Ourses Papilons

OURSES PAPILLONS

Nous de la flamme

Ou de sa nuit

Avec un arc si fin sous le front

Nous ouvrons le sol face au vide

Nous déclarons le cœur gonflé de paille chaude

Nous regardons la blancheur accompagner notre taille

Quelques bouts de soie suffisent

Une fourrure fermée

Sans craindre l’ours ou l’ivresse du papillon

Car nos yeux notre bouche traversent poupées et déjà femmes

Ensemble mais sans dépasser l’ombre de la jumelle

Nous n’avons qu’une fleur différente

Plus légères que la présence

Anonymes pour mieux rester libres

Régis Roux ; le 27 octobre 2018.

Je laisse à Régis que je remercie les mots pour décrire ma création actuelle, faite de fils de gaze, de tulle de coton ancien de petits bouts de tissus conservés avec amour, de dentelle héritées de ma grand tante. La seule ou presque dans ma famille à croire en moi et à alimenter de menus présents ma création. J’espère que là ou elle est aujourd’hui elle sourit quand elle me voit fouiller dans ma cassette à vieilles dentelles .Dentelles qui viennent de sa mère, dentelles qu’elle a avec patience décousues de vieux linges de nuit, caracos et autres culottes fendues. C’est très âpre en ce moment et je me raccroche à mes aiguilles comme à un gouvernail.

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Les quatre éléments

Depuis plusieurs années je couds je brode avec les vagues souvenirs de conseils donnés par ma grand mère lors des trop longues vacances d’été en solitaire. J’affectionne particulièrement la confection de poupées, elles ont quelque chose de fascinant.Et si on veut bien faire parler tonton Jung il y a une raison originelle à cette passion. J’en ai déjà parlé ici, lorsque j’étais âgée de 4 ans je possédais un petit poupon que j’adorais qui représentait un esquimau. Il était fait en tissu et vraie fourrure avec, si mes souvenirs ne me trahissent pas trop une tête  et les mains en porcelaine. Un jour de rage sourde je l’ai démembré, sous la table entre les grandes jambes des adultes certainement attablés pour un de ces longs repas dominicaux tellement ennuyeux pour moi, unique enfant de la famille. Je n’ai plus de détail de cet événement. Mais n’empêche, cinquante ans ont passé et je tourne encore autour  des poupées, désormais je ne les détruis plus bien au contraire je les conçois, je les couds, les assemble je leur donne vie. La boucle est bouclée et ça me va très bien.

J’ai commencé à me faire la main avec des petits animaux et puis ensuite j’ai voulu créer mes propres poupées plus proches des fétiches que des doudous pour bambins… La poupée déborde de significations: ludiques, rituelles, esthétiques. Même désacralisées elles sont les intermédiaires entre deux mondes: le vrai et le simulacre, l’animé et l’inanimé, le jouet et le fétiche, le sacré et le profane…

Toutes ces raisons et d’autres certainement obscurément liées à des phénomènes inconscients font que je me sens faite pour créer ces objets. Je deviens démiurge. La poupée parle également de la place de la petite fille future femme, d’ailleurs ce qui est drôle c’est que je n’ai pas joué « aux poupées ». Je les abandonnais à moitié dénudées sur le carrelage quand je n’avais coupé la moitié de leur chevelure pour des expériences capillaires punk avant la lettre. Je me souviens de mes tantes, de ma grand mère prenant une voix faussement attristée totalement ridicule pour me dire que je n’étais pas une »bonne maman » que mes bébés allaient prendre froid traités ainsi, je me souviens les avoir regardées d’un œil torve qui voulait dire : »vous me prenez vraiment pour une imbécile non? » et je suis polie… Je n’étais pas une petite fille « facile » mais tellement calme…. Et sage, du coup personne ne se posait la question de savoir si j’allais bien, bref.

