped-img_30681.jpgcropped-a1.jpgJ’ai du mal à définir plastiquement cette partie « collage » pour le moment elle donne du relief, de la matière, elle donne du reflet, de la réalité (avec les fragments de corps, mains manucurées, satin bleuâtre). Je trouve qu’elle donne du rythme et de l’harmonie à une composition un peu monotone et lisse.J’ai également ajouté des transferts de dessins anatomiques ou biologiques en référence aux calques de photoshop, la pratique numérique ayant bien nourri ma pratique picturale…La prochaine fois je vous décrirai ma deuxième série!

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Les mollasses de Galaure

Je ne me souviens plus trop comment j’ai connu Régis Roux, par le biais de viadéo je crois…Il m’a proposé de travailler avec lui sur un projet d’illustration de poèmes ayant apprécié mon travail pictural. J’ai accepté rapidement parce que j’aime autant les traces écrites que les gestes picturaux et parce que son écriture m’a séduite. Il y a quelque chose de rythmé et elliptique à la fois, quelque chose de mystérieux dans sa façon de jouer avec les mots. Cela fut difficile au début parce que je suis devenue méfiante depuis cette histoire rocambolesque avec la Guadeloupe, j’avance à pas feutrés laissant des zones de silence en attendant que « l’autre « se manifeste. Finalement la ténacité paie et lorsque Régis m’a envoyé des clichés de galets des torrents qui dévalent dans sa région natale, la vallée de la Galaure dans la Drôme j’ai compris que sur ce sujet-là on pouvait faire quelque chose ensembles. Sa démarche est celle d’un chercheur, d’un promeneur solitaire qui collecte des images de ce qu’il voit de ce qui le touche, en l’occurrence les galets dits mollasses, vestiges très anciens de l’histoire de notre terre. Dans cette quête silencieuse contemplative  Régis retrouve le fil du temps, qui se déroule là loin des hommes et de leurs tumultes inutiles. Il m’a dit parfois presque perdre « la raison » au sens raisonnable du terme dans ses promenades, et entrer dans un état de méditation active très profond. Je me suis retrouvée dans cette quête elle est proche de la mienne, sauf que pour ma part ce sont les couleurs les surfaces les gestes plastiques qui me mènent en terrain spirituel.Quand je crée je ne souffre plus de mon corps ni de mon âme. Le temps perd son sens de découpage de guide impitoyable pour devenir un lien avec mes lointains  ancêtres humains, ceux du fond des âges, celles qui peignaient dans les grottes obscures. (Et oui il semblerait que les femmes ont fortement contribué à l’essor artistique du paléolithique…)

Il faut apprendre à lâcher prise. Il faut s’abandonner et recevoir.

 

Cela a commencé par des envois de clichés qu’il a pris sur place lors de ces pérégrinations. Aucun contrainte technique ou autre, j’ai pu d’abord contempler en deux dimensions ce que lui touchait de ses mains, appréciant la finesse, les reliefs, les grains différents. Là résidait la première difficulté de ce travail en commun. Je devais imaginer ces pierres muettes tranquilles dans leur lieu de « vie ». Pour moi pas de volume pas de matière mais une image en 2D assez pure et suffisamment descriptive pour susciter mon intérêt et mon envie de dessiner ou peindre ce sujet-là, tellement loin de mes aspirations habituelles : le corps la chair le viscéral les émotions. Je pense que ce sont les deux années de dessin automatique, ce que j’ai appelé l’abstraction méditative qui m’ont permis de pouvoir aborder plastiquement ce sujet totalement abstrait pour moi. Pas tout à fait finalement parce que je me suis rendue compte que j’avais des pierres partout chez moi, dans les tiroirs et même dans mes poches ! J’aime les pierres, les galets les morceaux de verre polis qu’on trouve sur les plages et j’en sème autour de moi comme des petites protections, des gris-gris modestes et naturels.

 

Mais ces galets là c’était très différent. Ils sont ancestraux, ils ont vu l’évolution des Alpes des molasses de Galaure. Mollasses qui portent un nom étrange molosses par aspect leur complexité leur beauté leurs nuances affichent leur grandeur. J’ai regardé les clichés puis je les ai sortis sur papier. Là encore ils ont « perdu » de leur substance pour devenir des traces, des empreintes un peu fantomatiques. C’est ce que je voulais: pour m’en approprier je devais les rendre « sujets » de peinture, souvenir lointain d’un réel que je n’ai jamais touché. A ce moment j’ai écrit un grand texte à Régis pour lui parler de la démarche que j’avais décidé de suivre (ce sera l’objet d’un second poste je pense).J’ai coupé une vingtaine de cartons solides  du même format (à peu près du A4), puis j’ai commencé mon travail passant couches sur couches d’acrylique bien diluée sur le carton j’ai cherché mon fond celui sur lequel les galets seraient posés .C’est là que tout se décide. En effet peindre des surfaces sans sujet comme on peindrait une porte, permet de se dégager en douceur des questions matérielles du style : »comment je vais peindre ces galets », ou bien « dois-je représenter le volume ou pas? « .La méditation commence  pendant que l’on trempe le pinceau dans le mélange coloré, qu’on lisse le fond qu’on revient à une autre teinte et ceci pendant un mois. C’est la partie invisible de la réalisation mais elle a une importance cruciale. Ensuite j’ai commencé à dessiner au crayon les contours de manière libre. Puis certaines photocopies  des galets m’inspiraient tellement que j’ai décidé d’en coller des fragments sur le fond bleu jaunâtre que j’avais fait .N’ayant aucune contrainte technique je ne me suis pas interdit le collage, technique que j’aime particulièrement. J’ai beaucoup juré pendant l’élaboration de cette série, je me parle quand je travaille ça me rassure et permet d’ évacuer la frustration face à un sujet qui vous résiste. Je  me trouvai confronter à des questions concernant le fond et la forme, l’expression du volume. Des questions purement plastiques que je me pose rarement parce que je ne représente jamais quelque chose qui existe ailleurs que dans mon imagination. Quelle direction choisir? Ce fut âpre et puis un jour que j’avais étalé toutes mes peintures sur le carrelage blond pour me faire un idée générale, quelque chose m’a sauté aux yeux comme une évidence : ces galets, je les avais représenté sans réel souci du réalisme du détail par contre j’avais respecté inconsciemment leur « caractère ». Oui c’est ça ils étaient tous différents: j’avais fait leur portrait ma galerie prenait sens, tout prenait sens (et là je suis soulagée quand ça émerge parce que ce je n’arrive pas à saisir m’angoisse et m’empêche de dormir).Régis partait en expédition solitaire il cherchait les molasses, les prenait dans sa main faisait un cliché de chaque pierre leur donnant là une « importance », une vie nouvelle, il était celui qui les « révélait »aux yeux du monde. Et moi qui ne recevait que les photos de ces galets (comme des documents prouvant leur existence) j’ancrais le témoignage de leur incarnation en faisant leur peinture, m’inscrivant dans la continuité de la collecte mystique de Régis Roux.

 

Nous croyons tous les deux à un dialogue entre l’invisible et les hommes, entre l’inanimé et la chair. En se tournant vers l’orée du monde, à sa conception nous pouvons entendre le chant continu du vivant qui pulse, bruisse. Nous touchons, écrivons, traçons ces galets millénaires charriés par le courant comme la

 

métaphore de nos petites existences dérisoires.

 

Un livre d’artiste est maintenant en train de se construire. C’est un projet artistique que je mène à son terme dans la sérénité. Je vais debout, enfin…

 

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Amourette?

« De ses chairs molles, j’ai taillé un quartier avec ma belle cisaille, j’ai ri aux éclats et je me suis sauvée ».

Le 17/03/2011 à 14:27 sur le blog kamera obskura, Arte.

 

En ce moment je reprends cette série numérique faite entre 2009  et 2011 pour le blog kamera obskura sur Arte.Je savais bien que ces boulots serviraient à autre chose qu’illustrer des posts… Je prends un grand plaisir à projeter en grand sur le papier ces images, je trace leurs contours au crayon puis je repasse sur ces contours un cerne noir ,j’établis une ambiance colorée de manière libre puis j’éteins le vidéoprojecteur et je me lance.Encore une nouvelle manière de procéder en me servant de traits anciens faits avec la tablette graphique(donc avec ma main libre de faire ce qu’elle voulait), le changement d’échelle apporte quelque chose qui me fait sourire je n’arriverai jamais à vraiment grandir bon sang.Travailler avec ce « pattern » est rassurant et libérateur ,il y a forcément des formes nouvelles qui émergent comme si le dessin numérique explosait sur le support tangible, il passe du statut d’image éthérée à celui de tableau unique concret il entre dans le réel. Ce système de poupées russes me convient et j’ai des idées qui fusent en pleine nuit à ce sujet, je me fais violence pour ne pas me relever!