J’ai donc commencé il y a trois ans une série de quatre poupées fétiches qui incarneraient les quatre éléments (j’ai fait des recherches dans ce sens sur la symbolique des éléments les signes dédiés tout ça).  J’ai confectionné les corps  dans une bonne toile de lin issue de vieux draps (j’en ai des kilos achetés il y a des années sur le marché aux puces à Toulouse ), à l’époque ça ne coûtait rien comme j’ai bien fait. Dans le corps rempli de ouate issu d’un vieil oreiller j’ai glissé un petit cœur d’argile des rognures d’ongles des cheveux m’appartenant (on est sorcière et on l’assume)! Ensuite je les ai tatouées sur les bras en inscrivant les signes magiques incarnant la terre l’air le feu et l’eau, puis j’ai confectionné des robes plus des sur-jupes et des ceintures dans différents tissus censés représenter les éléments invoqués: par exemple j’ai fait le choix d’une grosse bure marron pour la sous robe de Lurra (la terre en basque), celle ci porte des teintes sobres noir brun beige et elle a comme bijou un morceau de tige de fruit de camélia. Son vêtement est rigide et lourd pour symboliser les forces de la Terre.

J’ai laissé de côté ces quatre objets pendant deux ans prise par de nouveaux projets. Mais je reviens toujours sur mes pas et comme cet été j’ai pris une claque lorsque j’ai terminé mes séries picturales sans pouvoir imaginer et réaliser les encadrements qui me permettraient de les exposer au public…(allo Papa Freud vous pouvez passer mardi soir? )… J’ai été prise d’une tristesse et d’un accablement sans fond. La seule chose qui pouvait me redonner de l’énergie c’était de reprendre d’autres projets laissés en suspens. C’est une bonne chose pour moi d’avoir toujours des trucs à finir sous la main. Je quitte la peinture pour le moment pour un mois un an pour toujours je n’en sais rien. Je ne cherche pas à perdre du temps à creuser mes cendres. Je construis j’élabore je crée… Les poupées que je fabrique ont certainement une vertu curative et apaisante. En tout cas elles m’ont redonné le sourire en les voyant enfin terminées, belles pleines de mon pouvoir féminin. Elles incarnent ma force productive.

Depuis j’ai enchaîné sur la finition de calebasses modelées en papier mâché( une trentaine), elles aussi ont une fonction symbolique j’y reviendrai. Je me pose beaucoup de question pour la suite. J’ai envie de couler mes jours sur le bassin, modeler la terre faire cuire mes pots, mes lubies mes douces chimères, me promener avec le chien (que je n’ai pas encore) les pieds nus dans le sable noir et parfumé à l’iode d’Andernos ou Gujean Mestras.

Voir les saisons passer.

Rien d’autre.

 

 

Cuisine locale

Pendant deux années consécutives j’ai fait des dessins sur feuille A4 au feutres, au crayons, à l’encre aux pastels. Ces dessins m’ont totalement libérée de ce que je pouvais produire avant. Ceci à partir de mes cinquante ans ce qui n’est pas tout à fait anodin. Je me suis sentie à l’apogée de quelque chose ( ma petite vie?) avec en même temps une peur viscérale au creux du ventre. Alors j’ai dessiné soir après soir sans but autre que celui de me discipliner de produire envie ou pas fatigue ou pas. Je me suis sentie acculée… Au même moment mon ami Pixel bleu est mort, ça a été un choc je n’avais plus vraiment de nouvelle de lui depuis longtemps mais je pensais à lui, à nos conversations virtuelles nos rêves lui c’était l’azur, l’infini …Cela m’a encore renforcé dans la décision de ne plus jamais arrêter de produire jusqu’à ma mort.

Cuisine(un):

Je prends différents supports ceux que j’ai sous la main (pour le moment je n’ai pas mené de réflexion profonde sur les choix que je fais dans ce domaine, ça viendra…). Je décide que » tel nombre  » de supports sera la série X, ma première série de ce type c’est la » bleu et rose » celle que j’ai commencé en hommage à Eric. Je lisse les bords des planches de bois marine puis commence à passer mon gesso, plusieurs couches de ce blanc mat et crayeux qui fait un bon fond solide, entre chaque couche je ponce finement.Ensuite …Ah! C’est le grand saut je décide de la couleur locale du nombre de tons que j’utiliserai. Puisque nous parlons de la série bleue aujourd’hui,pour celle ci j’ai mis de côté les différents bleus outremer et cobalt que je possède et tous mes rouges dans le panier en osier qui me suit dans toute la maison puisque je peins à plusieurs endroits. Le carmin, le grenat, le rouge garance, le rouge acra..Puis également le blanc toujours utile et le gris de payne moins violent que le noir de mars.

Pleine conscience de mes actes:

Je n’ai pas eu envie de travailler avec un fond, je ne veux plus de fond. Je ne veux plus d’une hiérarchie de ce type dans ma composition. Je refuse la forme sur le fond, je refuse également tout forme d’illusionnisme avec le fameux point de fuite, je ne veux pas faire semblant, semblant au sens d’une référence à la »prétendue réalité « je ne veux pas faire « illusion »:  je peins, j’organise des surfaces des formes des couleurs des couches de peintures qui se chevauchent effacent certaines parties en révèlent certaines autres, je trace des traits pour délimiter des territoires. C’est le premier acte délibéré et conscient de ma peinture. Ce que je veux faire c’est de la peinture et rien d’autre, montrer que le tableau est » une composition organique « . J’ai envie de ramener la peinture « à la surface »car paradoxalement c’est là qu’elle prend le plus de profondeur. Il n’y a pas de centre tout est centre chaque partie du tableau est aussi importante qu’une autre, la pratique du mandala m’a amené à ce constat.

Il faut le faire ce saut: « entrer dans  la dimension d’une  présence qui n’a rien à voir avec la représentation » Kandinsky.

Mais quand on l’a fait c’est comme quand on fait la planche dans l’eau froide et verte au large d’une plage des Landes en été vers 11 heures :le paradis.

Cuisine (deux):

je dessine dans un souffle une forme qui va animer la surface, je définis des contours. Cette forme c’est le fameux « nicht noch sein » dont je parle depuis longtemps, c’est la matrice originelle qui « peut faire penser » à un corps, une cellule, un continent vu de l’espace, je ne sais pas …. Cette forme peut être évocatrice d’un objet réel mais pour moi cela n’a pas d’importance, cette forme que je trace sans réfléchir c’est certainement le fantôme de tous les dessins que j’ai fait depuis mon enfance. Hors la forme, je peins en bleu couche sur couche en aplats translucides avec alternance de couches de laque acrylique pour accentuer l’effet de profondeur de vide, d’éther. Ce bleu c’est mon or des icônes en quelque sorte.C’est un labeur long répétitif pas gratifiant mais qui me réjouit. Dedans la forme je travaille de manière différente en alternant des couches de couleurs différentes faites de mélanges subtils  :rouge de mars, jaune de Naples, blanc, vermillon grenat… En créant des nuances qui finissent par se transformer en aplats finalement! Mais tout ce qui est fait même invisible a son importance. Là encore des heures de peinture au sens premier, couche sur couche patiemment dans un geste mesuré délicat pour ne pas dépasser les limites, les deux mondes colorés ne devant pas se mêler, c’est le jeu c’est la règle que je me suis donnée. Ensuite j’ajoute une forme nuageuse qui elle se permet de chevaucher les deux mondes celui du bleu et celui du rose. Elle est conjugaison, blanchâtre et translucide elle laisse voir les deux formes qui en dessous, tout en créant un nouvel espace. Puis je décide qu’il doit y avoir de la ligne dans la composition une forme fermée  pas droite, en effet j’évolue dans un monde souple en arabesques en courbe, le monde du vivant de l’organique. Alors je respire profondément et je trace au pinceau fin d’un trait décidé et définitif sans repentir possible une ligne qui se ferme créant une nouvelle forme vide à l’intérieur en opposition aux trois autres formes pleines. Elle crée une dynamique et un nouveau jeu de délimitations des territoires picturaux. Ce trait est rouge acra, un rouge très lumineux tirant sur l’orangé. Ce trait est important il dynamise mes compositions. Dans tout ce jeu de surfaces répertoriées je repasse des couches de carmin violacé rose chair orangé, je peins certaines parties avec du bleu outremer en glacis jouant sur de nouvelles limites en transparence. Puis j’ajoute une ligne ouverte qui commence à un bord de la surface du tableau et file jusqu’à un autre bord comme un grand intestin, serpent, rivière, route ? Comme vous voudrez. Cette ligne traverse chaque toile de manière différente, s’enroulant précisant des formes avec à certains endroits un épaississement qui est comme un œuf… un foie. La couleur est indéfinissable je travaille encore dessus. Je regarde mes compositions et il me semble qu’il manque quelque chose alors j’ajoute des éléments de collage. Je conserve méticuleusement depuis des années des feuilles de journaux féminins, papier glacé, papier de soie rangés par famille de couleurs. Je prélève dans ce trésor visuel tout ce dont j’ai besoin: des chairs, des bleus et des violacés subtils. Ces papiers un fois réunis en collages recomposés et photocopiés de nombreuses fois  je dispose alors d’une »palette » prête au plus juste au plus près de ce dont j’ai besoin pour mes toiles. Manier la couleur c’est ce que je préfère à tout.cropped-img_30681.jpgcropped-a1.jpgJ’ai du mal à définir plastiquement cette partie « collage » pour le moment elle donne du relief, de la matière, elle donne du reflet, de la réalité (avec les fragments de corps, mains manucurées, satin bleuâtre). Je trouve qu’elle donne du rythme et de l’harmonie à une composition un peu monotone et lisse.J’ai également ajouté des transferts de dessins anatomiques ou biologiques en référence aux calques de photoshop, la pratique numérique ayant bien nourri ma pratique picturale…La prochaine fois je vous décrirai ma deuxième série!