J’imagine déjà l’exposition des deux voir trois versions d’un même fichier numérique celui ci flottant comme un ectoplasme sur le mur blanc du lieu d’exposition accompagné d’une voix grave la mienne créant du coup un espace d’art total ou le spectateur pourra s’immerger complètement.Je parle au futur ,proche ou lointain cela n’a pas d’importance,j’aime m’imaginer ce que sera demain tout en travaillant aujourd’hui…

C’est  pas grand-chose ,c’est ce que j’ai à offrir au Monde….

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good boy ?? (détail)

 

un tondo sur fonte,marouflé de papier de soie,acrylique,collage 2003…un copain pendant l’expo m’a demandé : « mais caro,t’as un problème avec les mecs?? »……pas spécialement,j’ai plus pensé aux nombreuses images de martyrs dans l’art européen ancien,certains sont troublants car lascifs,ils n’ont pas l’air de souffrir tant que ça…..mon good boy est dans cette « mouvance ».

non fred ,je n’ai pas spécialement de problème avec les mecs en général…. ! j’en ai plus avec ma mère ,il va bien falloir que je me coltine à « ça » et ce n’est pas rien.

j’aimerai vous parler de l’aspect technique de ce travail. tout d’abord c’est un travail de « récupération » ,quelque chose qui me tient à coeur  : récupérer ,c’est en quelque sorte sauver un objet du rebut ,de l’oubli ,lui donner une autre vie ,en l’occurence ,il s’agit ici d’un couvercle de bidon en fonte ,un objet lourd ,pérenne qui m’a dit « prends moi » quand je suis passée devant dans la rue. Et puis la forme , le tondo me rappelle des oeuvres fortes ,me donnent en bouche un petit goût de Renaissance italienne que j’affectionne particulièrement .j’ai peint la fonte ,elle m’apparaissaint grumeuleuse et pas du tout pas sensuellle ,alors j’ai marouflé dessus du papier de soie noir ,j’ai toujours un stock de papier de soie ,c’est beau ,léger comme de l’aile de libellule ,et ça se colle facilement en offrant de beaux effets de matière ;voilà comment s’élabore un travail plastique ,avec  de la douceur ,avec du désir ,avec patience ,surtout.une fois le tondo prêt ,je ne savais pas quel sujet poser dessus .un tondo ce n’est pas rien….j’achetais « têtu » à l’époque et je gardais (je le fais toujours) des morceaux du journal ,des feuilles remplies de beaux mecs languissants,assumant leur part féminine avec ostentation ,ça j’aime ! j’ai farfouillé dans mon dossier »mâle »,et j’ai choisi ce jeune homme androgyne « dé-vêtu  » d’un short en jeans,la bouche pulpeuse et boudeuse à souhait ;il m’a immédiatement rappelé certains martyrs de saint sébastien (un sujet bien pratique pour évoquer ,la sensualité dans la souffrance ,une forme de sado masachisme homosexuel ) Mishima s’en est inspiré pour l’un de ses magnifiques autoportraits ……le reste est venu « tout seul » comme d’habitude ,sauf que j’ai laissé ce travail dehors sous les entempéries très longtemps ; depuis j’ai du arracher la tète  du jeune homme (celle ci  pendait lamentablement, francis m’a dit  mais pourquoi tu ne la recolles pas??? et ben non ,c’est pas possible , ne me demandez surtout pas pourquoi !) ; le reste de papier collé blanchâtre (souvenir d’un décollement radical et funeste ) ,m’évoque  aujourd’hui une tète de mort , c’est un »work in progress » . il faut que je remette « une couche »,…….toujours à l’ouvrage ,tu reviendras……ou la petite vie d’un morceau d’art.

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