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Viande et Pixel

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imprenable peinture numérique
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« les amants » peinture acrylique
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« japanlova » travail numérique
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« Barbe Rose le baconien » techniques mixtes

Pourquoi? Pourquoi ce mot d’ordre mystérieux? Est ce qu’on peut mélanger de la viande avec des pixels et qu’est ce que ça peut donner comme recette ??

Je prends des notes très souvent sur l’un de mes carnets de recherche et c’est en écrivant un soir que les deux mots sont sortis de ma plume, se sont déposés sur le papier le plus simplement du monde: viande et pixel…Ce cocktail improbable  représente bien mon travail artistique. J’ai relu mes notes et j’ai scandé à voix haute : »viande et pixel » cela m’a fait sourire alors j’ai décidé de creuser autour de ça. Plus le temps passe et plus je dessine les contours de mes obsessions.

Il y a d’un coté la viande, je suis en amour depuis des lustres avec la toile de Rembrandt « le bœuf écorché ». Cet attrait pour le corps humain et par extension le corps de l’œuvre me poursuit, j’aime aller trifouiller dans la chair, derrière les apparences, là ou nous sommes tous égaux devant Dieu: lambeaux de chair, tas  de muscles, tendons, cartilages, cholédoques et intestins.Dans mon travail cela se traduit par une recherche permanente pour le mouvement des corps qui se rejoignent pour essayer en vain de s’unir… Cette tentative désespérée est poignante, elle m’attire depuis 30 ans.  Au confins de l’abstraction je dessine des formes qui rappellent les cellules, les virus, les bactéries.  L’intérieur des corps (tel que je l’imagine) se traduit par des formes qui se répètent à l’infini, opalescences délicates, masses imprécises .La peau des « blancs » me plait parce qu’elle est rose, d’un rose qui m’échappe et qu’on appelle d’ailleurs « chair » en peinture, cette teinte je la fabriquerai les yeux fermés tant j’ai essayé de la retraduire avec mes couleurs…Cette peau laiteuse que je peins ne demande qu’à être scarifiée, lacérée de traits nerveux, estompée fondue .Le corps et ses extensions se molestent avec plaisir en peinture à l’aide de distorsions, découpages, fragmentations, effacements, grattages frénétiques: tout un travail plastique qui m’émeut, me nourrit convenablement, il m’a aidée à dépasser ma peur de mourir, de vieillir.

La viande c’est la vie c’est notre puissance et notre faiblesse c’est notre grandeur d’Être vivant.La viande c’est déjà l’idée de la finitude .Quand Saskia était bébé je contemplais sans fin ses mains fines, ses pieds ronds et lisses comme des petits galets de bord de mer, émerveillée par tant de douceur de perfection. La peau rose (ma fille est blanche donc rose !) de ses petons je l’ai adorée, sachant bien que ces jolis pieds miniatures fouleraient la terre, grandiraient deviendraient « laids » ridés cornés…Moi je ne serai plus.

La viande pour parler du temps qui passe, celui qui me reste sur cette terre, la viande pour nous rappeler qu’on est « mortels », tout petits face à l’infini. Minuscules particules brûlantes de vie et puis plus rien.Ce thème est presque toujours présent dans mon travail, surtout le travail de peinture « réelle »acrylique, cette thématique appelle cette technique là mais pas seulement.Ce serait trop simple…

Quant au pixel me direz vous, pourquoi le pixel?

Parce que la moitié de ma création est faite avec un ordinateur ou une tablette, à l’aide d’applications et de logiciels. J’ai commencé il y un peu plus de 10 ans et je prends toujours autant de plaisir à dialoguer avec mes machines. Loin d’amoindrir ma créativité ce travail me stimule et il est « facile  » à mettre en œuvre. Je n’ai pas toujours le temps de sortir mon matériel pour peindre ou faire du dessin par contre saisir ma tablette mon stylet c’est sans problème que ce soit chez moi dans le train ou ailleurs. Avec cet outil émerge des thèmes différents mais pas toujours …. Je reviens souvent à mes premières amours: la chair par le biais de travaux numériques abstraits,  les « nicht noch sein » formes improbables vaguement corporelles voir sexuelles un peu dégoulinantes parfois érectiles. Sinon je concocte de « belles images »( ce fut ma première obsession d’ailleurs je suis une enfant des années 80 nourrie à la peinture de David Hockney). J’adore travailler dans une démarche Pop  avec des visages inconnus ou iconiques comme celui de Marylin, c’est un peu mon « pop art numérique » et ce travail a du sens pour moi.. Il traite de la communication des médias, du rapport à la profusion d’images de plus en plus éclatantes et parfaites avec le numérique, des images qui circulent à une vitesse folle qui nous inondent d’informations d’impressions, ces images nous gouvernent et travailler avec cette fascination parfois aliénante m’intéresse tout autant que de chercher le pourquoi du comment nous allons tous mourir un jour. Je sais bien que la plupart des gens sont beaucoup plus sensibles à cette beauté « facile »celle de portraits outrageusement colorés et séduisants que je balance sur instagram tous les soirs en »direct live ». Je reviendrai surement sur cette relation intense que j’entretiens avec l’internet.Je me sens comme un DJ d’images c’est féérique.

Quant à la beauté  plus âpre plus cruelle de mes peintures acryliques jusqu’ici elle n’a pas touchée un grand public ce que je comprends. Ces peintures crues ne montrent pas vraiment de prouesses techniques « apparentes » et pourtant elles me demandent mille fois plus de temps et de travail que les mandalas que je génère en recyclant des images que je glane et des croquis que je fais. Elles paraissent certainement « mal dessinées » voir maladroites et simpliste aux yeux du public( le syndrome: mon gamin de cinq ans en ferait autant!!) je le sais .Mais j’ai toujours eu besoin de camoufler mon savoir faire parce qu’il m’ennuie chez les autres et c’est encore pire chez moi. L’important est que « ça tienne », c’est ça qui est difficile et c’est ça qui m’obsède.Vous voulez quelque chose qui ressemble à la réalité : prenez donc une photo!

J’en souffre un peu de ce malentendu… un petit peu. Mais cela ne changera en rien mes projets. »On » m’a dit :-« mais puisque ça plait, pourquoi tu ne fais pas plus de peinture numérique genre pop art ou des mandalas, tu dois faire ce que le public aime, sinon tu ne vendras jamais rien… »

Non.

J’ai un métier qui me fait vivre dignement je n’ai pas besoin de « plaire » à tout prix. Cette attitude de séduction malhonnête je la paierais un jour, d’une manière ou d’une autre  alors je le redis: non!

J’ai besoin des deux pour me sentir bien et exprimer tout ce que j’ai à dire, c’est ça non un artiste? Quelqu’un qui a des choses à dire, à exprimer, à expulser, à partager: moi c’est une histoire de viande et pixel  que je veux vous conter…

Tout l’art,tout l’intérêt sera de mettre ça en forme pour ma future exposition.

good boy ?? (détail)

 

un tondo sur fonte,marouflé de papier de soie,acrylique,collage 2003…un copain pendant l’expo m’a demandé : « mais caro,t’as un problème avec les mecs?? »……pas spécialement,j’ai plus pensé aux nombreuses images de martyrs dans l’art européen ancien,certains sont troublants car lascifs,ils n’ont pas l’air de souffrir tant que ça…..mon good boy est dans cette « mouvance ».

non fred ,je n’ai pas spécialement de problème avec les mecs en général…. ! j’en ai plus avec ma mère ,il va bien falloir que je me coltine à « ça » et ce n’est pas rien.

j’aimerai vous parler de l’aspect technique de ce travail. tout d’abord c’est un travail de « récupération » ,quelque chose qui me tient à coeur  : récupérer ,c’est en quelque sorte sauver un objet du rebut ,de l’oubli ,lui donner une autre vie ,en l’occurence ,il s’agit ici d’un couvercle de bidon en fonte ,un objet lourd ,pérenne qui m’a dit « prends moi » quand je suis passée devant dans la rue. Et puis la forme , le tondo me rappelle des oeuvres fortes ,me donnent en bouche un petit goût de Renaissance italienne que j’affectionne particulièrement .j’ai peint la fonte ,elle m’apparaissaint grumeuleuse et pas du tout pas sensuellle ,alors j’ai marouflé dessus du papier de soie noir ,j’ai toujours un stock de papier de soie ,c’est beau ,léger comme de l’aile de libellule ,et ça se colle facilement en offrant de beaux effets de matière ;voilà comment s’élabore un travail plastique ,avec  de la douceur ,avec du désir ,avec patience ,surtout.une fois le tondo prêt ,je ne savais pas quel sujet poser dessus .un tondo ce n’est pas rien….j’achetais « têtu » à l’époque et je gardais (je le fais toujours) des morceaux du journal ,des feuilles remplies de beaux mecs languissants,assumant leur part féminine avec ostentation ,ça j’aime ! j’ai farfouillé dans mon dossier »mâle »,et j’ai choisi ce jeune homme androgyne « dé-vêtu  » d’un short en jeans,la bouche pulpeuse et boudeuse à souhait ;il m’a immédiatement rappelé certains martyrs de saint sébastien (un sujet bien pratique pour évoquer ,la sensualité dans la souffrance ,une forme de sado masachisme homosexuel ) Mishima s’en est inspiré pour l’un de ses magnifiques autoportraits ……le reste est venu « tout seul » comme d’habitude ,sauf que j’ai laissé ce travail dehors sous les entempéries très longtemps ; depuis j’ai du arracher la tète  du jeune homme (celle ci  pendait lamentablement, francis m’a dit  mais pourquoi tu ne la recolles pas??? et ben non ,c’est pas possible , ne me demandez surtout pas pourquoi !) ; le reste de papier collé blanchâtre (souvenir d’un décollement radical et funeste ) ,m’évoque  aujourd’hui une tète de mort , c’est un »work in progress » . il faut que je remette « une couche »,…….toujours à l’ouvrage ,tu reviendras……ou la petite vie d’un morceau d’art.

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